‹ Nouveaux élémens de botanique et de physiologie végétaleChapitre 36 sur 129 · L. Superficie · texte numérisé non relu

L. Superficie

i° Luisantes (fol. lucida) , ayant leur surface unie et réfléchissant la lumière : le laurier-cerise, le lierre.

i° Unies (fol. lœvia), n'offrant aucune saillie ni aspérité : le Nymphœa , etc.

3° Glabres (fol. glabra) , dépourvues de toute espèce de poils : la petite centaurée (Erythrœa Centaurium), le laurier-rose.

4° Pertuses (fol. pertusà) , percées de trous trèssensibles : (Dracontium pertusunï).

5° Cancellées (fol. ca/icellata) , quand le parenchyme n'existe pas , et qu'elles sont simplement formées par les ramifications des nervures fréquemment anastomosées , et représentant une sorte de treillage, comme celles de Y Hjdrogeton fenestralis .

6° Glanduleuses (fol. glandulosa), offrant à leur surface de petites glandes.

7 ° Scabres (fol. scabva ) , rudes au toucher. L'orme (Ulmus campes tris) , le grémil (Lithospermum officinale), etc.

8° Glntineuses (fol. glutinosa), offrant, quand on les touche, une viscosité plus ou moins grande : Inula viscosa.

M. Pubescence. (Voyez ce que nous en avons dit précédemment en parlant de la tige , page n^. )

TV. Consistance et tissu.

i ° Membraneuses (fol. membranacea ) , n'ayant

pas d'épaisseur sensible , molles et souples , comme celles de la grande aristoloche (Arisiolochia Sypho).

i° Scarieuses (fol. scariosa) , minces, sèches, demi-transparentes.

3° Coriaces (fol. coriacea) , quand elles sont épaisses et qu'elles ont une certaine consistance : celles du gui (Viscum album).

4° Molles ( fol. mollïa), ayant peu de solidité, et douces au toucher: l'épinard (Spinacia oleracea) , la guimauve (Jlthœa offîcinalis).

5° Roides (fol. rigida ) , coriaces et résistant à la flexion : le petit houx (Ruscus aculeatus).

6° Charnues (fol. carnosa) : la joubarbe des toits (Sempervivum tectorurn), et en général toutes les plantes grasses.

70 Creuses (fol. fistulosa ) : l'ognon ordinaire (Allium Cepa).

O. Forme (1) (épaisseur ou solidité notable).

i° Ovèes (fol. ovatd), ayant la forme d'un œuf.

(1) Il ne faut pas confondre, comme on le fait très-souvent, la forme et la figure d'un corps. La /orme ne s'entend que des corps solides , c'esl-à-dire de ceux qui présentent l'étendue , la largeur et l'épaissiur. La partie de la géométrie qui s'en occupe porte le nom de stéréométrie. Le terme de figure n'est applicable qu'aux corps plans , c'est-à-dire aux surfaces qui n'offrent que deux dimensions , la largeur et la longueur. On donne le nom de planimétrie , à la partie de la géométrie qui traite de la figure des corps plans. Ainsi un œuf a une forme ovée : une feuille plane, représentant la section longitudinale d'un œuf, a une figure ovale. On voit donc la nécessité de distinguer les expressions for maires des expressions figuraires.

20 Qbovèes (fol. obovata), ayant la forme d'un œuf renversé.

3° Conoïdales (fol. conoïdea), ayant la forme d'un cône.

4° Cylindriques (fol. cylindrica, teretia), ayant la forme d'un cylindre allongé : le Sedum album, l'ognon.

5° Linguiform.es (fol. linguiformia) , ayant l'épaisseur et la forme d'une langue : la joubarbe des toits (Sempervwum tectorum).

6° Triquèlres (fol. triquetrd), allongées en prisme à trois faces, le jonc fleuri (Butomus umbellatus).

70 Tètragonèes (fol. tetragona), allongées en prisme à quatre faces : Gladiolus tristis.

8° Comprimées (fol. compressa ) , épaisses , charnues, aplaties latéralement, ayant plus d'épaisseur que de largeur.

