NOUVEL EMPIRE GREC. — MICHEL PALÉOLOGUE
Michel Paléologue, prince grec, après avoir usurpé le sceptre des Lascaris à Nicée, détruisit l'empire des Latins, s'en empara et reporta à Constantinople le siège de l'empire grec. C'est ainsi que finit l'empire latin. Michel déploya de grands talons. Sa politique délivra l'empire des Tarlareset des Turcs, en armant ces peuples l'un contre l'autre ; il arrêta la vengeance des Latins indignés de perdre l'empire, enchaîna l'impétuosité de Charles d'Anjou, le plus formidable de ses voisins, et sut faire respecter son pouvoir. Le rétablissement de l'empire grec fut une source de grandeur et de prospérité pour Gênes, qui obtint du nouvel empereur, pour prix de ses services, le commerce exclusif de la mer Noire avec de grands privilèges à Constantinople.
Lecture. — Esquisses historiques de Yauteur, à l'empire d'Orient.
ALLEMAGNE
ÉTABLISSEMENT DE LA LIGUE ANSÉATIQUE.— Celte ligue se forma durant les troubles excités par Frédéric et son compétiteur Conrad. L'exemple des municipalités fit naître ces associations urbaines ; le besoin de se défendre les étendit bientôt dans toute l'Allemagne, qui leur doit la naissance de son commerce : c'est aussi à celte puissance nouvelle qu'est due l'abolition des tribunaux secrets ou véhmiques, dont on ignore l'origine et qui régnaient par la terreur depuis le milieu du 15e siècle. Ce fut vers le même temps que s'organisa la ligue ou confédération du Rhin, composée de plus de soixante villes. Elle entretint des relations avec la ligue Anséatique , qui comprenait les villes et les ports situés sur la mer du Nord, sur la Baltique, et avait une vaste existence commerciale; elle arrêta la fureur des guerres privées et veilla à la liberté du commerce et de la navigation. Les Ganerbinats, autre société démocratique, prirent naissance à la même époque.
les sept électeurs. — Après la mortdc Guillaume, l'un des successeurs de Frédéric, les trois archevêques, le roi de Bohème, le duc de Bavière, celui de Saxe et le margrave de Brandebourg, qui possédaient depuis long-temps le droit de prétexlalion ou de première élection, s'arrogèrent le droit exclusif d'élire l'empereur. Telle est l'origine des sept électeurs»
maison d'HAPSBOURG.— Rodolphe. — Depuis la mort de Conrad IV jusqu'à l'élection de Rodolphe, l'Allemagne fut livrée à un état d'anarchie, qu'on a appelé le grand interrègne. L'empereur Guillaume de Hollande, engagé dans de longues querelles avec les Etats, mourut dans une guerre contre les tri-
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sons, et le jeune Conradin, à qui le pape Innocent IV avait défendu de donner l'empire sous peine d'excommunication, était allé lui-même trouver la mort en Sicile. Les prétextais s'étaient partagés entre Richard de Cornouailles, frère du roi d'Angleterre, et Alphonse X, roi d'Espagne ; mais ni l'un ni l'autre ne prit possession de la couronne, et Richard, qui parut seul en Allemagne, ne tarda pas à mourir. Ce fut un temps de guerres privées, de meurtres et de dissolution, et c'est alors que se formèrent les ligues démocratiques dont nous avons parlé. Cependant le pape Grégoire X, menaçant de donner lui-même un chef à l'empire, les électeurs désignèrent, un seigneur suisse de la maison de Hapsbourg, descendant d'Etichon IeT, duc d'Alsace, souche commune des maisons de Hapsbourg et de Lorraine, aujourd'hui confondues. Il se nommait Rodolphe , et commença celte famille d'Autriche, continuée jusqu'à Charles VI (1740).
