CT. TR
ment ouvrir et fermer l'œil, que ce repli v’est ni insuffisant ni trop cat ble ; puis, à l’aide de ciseaux courbes sur le plais il en pratique l’excision. La plaie doit ensuite être réunie, et la cicatrice, se perdant dans les rides de la paupière, demeure inaperçue, Beer a imaginé, pour cette légère opération , des pinces dont les mors sont disposés en béquille ou en T, à l'extrémité des branches. Cet instrument est commode, bien qu’il soit facile de s’en passer.
L’excision d’une portion des téguments de la paupière supérieure est également le seul moyen de remédier, au moins en partie, aux incommodités résultant de la paralysie du muscle releveur de cet organe , lorsque les stimulants, le galvanisme , les moxas et les autres moyens analogues , employés pour la combattre , sont restés sans succès.
Dans ces cas , la paupière raccourcie remonte , à raison de son élasticité , pendant
le relâchement de l’orbiculaire , tandis qu’elle s’allonge et recouvre l'œil lorsque - les fibres de ce muscle se contractent,. I! importe donc beaucoup de ne retrancher des parties, n1 irop ni trop peu.
Déviés de leur direction normale, les cils se portent quelquefois du côté de la surface oculaire, l’irritent, occasionnent une inflammation permanente, le développement de faisceaux vasculaires considérables, et dans certains cas , des altérations profondes et graves à la conjonclive et à la cornée transparente. Le trichiasis est partiel ou total, c’est-à-dire borné à un petit nombre de cils, même à un seul, ou étendu à iout le rebord d’une paupière. Plus fréquent à la paupière inférieure qu'à la supérieure, il peut exister aux deux yeux en même temps.
Ses causes sont assez variées : [° il est, chez quelques sujets , le résultat de la présence d’une double rangée de cils, dont les uns ont leur direction accoutumée, tandis que les autres sont inclinés vers l'œil. Cette rangée surnuméraire, tantôt complète et tantôt bornée à quelques poils , est toujours formée de cils plus minces, plus délicats et
-plus courts que les autres ; ils offrent parfois une telle ténuité qu'il serait difficile de les distinguer si l’on n’y apportait une grande attention; on a vu ces rangées de
cils être doubles et même triples (distichiasis, trislichiasis, etc., dés auteurs).
2° Le trichiasis dépend d’autres fois de l’entropion, c’est-à-dire de l’excessive inclipaison du bord libre du cartilage tarse , et des cils qui le surmontent, vers le globe oculaire ;
8° Dans quelques cas, la ‘déviation d'un ou de deux cils agree He, ©. cause appréciable, sans douleur , sans inflammation préexistante; sans que l’on aperçoive aucune inclinaison anomale dans le bord libre de la paupière. Il semble que ie poil ait recu , en sortant de l'orifice du bulbe, une impulsion vicieuse, qui le fasse croître dans un s$ opposé à celui qu'il devrait présenter.
4° Une sorte de contraction spasmodi du rebord des paupières , de recroquevillement du cartilage tarse, est parfois la seule cause apparente du trichiasis, qui s'accompagne alors d’un sentiment habituel de resserrement des paupières éprouvé par le malade.
5° Enfin, la cause la plus ordinaire de cette maladie consiste dans des cicatrices bridées , suites d’ulcérations profondes du bord libre des paupières, dont les orifices pileux ont été ainsi écartés de leur direction normale,
Des procédés chirurgicaux appropriés à la manière d’agir des causes qui le déterminent, peuvent seuls être employés avec succès contre le trichiasis. É
Les cils déviés peuvent être renversés et maintenus appliqués contre Îles téguments de la paupière, au moyen d’emplâtres fortement adhésifs, ou à l’aide d’un fil de soie, avec lequel on les étreint, et que l’on fixe sur la joue du malade. Ce dernier procédé est plus efficace que l’autre. Il importe de continuer l'usage du fil jusqu'à ce que le tiraillement des poils ait communiqué aux orifices des bulbes une inclinaison plus favorable , et qu'ils aient pris eux-mêmes l'habitude de se porter en dehors. Les ligatures conseillées par les anciens , et qui , passant à travers les téguments des paupières,comprimaient et fixaient les poils déviés, sont abandonnées avec raison. Il est à noter que l'emplâtre ou le fil de soie ne conviennent que dans les trichiasis légers, produits
par des causes passagères et sans altération profonde des paupières.
On oppose fréquemment au trichiasis l’arrachement des cils. Pour l’exécuier , le chirurgien , après avoir renversé le bord libre de la paupière en dehors, saisit avec de bonnes pinces à ligature les cils déviés , près de leur racine, et les extrait, en ayant la double attention de ne pas les trop serrer,
fin d'éviter de les couper, et de les tirer rm , suivant la direction de leur axe, jusqu’à ce qu'ils cèdent. On les arrache ainsi, l’un après l’autre , dans toute l’éten- . due de la déviation.
À En attachant les cils déviés, soit isolément , soit en les réunissant en faisceaux , avéc de la soie que l’on fixe sur la joue, on peut exercer sur eux une traction lente qui les ébranle, irrite le bulbe et les détache.
Ce procédé est préféré à l’arrachement brusque par quelques personnes.
L’arrachement convient spécialement dans les cas de doubles rangées de cils. Il est suivi sans doute de la reproduction de ces organes; mails Ceux qui reparaissent sont plus grêles et moins résistants que les premiers ; de telle sorte qu'après un certain nombre d’arrachements, le bulbe désorganisé cesse d’en produire de nouveaux.
Afin d'éviter cette reproduction des cils, et d’abréger le traitement , tout en le rendant plus sûr , la cautérisation des bulbes cilaires a été depuis longtemps conseillée.
Les caustiques seraient dangereux, et le cautère actuel mérite seul quelque confiance. Après avoir arraché les cils déviés, on y portait autrefois la pointe d’une grosse aiguille , échauffée à la flamme d’une bougie; mais ce cautère se refroidissait trop facilement, M. Champesmes a imaginé, pour cette opération, un petit cautère , terminé par une sphère de quelques lignes de circonférence, et de laquelle s'élève une pointe aiguë. La sphère forme un réservoir de cha-
leur pour la tige, dont l’action cautérisanteconserve longtemps sa puissance, lorsque
l'instrument a été chauffé à blanc. Malgré ce que ce procédé présente d’ingénieux , il n’a pas été généralement adopté, et semble peu sûr, à raison de la difficulté de pénétrer dans la cavité des bulbes, Peut-être même
la cicatrice résultant de la cautérisation pourrait-elle occasionner la déviation des cils voisins, et étendre ainsi la maladie.