P. Coloration.

i° Vertes (fol. viridia) : la plupart des feuilles.

20 Colorées (fol. colorata), d'une autre couleur que le vert.

3° Glauques (fol. glauca): Magnolia glauca, le chou (Brassica oleracea).

4° Discolores (fol. discolora) , quand les deux faces ne sont pas de la même couleur. Ainsi , dans la cymbalaire (Antirrhinum cjmbalaria), le cyclamen (Cyclamin Europeum), la face supérieure est verte , l'inférieure est pourprée.

5° Tachetées (fol. maculata), offrant des taches plus ou moins considérables , d'une couleur diffé-

rente de celle de la feuille: {Arum macula tum). 6° lucanes {fol. incana), d'un blanc pur : {Achillœa incana).

Q. Pétiolation.

i° Sessiles [fol. sessilia) : le buis {Buxus sempervirens), etc.

i° Pétiolées {fol. peliolald) : le platane, le poirier, l'abricotier.

3° Peltées {fol. pellata), quand le pétiole s'insère au centre de la face inférieure des feuilles, et que les nervures partent de ce point, en rayonnant vers la circonférence: comme dans la capucine {Tropceolum majus), l'écuelle d'eau [Hydrocolyle vulgaris). (Voyez pi. 3, fig. 9.)

Quand les feuilles sont pourvues d'un pétiole, il ne faut pas négliger les caractères qu'on peut tirer de ces différentes modifications.

Ainsi, il peut être cylindrique, comprimé, triquètre,

filiforme , court, long, etc. Nous n'avons pas besoin

de donner ici l'explication de ces expressions , que

nous avons déjà définies , pour la plupart , dans un

autre lieu.

Le pétiole peut être tordu sur lui-même, comme dans plusieurs Cucurbitacées , etc.

Claviformc, en forme de massue {p. claviformis), quand il est renflé d'une manière manifeste à sa partie supérieure , comme dans la châtaigne d'eau {Trapa natans).

Canaliculé, ou creusé en gouttière xp. canalicu-

talus), quand il est convexe à sa face externe, concave du côté de la tige ; par exemple, dans beaucoup d'Ombellfères.

Ailé (p. alatus), quand le limbe de la feuille se prolonge sur lui de manière à former de chaque côté un appendice membraneux. Par exemple, dans l'oranger (Citrus Aurantiuni).

Foliforme, ou en forme de feuille (fbliformis), quand il est large, mince, et a l'aspect d'une feuille. Dans ce cas, il remplace fort souvent les véritables feuilles, qui n'existent que dans les individus encore jeunes, et tombent à une certaine époque. Ainsi les prétendues feuilles simples des Minosa de la nouvelle Hollande ne sont que des pétioles élargis et foliiformes, etc. On leur a donné le nom AePhjilodes.

R. Suivant leur durée sur la tige, on distingue les feuilles en :

i° Caduques (fol. caduca), lorsqu'elles tombent peu de temps après leur apparition , comme celles de beaucoup de cactus.

i° Décidues (fol. decidua), quand elles tombent avant une nouvelle foliation : celles du marronnier , du tilleul , etc.

3° M arcescentes (fol. marcescenlia) , lorsqu'elles se dessèchent sur la plante avant de tomber, comme celles du chêne.

4° Persistantes (fol. persistentia ) , celles qui restent sur le végétal plus d'une année. Par exemple, dans les pins, les buis, le laurier- cerise, etc. Ces

arbres portent le nom général d'arbres toujours verts.

§ 1. Des Feuilles composées .

La feuille vraiment composée, avons-nous dit, est celle qui, sur un pétiole commun, porte plusieurs petites folioles qu'on peut isoler les unes des autres. Ces folioles sont, ou articulées sur le rachis, c'est-àdire attachées par un point très-rétréci de la base de leur petit pétiole , ou continues avec lui par toute la base de leur pétiole.

