LES CONTIENNENT
Les concrétions urinaires varient presque à l'infini de forme, de consistance, de nombre et de dimensions. Ilimporte, Héée que ce point du diagnostic soit ordinairement assez difficiles à établir, d'avoir sur ces particularités des connaissances, sinon parfaitement exactes , ce qui est presque impossible, du moins très-approximatives, avant de procéder à la destruction ou à l'extraction des corps qui peuvent les présenter.
Lorsqu'un calcul urinaire existe seul, et que les organes qui le renferment sont sains, il est quelquefois dificile de reconnaitre immédiatement sa présence. Il échappe, en beaucoup de cas, au cathéter porté dans la vessie. Pourarriveràletoucher, ilestsouvent indispensable de changer la situation du sujet, de le tenir tantôt couché sur le dos, tantôt
appuyé sur les genoux et les coudes, ou même
debout, le haut du corps incliné en avant.
La vessie doit être alternativement distendue par l’urine ou par des injections, et explorée dans l’état de vacuité. Enfin, on se trouve !
ordinairement bien, cet organeétant rempli,
de retirer la sonde, jusqu’à ce que son bec
corresponde seul au col de la vessie, le sujet étant debout, et de faire sortir le liquide, dont le flot eniraine fréquemment le calcul contre l'extrémité de l'instrument.
Lorsqu'un calcul estunique, lechocexercé sur lui est simple; lorsque plusieurs concrétious existent simultanément, au contraire, de choc exercé sur l'une d'elles semble en quelques cas se prolonger, en se communiquant aux autres ; mais on ne saurait ordi-
nairement compter sur la production de ce signe. Ün moyen de. beaucoup meilleur consiste à saisir le calcul dans la vessie, au moyen d’un instrument lithotriteur. S'il est seul, l'instrument qui le renferme ne touche plus rien ; dans le cas opposé, l’instrument, quoique chargé, perçoit encore la présence de nouveaux corps.
Les calculs isolés ont presque toujours une surface arrondie, oblongue ou aplatie, etordinairement rugueuse : ceux qui sont multipliés, au contraire, présentent une circonférence irrégulière, lisse, polie, comme usée ; quelquefois même, ayant conservé enire eux, pendant longtemps, les mêmes rapports, ils offrent des facettes distinctes, et semblentavoir été comme articulés, Aprèsles opérations de Ja taille, l'examen de ces dispositions fait presque constamment reconnaître avec cerlitude si, la première extraction étant faite, l'opération est terminée, ou si d’autres concrétions existent encore dans l'organe.
Le volume des calculs est excessivement variable; il offre tous les degrés intermédiaires, depuis la grosseur d’un pois, jusqu’à celle du poing d’un adulte. Les calculs itrès-volumineux se présentent, pour ainsi dire, d'eux-mêmes au cathéter, et se laissent toucher en quelque situation que se trouve le sujet. Ceux qui sont petits, par opposition, se déplacent aisément, échappent à l'instrument explorateur, se perdent
à chaque instant, et ne sont touchés que
d’une manière fugitive, comme par hasard.
On à imaginé, dans ces derniers temps, pour reconnaître les dimensions des calculs, un cathéter offrant à son extrémité une courbure très-prononcéeet très-courte.
Si l’on introduit cet insirument dans la ves-
sie, convenablement dilatée par une injection ou par de l'urine, jusque derrière le calcul, et que l’on note l'endroit où correspond alors le méat urinaire, en retirant l'instrument vers le col, pendant que de petits coups secs sont portés sur le calcul par le bec, auquel on imprime de légers mouvementsde rotation, on arrive à ne plus le sentir en avant. Le point auquel correspond dans ce dernier instant le méat, comparé à celuiauquelil arrivait précédemment,
mesure assez bien l'étendue antéro-postérieure de la con déte explorée. Ce moyen, d’ailleurs ingénieux, n’est utile qu'aux personnes qui Ont une très-grande habitude d’en faire. usage, et encore les trompe-t-il souvent. Îl'est plus simple et plus sûr de
saisir, si on le peut, le calcul dans uninstrument lithotriteur, et de mesurer direc- |
ec *
tement son volume.
