REVOLUTION FRANÇAISE
CAUSES
1° La trop grande extension du pouvoir royal;
2° Le dérangement des finances qui commença sous Louis XIV ;
5° L'immoralité des classes élevées et du gouvernement sous la régence ;
4° Les écrits de Montesquieu, Voltaire et Rousseau, qui attaquent les préjugés et jusque la base de la société ;
5° La résistance opiniâtre aux réformes demandées et aux lumières croissantes;
6° Le vieux ressentiment des classes moyennes et des classes inférieures.
âô2 188 siècle.
OBSERVATIONS
Telles sont les principalescauses de la révolution française. Nous les avons vues se développer dans le cours de cette histoire ; nous ayons trouvé et reconnu tous les élémens d'une nouvelle société, d'une constitution nouvelle, et quand ces élémens ont été développés, quand tout a été mûri; alors la vieille société s'est dissoute, le passé s'est écroulé pour faire place à l'avenir, et la révolution s'est accomplie. Elle a été une nécessité; elle se préparait depuis dix siècles, elle était en germe dans tous les grands éyènemens que nous avons étudiés, la féodalité, les communes, l'établissement des états-généraux, du pouvoir absolu, la réformntion ; chacun y a contribué pour sa part, tous ensemble l'ont formée, et elle n'en est que la résultante. C'est dans cet esprit qu'il faut étudier l'histoire, si on en veut retirer quelque utilité; dans le présent et le passé il faut chercher l'avenir, parce que le présent et le passé sont gros de l'avenir, a dit un célèbre philosophe. Les causes que nous venons §d'énumérer ne seront donc pour nous que des occasions, des causes auxiliaires, et nous saurons en apprécier la valeur.
DÉVELOPPEMENT
Lorsque Louis XVI, petit-fils de Louis XV, moula sur le troue en 1773, une grande agitation régnait dans les esprits ; la guerre pour l'indépendance de l'Amérique du Nord, à laquelle la France donna un puissant appui, éveilla dans tous les cœurs des sentimens énergiques de liberté. Mais cette guerre ne fit qu'ajouter à la pénurie du trésor. Un déficit de cent quarante millions fut constaté dans l'assemblée des notables en 1787, par Necker, ministre du roi. Les moyens proposés pour le combler, contraires aux intérêts de la noblesse, amenèrent la résistance et l'exil du parlement. Les esprits s'échauffèrent ; le parlement rappelé fit, le 4 mai 1788, des remontrances à Louis XVI, et demanda la convocation des étatsgénéraux. Tout rendait cette mesure inévitable, l'état désespéré du trésor et le vœu fortement prononcé de la nation. Les états-généraux sont enfin convoqués à Versailles pour le 5 mai 1789 ; il y eut bientôt lutte entre les ordres, entre le tiers et le gouvernement. C'est alors que Mirabeau dit à l'envoyé
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du roi qui ordonnait aux états, après un lit de justice , de quitter la salle des séances : « Allez dire à « votre maitre que nous sommes ici par la volonté du « peuple et que nous n'en sortirons que par la force « des baïonnettes ; » mot qui caractérise la révolution entière. Cependant le roi profite des troubles qui s'élèvent dans leur sein pour faire fermer le lieu clés séances. Mais les députés, réunis au Jeu de Paume, font le serment de donner une constitution à la France. Le peuple de Paris s'insurge et prend la Bastille. Les états-généraux, si énergiquement soutenus, se constituent en Assemblée Nationale et décrètent l'abolition du régime féodal, dans la nuit du A août. Cette abolition fonda le gouvernement populaire sur les débris de l'ancienne constitution. La révolution était accomplie. Louis XVI, contraint d'accepter la constitution de 1791, ne tarda pas à sentir les effets de la puissance populaire lorsque, arrêté à Varennes au moment où il cherchait à sortir de France, il fut ramené et gardé à vue dans son palais. Une résistance mal calculée aux décrets de Y Assemblée Législative qui avait succédé à la Constituante exaspéra les esprits, excités d'ailleurs par le club des Jacobins : cette exaspération s'accrut encore par l'approche des armées étrangères et le manifeste de Brunswick. Le roi, attaqué et pris aux Tuileries, est conduit devant l'assemblée et de là au Temple avec sa famille. Le trône est renversé (10 août 1792).
JPremière coalition. — Dans ce moment les Prussiens envahissent la Champagne, mais ils sont battus à Valmy par l'armée française sous les ordres de Dumouriez et de Keilermann. Cette invasion, dirigée et suscitée par les émigrés de Coblentz, est le signal des scènes horribles des 2 et 3 novembre 1792, où d'innocentes victimes furent immolées en expiation d'une attaque insensée. Les ennemis sont repoussés sur tous les points de la frontière.