Il y a différens degrés de composition dans les feuilles. Ainsi le pétiole commun peut être simple, ou bien il peut se ramifier.

Quand le pétiole commun ne se ramifie pas , la feuille est dite simplement composée. On l'appelle feuille décomposée , quand il se ramifie.

Nous allons étudier les modifications qu'elle présente dans ces deux cas.

Les feuilles simplement composées offrent deux modifications principales , suivant la position qu'affectent les folioles qui les composent. Ainsi tantôt toutes les folioles partent du sommet même du pétiole commun, comme dans le marronnier dinde, le trèfle, etc.; tantôt au contraire ces folioles naissent sur les parties latérales du pétiole commun ou rachis, comme dans le frêne, le baguenaudier, l'acacia, etc. On a donné le nom de feuilles digilèes à la première de ces deux modifications, et celui de pennées à la seconde.

Les feuilles digitées (fol. digitata) sont donc celles dont toutes les folioles partent en divergeant du sommet du pétiole commun, à la manière des doigts de la main lorsqu'ils sont écartés.

Le nombre des folioles qui constituent les feuilles digitées est très -variable, comme on peut le voir en comparant ensemble les feuilles du trèfle, qui en offrent trois, avec celles des Pavia, qui en ont cinq; celles du marronnier d'Inde, qui en présente sept; celles des lupins, qui en offrent un grand nombre, etc. Aussi est-ce d'après ce nombre que l'on a divisé les feuilles digitées en :

i° Unifoliolèes (fol. unifoliolata^) , quand elles n'offrent qu'une seule foliole, mais qui est articulée au sommet du pétiole. Dans ce cas, des raisons d'analogie, et la présence d'une articulation font ranger cette feuille parmi les composées. Telles sont celles de l'oranger (Cilrus Aurantiuni) , du Rosa simplicifolia, etc. (Voy. pi. 4, fig- i-)

i° Trifoliolèes (fol. trifoliolata ), quand elles ont trois folioles comme le trèfle d'eau (Menyanthes trifoUata) , l'alleluia (Oxalis acetosella). (Voyez

Pl. 4, «g. 5.)

3° Quadrifoliolèes (fol. quadrifoliolata ), composées de quatre folioles (Marsilea quadrifolia).

4° Quitiquéfoliolèes (fol. quinquefoliolatd): Cissus quinquefolia , Potcntilla repians , etc.

5° Seplemfoliolêes (fol. septenfoliolata), le marronnier d'Inde; etc. (Voy. pl. 4, fig- 6.)

6° Midtifoliolées [fol. multifoliolata), composées

d'un grand nombre de folioles , comme le Lupinus varius.

Les feuilles pennées (fol. pennata), comme nous l'avons dit, sont celles qui, sur un pétiole commun, portent un nombre plus ou moins considérable de folioles, disposées sur des parties latérales à la manière des barbes d'une plume sur leur tige commune; telles sont celles de l'acacia ( Robinia pseudoacacia}, du frêne {Fraxinus excelsior). (Voyez

pl.4,%3.)

Les folioles d'une feuille pennée peuvent être opposées l'une à l'autre et disposées par paire; dans ce cas, on dit qu'elles sont oppositi-pennèes ; ou bien ses folioles sont alternes , et les feuilles sont dites alternait- pennées.

Les feuilles oppositi-pennèes sont également appelées conjuguées. On dit qu'elles sont :

i° Unijuguées {fol. unijugata), quand le pétiole commun porte une seule paire de folioles, comme dans le Lathjrus latifolius , le Lathyrus sylvestris, etc. ( Voy. pi. 4-> fig- 4* )

i° Bij agitées {fol. bijugata), composées de deux paires de folioles, comme dans certains Mimosa. (Voy. pi. 4. fig. a.)

3° Trij Baguées (fol. trijugata), composées de trois paires de folioles, comme celles de VOrobus tuberosus.

4° Quadrijuguèes ( fol. quadrijugata ).

