TIGE. III
l'accroissement en diamètre. Lorsque Duhamel a retrouvé dans l'aubier le fil d'argent qu'il avait cru avoir engagé dans le liber, c'est que ce fil avait été passé à travers la couche organique du cambium.
Le liber se sépare et se réorganise en partie chaque année par sa face interne. En effet, la couche de cambium qui baigne sa surface intérieure s'organise, et s'ajoute à cet organe, en sorte qu'il prend graduellement plus de développement. C'est pour cette raison que le liber se trouve formé de plusieurs lames ou feuillets réunis les uns aux autres par une couche excessivement mince de tissu cellulaire.
Ainsi donc, pour nous résumer, il se forme chaque année dans le tronc des arbres dicotylédons une nouvelle couche ligneuse. Cette nouvelle couche est produite par une partie du cambium , qui s'organise et se solidifie. L'aubier formé l'année précédente acquiert plus de densité, et se change en bois. Mais le liber n'éprouve aucune transformation ; seulement il se répare et s'accroît par sa face interne au moyen d'une partie du cambium.
C'est par ce mécanisme qu'a lieu, selon nous, l'accroissement en épaisseur des tiges des dicotylédons; expliquons île même leur développement en hauteur.
B. Accroissement en hauteur.
A l'époque de la germination, la radicule s'enfonce dans la terre, tandis que le caudex ascendant s'élève vers le ciel. La première couche du cambium
s'organise, et obéit à cette impulsion. Vers l'automne , quand elle est changée en aubier et en liber, son accroissement s'arrête. Quand, au retour du printemps, la végétation recommence, le tissu végétal est gorgé de fluides nourriciers qui vivifient les bourgeons; de la partie supérieure de la tige part un nouveau centre de végétation d'où s'élève une jeune pousse qui éprouve dans son développement les mêmes phénomènes que la première; à cette seconde en succède une troisième, qui, l'année d'ensuite, est surmontée d'une quatrième, etc.
Le tronc se trouve donc formé par une suite de cônes très-allongés, dont le sommet est en haut, et qui sont superposés les uns aux autres Mais le sommet du cône le plus intérieur s'arrête à la base de la seconde pousse, et ainsi successivement, en sorte que ce n'est qu'à la base du tronc que le nombre des couches ligneuses correspond au nombre des années de la plante. Ainsi, par exemple, une tige de dix ans offrira à sa base dix couches ligneuses. Elle n'en présentera que neuf, si on la coupe à la hauteur de la seconde pousse, que huit à la troisième , et enfin qu'une seule vers son sommet. C'est pour cette raison que le tronc des arbres dicotylédons est plus ou moins conique.
Il est des arbres sur lesquels ce développement en hauteur est des plus manifestes: dans les pins et les sapins , par exemple. Au bout de la première année, on voit au sommet de la tige un bourgeon conique , d'où part un verticille de jeunes rameaux, au centre
TIGE. Il3
■desquels en est un qui s'élève verticalement; c'est lui qui est destiné à continuer la tige. A la fin de la seconde année , de son sommet part également un semblable bourgeon qui présentera les mêmes phé-, nomènes dans son développement. Ainsi Ton peut connaître clans ces arbres le nombre de leurs années par le nombre des verticilles de rameaux qu'ils présentent sur leur tige.
§ i. accroissement de la tige des arbres rnonocotjlêdons.
Si nous examinons l'accroissement du stipe d'un palmier, nous voyons qu'il se développe de la manière suivante:
Après la germination, les feuilles, ordinairement plissées sur elles-mêmes, se déroulent et se déploient en formant un faisceau circulaire, qui naît du collet de la racine. Du centre de ce faisceau part, la seconde année, un autre bouquet de feuilles, qui rejettent en debors celles qui existaient déjà. Alors les plus anciennes se fanent, se dessèchent et tombent. Mais leurs bases étant intimement adhérentes au sommet de la racine, restent, persistent, et constituent, en se soudant , un anneau solide qui devient la base du stipe. Chaque année un nouveau bourgeon central venant à se développer, les feuilles les plus extérieures de celui qui l'a précédé tombent, et leur base qui persiste forme un nouvel anneau qui s'ajoute au-dessus de ceux qui existaient déjà.