M: Crampton a proposé de pratiquer avec des ciseaux , de chaque côté de la portion déviée du bord ciliaire , une incision verticale, comprenant toute l'épaisseur de l’organe, jusqu’au bord supérieur du cartilage tarse. La portion circonscrite étant renversée en dehors, le chirurgien divise la con- Jonctive, transversalement, d’une des ineisions à l’autre, puis 1l ramène les parties à leur situation normale, et fixe le lambeau incliné vers les téguments au moyen d’emp'âtres agolutinatifs.
On a proposé d’exciser la portion de paupière qui supporte les cils déviés. Schreger pratiquait cette opération au moyen d’une double incision en forme de V; Béclard à l’aide d’une section arrondie , et, dans l’un comme dans l’autre cas, une difformité désagréable succédait à la maladie première, à moins que les branches du V ne fussent.
assez rapprochées pour permettre leur réunion.
Jœger a proposé un procédé plus convenable. Pour l'exécuter, le chirurgien doit glisser sous la paupière une lame de corne ou d'ivoire, en forme de cuiller, afin de soutenir l'organe étendu et fixé sur elle. Avec un bistouri droit, il fait ensuite , à deux lignes du bord libre de la paupière et parallèlement à cebord, une incision aussi longue que lexige le nombre des cils déviés. Il pénètre jusqu’au cartilage , soulève et dissèque la peau du côté de la base de l'orbite; puis, ‘saisissant avec des pinces à ligature la lèvre opposée de la plaie, dans laquelle sont compris les bulbes des poils, il l’excise en portant sur elle le bistouri en dédolant.
La lame de linstrument, appliquée audessus des bulbes, passe derrière eux, et arrive au bord libre de la paupière, dont une portion de épaisseur se trouve conservée. Ce procédé présente l'avantage de ne laisser à sa suite d'autre difformité que celle résultant dela perte des cils et de l’amincissement du bord palpébral. ©
Dans la vue de redresser son bord libre, on a proposé d’exciser seulement un repli de la peau de la paupière. Ce procédé spécia-
lement applicable au trichiasis qui résulte de l’entropion ou du relâchement des voiles palpébraux , a été longtemps considéré comme le plus efficace ou même le seul applicable contre cette maladie. On recommandait surtout, d’ailleurs avec raison, de soulever le repli de la peau et de pratiquer l'excision le plus près possible du bord libre, au-dessus des cils déviés, afin que la cicatrice püt exercer une action plus intense et plus directe sur la portion contournée du cartilage tarse. Après l’opération, la suture conseillée par Beer, Langenbeck et autres, est inutile ; le pansement simple employé par Scarpa suffit pour assurer la guérison.
Pensant que le tissu inodulaire de la ci-
catrice jouirait de plus de solidité ainsi que d’une puissance rétractile plus considérable, quelques chirurgiens pensèrent qu'il convenait mieux d'opérer la déperdition de substance dont il s’agit à l’aide de caustiques minéraux, tels que les acides concentrés, ‘où mieux encore au moyen du cautère actucl. Quadri, de Naples, se servait de l'acide sulfurique. On rapporte des faits à l'appui de cette méthode, dans laquelle le fer incandescent l’emporterait sur les caustiques, à raison de l’instantanéité et de la sûreté de son action.
Vacca Berlinghieri, dans le but d'éviter toute espèce de difformité, autre que celle résultant de la perte des cils, qu’il croyait indispensable, proposa d’enlever seulement les hulbes sécréteurs de ces organes , en laissant la paupière d’ailleurs intacte. Le sujet étant convenablement placé et maintenu, le chirurgien compte d’abord les cils déviés, mesure l'espace qu’ils occupent, et trace, à une demi-ligne du bord libre de l'organe affecté, une raie à l'encre , aussi étendue que cet espace. Ilintroduit ensuite, ‘Sous la paupière, une lame de corne ou d'ivoire, destinée à la soutenir ; puis divise, le long de la ligne tracée, la peau et letissu cellulaire, jusqu’au cartilage. Des deux extrémités de cette incision il en conduit deux autres jusqu’au bord libre de l'organe. Le lambeau quadrilatère ainsi cerné étant disséqué et renversé vers les cils, les bulbes de ces derniersse montrent à découvert, lorsque
par l’abstersion exacte de la plaie et les lavages à l’eau froide, l'écoulement du sang est arrêté. Ces bulbes peuvent être alors ou cautérisés avec un pinceau imbibé d'acide nitrique, ou saisis à l’aide de bonnes pinces
à ligature etenlevés avec l'instrument tran-.
chant. Après cette opération, et lorsque la plaie cesse de fournir du sang, le lambeau doit étrereplacé, maintenu dans sa situation normale, à l’aide de bandelettes agglutinatives, et la guérison ne tarde pas à avoir lieu. Les cils dont les bulbes ont été détruits tombent du sixième au huitième jour pour ne plus reparaître. Plusieurs chirurgiens ont conseillé de les extraire sur-le-champ, alin d'éviter le travail nécessaire à leur séparation. Ce procédé compte des succès obtenus par son auteur en Italie, et en France par M. Sanson. Il est d’une exécution assez difficile.
Les causes et les lésions de tissus qui le déterminent étant variées, le trichiasis ne saurait évidemment être toujours combattu par la même méthode ou le même procédé.