5° Quinquèj uguées (fol. quiiiquejugatri) , comme celles de la casse ( Cassiafist.ula ).

6° Multij uguées (fol. multijugata) , quand les paires de folioles sont en nombre indéterminé, comme celles de la fausse réglisse ( Astragalus glycyphyllos ) , la Vicia cracca, etc.

Les feuilles oppositi - pennées sont dites paripennées ou pennées sans impaire, quand les folioles sont attachées par paires, et que le sommet du pétiole commun ne présente pas de foliole solitaire ni de vrille qui en tienne lieu, comme dans le caroubier {Ceratonia siliqua), YOrobus tuberosus , etc. (Voy.pl. 4,fig- 2.)

Elles sont dites au contraire, impari • pennées ou pennées avec impaire ( impari- pennata ) , quand le pétiole commun est terminé par une foliole solitaire, comme dans l'acacia (Robinia pseudo- acacia), le frêne (Fraxinus excelsior). (Voy. pi. 4, fîg. 3. )

Les feuilles impari -pennées sont appelées tri/oliolèes (fol. impari -pennata trifoliolata) , quand, audessus de l'unique paire de folioles dont elles sont formées, se trouve une foliole solitaire pétiolée, comme dans les espèces de Dolichos, de Glycine, de Phaseolus , etc.

On appelle feuilles interruptè- pennées (fol. interup le -pennata) celles dont les folioles sont alternativement grandes et petites, comme dans l'aigremoine ( Agrimonia Eupatoria).

Quant aux feuilles decursivé-peinêes , c'est-à-dire celles dont le pétiole commun est ailé par le prolongement de la base des folioles, nous ne les rangeons pas parmi les feuilles composées, puisque au-

FEUILLES. ï 77

cune foliole ne peut être enlevée sans en déchirer la partie foliacée. Ce ne sont que des feuilles plus ou moins profondément pinnatifides.

Les feuilles décomposées (fol. decomposila) sont le deuxième degré de composition des feuilles; le pétiole commun est divisé en pétioles secondaires , qui portent les folioles. On les appelle :

ï ° Digitèes - pennées (fol. digitato - pennata ) , quand les pétioles secondaires représentent des feuilles pennées partant toutes du sommet du pétiole commun. Exemple : certains Mimosa.

i° Bigèminèes (fol. decomposito - bigeminata ) , quand chacun des pétioles secondaires porte une seule paire de folioles. Exemple : Mimosa unguis cati.

3° Bipennées (fol. bipennata, duplicato-pennata), quand les pétioles secondaires sont autant de feuilles pennées, partant du pétiole commun, comme dans le Mimosa Julibrizin, etc. ( Voy. pi. 4, fig. 7. )

On nomme feuilles surdécomposées le troisième et dernier degré de composition que présentent les feuilles. Dans ce cas les pétioles secondaires se divisent en pétioles tertiaires, portant les folioles. Ainsi on appelle feuille s urdécomposée- triternèe celle dont: le pétiole commun se divise en trois pétioles secondaires, divisé chacun en trois pétioles tertiaires, portant aussi chacun trois folioles, comme dans XActœa spicata , Y Epùnedium alpinum. (Voy. pi. 4, %• 8.)

Nous venons d'exposer avec quelques détails les

l'jS ORGANES DE LA VÉGÉTATION.

nombreuses variétés de forme, de figure, de consis tance, de simplicité et de composition, que présentent les feuilles. INous avons cru devoir donner quelque développement à cet article, parce que beaucoup d'autres organes, que nous étudierons successivement, tels que les stipules, les sépales, les pétales, etc., nous offriront des modifications analogues dans leur figure, leur forme, leur structure, etc., qui, une fois décrites et définies, n'auront plus besoin que d'être citées pour être parfaitement comprises.

Structure , usages et Jonctions des Feuilles.