Dun caractère ferme et d'une ha*ute prudence pour tirer l'empire de l'état d'anarchie où l'avait plongé le grand interrègne, il ne pouvait par sa puissance médiocre inspirer de craintes aux électeurs et aux grands vassaux, et ceux-ci, voyant l'accroissement rapide que prenait la nouvelle maison par les succès et la sagesse de son chef, refusèrent à Albert la dignité de roi des Romains que l'empereur avait demandée pour son fils, et, à la mort de Rodolphe, lui donnèrent pour successeur Adolphe de IVassau, qui, bientôt déposé, périt en disputant le sceptre à Albert.
ordre teutonique. — 1226. C'est dans le treizième siècle que les chevaliers teutohiques s'établissent en Allemagne. Le duc de Masovie les ayant appelés contre les Prussiens, qui faisaient de continuelles excursions dans ses états, leur accorda sur ses frontières la province d'Ulsu et tout ce qu'ils pourraient conquérir sur les barbares. Commandés par leur grand-maître Herman de Sallza, ils ne tardèrent pas à s'emparer d'un territoire considérable, soumirent presque toutes les contrées prussiennes baignées par la mer, fondèrent plusieurs villes et se réunirent aux chevaliers porte-glaive qui possédaient la Livonie. Depuis cette union, les conquêtes des deux ordres s'étendirent sur toute la Prusse proprement dite, la Courlande, la Poméranie, et les papes ainsi que les empereurs les confirmèrent dans leurs possessions.
ESPAGNE
règne D'alphonse x. — L'Espagne est toujours divisée entre les Mahométans et les Chrétiens. Les premiers sont fixés au sud , les seconds au nord. Les Chrétiens possèdent quatre royaumes : 1° la Navarre, le plus faible des quatre, se lie avec la France, dont la protection lui est nécessaire; 2° V Aragon est augmenté du royaume de Valence et des îles Baléares. Jac-
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ques Ie1", auteur de cette prospérité, acheva, dans une vieillessefort agitée, un règne aussi long que glorieux ; 5° îa Caslille qui suit les lois d' Alphonse X. — Ce prince reunit à ses étals le royaume de Murcie; il perdit l'empire d'Allemagne, dont il avait été élu souverain, pour avoir négligé d'aller en prendre possession. Il était très savant, et fonda plusieurs chaires dans l'université de Salamanque; il rédigea aussi les Tables astronomiques connues sous le nom d'dlphomines. La fin 'du règne d'Alphonse X est troublée par l'invasion des Méridines qui avaient succédé en Afrique à la dynastie almohade, et par des querelles de su -cession entre ses petits-fils et son fils Sanche.le vainqueur des Musulmans; 4° le Portugal, dont le brave Alphonse lll recula de plus en plus les limites, par la soumission des Alganes,
ITALIE
LES TORRÏANI ET LES VISCONTI A MILAN. —Milan est
une des plus anciennes villes d'Italie. Bâtie par les Gaulois dans le sixième siècle avant Jésus-Christ, elle fit partie de la Gaule cisalpine, et tomba, dans le cinquième siècle, sous le pouvoir d'Odoacre, roi des Hérules. Théodoric, roi des Wisigoths.la lui enleva et y fixa sa cour. Peu après, les Bourguignons s'en emparèrent; elle fut reprise par les Goihs, recouvrée par Narsès, général de Justinien, et passa aux Lombards, dont Charlemagne anéantit la monarchie, en 774.
L'Allemagne la vit passer sous sa domination à la mort de Charlemagne. Depuis que les évoques de Milan avaient perdu leur pouvoir, cette cité avait adopté le gouvernement démocratique et s'arrogeait la suprématie sur les villes libres de la Lombardie. Frédéric, profitant, pour reconquérir la couronne de fer à laquelle il avait des prétentions, des plaintes que lui adressent les habitans de Lodi etdePavie, toutes deux à la tête d'une ligue opposée à Milan, passe en Italie, et fait éprouver tout le poids de sa colère et de son dépit à Tortone , l'alliée de Milan qu'il n'ose assiéger. Mais l'impératrice ayant été insultée dans cette dernière ville, et la garnison allemande égorgée , Frédéric indigné marche contre elle, la prend d'assaut, la fait raser et ordonne qu'on passe la charrue sur les débris de ses fortifications. Le parti guelfe est abattu, et les communes lombardes reçoivent les podestats de l'empereur.
Cependant les habitans, qui avaient trouvé un asile chez leurs voisins, se joignent à l'association lombarde qui se forme pour l'affranchissement de l'Italie, relèvent leurs murailles, protégés par le pape Alexandre III, ce zélé propagateur de la liberté italienne, et ayant assuré leur indépendance par le traité de Constance, se forment en république et se nomment un podestat. Ce fut Della-Torre qu'ils choisirent, chef de la maison des Torriani, qui acquirent un grand ascendant par leur popularité. Sous la
famille des Della-Torre, Milan se trouva encore à la tête d'une seconde ligue lombarde contre Frédéric II, que Grégoire IX forçait à partir pour la Palestine.