Il4 ORGANES DE LA VÉGÉTATION.
Tel est le développement de la tige des Monocotylédons. Leur stipe , au lieu d'être formé , comme le tronc des Dicotylédons , de couches concentriques, est composé d'anneaux superposés. D'après cela, on voit que le tronc des Monocotylédons ne doit croître que très -peu en épaisseur. En effet, son développement latéral ne peut avoir lieu qu'autant que la base persistante des feuilles ne s'est point encore assez solidifiée et endurcie pour résister à la pression excentrique que le bourgeon tend à opérer sur elle. Aussi voyons-nous que les palmiers, qui ont quelquefois jusqu'à cent vingt et cent quarante pieds de hauteur, ont une tige qui a souvent à peine un pied de diamètre.
Dans les arbres dicotylédones c'est le Cambium qui est l'agent essentiel de l'augmentation de la tige, puisque c'est lui qui , chaque année , s'organise et forme une nouvelle couche ligneuse. Ici, au contraire, c'est le bourgeon terminal couronnant le stipe qui remplit le même usage. Aussi l'arbre périrait-il infailliblement, si l'on retranchait ce centre de végétation.
Si nous comparons d'une manière générale l'accroissement en diamètre de la tige des arbres dicotylédons et celui des monocotylédons, qu'il ne diffère pas moins que leur structure anatomique. En effet, dans les dicotylédons il y a deux systèmes distincts, le système central, formé de l'étui médullaire et des couches ligneuses, et le système cortical, qui se compose de Pécorce. Ces deux systèmes s'ac-
TIGE. I i J
croissent séparément, en sorte qu'il y a deux surfaces d'accroissement dans cette classe de végétaux. Le système central s'accroît par les nouvelles couches qui s'ajoutent à sa surface externe , et. le système cortical s'accroît au contraire par sa face interne.
Dans les végétaux monocotylédonés, au contraire, il n'y a qu'une seule surface d'accroissement, et par conséquent qu'un seul système. M. Them. Lestiboudois, professeur à Lille, remarquant , et avec juste raison , que dans ce système unique qui forme la tige des monocotylédons, l'accroissement se fait par la face interne, en tire cette conclusion que ce système est le cortical, et que le central manque. D'où il suit que le stipe des palmiers est organisé comme l'écorce des dicotylédons. Cette opinion ingénieuse ne manque pas de probabilité.
Pour terminer ici tout ce qui a rapport à l'accroissement de la tige dans les végétaux , il nous reste à faire connaître le résultat des observations publiées récemment par M. Dutrochet. (JIJé/?\ du Muséum, ■vol. vu et yiii. Jusqu'à présent on n'avait admis l'accroissement en diamètre que comme le résultat des nouvelles couclies qui s'ajoutent chaque année entre l'Aubier et l'écorce. M. Dutrochet a le premier prouvé que les végétaux s'accroissent en diamètre en deux sens, savoir, i° en épaisseur, par la formation des nouvelles couches entre l'écorce et l'Aubier; i° en largeur, par le développement latéral de la nouvelle couche et la formation de nouveaux
Ïl6 ORGANES DE L.4 VÉGÉTATION.
faisceaux de fibres. Cet accroissement, dans le sens de l'épaisseur et de la largeur, a lieu également dans les racines et clans les tiges.
C'est d'abord sur la tige de laClématite que M.Dutrocheta fait ses premiers essais. Lorsque l'on coupe transversalement l'extrémité d'une jeune branche de Clématite, on trouve qu'elle se compose de six faisceaux de fibres longitudinales, séparés les uns des autres ptr des rayons ou espaces médullaires assez larges. Peu à peu , et par les progrès de la végétation, il se forme au centre de chaque espace médullaire un nouveau faisceau défibres longitudinales qui acquiert bientôt le même volume que les six faisceaux primitifs; en sorte qu'à la fin de la première année la tige se trouve composée de douze faisceaux de fibres, séparés par autant de rayons médullaires.