Chacune des opérations indiquées plus haut a donc, en certains cas, une supériorité incontestable sur la plupart des autres. Ce qu'on peut établir en règle générale est que, le but étant donné, il est indiqué de latteindre par la voie la plus courte, et en occasionnant aux parties le moins de difformité possible,
De petites tumeurs furonculeuses se dé-
veloppent assez fréquemment aux paupières, près du bord libre de ces organes ,immédiatement au-dessus des cils, et parfois entre ces poils. Rouges, saillantes, accompagnées d’une sensation pénible de chaleur et de tension, ces tumeurs se ramollissent lentement, et ne guérissent que par la sortie d’un bourbillon celluieux plus où moins considérable. Déterminées par les mêmes causes que les furoncles des autres parties du corps, elles réclament le mémetraitement intérieur, et les mêmes applications locales émollientes et maturatives. *
J'ai eu souvent occasion d’observer des orgelets chroniques, c’est-à-dire des tumeurs de cegenre, en plus ou moins grand nombre, occupant le bord libre des paupières qui en recevalent une épaisseur inégale, une
rougeur violacée, une chaleur âcre, parfois très-incommode, Ces tumeurs pérsistent pendant un temps trés-lung , se montrent rebelles aux traitements ordinaires, et semblent autant éloignées de la résolution que de la fonte suppurative. La cautérisation pratiquée sur elles avec le nitrate d'argent fondu, aprèsles avoir légèrement humectées, et de manière à y produire une escarre profonde, m’a toujours réussi pour en déterminer Ja guérison. Il suffit de promener le cylindre caustique, plusieurs Jours de suite, sur la ligne formée par le sommet des tumeurs, en l'y appuyant et l'y laissant sé- Journer un peu ; des lotions émollientes
favorisent ensuite la séparation de l’escarre,
et la plaie qu’elle laisse à découvert ne tarde pas à se cicatriser, en rendant à la paupière sa forme, ainsi que sa mobilité, sans laisser la moindre trace de sa présence, Ce procédé
est de beaucoup préférable aux pommades |
avec le mercure, les narcoliques et le camphre, dont on a vanté les bons effets.
Des kystes séreux ou fibro-séreux, déve- !
loppés dans le tissu des paupières, plus
fréquemment à Ja paupière supérieure qu’à
TA l’inférieure, y forment des tumeurs arron-
dies, saillantes, mobiles, sans changements
de couleur à la peau, placées, dans la plu- | part des cas, vers le milieu de la hauteur
de l'organe affecté, et par conséquent distinctes, à ces divers caractères, de l'orgelet
dont ilvient d’être question. Ces kystes, qui :
occasionnenttoujours dela difformité,gènent le mouvement des paupières, et parfois compriment douloureusement la surface de l'œil.
Ils sont placés, ‘tantôt en avant, et tantôt en arrière des plans formés par les muscles releveur de la paupière supérieure et orbiculaire, Dans le premier cas, la saillie de la tumeur sous la peau est plus prononcée, plus immédiate, les mouvements de la paupière ne déterminent aucun changement dans son apparence ; dans le second, au contraire, ceite saillie est plus marquée à la face interne de l'organe, et les contractions des fibres musculaires placées en avant du kyste diminuent son relief et semblent
sur les applications résolutives, et en particulier sur celles d’une dissolution vineuse de muriate d’ammoniaque, préconisée par quelques auteurs, contre les kystes des paupières, Üne opération , qui, d’ailleurs, n’est jamais ni grave, nisuivie de difformité, peut seule, dans la plupart des cas, en procurer la guérison,
L'extirpation par la face interne de la paupière est le procédé que l’on a le plus souvent conseillé en pareil cas. Le malade étant convenablement placé, le chirurgien saisit la paupière entre le pouce, placé sous lecartilage tarse et l'indicateur, appuyant sur la peau, et la renverse de:manière à diriger la conjonctive en avant. La tumeur paraît alors et fait une saillie que l’on augmente en pressant sur elle avec l'indicateur, À l’aide d'un bistouri droit, bien affilé , l'opérateur pratique une incision, parallèle au bord libre de l'organe, met à découvert le kyste par la dissection des lèvres de la plaie,
le saisit, l’attire avec une érigne ou de pe-
tites pinces à crochets, et le détache , sans l'ouvrir, soit avec le bistouri qui a servi au début de la petite opération, soit en se servant de ciseaux courbes sur leurs faces,
Ce mode d’extirpation offre l'avantage de ne laisser à l'extérieur aucune cicatrice; on doit donc le préférer généralement. Mais lorsque le kyste est tellement rapproché de Ja peau que celle-ci semble appliquée à sa surface, et surtout lorsqu'elle y estamincie et altérée, c’est en l’incisant qu’il convient d'arriver à latumeur. Une incision parallèle aux rides cutanées étant faite, les deux lèvres de Îa plaie doivent être détachées, et le kyste, mis à découvert, saisi etenlevé comme dans le cas précédent.
Un procédé plus simple, et d’une exécution bien moins dificile, consiste à inciser d’un seul coup, et dans tous les cas, les tissus qui recouvrent le kyste, ainsi que cette production morbide elle-même. La matière,
ordinairement limpide et visqueuse, qui forme la tumeur étant écoulée, le cylindre
de nitrate d'argent est promené avec une
l'appliquer avec plus de force contre la sur- | certaine force dans la cavité qu’elle rem-
face oculaire.
H serait iprudent de compter beaucoup
plissait. L'intérieur du kyste s’exfolie par l'eflet de cette cautérisation, et la plaie se
cicatrise ensuite en un temps assez court.
Préconisée par Maître-Jean, Nuck, Cho-
part et Desault, et tombée en désuétude, lorsque Dupuytren la remit en honneur, la cautérisation de l’intérieur des kystes des paupières présente l’avantage de constituer une opération moins délicate que l’extirpation. Aussi certaine peut-être que celle-ci dans ses résultats, elle n'expose pas, comme elle, à perforer entièrement la paupière à linstant où l'instrument tranchant achève de détacher latumeur. Ces avantages, toutefois , sont compensés par une inflammation plus vive des parties, par une suppuration de plusieurs jours, par une cicatrisation moins prompte, et laissant des traces pins longtemps perceptibles. La perforation de la paupière, d’ailleurs, n’est jamais suivie d'accident, ni même d’inconvénient appréciable : il m'est arrivé une fois dela produire, et d'exciser, avec le tissu cellulaire qui attachait un kyste assez volumineux aux parties profondes de la paupière, une portion de la -conjonctive elle-même. Ni le malade, ni les assistants, ne s’aperçurent de ce fait, et la réunion n’en fut ni retardée ni moins im.
médiate qu'à l'ordinaire. Je crois done que, dans la plupart des cas, l'excision est préférable à la cautérisation, bien que cette dernière puisse être d’une application utile, surtout chez les enfants et les sujets pusillanimes.
Moims fréquents aux paupières qu'aux lèvres, les ulcères cancéreux ÿ naissent à peu près dela même manière, et y présentent des caractères analogues. Ce sont d’abord des tubercules où boutons plus ou moins rouges, durs, saillants, que les malades irritent, qui s'ouvrent à leur sommet, S’agrandissent et détruisent graduellement l'organe qui en est Le siége. Lorsque ces affections résistent aux traitements antiphlogistiques et révulsifs indiqués contre elles, il est indispensable deles attaquer à l’aide de l'instrument tranchant. La prudence exige même que cette opération soit pratiquée aussitôt que l’inutilité des autres moyens
“est reconnue, afin de prévenir les désordres qu’une temporisation prolongée ne manquerait pas de laisser se produire.