Les feuilles, comme nous l'avons dit précédemment, sont formées par trois organes principaux, savoir : par un faisceau vasculaire provenant de la tige; par du parenchyme, prolongement de l'enveloppe herbacée de l'écorce, et enfin par une portion d'épiderme qui les recouvre dans toute leur étendue.

Le faisceau vasculaire constitue le pétiole, quand celui-ci existe. Ces vaisseaux sont des trachées, des fausses trachées et des vaisseaux poreux; ils sont, dans le pétiole, enveloppés à l'extérieur par une couche de la substance herbacée , qui se prolonge sur eux au moment où ils sortent de la tige. C'est par leur épanouissement et leurs ramifications successives qu'ils constituent le réseau de la feuille. Les mailles ou espaces vides qu'ils laissent entre eux sont remplis par le tissu parenchymateux venant de l'écorce.

Ce parenchyme manque quelquefois, comme dans X Hydrogeton ; et alors la feuille, qui n'est composée que par son réseau vasculaire, offre l'aspect d'une sorte de treillage ou de dentelle.

L'épiderme qui recouvre les surfaces de la feuille est en général mince et très -poreux, surtout à la surface inférieure.

Les feuille-s sont, avec les racines, les organes principaux de l'absorption et de la nutrition dans les végétaux. En effet, elles absorbent dans l'atmosphère les substances nutritives qui peuvent servir à l'accroissement. Aussi quelques auteurs les ont -ils désignées sous le nom de racines aériennes. Elles remplissent encore d'autres usages d'une haute importance dans l'économie végétale. Elles servent à la transpiration et à l'exhalation des fluides devenus inutiles à la végétation, et c'est par elles que la sève se dépouille des sucs aqueux qu'elle contient, et qu'elle acquiert toutes ses qualités nutritives.

C'est principalement par les pores situés à la face inférieure de la feuille des plantes ligneuses que les fluides vaporeux et les gaz répandus dans l'atmosphère sont absorbés. Cette face inférieure, en effet, est plus molle, moins lisse, et présente presque toujours un duvet léger qui favorise cette absorption; leur face supérieure, au contraire plus lisse, plus souvent glabre, sert à l'excrétion des fluides inutiles à la nutrition du végétal; c'est ce qui constitue la transpiration dans les végétaux.

Les feuilles des plantes herbacées, plus rappro-

l8o ORGANES DE LA VÉGÉTATION.

ehées du sol , plongées en quelque sorte dans une atmosphère continuellement humide , absorbent également parleur face supérieure et leur face inférieure. C'est au célèbre Bonnet que l'on doit ces connaissances. Ce physicien posa des feuilles d'arbre sur l'eau, par leur face inférieure; elles se conservèrent fraîches et vertes pendant plusieurs mois. Il en posa d'autres par leur face supérieure, qui en peu de jours , ne tardèrent point à se faner. Des feuilles de plantes herbacées se conservèrent saines pendant fort long- temps dans les deux positions.

C'est dans le parenchyme . des feuilles , de même que dans toutes les autres parties vertes et herbacées du végétal, que s'opère la décomposition de l'acide carbonique absorbé dans l'air. Lorsqu'elles sont exposées à l'action du soleil, elles décomposent ce gaz, retiennent le carbone et dégagent l'oxygène, Le contraire a lieu quand elles sont soustraites à l'action de la lumière ; car alors elles prennent dans l'air une portion de son oxygène, qu'elles remplacent en dégageant une égale quantité de gaz acide carbonique. On sait que les végétaux privés de l'influence du soleil s'étiolent, c'est-à-dire qu'ils perdent leur couleur verte , deviennent mous, aqueux et contiennent une plus grande proportion de principe sucré.

Mais nous reviendrons tout à l'heure avec plus de détails sur les phénomènes de l'absorption et de la transpiration, en traitant de la nutrition dans les plantes.

Les feuilles sont susceptibles de certains mouvemens qui dépendent évidemment de l'irritabilité dont elles sont douées. Des faits nombreux et bien constatés mettent hors de doute l'existence de cette propriété dans les végétaux.

