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CHAPITRE III

Sous le nom général de bourgeons nous comprenons, i° les Bourgeons proprement dits, i° le Turion, 3° le Bulbe, 4° Ie Tubercule, 5° les Zto/billes.

§ . i Ztecf Bourgeons proprement dits.

Les bourgeons proprement dits ( gemmœ) sont des corps de forme, de nature et d'aspect variés, généralement formés d'écaillés étroitement imbriquées les unes sur les autres, et renfermant dans leur intérieur les rudimens des tiges, des branches, des feuilles et des organes de la fructification. Ils se développent toujours sur les branches, dans l'aisselle des feuilles, ou à l'extrémité des rameaux. Ils sont ovoïdes , coniques ou arrondis; composés d'écaillés superposées les unes sur les autres, et imbriquées, couverts à l'extérieur, dans les arbres de nos climats, d'un enduit visqueux et résineux, et garnis à l'intérieur d'un tissu tomenteux, et d'une sorte de bourre, destinés à garantir les organes qu'ils renferment des rigueurs de la froide saison. Aussi n'observe-t-on point d'enveloppes de cette sorte sur les arbres de la zone torride, ni sur ceux qu'on abrite dans nos serres. Mais les végétaux qui en sont dé-

pourvus ne peuvent résister aux froids de nos hivers, et périraient immanquablement , si on les y laissait exposés.

Les bourgeons commencent à paraître en été , c'est-à-dire à l'époque où la végétation est dans son plus grand état de vigueur et d'activité; ils portent alors le nom à' feux. Ils s'accroissent un peu en automne, constituent les boutons , et restent stationnâmes pendant l'hiver. Mais, au retour du printemps, ils suivent l'impulsion générale communiquée aux autres parties de la plante; ils se dilatent, se gonflent; leurs écailles s'écartent et laissent sortir les organes qu'ils protégeaient. C'est alors qu'on les appelle proprement des bourgeons.

Les écailles, qui constituent la partie l'a plus extérieure des bourgeons, n'ont pas toutes une même nature, une même origine. Le seul point commun de ressemblance qu'elles aient entre elles, c'est de n'être jamais que des organes avortés et imparfaits. Ainsi quelquefois ce sont des feuilles , des pétioles, des stipules, qui n'ont point acquis leur entier développement, et qui cependant, dans certaines circonstances, s'accroissent, se déploient et décèlent ainsi leur véritable nature.

Les bourgeons sont divisés en nus et ècailleux : les premiers sont ceux qui n'offrent point d'écaillés à l'extérieur , c'est-à-dire que toutes les parties qui les composent poussent et se développent. Tels sont ceux de la plupart des plantes herbacées.

On appelle , au contraire , bourgeons èeaiJlcux

ceux dont la partie externe est formée d'écaillés plus ou moins nombreuses, comme on l'observe dans les arbres de nos climats.

Suivant les organes dont leurs écailles sont formées , on distingue les bourgeons écailleux en :

i° Foliacés (gemmœ foliaceœ) , ceux dont les écailles ne sont que des feuilles avortées, souvent susceptibles de se développer, comme dans le boisgentil (Daphne Mezereum).

'2° Pétiolacês { gemmœ petiolaceœ ) , quand leurs écailles sont constituées par la base persistante des pétioles, comme dans le noyer (Juglans regia).

3° Stipulacés {gemmœ stipulaceœ), lorsque ce sont les stipules qui , en se réunissant, enveloppent la jeune pousse, comme on l'observe dans le charme (Carpinus sylvestris), le tulipier (Lyriodendrwn tulipifera), et surtout certaines espèces de figuiers; par exemple, dans le Ficus elastica i et d'autres encore. 4° Fidcracés (gemmœ fulcraceœ), quand ils sont formés par des pétioles garnis de stipules , comme dans le prunier.

Les bourgeons sont le plus souvent visibles à l'extérieur, long-temps avant leur épanouissement. Il est certains arbres , au contraire , dans lesquels ils sont comme engagés dans la substance même du bois, et ne se montrent qu'au moment où ils commencent à se développer; tels sont les acacias (Robinia pseudoacacia. L. ) et beaucoup d'autres Légumineuses.

Les bourgeons peuvent être simples , c'est-à-dire ne donner naissance qu'à une seule tige, comme

clans le lilas , le chêne; ou bien composés , c'est-àdire renfermant plusieurs tiges ou rameaux , comme ceux des pins.

Selon les parties qu'ils renferment , on a encore distingué les bourgeons en : florifères , foliif ères et mixtes.

i° Le bourgeon florifère ou fructifère (gemma florifera seu fructifèra) est celui qui renferme une ou plusieurs fleurs sans feuilles. Il est en général assez gros., ovoïde et arrondi, comme dans les poiriers , les pommiers , etc.

i° Le bourgeon foliifere [gemma foliifera) ne renferme que des feuilles ; tel est celui qui termine la tige du bois-gentil (Daphne Mezereum).

3° Enfin on appelle bourgeon mixte (gemma fbliif/orifera) celui qui contient à la fois des fleurs et des feuilles, 'comme dans le lilas.