Comme aux lèvres, l’excision peut être !
opérée à l’aide d’une double incision en V, dont les bords sont ensuite réunis. Mais ce procédé n’est applicable qu'aux tumeurs très-petites ou aux ulcères fort peu étendus. Presque toujours, le chirurgien estobligéde cerner la maladie à l’aide d’une incision semi-lunaire, et d’emporter une portion plus on moins considérabie du bord libre et de la hauteur de la paupière. La nature
déploie alors de puissantes ressources pour
réparer la perte de substance ; et si du larmoiement, un eclropion, ou une inflammation chronique de la conjonctive, déterminés par la continuelle exposition de l'œil au contact de l'atmosphère , était le résultat de l'opération, il serait possible encore peutêtre, d’y remédier à l'aide de la blépharoplastie. Dans le cas contraire, on se bornerait à combattre les symptômes de la phlogose, toujours moins grave que la maladie détruite par l’opération.
S IL. Lésrons pu GLoBe DE Loft.
Composé de tissus variés, doué d'une sensibililé exquise et d’une vascularité très -développée ; uni à lencéphale par des cordons nerveux considérables, multipliés, et tellement courts qu'ils semblent une continuation directe du cerveau; puisant dans les troncs qui excitent et nourrissent ce viscère les matériaux de nutrition et d’excitation dont il a besoin; exposé, à raison de sa situation superficielle, ainsi que de la nature du stimulant par l'intermédiaire duquel s’exercent ses fonctions, à l’action immédiate de toutes les modifications atmosphériques, l'œil est un des organes de l’économie animale dont les maladies offrent au plus haut degré le triple caractère d’une grande fréquence, d’une immense variété » et d une gravité souvent extrême. Son intime some avec le cerveau, en même temps qu’elle lui fait exprimer avecfidélité les nuances infinies d'exaltation, d’abattement, de stupeur ou de désordre fonctionnel dece viscere, le fait entrer aussi en partage de toutes ses sympathies$ spécialement de celles qui l’unissent à l'estomac et aux autres parties de l'appareil digestif. Enfin, cette délicatesse dans la structure, cette extrême sensibilité, ces re-
lations étroites avec les principaux centres de la vie, expliquent fort bien pourquoi l’inflammation constitue, en dernière analyse, la cause prochaine ou éloignée de la plupart des maladies.
Malgré l'importance extrême qu’elle présenterait, l'ophthalmie, ou l’inflammation des diverses parties de l'œil , considérée du point de vue le plus général, attend encore une histoire méthodique, lumineuse et complète de ses variétés presque infinies, et surtout des résultats qu’elle peut entrainer, D'excellents esprits et de laborieux observateurs ont déjà préparé sans doute, du moins en grande partie, les matériaux qui doivent la composer; mais elle présente d'immenses lacunes, que de nouvelles investigations permettront seules de remplir.
Dans un organe aussi compliqué que l'œil, il est rare que l’inflammation envahisse à la fois et au même degré tous les tissus que la nature a Lselblés pour concourir au même but. L'expérience démontre , au contraire, ce fait, dont l’anatomie fournissait déjà la DEsomPtion, savoir, que les diverses membranes oculaires sont presque constamment atteintes isolément au début des phlegmasies , et que ce n’est ordinairement que plus tard, par voie de contiguité , ou de communauté de nerfs et de vaisseaux, que l'irrilation se propage de l’une à l'apiess s multipliant sur chacune d’elles des désordres variés et graves,
Sous ce rapport, l'œil peut être partagé en trois régions bien distinctes : une antérieure ou superficielle, une moyenne , une postérieure ou profonde.
A la première région appartiennent la con- Jonctive, la cornée transparente, et la portion antérieure de la sclérotique.
La seconde comprend la membrane de l'humeur : aqueuse , l'iris , les procès ciliaires et le cristallin.
L'humeur vitrée et sa membrane propre, la rétine et la choroïde serencontrent dans Ja troisième. %
Sid'on ajoute aux bios variées, presque toutes irritatives ou inflammatoires, de ces tissus, les lésions traumatiques du globe oculaire, dont nous allons d’abord nous occuper, et les altérations de la sensibilité
optique , on aura un tableau assez exact et assez complet des maladies des yeux.
ART, [°T, LÉSIONS TRAUMATIQUES.
Le globe oculaire, arrondi, élastique, éminemment mobile, et offrant de toutes parts une surface lisse et polie, échappe, bien plus souvent qu’on ne le croirait au premier abord, à l’action mécanique des corps extérieurs. Les instruments tranchants ou piquants, et même les corps contondants lancés par la poudre à canon, après avoir divisé, traversé ou déchiré les paupières , glissent fréquemment sur l'œil sans l'entamer et vont épuiser leur action dans l'orbite ou dans l’encéphale. Lorsque les membranes oculaires ont été divisées, ce dont il est facile de s’assurer par la simple inspection de l'organe, le chirurgien doit d’abord s'assurer de l'étendue du désordre.
Les dimensions de la plaie, sa situation à la cornée ou à la partie antérieure de la sclérotique , la section nette, déchirée ou contuse de ses bords, l'évacuation de quantités variables des humeurs de l'œil, la hernie de l'iris : tels sont les éléments du pronostic que le praticien est appelé à porter.
Quant au traitement , il consiste : 1° à faire coucher le sujet à à dé renverse, la tête médiocrement élevée et reposant sur l’occiput ; 2° à réduire et à replacer autant que possible dans leur situation naturelle l'iris , Ja membrane hyaloïde ou la choroïde, qui peuvent faire hernie à travers la solution de continuilé ; 8° à extraire le cristallin si l’on apercevait qu'il eût été blessé et qu'il eût abandonné sa situation, surtout s'il était passé dans la chambre antérieure de’ l'œil ; 4° à rapprocher les paupières , à les comprimer doucement, à les couvrir, ainsi que la région de l'orbite, de topiques froids et résolutifs , comme d’une dissolution légère de sous-acétate de plomb; 5° à pratiquer des saignées générales abondantes , à entretenir un ae. pou san, juin , capillaire, permanent et prolongé aux environs de l'orbite, et à recourir à tous les autres moyens. antiphlogistiques indiqués contre les blessures graves; 6° enfin, à maintenir autour du sujet une obscurité profonde, une tran-
quillité absolue, une température douce, plutôt fraîche que chaude.