Pendant la seconde année, chacun des six faisceaux primitifs se divise en trois par la production médiane d'un nouveau faisceau de fibres longitudinales séparé des deux autres, au milieu desquels il s'est développé, par deux rayons médullaires incomplets, qui n'atteignent pas jusqu'à la moelle centrale. D'un autre côté, les six autres faisceaux secondaires de la première année se divisent chacun en deux par la formation médiane d'un nouveau rayon médullaire incomplet; d'où il résulte qu'à la fin de la seconde année il y a trente faisceaux de fibres distingués les uns des autres par autant de rayons ou espaces médullaires , dont douze seulement , savoir, ceux qui existaient à la fin de la pre-
TIGE. il n
mière année, sont seuls complets et établissent une communication directe eutre la médulle externe et l'interne.
Pour peu qu'on réfléchisse avec quelque attention à la manière dont les faisceaux de fibres longitudinales se sont multipliés, on verra que l'accroissement s'est fait latéralement. En effet, la production médiane de nouveaux faisceaux de fibres au centre des rayons médullaires, ou celle de nouveaux l'ayons médullaires au centre des faisceaux de fibres, a dû nécessairement dilater latéralement, et par conséquent augmenter la largeur de la couche circulaire dans laquelle ce développement s'est opéré. Or , c'est cette dilatation latérale qui n'avait point encore été aperçue avant l'habile expérimentateur dont nous faisons connaître ici les observations.
L'accroissement en largeur s'arrête dans les parties dès l'instant qu'elles se sont solidifiées. Ainsi il n'a plus lieu dans les couches ligneuses; mais il se continue dans l'écorce, et c'est ainsi qu'elle permet l'accroissement en épaisseur des couches ligneuses.
L'accroissement en largeur a également lieu dans les racines, ainsi que nous l'avons déjà annoncé. Mais dans cet organe il commence toujours par la production médiane de nouveaux rayons médullaires au centre tdes faisceaux de fibres. Plus tard ces nouveaux espaces médullaires donnent eux-mêmes naissance à d'autres agglomérations de fibres.
D'après ce qui précède , on voit que les élémens-.
organiques des végétaux ont une tendance naturelle à la production médiane. Ainsi les faisceaux de fibres tendent à produire dans leur partie moyenne de nouveaux rayons médullaires. D'un autre côté les rayons médullaires tendent à produire de nouveaux faisceaux de fibres longitudinales.
Nous venons de faire connaître l'opinion de l'auteur relativement à l'accroissement en largeur; exposons aussi ses idées sur le développement en épaisseur. Les couches ligneuses de nouvelle formation qui se développent chaque année sont séparées des anciennes par une couche mince de médulle centrale. Ces couches de médulle, qui isolent les couches ligneuses les unes dés autres, ne sont pas toujours faciles à apercevoir. Mais elles sont très - visibles , par exemple , dans le Rhus tjphinum , ou leur couleur plus foncée les fait distinguer au premier coup d'œil des cou'ches de bois, qui sont plus claires. Au printemps l'accroissement en épaisseur commence toujours par la formation de cette couche mince de tissu cellulaire, ou de médulle. Bientôt, par sa propriété de donner.naissance à des fibres longitudinales, cette couche de moelle produit des vaisseaux qui l'environnent, et constituent ainsi une sorte de canal médullaire, destinée à devenir plus tard la nouvelle couche ligneuse.
Dans cette théorie on voit le rôle important que l'auteur fait jouer à la moelle. C'est elle, en effet, qui devient l'agent essentiel de l'accroissement en diamètre, puisque c'est elle qui donne naissance aux