C'est alors que commence le grand rôle de l'Angleterre dans les affaires continentales; c'est alors
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qu'elle va avoir vraiment une immense prépondérance en Europe. Ces vastes coalitions qui vont se former contre la France ne pouvaient se soutenir que par des sommes immenses ; l'Angleterre seule pouvait les fournir, car la Hollande, épuisée par ses guerres du dix-septième siècle était déchue de son ancien éclat. Elle devint donc, non seulement le lien universel, mais elle eut encore, nécessairement, la direction de la guerre, et Pitt fut le courtier de toutes les puissances de l'Europe. Aussi en peu de temps la dette de l'Angleterre devint effrayante, et aujourd'hui encore ce royaume se ressent de ces sacrifices.
©éwteeiitiora usai â©Male, KéfmMitpie fràitf&ise. — Le 21 septembre 1792, s'ouvre la troisième assemblée, appelée Convention nationale. Le 22, sur la proposition de Collot-d'Herbois, la royauté est abolie , la république proclamée , et le 2 1 janvier 1793, Louis XVI est décapité. Marie-Antoinette, son épouse, et Madame Elisabeth, sa sœur, subissent le même sort. La république, fière de ses triomphes, déclare la guerre à l'Angleterre, à la Hollande et à l'Espagne, tandis qu'une coalition formidable, dont le ministre William Pitt est le moteur, menace la France. La Convention décrète qu'elle donnera aide et assistance à tous les peuples qui voudront recouvrer leur liberté. Le principe de 89 était faussé. Néanmoins la Convention fut grande. Menacée par l'Europe entière, trouvant la France et l'armée dans la plus complète désorganisation, sans trésor, sans alliés, elle fit face à tout. Tout citoyen est soldat, dit-elle, et quatorze armées marchèrent sur les frontières pour faire face à l'ennemi. Mais elle est marquée d'un stigmate de sang par l'assassinat du roi et la création du comité de salut public, tribunal revêtu d'une puissance dictatoriale sur les biens et sur les personnes , et de plus par la sanguinaire loi des suspects, qui en fut le corollaire.
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1S évolution du © tuermidor. — Deux factions divisaient la Convention : d'un côté les girondins ou modérés, de l'autre les mwilagnards ou exaltés révolutionnaires. Robespierre, qui gouverne ceux-ci, tout à la fois chef de club et d'un parti fougueux, décime impitoyablement les girondins qui ne jouissent pas de la même popularité. La terreur est
Eortée à son comble, les forfaits les plus épouvantales se commettent au nom de la liberté. Toutes les villes de France sont inondées de sang. De nobles victimes montent à l'échafaud. La vertu est poursuivie. Un morne effroi glace tous les cœurs et se peint sur tous les visages. La mort frappe à la porte de tous ceux que signalent leur probité et leur vertu. Aucune voix n'ose s'élever et le silence cependant est un crime. Les églises sont fermées, on n'ose pas prier tout haut, on n'ose pas avouer la religion de ses pères!... Robespierre règne ; maisTallien, Vadier, Billaud et Fréron, épouvantés des menaces du tyran révolutionnaire, le dénoncent à leur tour. Trop faible pour résister à cet orage, Robespierre meurt sur l'échafaud. La France respire.
ISireetoii*©.- — Taudis que la Convention se décime elle-même, les victoires des armées françaises à Tournai, Hondschoot et Fleurus leur ouvrent le chemin de la Hollande qui prend le nom de république batave. Toute la rive gauche du Rhin est conquise et assurée à la France parla paix de Baie conclue avec la Prusse, le 17 mai 1795. L'Espagne accède à cette paix qui déjoue la coalition. La conquête de la Hollande enchaîna cette république au sort de la France, assura la possession de la Belgique et ferma le continent aux troupes de l'Angleterre. En même temps, cette dernière puissance hérita du commerce des Provinces-Unies, et la guerre qui survint lui laissa l'espoir de s'emparer de leurs colonies. Le 26 octobre de la même année, la Convention, triomphante, termine ses séances, après avoir fait accepter la constitution de l'an III. Le nouveau corps législatif, divisé en deux
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conseils, celui des Anciens et celui des Cinq Cents, succède à la Convention, et le Directoire au comité de salut public. Les cinq membles du Directoire sont investis du pouvoir exécutif. C'était une image imparfaite d'une chambre haute et d'une chambre basse. Mais la séparation des deux pouvoirs ne pouvait que faire naître entre eux de promptes dissensions.