Les corps volumineux qui frappent la région oculaire sont presque toujours arrêtés, au moins en grande partie, par les rebords de l'orbite, et déterminent plutôt de l’ébranlement et de la commotion que de la contusion à l’œil. Cet ébraniement peut être porté au point de provoquer la sortie partielle de l'organe et sa procidence en avant
des paupières ou sur la joue, sorte d’exoph-
thalmie qui reconnaît pour cause le rel4chement des muscles droits, et surtout lPecchymose du tissu cellulaire de l'orbite.
Le décubitus dorsal, une douce et égale compression, des topiques réfrigérants et résolutifs, et des évacuations sanguines proportionnées à la violence de l'accident , sont les moyens qu’il convient le mieux alors de mettre en usage. Sous l'influence de ce traitement, il est rare que le sang extravasé dans les chambres oculaires, et qui troublait d’abordlatransparence del'humeuraqueuse, ne soit pas graduellement résorbé , de manière à ce que l'organe malade reprenne l'exercice de ses fonctions.
Parmi les contusions de l’œil, il en estune qui détermine souvent des accidents plus graves , et surtout peu en rapport avec la légèreté apparente de la lésion. Je veux cter de la commotion produite par des grains de plomb. Il n’est pas rare, durant les exercices de la chasse par exemple , de voir des sujets , frappés par un plomb trèspeu volumineux, n’éprouver d’abord que peu de douleur, peu de phlogose , et cependant perdre graduellement la faculté de voir. Il semble qu’alors l’ébranlement, communiqué à la rétine, ait dérangé la structure délicate de cette membrane, au point de la paralyser. Au premier instant, ces blessures ne réclament que l'emploi des moyens de traitement, indiqués plus haut, les seuls qui puissent, ‘en combattant Mi cement la phlogose, prévenir la cécité ; et si, malgré Iéurénergiquepplicahon, cu fta) -Ci survient, ce ne sera encore qu'après la cessation des accidents inflammatoires qu'il conviendra de recourir aux stimulants, destüinés à ranimer dans la pulpe nerveuse la sensibilité éteinte. Il sera question de ces
médications lorsque nous traiterons de l’amaurose.
Parmi les corps étrangers de nature si variée qui peuvent offenser l'œil, les uns sont volumineux, saillants, sautant en quelque sorte à la vue, et ne demandant pour ainsi dire qu’à être saisis avec les doigts ou des pinces , et extraits.
D’autres, légers, ténus, difficiles à découvrir, introduits entre les paupières et l'œil, flottent à la surface de ce dernier, entrainés incessamment de tous côtés par ses mouvements ainsi que par ceux des voiles palpébraux. Des débris d'insectes, des corpuscules voltigeant dans l'atmosphère, des parcelles de végétaux , tels sont ceux de ces corps que l’on rencontre le plus ordinairement. Les malades éprouvent par leur présence une douleur vive, brûlante, insupportable, s’apaisant lorsque le corps se fixe sur un point où la pression ne l’atteint pas, et se renouvelant toutes les fois qu’il devient mobile.
Presque toujours la sensation indique assez exactement le point qu'il occupe. Le sujet étant convenablement situé et maintenu, les paupières doivent être écartées.
Si le corps étranger est placé derrière la paupière inférieure, en abaissant avec force cet organe, il est facile de le renverser et de ddr sa face interne jusqu'au repli de la conjonctive. Le renversement, plus difficile à obtenir à la paupière supÉMeure ne peut souvent avoir lieu qu’à l'aide d'une pression directe exercée au-dessus du cartilage tarse avec l’indicateur, tandis que le pouce saisit et relève le bord ciliaire. En pinçant la paupière et en l'écartant du globe de l’œil, en même temps que l'on fait regarder le sujet en bas, il est assez facile d' explorer, sans renversement préalable, le repli supérieur de la conjonctive. Dans tous les cas, le corps étranger étant découvert, le chidurgioi peut l’entraîner au dehors à l’aide d’un corps mousse, tel que le bouton d’un stylet, une bague, un morceau de papier roulé jusque près de son extrét Il est, en général, peu méthodique de promener ces instruments au hasard , derrière les paupières, avant d’avoir vu le corps étranger qu’il s’agit d'extraire; et l’on doit, enoutre,
se tenir, en garde contre les illusions des : malades, qui attribuent souvent à des corps de ce genre le début d’ophthalmies qui en sont exemptes.
Les corps étrangers, sans pénétrer profondément dans l'œil, adhèrent quelquefois ou s'implantent à sa surface, de manière à
n'être, d’une part, que difficilement décou-
verts, et de l'autre à n'offrir que peu de prise aux instruments à l’aide desquels on cherche à les enlever. Des parcelles de fer des fragments de paille, et parfois même des moitiés de coques de millet, présentent trèssouvent ces caractères. Lorsque l’introdnction vient d’avoir lieu, le chirurgien, appelé à examiner l'œil , distingue assez aisément sur la cornée ou sur la conjonctive le point que le corps étranger occupe : les circonstances commémoratives ; la douleur fixe ressentie par le malade, la vue du corps lui-même suffisent pour assurer le diagnostic. Mais si l'accident remonte à plusieurs jours, il n’est pas constamment aussi facile de découvrir la cause de lophthalmie déjà développée. Demours a publié des détails curieux relativement aux coques de millet, que les femmes, en nettoyant les cages d'oiseaux | recoivent quelquefois sur l'œil! el qui, xdhérart par leur côté concave à la surface de l'organe, s’y attachent et présententà l'observateur une tumeur arrondie, Jaunâtre, analogue à celle que formerait une petite collection purulente.