Le retour des Visconti, exilés, fait perdre le pouvoir à la famille Della-Torre, et l'archevêque Othon s'étant fait déclarer seigneur perpétuel, fonde la grandeur héréditaire de sa maison. Les Torriani reparaissent sous Mathieu Visconti-le-Grand, et périssent presque tous dans une sédition où ce prince les avait engagés. Jean Galéas donna des lois à toute l'Italie lombarde qu'il avait soumise, et reçut de l'empereur Wenceslas la dignité ducale. La tyrannie de Jean-Marie, son fils, fit rétablir le gouvernement républicain ; Philippe-Marie, deuxième fils de Jean Galéas, releva l'autorité des Visconti, et à sa mort, après quelques tentatives d'organisation républicaine, le Milanais passa au condottiere François Sforce, son gendre, malgré les prétentions de Charles d'Angoulème , petit-fils de Valentine de Milan, fille de Galéas.
Cette rivalité donna lieu aux guerres ruineuses de la France en Italie.
vêpres siciliennes. — Les vêpres siciliennes sont un massacre fait en Sicile au son de la cloche qui appelait les fidèles aux vêpres le lundi de Pâques, et ce massacre est celui de tous les Français qui étaient restés dans l'île après la conquête que Charles d'Anjou (fi ère de saint Louis, roi de France) avait faite du royaume de Naples et de Sicile sur la maison impériale de Souabe. Charles, non content d'avoir dépouillé cette maison, eut la cruauté de faire périr sur l'éehafaud le jeune Conradin, qui avait passé en Italie pour réclamer l'héritage de ses pères. Cet exemple nouveau d'un tel attentat contre une tête couronnée, joint aux vexations de toute espèce dont il accablait le peuple conquis, alluma dans tous les cœurs une haine générale contre Charles et contre tous les Français.
Un gentilhomme de Salerne, nommé Jean deProcida, passionnément attaché au sang de ses anciens maîtres, voyant que la rage secrète dont tous les habitans étaient animés n'attendait qu'une occasion pour éclater , trama celte fameuse conspiration par laquelle tous les Français devaient être égorgés à la même heure.
Il parcourut les campagnes, sous l'habit de moine, pour tromper les espions de Charles attachés à ses traces, fomenta le mécontentement et soulfla partout l'esprit de sédition et de vengeance contre les Français.
Jean de Procida alla voir en secret Pierre, roi d'Aragon, gendre de Mainfroi que Charles avait dépouillé; il en obtint de grandes sommes d'argent, avec lesquelles il gagna aisément des conjurés. Pierre cV Aragon équipa une flotte, et, feignant d'aller
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contre l'Afrique, il se tint prêt à descendre en Sicile, et retint à Palerme dans le plus grand secret.
Enfin, le lundi de Pâques (1283), au son de vêpres, des attroupemens se forment : on s'émeut , on sonne le tocsin , on crie : « Meurent les tyrans!» Tous les Français sont massacrés dans ll!c, les uns dans les églises, les autres sur les places publiques, d'autres dans leurs maisons. On compte plus de huit mille personnes égorgées. Le secret gardé si long-temps par tout un peuple, des conquérans exterminés par la nation conquise, des femmes, des enfans massacrés, des filles siciliennes enceintes de Français, tuées par leurs propres pères, ont rendu cette action à jamais épouvantable. Il n'y eut que deux gentilshommes français. Guillaume de Porcelet et Scalambre, qui furent sauvés du massacre général, à cau^e, disent les historiens, de leur grande prud'homie et vertu.
On ne parle dans l'histoire que de Guillaume de Porcelet, à qui on donna un vaisseau pour retourner avec sa famille dans son pays.
La petite ville de Sperlinga fut la seule qui donna retraite à quelques fugitifs. Cette action est consacrée dans l'inscription du château, ainsi conçue :
CE QUI PLUT AUX SICILIENS, LES HABITANS DE SPERLINGA SEULS NY TROUVÈRENT PAS LEUR PLAISIR.
Lecture. — La tragédie des Vêpres Siciliennes, par M. Casimir Delavigne.