ADMINISTRATION DE ROMULUS
Romulus divisa le peuple en trois corps ou tribus, et chaque tribu fut subdivisée à son tour en dix curies, commandées par autant de chefs ; il assigna à chaque citoyen deux arpens de terre. Les pères de famille, pour lesquels il eut toujours une prédilection particulière, et ceux qui s'étaient distingués perdes actions d'éclat, eurent un lot plus considérable. De cet acte de justice résulta l'ordre des patriciens et celui des plébéiens ; mais pour rapprocher les distances, il établit le patronage, qui obligeait, d'un côté, les patriciens ou patrons à diriger les affaires des plébéiens, à répondre à leurs consultations, à les défendre gratuitement devant les tribunaux; et de l'autre , les plébéiens à regarder leurs patrons comme leurs pères , à doter leurs filles, etc. ; institution admirable par sa tendance à réunir des classes naturellement divisées d'intérêt. Ce prince forma ensuite un conseil d'état composé de cent membres choisis parmi les patriciens; il leur conféra le titre de sénateurs, et les chargea de l'examen et de la décision des affaires dont il ne pourrait s'occuper lui-même. Comme chef de l'état, il se réserva la surintendance du culte , le ministère de la justice, le pouvoir d'assembler les curies, et de faire exécuter les lois du peuple dont il était le conservateur direct; enfin le commandement des armées et le droit exclusif de faire la paix ou la guerre.
Ce qui prouve que Romulus voulait faire un peuple de braves, c'est : 1° la faculté qu'il accorda aux peuples voisins de s'incorporer dans les tribus de Rome , et de participer aux emplois publics; 2° de n'avoir permis l'exercice des armes qu'aux hommes libres, laissant , comme à Sparte, aux esclaves et aux étrangers le soin de s'occuper des arts et du commerce.
Il suffit, pour faire l'éloge de cette constitution, de dire qu'elle se conserva intacte pendant plusieurs siècles , et qu'elle fut la source de toutes les vertus publiques de ce peuple extraordinaire.
D'après les sages dispositions du sénat pendant l'interrègne, Numa Pompilius, Sabin d'origine, monta sur le trône, et tout prit alors un caractère pacifique et religieux. Il créa l'ordre des vestales, qu'il dota des deniers publics; le collège des pontifes, dont il se déclara le chef, celui des fccialcs, espèce 'de tribunal chargé de juger les délits politiques, même de rompre la paix. Le peuple reçut une nouvelle organisation ; il fut divisé par arts et par métiers, et gouverné par des magistrats qu'on renouvelait tous les ans. Pour consolider ces divers établissemens , Numa érigea un temple à la bonne foi, et fit du serment l'objet d'un culte particulier qu'il lia au principe du gouvernement. Les Ro-
mains acquirent sous le règne de ce prince quelques notions du droit public. Ils ne firent plus la guerre sans une déclaration préalable des féciales. On connut les trêves, les suspensions d'armes, on accorda des capitulationshonorables.il mourut après 43 ans de règne (671).