Un She se présenta, en novembre 1836, à l'hôpital de Strasbourg , atteint d'éphehahiié aiguë à l'œil gauche, Une pustule saillante existait sur la conjonctive, près de la cornée , et offrait à son centre une surface plane , jaunâtre , entourée d’un cerclé rotge, tuméfié. Cet homme prétendait ne s'être exposé à l'introduction d’aucun corps étranger dans l'œil; et cependant je croyais en distinguer un. Une aiguille, portée sur le point jaunâtre, ne put l’ébranler ni l'ouvrir. Je pensai avoir affaire à une ulcération légère, dont le fond était fongüeux , et Je me bornai à combattre la conjonctivite. Les accidents persistaient , toutefois , malgré mes efforts , l’ulcère pré- , tendu ne changeait pas d'aspece et cette
persistance me "ft revenir à ma première
| pensée. Agissant cette fois avec plus d'in-
| sistance , je détachai un fragment de paille
qui adhérait à la conjonctive , et dont l'extraction fut suivie de la guérison presque immédiate de l’ophthalmie,
En beaucoup de cas de ce genre, le diagnostic est plus difficile que le traitement, Lorsque l’on aperçoit un point jaune , brun, noirâtre , plus où moins large et irrégulier, entouré d'un cercle rouge, tuméfié, circonscrit , nul doute qu “L n'existe B un corps étranger, Une aiguille ordinaire, une aiguille à cataracte, un bistouri à pointe allongée, seront portés avec précaution/sur ce corps , afin de l’ébranler , de le dégager, de Fentrainer au dehors. ++ pinces sont rarement utiles. On connaît l’histoire de la femme de Fabrice de Hilden , faisant sortir une parcelle de fer engagée dans l'œil, en approchant de l'organe un morceau d’aimant. Ce fait a trouvé , et peut encore rencontrer des imitateurs.
ART. [l. INFLAMMATIONS DE LA RÉGION SuPenri- CIELLE DE L'OEIL. —— CONJONCTIVITE.
L'inflammation de la conjonetive constitue lophthalmie, telle que la comprirent la plupart des auteurs qui ont précédé l’époque actuelle. Les variétés de cette affection sont fondées sur la nature des causes qui la. déterminent ou l’entretiennent, et parfois aussi sur les symptômes pédominants et.
spéciaux qui l’accompagnent. De là, les conjonctivites on ophthalmies accidentelles, franches où non compliquées ; les conjonc- | tivites catarrhales , purulentes , scrofuleuses, rhumatismales, varioleuses , morbilleuses , scarlatineuses , etc.
La fatigue extrème des yeux, leur exposition fréquente et prolongée à üne lumière vive, l'impression d'un air froid, chargé de vapeurs où de poussières irritantes, les corps étrangers introduits entre les paupiéres , les percussions , les plaies , etes, sont autant decauses directes de la conjonctivite. Parmi les causes indirectes, où sympathiques , on à signalé les passions violentes, les travaux forcés du cabinet, l’abus des liqueurs alcooliques, les excitations habi-.
tuelles de l'estomac et de l’encéphale, en
un mot tous Îles étais organiques suscepti-
bles de déterminer ét d’entretcnir des con-
sestions sanguines vers la tête, le visage, et, par conséquent ; les yeux.
A l’état aigu, la conjonctivite s'annonce par un sentiment incommode de picotement , de chaleur et même de brülure aux yeux.et aux bords des paupières. I} semble au malade que de la poussière se soit introduite entre la surface de l'œil et les voiles membraneux qui le protégent; et cette sensation l’excite à presser et à frotter in-
* cessamment ces parties. Bientôt la conjonctive s’injeete, rougit , laisse apercevoir des vaisseaux dilatés, formant des arborisations plus ou moins serrées , lesquels se confondent enfin, et ne laissent plus apercevoir qu’une surface d’un rouge plus ou moins intense. Tantôt cette rongeur est générale, et iantôt elle n'existe que partiellement.
Dans ce dernier cas, elle offre ordinairement la forme d’une pyramide dont la base est à la eirconférence de l'orbite et la pointe dirigée vers la cornée. L’injection est plus souvent dirigée transyersalement, d’un des angles des paupiéres à l’antre, que de haut en bas où de bas en haut, ce qui a fait donner à cette forme de la maladie le nom d’ophthalmie angulaire. La rougeur de la conjonctive est généralement plus intense au voisinage -et au-dessous des paupières , d’où proviennent les vaisseaux de la membrane, que près de la cornée, où ces vaisseaux se terminent. Cette rougeur est d’ailleurs tantôt sans changement appréciable dans lPépaisseur de la conjonctive , et tantôt accompagnée d’un tel boursouflement du tissu cellulaire sous-muqueux et de la membrane elle-même, qu’il en résulte un bourrelet saillant entre les paupières, qui enchässe Ja cornée, la recouvre en partie, et, par sa continuelle exposition à Pair, devient parfois une cause d’aggravation de la maladie. Ce boursouflement , nommé chémosis, ne signale pas toujours , ainsi qu'on l'a cru et professé pendant longtemps , le degré le plus intense de la conjonctivite : on voit fréquemment des ophthalmies qui le présentent , sans être accompagnées de symptômes très-graves , tandis que, chez d’autres sujets, on observe une rougeur excessive, des
douleurs atroces et l'appareil symptomatique le plus alarmant , alors que le volume normal de la membrane n’a éprouvé que peu d’altération.
À ces phénomènes s'ajoutent constamment , à des degrés en rapport avec la violence de la maladie et la susceptibilité des sujets, une suppression d’abord complète des larmes, bientôt suivie de la sécrétion plus abondante, chaude, limpide et âcre de ce liquide; une contraction spasmodique du musele orbiculaire , qui ne permet ni de découvrir l'œil, ni méme d’entre-écarter les paupières ; une excessive difficulté à supporter la lumière, même celle du jour le plus faible ; une céphalaloie étendue au côté de la tête correspondant à l'œil affecté;, enfin, une agitation, une soif, un mouvement fébrile ; une insomnie, plus ou moins intenses et opiniâtres.
Quelques modifications , d’une importance secondaire , ont été signalées dans les symptômes de la conjonctivite aiguë, et ont servi de base à des dénominations spéciales decette maladie. Parmi elles je n’en signalerai que deux. Lorsque la membrane muqueuse oculaire présente une rougeur uniforme, une teinte rosée, et que son tissu, boursouflé et comme ramolli, semble œdémateux, lophthalmie est dite érésipélateuse, humide ou streuse. Les paupières sont presque toujours alors infiltrées et rouges. Cette forme appartient manifestement à l’ophthalmie catarrhale.
El n’est pas très-rare d'observer à la surface dela conjonctive enflammée des pustules plus ou moins volumineuses et saillanies.
Ce ne sont parfois que des points rouges, élevés, vers lesquels convergent des vaisseaux gorgés de sang, et qui sont placés, au nombre de deux ou trois, le long de la ligne d'union de la conjonctive à la cornée.