Les cultivateurs ne se trompent jamais sur la nature d'un bourgeon, qu'ils reconnaissent, en général, d'après sa forme : ainsi, celui qui porte des fleurs est conique, gonflé; celui qui ne porte que des feuilles, au contraire, est effilé, allongé, pointu.

§ 'i. Du Turion.

On donne le nom de turion (turio) au bourgeon des plantes vivaces; c'est lui qui, en se développant, produit chaque année les nouvelles tiges. Ainsi la partie de l'asperge que nous mangeons est le turion de la plante de ce nom. La différence entre le bour-

geon proprement dit et le iurion, c'est que ce dernier naît constamment d'une racine vivace, c'est-àdire que son origine est toujours souterraine, tandis que l'autre naît toujours sur une partie exposée à Pair et à la lumière.

§ 3. Du Bulbe (i).

Le bulbe (bulbus, i) est une sorte de bourgeon appartenant à certaines plantes vivaces , et particulièrement aux Monocotyiédons. Nous avons déjà vu, en parlant des racines bulbifères, qu'il était supporté par une espèce de plateau solide , horizontal , intermédiaire à lui et à la véritable racine. C'est à ce tubercule aplati que sont fixées par leur base les écailles charnues qui forment le bulbe à l'extérieur. L'intérieur renferme les rudimens de hampe et des feuilles. Ces écailles sont d'autant plus épaisses, charnues et succulentes, qu'on les observe plus à l'intérieur du bulbe; les plus extérieures, au contraire, sont sèches, minces et comme papyracées.

Tantôt ces écailles sont d'une seule pièce, et s'emboîtent les unes dans les autres, c'est-à-dire qu'une seule embrasse toute la circonférence du bulbe , comme dans l'ognon ordinaire [Allium Cepa) , la jacinthe (Hyacinthus orientalis). On les nomme alors

(i) Bidbus , i, étant masculin en latin , et tiré d'un mot grec (Bo).ëoç) également masculin, nous avons cru devoir lui conserver, le même genre en français.

BOURGEONS. î 3*]

bulbes en tuniques {bulbi tunicati). (Voyez pi. î , fig. 7, 7 a.)

D'autres fois ces écailles sont plus petites , libres par leurs cotés, et ne se recouvrent qu'à la manière des tuiles d'untoît. Par exemple, dans le lis [Lilium candidum). Ils constituent dans ce cas les bulbes êcailleux {bulbi squamosi , imbricati). (Voy. pi. a, fig. 11.)

Enfin quelquefois les tuniques qui constituent le bulbe sont tellement serrées et confondues , qu'on ne peut les distinguer, et qu'il paraît formé d'une substance solide et homogène. Ce bulbe porte alors le nom de solide {bulbus solidus). Par exemple dans le safran (Crocus satwus),\e colchique [Colchicum autumnale) , le glayeul [Gladiolus commuais).

C'est ici que nous ferons remarquer le passage insensible du bulbe proprement dit au véritable tubercule. C'est ici que nous trouverons en même temps la preuve et la confirmation du principe que nous avons précédemment énoncé , savoir : que les tubercules, regardés pendant si long-temps comme des racines, ne sont que de véritables bourgeons. En effet, personne ne conteste que l'on ne doive regarder comme des bourgeons les bulbes à tuniques et les bulbes êcailleux , même les bulbes solides de la tulipe et du colchique. Or, nous le demandons, quelle différence y a-t-il entre ces bourgeons solides et les deux tubercules des Orchidées , ceux de la pomme de terre? Si, dans un cas, l'on a appliqué un nom à lundi ces organes, pourquoi en donnerait -on un

l38 OROANFS U!: LA VÉGÉTATION.

autre à une partie absolu ment analogue par sa structure et ses usages (i)?

Le bulbe est tantôt simple, c'est-à-dire formé Ù un seul corps, comme la tulipe, la scille.

Ou bien il est multiple, c'est-à-dire que sous une même enveloppe on trouve plusieurs petits bulbes réunis, auxquels on donne le nom de cayeux. Par exemple dans l'ail [Allium sativunî).

Les bulbes, étant les bourgeons de certaines plantes vivaces, doivent se régénérer chaque année. Mais cette regénération n'a pas lieu de la même manière dans toutes les espèces. Quelquefois les nouveaux bulbes naissent au centre même des anciens, comme dans Pognon ordinaire {Allium Cepd)', d'autres fois, de la partie latérale de leur substance, comme dans le colchique, Y Oriiithogalum minimum, etc.; on bien, les nouveaux se développent à coté des anciens , comme dans la tulipe, la jacinthe; ou au-dessus d'eux, dans le glayeul, ou au-dessous, dans un grand nombre d'Ixia, etc.

A mesure qu'un bulbe pousse la tige qu'il renferme, les écailles extérieures diminuent d'épaisseur, se fanent et finissent par se dessécher entièrement. Elles paraissent donc, fournir à la jeune tige une partie des matériaux nécessaires à son développement.