Si l'on place une branche tenant encore à sa tige de manière que la face inférieure des feuilles regarde vers le ciel, on verra les feuilles se retourner, peu à peu, et reprendre leur position naturelle. Ce fait peut s'observer chaque jour lorsqu'on taille et que l'on palissade les arbres tenus en espalier , comme le pêcher, la vigne , etc.

Ce sont surtout les feuilles composées et articulées, c'est-à-dire celles dont les folioles sont attachées par articulation au pétiole commun , qui présentent les mouvemens les plus remarquables. Ainsi, pendant la nuit, les folioles d'un grand nombre de Légumineuses, dont les feuilles sont toutes articulées , ont une position différente de celle qu'elles occupent pendant le jour. Linnaeus a donné le nom de sommeil des plantes à ce phénomène singulier. Par exemple, les folioles de Y acacia, au lever du soleil, sont étendues presque horizontalement. Mais à mesure que cet astre s'élève au-dessus de l'horizon, ses folioles se redressent de plus en plus, et deviennent presque verticales; elles commencent au contraire à baisser à mesure que le jour décline.

D'autres plantes présentent encore des pbénomènes analogues, qui tous paraissent dépendre de

l'influence de la lumière. C'est en effet ce que l'on peut conclure des expériences ingénieuses de M. De Candolle. Cet habile botaniste, ayant placé dans un caveau, à l'abri de la lumière, des plantes à feuilles composées, est parvenu, en les privant pendant le jour de la lumière, et les éclairant au contraire fortement la nuit , à changer dans quelques-unes les heures de leur veille et de leur sommeil.

Mais les feuilles de certains végétaux exécutent aussi des mouvemens d'irritabilité que l'on ne peut pas attribuer uniquement à l'influence delà lumière. La sensitive [Mimosa Sensitiva) est de ce nombre. La secousse la plus légère, l'air faiblement agité par le vent, l'ombre d'un nuage ou d'un corps quelconque, l'action du fluide électrique, la chaleur, le froid, les vapeurs irritantes, telles que celles du chlore, du gaz nitreux, suffisent pour faire éprouver à ses folioles les mouvemens les plus singuliers. Si l'on en touche une seule, elle se redresse contre celle qui lui est opposée, et bientôt toutes les autres de la même feuille suivent et exécutent le même mouvement, et se couchent les unes sur les autres, en se recouvrant à la manière des tuiles d'un toit. La feuille elle-même tout entière ne tarde pas à se fléchir vers la terre. Mais peu de temps après, si la cause a cessé d'exercer son action, toutes ces parties, qui semblaient s'être fanées, reprennent leur aspect et leur position naturelle.

\JHedysarum gyrans , plante singulière, originaire du Bengale , offre des mouvemens très-remar-

li.liILLl-S. 1 8S

quables. Ses feuilles sont composées de trois folioles articulées : deux latérales plus petites, une moyenne plus grande. Les deux latérales sont animées d'un double mouvement de flexion et de torsion sur ellesmêmes, qui paraît indépendant dans chacune d'elles. En effet, l'une se meut quelquefois rapidement, tandis que l'autre reste en repos. Ce mouvement s'exécute sans l'intervention d'aucun stimulant extérieur. La nuit ne le suspend pas. Celui de la foliole médiane, au contraire, paraît dépendre de l'action de la lumière, et cesse quand la plante n'y est plus exposée.

Les folioles du Porliera se rapprochent et s'accolent aussitôt que le ciel se couvre de nuages.

L,e Dionœa muscipula , plante originaire de l'Amérique septentrionale , présente , à l'extrémité de ses feuilles, deux lobes réunis par une charnière médiane. Quand un insecte , ou un corps quelconque, touche et irrite leur face supérieure, ces deux lobes , se redressant vivement, se rapprochent, et saisissent l'insecte qui les irritait. Aussi cette plante porte-t-elle le nom vulgaire iï ailrape-inoiiche.