Chez d’autres sujets , ces pustules , développées loin de la cornée, présentent l’aspect d’un bouton conique, proéminent, enflammé. Cette forme de Flophthalmie est toujours fort douloureuse. Tantôt les bouions ou pustules suppurent, se convertissent en petits abcès et disparaissent après s'être vidés; tantôt ils persistent au même degré de phlogose, enirélenant tons les
symptômes de l’ophthalmie, et tantôt enfin, ils s’usent en quelque sorte à leur sommet et deviennent ulcéreux. Peu d'ophthalmies sont aussi opiniâtres que celles qui revêtent ces caractères, à Ja manifestation desquels il me semble impossible d’assigner aucune cause spéciale.
Dans les cas les plus communs, plus la cause provocatrice de l’ophthalmie a été passagère , et plus, en général, cette affection présente une marche rapide. Il n’est pas très-rare de voir en quelques jours les symptômes les plus graves se calmer et la résolution être complète. La rougeur diminue graduellement, les arborisations deviennent moins serrées , et il ne reste plus que quelques linéaments vasculaires, qui, eux-mêmes , ne tardent pas à s’effacer.
Mais, dans les cas opposés , lorsque l’ophthalmie a été précédée ou fomentée par une longue influence de stimulations énergiques, Ha a une grande tendance à se prolonber.
On voit Fe la rougeur perdre de son intensité, l'œil supporter presque sans douleur l'impression de la lumière, les paupières s’écarter facilement, la chaleur disparaître , ainsi que les symptômes sympathiques , et la maladie passer à l’état de chronicité. C’est presque exclusivement par l'intermédiaire de cet état que la conjonctivite provoque dans les parties antérieures de l’œil des altérations graves. La rougeur, Ja douleur et tous les symptômes de la maladie sont alors modérés, il est vrai; mais les vaisseaux se dilatent de plus en plus, le üssu cellulaire sous-muqueux s’épaissit , devient plus consistant, l'injection qui se terminait à la circonférence de la cornée, s'en rapproche incessamment, jusqu à ce que quelques vaisseaux , surmontant la résistance que leur opposait l'intimité des adhérences au-devant du miroir de l’œil, s’y prolongent, en formant des stries Mi Jantes et douloureuses , participation de la chance à la maladie première, ou l'invasion de la kératite.
.Le danger attaché à à la conjonctivite est en rapport avec l'intensité ci la maladie, avec les progrès qu’elle a déjà faits, avec Le altérations secondaires qui ont été opérées.
Rechercher fin de les éloigner ou de les
qui attestent la :
combattre énergiquement, les causes de l'ophthalmie , telle est la première indication à remplir ; celle qu’on ne saurait presque jamais négliger sans de graves inconvénients. Il suffit de se rappeler ces causes pour comprendre comment on pourra écarter leur influence, et soustraire le sujet en général, ou l’œil en particulier, à leur action.
Placer le malade dans un appartement obscur, dont la température soit modérée, et l'atmosphère exempte de miasmes; en-
tretenir autour de lui le silence, le repos,
la plus parfaite tranquillité : telles sont, dans les ophthalmies graves , les premières indications à remplir. Le chirurgien doit presque toujours recourir ensuite à un traitement antiphlogistiquetrès-actif, bien que proportionné à la gravité des symptômes et à la vigueur du sujet. Lorsque l'inflammation est récente et modérée, des lotions émollientes , de l'extrait gommeux d’opium , des pédiluves sinapisés, un régime doux et sévère, des boissons délayantes et légèrement laxatives, suffisent ordinairement pour amener la résolution. Un collyre avec eau distillée de laitue quatre onces, et extrait gommeux d’opium un à deux grains, produit souvent alors d'excellents effets. Je me suis également bien trouvé d'applications permanenies froides, avec l’eau pure, sur les yeux et lefront.
À un degré plus intense, il convient d’a- Jouter à ces moyens les saignées capillaires, plus ou moins repétées, et pratiquées à l' aide des sangsues ou des ventouses scarifiées.
Celiéssois peuvent être plantes à la tempe, aux régions mastoïdiennes , à la nuque et mème entre les épaules. Qicleinee personnes ne craignent pas de placer les sangsues immédiatement sur les paupières et devant l'orbite ; j'ai plusieurs fois suivi cette pratique avec succès, sans pouvoir cependant me défendre d'un sentiment de crainte, puisé dans la texture molle des voiles palpébraux, et dans leur disposition à l’extravasation sanguine. Je n’ai jamais observé, toutefois, aucun accident qui justifiàt cetté appréhension. Il m'a semblé seulement, d’après un trés-grand nombre de faits, que les sang
rendues narcotiques à l’aide
sues , appliquées au front, suivant la ligne du sourcil , produisent des effets plus marqués et plus salutaires qu’à la tempe. Les rapports vasculaires et nerveux de l'orbite sont, en effet, plus directs et plus intimes avec la région frontale qu'avec la surface de la tempe, recouverte par un muscle épais, plusieurs feuillets aponévrotiques , et recevant ses vaisseaux et ses nerfs de parties étrangères à l'œil.
Enfin , lorsque la conjonctivite est trèsintense , les saignées générales répétées, la diète la plus sévère , les boissons laxatives, les applications irritantes aux pieds, devront être employées avec énergie et combinées avec les autres médications déjà indiquées.
Dans certains cas d’ophthalmie presque foudroyante, comme on en observe trop souvent chez les militaires, placés en faction, la nuit, en sortant de corps de garde trés-chauds, j'ai dû quelquefois employer presque simultanément les saignées générales , les sangsues au front , les ventouses entre les épaules, la limonade tartarisée à l'intérieur, les applications sinapisées aux pieds et le vésicatoire à la nuque. La kératite alors se joint avec une extrême facilité à la conjonctivite, et menace la cornée d’une destruction tellementimminente, queletraitement le plus héroïque parvient seul à la conjurer.
" À mesure que la maladie décroit, il con-
vient d’animer les collyres dont on fait usage, à l’aide de substances à la fois sédalives et astringentes, telles que l’acétate de plomb, et de les rendre successivement plus actifs à l’aide des sulfates de zinc, de cuivre et même du nitrate d'argent, à la dose d’un huitième à un quart de grain, par once de Hiquide.