Une précaution qu’on ne doit pas négliger dans ces circonstances consiste, le malade étant couché sur le dos, à porter un ou deux doigts dans le rectum ou dans le vagin, en même temps que l'on déprime la région épigastrique. Il est possible, dans quelques cas, si la pierre est volumineuse, et si le sujet est maigre, de saisir ainsi le
corps étranger entre les deux mains, et
de mesurer directement ses diamètres. On s'assure aussi de cette manière, et c’est le point le plus important, de la largeur du rectum, des rapports de cet organe avec la vessie, des dispositions de la prostate, et enfin des divers états de flaccidité, de relàchement ou de racornissement de ces différentes parties.
Les calculs urinaires sont tantôt libres, flottants, et tantôt retenus dans la situation qu’ils occupent par des dispositions anatomiques variées. Dans le premier cas. leur situation change, comme celle du sujet luimême, et on les rencontre toujours dans la portion de la vessie rendue la plus déclive.
Dans l’autre cas, au contraire, celte situation ne varie jamais; et, quelle que soit la position du sujet, il faut toujours incliner la sonde dans une direction déterminée pour arriver à les toucher.
Il est présumable que le calcul est engagé dans un des uretères lorsqu'on le sent constamment sur un des côtés dela sonde, dans le bas-fond, et peu d’instants après que le bec de l'instrument a traversé le col. Il est probablement engagé dans le col lui-même, si on le rencontre toujours à l'instant où
l'instrument franchit celui-ci.
Les enchatonnements qui ont lieu par le développement des calculs urinaires dans les anfractuosités des vessies à colonnes, où dans les cavités accessoires des vessies mul-
points de la circonférence du réservoir de l'urine, . Dans ces ‘cas, l'algalie ne touche le corps étranger que danstune étendue trèsrestreinte, au delà de laquelle celui-ci semble recouvert d’une pellicule ou d'une
membrane , qui empêche le contact immédiat,
Quant. Lux calculs enkystés, c’est-à-dire à ceux qui, développés au voisinage des uretères, entre les membranes vésicales, ne communiquent point directement avec la cavité de la vessie, les instruments explorateurs ne sauraient Jamais les toucher que médiatement. On ne peut même réconnattre, ordinairement, avec certitude leur présence avant l'opération, et ils ne deviennent presque jamais. Jobjet des tentatives du chirurgien, que lorsque, les organes ayant été incisés pour extraire d'autrés calculs qui les accompagnaient, le doigt a pu être directement porté sur la membrane qui les recouvre.
Enfin, ilest dans la vessie des calculs dits adhérents : ce sont des pierres, ordinairement pesantes, très-inégales à leur surface, qui ont provoqué sur le point qu’elles occupent le développement de végétations plus ou moins nombreuses, qui ont pénétré dans leurs anfractuosités, les ont entourées de toutes parts, et les retiennent avec une force quelquefois assez considérable dans le lieu qu’elles occupent. Ces calculs siégent ordinairement dans le bas-fond de la vessie ; ils y font saillie ; les percussions exercées sur eux sont douloureuses, facilement suivies d'écoulement de sang ; mais, malgré ces particularités , il est difficile de les distinguer des calculs arrêtés au col ou dans les uretères,
Les calculs très-durs produisent à la percussion un son clair, éclatant, facile à entendre, même à une certaine distance. Ceux qui sont mous donnent lieu à un choc pàteux, en quelque sorte, non sonore, et sont plutôt distingués par le frottement dur de l'instrument contre leur surface, que par le bruit qui résulte de leur percussion.
L’acide urique, l’oxalate de chaux, l’urate d’ammoniaque, le phosphate de chaux, le phosphate ammoniaco-magnésien, sont dés
tiloculées, peuvent exister sur tous les | substances que l’on a le plus souvent ren-
* GALCULS VÉSICAUX.
contrées dans les calculs urinaires. Ceux d’acide urique sont jaunes, rougeâtres ou brunâtres, plutôt durs que friables, d’une structure radiée, lamelleuse, à surface assez unie. Ceux d'urate d’ammoniaque ont ordinairement la couleur de café au lait, ou une teinte gris cendré. Ceux de phosphate de Chaux sont, en général, blancs, friables, sans apparence de cristallisation, Ceux de phosphate ammoniaco-magnésien différent de ces derniers, en ce qu’ils offrent une teinte demi-transparente et un aspect cristallin très-marqué. Enfin, les calculs d’oxalate de chaux sont brunâtres ou grisâtres, disposés par couches, et présentent à leur surface des tubercules mousses, arrondis, solides, analogues à ceux des murs, d’où leur est venu le nom spécial de calculs
muraux, qu'ils portent le plus ordinaire- |
ment.