M. Dutrochet, que nous avons déjà cité avantageusement dans le cours de cet ouvrage , s'est Beaucoup occupé des mouvemens des feuilles dans les végétaux , et plus particulièrement dans la sensitive. Nous exposerons ici brièvement le résultat de ses opinions.

À la base du pétiole des feuilles dites articulées, qui sont les seules dans lesquelles se manifestent les mouvemens d'irritabilité , on aperçoit un renflement

ï 84 ORGANES DE LA VÉGÉTATION.

ou bourrelet qui se termine ensuite par un rétrécissement manifeste. Jusqu'à présent on avait pensé que les mouvemens se passaient dans oe point rétréci , que Ton regardait comme semblable à l'articulation des membres chez les animaux. Les expériences de M. Dutrochet tendent à prouver que tous les mouvemens ont lieu dans le bourrelet lui-même, et qu'ils se réduisent à la flexion et au redressement. Dans le premier cas il forme une courbe dont la convexité est tournée vers le ciel ; dans le second cas il est presque droit. Ce bourrelet est essentiellement composé d'un tissu cellulaire fin et délicat, garni d'une très-grande quantité de petits grains verts, qui sont pour M. Dutrochet autant de corpuscules nerveux. Au centre se trouve un faisceau de vaisseaux nourriciers. C'est ce tissu cellulaire du bourrelet, qui est le siège des mouvemens du pétiole, que l'on peut à volonté anéantir en enlevant ce tissu cellulaire. Ainsi, quand on enlève le tissu cellulaire du côté inférieur du bourrelet , la feuille reste fléchie et ne peut se redresser; si au contraire on ôte la partie supérieure, la feuille conserve la faculté de se redresser, mais elle ne peut plus se fléchir. Il résulte évidemment de cette expérience que la flexion de la feuille est produite par l'action du bourrelet supérieur, et que son redressement est dû à celle du bourrelet inférieur. Ce sont en quelque sorte deux ressorts antagonistes, dont J'un devient alternativement plus fort que l'autre.

En voulant étudier avec plus de soin l'organisation

FEUILLES. l85

intime du bourrelet, l'habile expérimentateur, dont nous exposovs ici les idées , est arrivé à une autre découverte. Si l'on coupe une tranche très -mince du tissu cellulaire du bourrelet sur le côté supérieur, on la voit sur-le-champ se ployer en cercle, dont la concavité est constamment tournée vers l'axe du bourrelet. Si l'on répète la même opération sur le côté inférieur, la concavité du cercle regarde également vers le centre ; en sorte que le bourrelet est composé de deux ressorts antagonistes, qui tendent à se courber en sens inverse : le ressort inférieur redresse le pétiole, tandis que le supérieur le fléchit. M. Dutrochet donne le nom à' incurvation à cette propriété que possèdent les lames du bourrelet en se roulant dans un sens ou dans un autre.

La cause immédiate de ces mouvemens d'incurvation, réside, selon notre auteur, dans Y action nerveuse mise enjeu par les agens du dehors. Il était naturel que M. Dutrochet, ayant attribué aux plantes un système nerveux, analogue à celui des animaux, lui fit jouer dans les phénomènes de la végétation le rôle important que ce système remplit dans les actions de la vie animale. Ainsi donc l'action du système nerveux est la cause des mouvemens visibles des végétaux comme dans les animaux. Mais, s'il en est ainsi, ce système nerveux doit , ainsi que dans ces derniers, être l'organe de transmission de ces mouvemens , ou , en d'autres termes, la partie qui transmet le stimulus qui met en jeu l'action de ce système. Or, c'est ce qui n'a pas lieu, du propre aveu de M. Dutrochel ; car,

l86 ORGANES DE LA VÉGÉTATION.

d'après des expériences extrêmement délicates, il est parvenu à reconnaître que l'action nerveuse qui détermine les mouvemens des feuilles se transmet uniquement par les vaisseaux qui forment l'étui médullaire, vaisseaux entièrement privés de tubercules nerveux. Ainsi donc le système nerveux des végétaux serait l'agent de la puissance nerveuse, sans être l'organe de la transmission de cette puissance.