Campagne d'Italie — La retraite de la Prusse et de l'Espagne laissait à l'Autriche seule, et à quelques Etats du nord de l'Allemagne, tout le poids de la guerre. La Russie avait bien accédé à la coalition, à la sollicitation de l'Angleterre ; mais le concours de Catherine ne fut guère effectif, et elle se contenta d'envoyer une escadre en Angleterre. Le Directoire, pour forcer l'Autriche à la paix, pénétra dans ses Etats avec deux armées; mais l'archiduc Charles battit Jourdan, et Moreau ne put tenir devant lui. Après la brillante retraite de ce dernier sur le Rhin, l'Italie devint le principal théâtre de la guerre. Les victoires de Montenotte, Millésimo, Mondovi, Castiglione, Arcole etLodi, donnent à la France la Savoie et le comté de ÎNice, tandis que la prise de Mantoue, signalée par la destruction de quatre armées autrichiennes, ouvre aux Français le chemin de l'Autriche. Ronaparte accomplit ces prodiges à l'âge de 26 ans, et fonde, sur le modèle du gouvernement français , les républiques cisalpine et ligurienne.
C'est ainsi que la France corrobore sa domination en Italie par l'établissement d'Etats libres, sur le modèle du gouvernement français. La Corse est reprise aux Anglais qui la possédaient depuis trois ans ; l'armée française pénètre jusqu'au cœur de l'Autriche et menace sa capitale. Venise, tombée depuis un siècle dans l'oubli et qui avait pris le parti de la neutralité , est sacrifiée par l'Autriche pour obtenir la paix. Elle la partage avec la France par les préliminaires de Léoben, et cette dernière puissance ayant déclaré la guerre à la république à cause du
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soulèvement de Vérone, prend la capitale, abolit l'aristocratie qu'elle remplace par un gouvernement populaire, et s'empare de ses des Ioniennes à l'aide de ses propres vaisseaux. Enfin, le traité de Campo- Formio assura à la France ses nouvelles conquêtes et termina cette glorieuse campagne. Cette paix détruisit les antiques fondeinens du système politique de L'Europe, établis par les traités de Westphalie et de Ryswick. La France et l'Autriche s'agrandirent à la fois aux dépens de la république de Venise, qui fut rayée de la liste des Etats, et de l'empire germanique qui dut pressentir son asservissement à l'une de ces deux puissances.
Négociateurs : Pour la France, Bonaparte, qui fit cette paix seul et presque sans consulter le Directoire ; pour l'Autriche, le marquis de Gallo, le comte de Cobentzel.
C"Œi&€pflêàe tle ls& SaEi^ge. — Le Directoire craignant que la Suisse, malgré sa neutralité, ne donnât passage aux armées de la coalition, résolut de s'en emparer. Des dissensions éclatèrent parmi les cantons, et le manque d'unité accéléra la ruine de la confédération. Le canton de Berne montra une héroïque fermeté pour le maintien de son indépendance, et le brave d'Erlack y joua le rôle que Kociusko avait joué en Pologne. Mais la ville fut prise, les cantons se soumirent, à l'exception des trois petits qui obtinrent une honorable capitulation ; le pacte fédératif fut détruit, et la république helvétique une et indivisible, fut proclamée le 12 mai 1798. Depuis lors cette malheureuse république eut à souffrir cinq années de guerres et de factions, jusqu'à ce que la France rendit à la Suisse le repos avec son ancienne constitution. Genève fut incorporée à la république française.
Expédition «l'Fvgyfïte.— Cette entreprise, conduite par le héros du temps, parut lapins extraordinaire qui ait jamais été conçue. Préparée sous l'ap-
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parcnce d'une descente en Angleterre, l'exécution en fut plus merveilleuse que les préparatifs/Les Français s'embarquèrent à Toulon le 18 mai 1798; ils prirent Malte le 21 juin ; leur escadre fut 'suivie, mais non rencontrée par celle des Anglais, mouillée près du fort Marabou. Le débarquement s'effectua le 1er juillet; le 2 on s'empara d'Alexandrie et de Rosette; le 21, le général Bonaparte gagna la bataille «les Pyramides ; le 22, le Caire fut occupé par Desaix, et le 1er août, la flotte française fut détruite à Aboukir, par Nelson. Les Français firent des progrès dans la Haute-Egypte. Après le combat de Sédiman, où les Français battirent Mourad-Bey, l'expédition de Syrie manqua à Saint-Jean-d'Acre (1799). On s'aperçut trop tard que l'Egypte ne pouvait être conservée sans la possession de Sa Syrie.
La conquête et la colonisation de l'Egypte devaient dédommager de la perte des Indes-Occidentales et imprimer une direction nouvelle au système colonial des Européens. Bonaparte l'ayant quittée pour revenir en France, Kléber, à qui il avait laissé le commandement, fut assassiné, et le général Menou, qui lui succéda, fit une convention avec l'Angleterre pour l'évacuation de la conquête.