(i) Dans les bulbes solides , le plateau n'est plus distinct du reste de la substance. Ne pourrait-on pas admettre , dans ce cas , que c'est la substance du plateau , qu'on regarde comme un véritable tubercule, qui a pris un accroissement extraordinaire, et a recouvert tout le bourgeon ?

Le bouton central qui occupe la partie supérieure du stipe des Palmiers, et qui de toules parts est environné des pétioles persistans des feuilles précédentes, peut en quelque sorte être regardé comme une sorte de bulbe porté sur une tige plus ou moins considérable, qui l'élève beaucoup au-dessus de la racine. Il en est de même de la prétendue tige des Bananiers.

§ 4- Des Tubercules.

Les tubercules {tuberciiki) sont de véritables bourgeons souterrains , appartenant à certaines plantes vivaces. Nous ne reviendrons point ici sur ce que nous avons déjà dit toucliant la nature des tubercules ; nous ne rapporterons point de nouveau les faits et les raisons qui nous ont déterminé à regarder ces excroissances charnues comme de véritables bourgeons.

Ils sont tant-it simples, et ne développent qu'une seule tige, comme dans les Orcbis.

Tantôt multiples, c'est-à-dire plusieurs réunis ensemble et coanme agglomérés , dont chacun pousse une tige particulière , comme dans la Saxifrage grenue ( Saxifraga granulata ).

Tantôt, composés , c'est-à-dire que d'un tubercule simple il sort plusieurs tiges , comme dans la Pomme de terre.

§ 5. Des Bulbilles.

On nomme bulbilles ( bulbilli des espèces de

petits bourgeons solides ou écailleux , naissant sur différentes parties de la plante, et qui peuvent avoir une végétation à part, c'est-à-dire que, détachés de la plante-mère , ils se développent et produisent un végétal parfaitement analogue à celui dont ils tirent leur origine. Les plantes qui offrent de semblables bourgeons portent le nom de vivipares (Plcmtœ ■viviparœ ).

Us existent, ou bien dans l'aisselle des feuilles, comme ceux du Lis bulbifère \JLilium bulbiferum). Dans ce cas, ils sont dits axillaires.

D'autres fois enfin ils se développent à la place des fleurs-, comme dans Y Ornithogalum viviparum , YAllium carinatum , etc.

On a dit aussi que les bulbilles pouvaient quelquefois se développer dans l'intérieur du péricarpe et occuper la place des graines. Mais nous avons fait voir i^Ânn. des Sciences nat., 1824) que ces prétendus bulbilles ne sont autre chose que les véritables graines, qui ont acquis, souvent aux dépens du péricarpe lui-même, un développement extraordinaire. Mais leur organisation intérieure reste absolument la même.

La nature des bulbilles est semblable à celle des bulbes proprement dits. Tantôt ils sont écailleux, comme dans le Lilium bulbiferum , tantôt solides et compactes.

On doit regarder comme de véritables bulbilles les petits corps qui se développent dans différentes parties des plantes agames , telles que les Fougères,

fiOURGi-ONS. l/|I

les Lycopodiacées , les Mousses, les Lichens, etc., et que Ton a fort improprement nommes des graines. Quoique ces corps, que nous nommons spondes , soient susceptibles de reproduire une plante analogue à celle dont ils se sont détachés , on ne peut les confondre avec les véritables graines. En effet, la caractère essentiel de la graine est de renfermer un embryon, c'est-à-dire un corps complexe de sa nature , composé d'une radicule ou rudiment des racines, d'une gemmule ou germe de la tige, et d'un corps cotvlédonaire. Par l'acte de la germination , l'embryon proprement dit ne fait que développer les parties qui existaient déjà en lui toutes formées. Ce n'est pas la germination qui leur donne naissance; elle ne fait que les mettre dans une circonstance propre à leur accroissement. Dans les bulbilles, au contraire, et surtout dans les sporules des Agames, il n'y a pas d'embryon. Il n'y existe nulle trace de radicule, de cotylédons et de gemmule. C'est la germination qui crée ces parties. Ce ne sont donc pas de véritables graines.

Usages des Bourgeons , des Bulbes , etc.

Plusieurs bourgeons sont employés dans l'économie domestique comme alimens : tels sont , par exemple , les turions de l'Asperge et de plusieurs autres plantes de la même famille. Tout le monde connaît l'emploi journalier que l'on fait des différentes espèces du genre Allium, tels que l'Ognon

commun (Allium cepa ) , F Ail {Albuiin satwunï), le Poireau {^Allium pomun) , rÉchalotte ÇAllùim asvalonicum) , etc.

La thérapeutique emploie aussi les bourgeons ou bulbes de quelques végétaux. Ainsi c'est avec les bourgeons de la Sapinette (Pinus picea), infusés dans la bière , que se prépare la bière -sapinette. Les squames du bulbe de la Scille (Scilla maritima sont un puissant diurétique. On remploie également comme excitant l'organe pulmonaire. L'Ail, comme on sait, est un excellent anthelminthique , etc.

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