D'après ce court exposé, il nous semble que l'importante question de la cause des mouvemens des feuilles n'est point encore complètement résolue , et que de nouvelles expériences sont encore nécessaires pour arriver à une solution satisfaisante.

Défoliation ou chute des Feuilles.

Il arrive chaque année une époque ou la plupart des végétaux se dépouillent de leurs feuilles. C'est ordinairement à la fin de l'été ou au commencement- de l'automne que les arbres perdent leur feuillage.

Cependant ce phénomène n'a pas lieu à la même époque pour toutes les plantes. On remarque en général que les arbres dont les feuilles se développent de bonne heure sont aussi ceux qui les perdent les premiers, comme on lobserve pour le tilleul, lemarronier d'Inde , etc. Le sureau fait exception à cette règle; ses feuilles paraissent de bonne heure, et ne tombent que très tard. Le frêne ordinaire présente une autre particularité ; ses feuilles se montrent très-tard , et tombent dès la fin de l'été.

Les feuilles pétiolées , surtout celles qui sont articulées avec la tige , s'en détachent plus tôt que celles qui sont sessiles, et à plus forte raison que celles qui sont amplexicaules. En général , dansjes plantes herbacées, annuelles ou vivaces, les feuilles meurent avec la tige, sans s'en détacher.

Mais il est des arbres et des arbrisseaux qui restent en tout temps ornés de leur feuillage. Ce sont en général les espèces résineuses, telles que les pins, les sapins, ou certains végétaux dont les feuilles sont roides et coriaces, comme les myrtes, lesalaternes, les lauriersroses, etc. On leur donne le nom d'arbres verts.

Quoique la chute des feuilles ait généralement lieu auxapprochesde l'hiver, on ne doit cependant pas regarder le froid comme la principale cause de ce phénomène. Elle doit être bien plus naturellement attribuée à la cessationdela végétation, au manquedeno'urri'turequeles feuilles éprouvent à cette époque de l'année, où le cours de la sève est interrompu. Les vaisseaux de la feuille se resserrent, se dessèchent, et bientôt cet organe se détache du rameau sur lequel il s'était développé.

Usages économiques et médicinaux des Feuilles.

Un grand nombre de végétaux sont cultivés dans nos potagers à cause de leurs feuilles, qui sont d'excellens aiimens. C'est ainsi qu'on emploie fréquemment les choux, les épinards , V oseille , le céleri, les cardons et beaucoup d'autres espèces. Remarquons ici que les cultivateurs se servent souvent de la propriété

l88 ORGANES DE LA VEGETATION.

que possèdent les végétaux privés de l'action de la lumière, de devenir tendres et sucrés, pour les rendre plus propres à la nourriture de l'homme.

La médecine trouve aussi dans les feuilles un grand nombre de médicamens utiles, que l'on peut ranger de la manière suivante :

§ i. Feuilles émollientes.

De guimauve {Althœa officinalis).

De mauve {Malva rolundifolià).

De poirée {Bêla vulgaris).

§ i. Feuilles amères ou toniques.

Trèfle d'eau {Menyanthes trifoliala).

Véronique officinale {Veronica officiiialis). Beccabunga {Veronica Beccabungà).

Petite centaurée {Eryihrœa Centaurium).

§ 3. Feuilles excitantes.

Oranger (Citrus Aurantium).

Menthe poivrée ( Mentha piperltà).

Menthe crépue {Mentha crispa).

Sauge {Salvia officinalis).

Cresson de fonta.me(SisymbriiimNaslur/in/n).

Cochléaria (Cochlearia officinalis).

Cresson alenois (Lepidium sativum).

§ 4- Feuilles vireuses.

Ciguë (Conium maculalum).

Stramoine {Datnra Stramoninm).

Tabac {Nicoliana Tabacum).

Belladone (Alropa Belladona).

Digitale pourprée (Digitalis purpurea ) , etc.

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