Un calcul retenu dans la vessie est toujours, pour cet organe, en particulier, et pour l’ensemble de l'appareil urinaire, une cause permanente et active d'irritation et de désordre. Ce sont ces désordres dans les fonctions de l’appareil, et les effets de cette irritation locale, qui.constituent les signes rationnels de l’existence des corps étrangers qui nous occupent.
L’excrétion urinaire, chez les calculeux,
est parfois brusquement interrompue par la position du corps étranger contre le col de la vessie, vers lequel l’entraine le flot du liquide ; elle se rétablit d’une manière non moins soudaine, aussitôt que le corps s’est déplacé. Dans les cas de calculs engagés dans l’orifice de l’urètre, la gène est ordinairement permanente et s'accroît progres- Sivement. Chez tous les malades, le besoin d’uriner se renouvelle à des intervalles d'autant plus courts, que la masse calculeuse est plus considérable, plus inépale, et la vessie plus irritée.
Le liquide rendu est rarement dans l'état normal. Dans les cas les plus simples, de la mucosité entraînée avec l’urine forme, au milieu de ce liquide, un léger nuage. D'autres fois, l’urine est surchargée d’une matière grisâtre, puriforme, qui se dépose au fond du vase, sans adhérer à ses parois.
D’autres fois, enfin, l'urine est sanieuse,
brunâtre, sanouinolente, mélée de sang à l’occasion du moindre exercice, et se décomposant peu de temps après avoir été rendue, en exhalant un odeur ammoniacale très-pénétrante. |
La douleur occasionnée par les calculs urinaires se fait sentir principalement à l'extrémité du gland, que les malades sont incessamment excités à froisser et à tirail-
ler. Des sensations de douleur, de pesan-
teur, et parfois de déchirement, se font sentir au bas-fond de la vessie, au périnée, à l'anus. Ces douleurs se propagent souvent, le long des uretères, jusqu'aux reins. Elles sont proportionnées en intensité au volume, à la pesanteur, aux inégalités des calculs. Le plus léger mouvement, l'exercice le plus modéré suffisent, en beaucoup d'occasions, pour les exaspérer. :
La vessie elle-même est souvent racornié, épaissie , devenue inextensible, Cet état se reconnait à la fréquénce du besoin d’uriner, à la petite quantité d'urine rendue chaque fois, à l'impossibilité d'introduire dans la vessie, au moyen des injections, une quantité notable de liquide. Les parois vésicales sont , en quelques cas, dures , calleuses , quelquefois tapissées de pseudo-membranes, incrustées de concrétions pierreuses; et lorsque cet état ne coïncidait point avec la présence des calculs de la vessie, ila pu en imposer sur l'existence de ces derniers.
Chez les anciens calculeux, il est rare que la prostate soit entièrement exempte de tuméfaction. Le relief qu’elle forme en avant du bas-fond de la vessie est quelquefois un obstacle très-manifeste à la reconnaissance des calculs logés dans cette région de la cavité urinaire. Cet état peut étre reconnu à l’aide de l'exploration parlerectum; et l’algalie étant introduite dans le réservoir de l'urine, il convient ou de changer la situation du malade, ou de soulever le calcul avec le doigt placé dans l’intestin , afin de le rendre accessible à l'instrument. |
Enfin , l'organisme entier participe graduellement à la souffrance de l’un de ses appareils les plus importants : la douleur, l’insomnie, des mouvements fébriles irréguliers , simulant assez bien , chez beaucoup de sujets, des accès de fièvre intermittente:
des douleurs vagues dans l'abdomen, des digestions difficiles, une tristesse profonde, sont autant d'accidents qui, graduellement et plus ou moins rapidement développés, entraînent à leur suite l’amaigrissement du sujet, et Je conduisent enfin vers la tombe.
En résumé donc, ilimporte au chirurgien, avant d'entreprendre le traitement des calculs urinaires , de connaître : 1° les variétés diverses dont ces calculs sont susceptibles ; 2° les altérations graduées qu'ont déjà subies les organes qui les recèlent; 8° les
degrés de souffrance que peuyent avoir
éprouvés, par l'effet de leur présence , des orsanes plus ou moins éloignés, ou l’ensemble de l’économie animale. Les considérations déduites de l’âge, du sexe, de la copstitulion des individus, viennent compléter ensuite ces données du diagnostic, et achever de fournir des bases aux indications et aux contre-indications opératoires.