On a conseillé, contre les conjonctivites
| aiguës, accompagnées de douleur très-vives
et de iuméfaction considérable, les scarifications de l’œil, opérées à l’aide de la lan-
celte; mais ce moyen est peu utile : il ir-
ve Pr
courbes sur le plat, et bien évidés, Le sujet étant assis sur une chaise solide, la tête appuyée contre la poitrine d’un aide , dont une des mains soutient le menton , tandis que l’autre, celle qui correspond à l'œil malade, relève la paupière supérieure avec les doigts indicateur et médius garnis de linge, le chirurgien fait abaisser et fixer la paupière inférieure par un second aide. Il s'empare alors du bourrelet conjonctival, le soulève et poursuit son excision, jusqu’à ce qu’elle soit complète. Un écoulement sanguin abondant, favorisé par des lotions d’eau tiède, succède à cette opération, toujours douloureuse, mais à laquelle une amélioration très-sensible manque rarement de succéder. La surface de la section devient grisätre, suppure, puis se transforme en un tissu membraneux nouveau, sans qu’il soit possible d’apercevoir de trace de cicatrice.
Lorsque des pustules existent, si elles sont légères, peu volumineuses et peu irritées, leur présence n’entraiîne aucune modification dans le traitement de l’ophthalmie aiguë. Douloureuses , élevées, ulcérées à leur sommet, et devenues le point de convergence d’une injection vasculaire considérable, je les ai vues céder encore, mais avec lenteur et difficulté, à ce même traitement. Je me suis bien trouvé, lorsqu'elles étaient considérables, de cautériser leur sommet avec le nitrate d'argent, ou de les saisir, de les soulever et d’exciser avec elles les portions de la conjonctive qui leur donnent naissance. Ces deux procédés me semblent, jusqu'à présent au moins, à peu près égaux : la cautérisation ne cause pas autant de frayeur aux malades : c’est son seul ayantage incontestable,
Lorsque la conjonctivite existe à l’état chronique, soit qu’elle ait été telle à son début, soit que le mode aigu l'ait précédé, les bases du traitement consistent : 1° dans l'emploi local de topiques sédatifs, astringents ou doués de propriétés stimulantes ,
rite plus la surface oculaire qu'il ne la dégorge. Je me suis mieux trouvé, dans les cas de chémosis volumineux, de saisir avec des pinces à érignes le bourrelet saillant de la conjonctive, et de l'exciser , sur toute Ja Circonférence de la cornée, avec des ciseaux
et employés sous les formes de collyres , de pommades, de cataplasmes et même de poudres ; 2° dans l'application de révulsifs plus ou moins puissants, tels que sétons, vésicatoires, frictions avec la pommade émétisée,
à la nuque ou derrière les oreilles ; 3° dans 6 5
l'administration de révulsifs intérieurs , comme les purgatifs, parmi lesquels le calomélas tient le premier rang, ou le mercure continué jusqu’à la salivation ; 4° dans la prescription de tous les moyens hygiéniques propres à faire cesser ou à neutraliser les causes qui ont pu provoquer ou qui entretiennent encore la maladie, comme les excitations gastriques , les congestions cérébrales, l’état scrofuleux, etc.
Parmi les révulsifs conseillés contre l'ophthaimie, le vésicatoire appliqué sur les paupières, de manière à recouvrir la base de l'orbite, est préconisé par M. le professeur Velpeau, qui en a obtenu de grands avantages, Il résulte de la lecture attentive des mémoires que vient de publier cet habile chirurgien :
1° Que, relativement au siége de l’ophthalmie, le vésicatoire ne convient pas dans la blépharite ; qu'il est mieux indiqué contre la conjonctivite oculaire , lorsque les faces internes des paupières sont peu injectées ; enfin , qu’il réussit spécialement lorsque la cornée transparente, les procès ciliaires, la sclérotique ou les parties internes de l'œil sont affectés.
90 Que, sous le rapport de l’intensité, le vésicatoire est, généralement, suivi d'effets plus favorables, lorsqu'on l’oppose aux ‘ophthalmies déjà anciennes, que dans les cas d’inflammations récentes, aiguës et trèsintenses. Il a cependant été avantageux contre certaines plaies de la cornée, qui menacaient de se terminer par l’infiltration purulente et le ramollissement de cette membrane.
8° Que son action a semblé spécialement utile contre les ophthalmies accompagnées déjà de la vascularisation de la cornée, d’ulcères à cette membrane, de taches produites par l’infiltration de la lymphe entre ses lames, d’ulcères à sa surface, et enfin de lésions à l'iris, aux procès ciliaires, ou d’hypopion dans les chambres antérieures de l’œil. M. Velpeau pense qu’il pourrait être opposé avec avantage aux cataractes commencçantes , surtout chez les jeunes su- Jets.
L’antagonisme consiaté entre les vaisseaux qui se distribuent aux paupières et
ceux qui nourissent le globe de l’œil, fournit une explication assez plausible des avantages obtenus par le vésicatoire dans les cas
indiqués. M. Velpeau affirme ne l'avoir ja- |
mais vu déterminer d'accident. Il lui attribue, en particulier , sur la cornée, une ac-
tion clarifiante qui le rendrait précieux.
contre les opacités de cette membrane,
D'ailleurs, le vésicatoire alors ne diffère pas de celui qu’on applique sur toutes les autres régions. Il doit être volant, c’est-àdire maintenu en place jusqu’à l’action vésicante, et ensuite pansé de manière à en obtenir la prompte dessiccation. Si cela paraît nécessaire, on peut en appliquer successivement deux, trois ou même quatre sur le même œil : il est rare que l’on soit obligé d’aller plus loin.
Ce moyen compte assez de succès pour
que les praticiens soient autorisés à l’essayer; mais il est trop récemment encore
introduit dans la pratique pour qu'il soit convenable de prononcer sur sa véritable valeur.
Lorsque les ophthalmies chroniques sont Ë
accompagnées de faisceaux vasculaires variqueux à la conjonctive, on peut encore saisir ceux-ci avec des pinces à érignes, et les exciser : ce procédé, préconisé par Scarpa, réussit généralement bien. Dansces derniers temps, la cautérisation avec le nitrate d’argent, plus souvent et plus hardiment employée qu'autrefois à la surface de l'œil , a été substituée par plusieurs personnes à l'instrument tranchant. Le sujet étant convenablement placé, et les paupières maintenues écartées, le chirurgien promène rapidement le cylindre de nitrate sur toutes les parties rouges et tuméfiées de la conjonctive ; puis il entraine , au moyen d’une large affusion d’eau fraiche, les portions non combinées du caustique. Une escarre se forme, une douleur cuisante se fait sentir, une inflammation vive se développe, de la suppuration est sécrétée ; et la membrane, éprouvant dans sa vitalité et sa texture une
modification salutaire, revient ; après la
chute de ces accidents passagers, à sa structure normale.
Dans les pays froids, humides, souvent couverts de brouillards, il n’est pas rare de
ve er GENE AE nl stat tn di nRE