‹ Nouveaux élémens de chirurgie et de médecine opératoireChapitre 160 sur 322 · LIVRE VI. CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE VI. CHAPITRE I

2° Chez ceux qui sont atteints de dyspnée intense, de toux opiniâtre, de catarrhes chroniques ; |

8° Chez ceux qui, à raison de maladies du cœur, de la colonne vertébrale ou autres, ne peuventrester couchés sur le dos, et dans une position presque horizontale ;

4° Lorsque les yeux sont très-saillants, ou fort petits, irritables, très-mobiles , enfoncés, que la cornée à peu de largeur, et que l'ouverture des paupières est étroite ;

5° Toutes les fois qu'il existe des accidents de kératite ou de conjonctivite chroniques, avec altération à ces membranes ;

6° Chez les sujets où desadhérences unissent la capsule du cristallin à l'iris, et doivent être divisées ou détruites avant que l’on agisse sur la cataracte,

Les malades placés en dehors de ces circonstances particulières, et qui présentent les cas communs, peuvent être opérés selon la méthode la plus familière au chirurgien.

Les vieillards, sous ce rapport, ne sauraient former de catégorie à part; et, je le répète, partageant les convictions de Scarpa, de Dubois, de toute l’école de Dupuytren, labaissement latéral me semble devoir être généralement préféré, comme il l’est, d’ailleursÿren ce moment, par la ip des

praticiens de noire pays.

ART, IV. Lésiows DES PARTIES PROFONDES DE L'OEIL. — GLAUCÔME.

Les causes du glaucôme sont fort obscures. M. Weller croit probable qu’elles consistent uniquement dans l’arthritis actuelle ou dégénérée, hypothèse non encore suffisamment justifiée, et qui semble même peu vraisemblable. On l’observe principalement chez les sujets bilieux , les hypocondriaques, les hémorroïdaires , les femmes qui ont dépassé l’époque critique.

Le début de cette affection étant ordinai-

rement insensible, le hasard seul fait découvrir à la plupart des malades qu’un des yeux ne permet de distinguer les objets qu’'enveloppés d’une vapeur plus ou moins dense.

Pendant quelque temps, cette vapeur, appréciable seulement le matin et répañdue alors dans la chambre, se dissipe durant la

nuancé, analogue à

journée où après avoir pris des aliments.

Plus tard, elle devient permanente, de plus en plus épaisse, et semble enfin parsemée dé taches foncées ou noires , mobiles, et figurant des mouches qui voltigent. La

flamme d’une bougie parait enveloppée d’un

brouillard blanc, et entourée par un anneau |

l’arc-en-ciel. Plus tard encore, des douleurs, d’abord passagères, puis plus durables, et enfin continues, se font sentir au front, dans l'orbite, autour de l'œil, puis s'étendent à la région temporale et à tout le côté correspondant de la tête, jusqu’à la nuque. Augmentant graduellement d'intensité et devenant lancinantes, ces douleurs offrent des exacerbations le soir, s'aggravent par l'effet de l’humidité, et sont souvent intolérables, la nuit, lorsque la chaleur des oreillers se communique à la tête. Examiné avec la plus grande attention,

l'œil ne présente , pendant longtemps, au- |

cune apparence morbide; mais enfin , derrière la pupille, se montre une teinte gris

verdatre, ou vert de mer, qui devient de:

plus en plus foncée, et caractérise la mala-.

die, Les contractions de l'iris s’exécutent alors avec irrégularité, les couleurs de cette membrane s 'altérentets’ effacent ; la pupil'e, presque toujours dilatée, et dapitée fois resserrée, s'allonge dans le sens transversal, et reste enfin immobile. Le cristallin partage graduellement la couleur morbide du corps vitré, augmente souvent de volume, et s’avance vers la chambre antérieure, La variété de la cataracte qui en résulte a été nommée plaucomateuse. Jusque-là, la partie colorée en vert était concave au fond de l'œil; après l'affection du cristallin, elle parait convexe et plus rapprochée de la pupille. La sclérotique, à son tour, se couvre de vaisseaux dilatés, qui forment une auréole bleuâtre autour de la cornée et séparée d'elle par un intervalle libre. Le réseau vasculaire de la conjonctive devient, plus tard encore , apparent , flexueux et donne à l'œil une couleur rouge plus ou moins vive. Le globe oculaire, ainsi envahi successivement dans ses éléments principaux, offre parfois un aspect cadavéreux, se durcit,

diminue de volume, s'atrophie et s'enfonce

dans l'orbite. La vision, dont l’affaiblisse-

mc .

ment a suivi les progrès des altérations matérielles, s'abolit enfin à ce point que le malade ne peut plus distinguer la lumière de l'obscurité. Il éprouve seulement, au fond de l'œil, la sensation d'une lumière blanchâtre, iridée, dont le siége semble être à la rétine, et qui dure un temps variable, jusqu’à ce que la paralysie soit complète.

La théorie ancienne, qui attribuait exclusivement le glaucôme à l’altération du corps vitré,: a été combattue dans ces derniers temps. Quelques personnes prétendent que cette maladie affecte d’abord la rétine et le nerf optique, d’où il résulterait qu’elle ne constitue qu’une variété de l’amaurose.

Demôurs la considérait comme étant le résultat d’une inflammation étendue au périoste orbitaire, à la membrane muqueuse des sinus frontaux, et au globe de l'œil, avec désorganisation du corps vitré et opacité du cristallin. Si on lit attentivement les observations quila concernent, on arrive presque nécessairement à cette conclusion, qu'elle consiste spécialement dans la dégénérescence du corps vitré, dont l’altération tend à se propager aux autres éléments organiques de l'œil. Et, par cela même Le glaucôme peut servir de point de départ à des affections de la totalité de cet organe; dans d’autres cas, il peut être consécutif à quelques-unes d’entre elles, comme à la phlogose chronique de la rétine par exemple. On explique de cette manière, sans effort, toutes les variétés signalées dans le début ou la marche de la maladie, qui tantôt présente les phénomènes de la paralysie optique, bien avant que la teinte verte puisse être distinguée, et tantôt, au contraire, permet au malade de voir encore, malgré la coloration déjà prononcée du fond de l'œil. S'il y a, enfin, amaurose en même temps que détérioration du corps vitré, cette réunion présente, non un motif d'incertitude pour caractériser la maladie, mais une complication dans laquelle il s’agit de rechercher laquelle des deux affections a précédé et consécutivement déterminé l’autre. |

Le glaucôme, constitue dans tous les cas , une maladie des plus graves. Aussitôt

que le sujet voit le brouillard ou la pous-

sière entourer des objets , on doit déjà, selon Demours , désespérer de la guérison. Et comme, après avoir envahi et désorganisé l'un des yeux, cette affection a une extrême tendance à se manifester dans l’autre , elle menace constamment les sujets qu’elle atteint d'une cécité complète. Selon d’autres praticiens , toutefois , le pronostic ne serait pas aussi certainement funeste, et l’art aurait, dans plusieurs cas, non-seulement empêché le mal de s'étendre d’un œil à l’autre, mais opéré des guérisons, alors que les douleurs du sourcil et du frontexistaient

déjà.

Les actions vitales du corps hyaloïdien sont tellement obscures et si peu développées , du moins en apparence, que le chirurgien ne possède que de bien faibles ressources pour les modifier et les ramener à l’état normal. Des évacuations sanguines dérivatives de la congestion oculaire, des révulsifs cutanés , des purgatifs souvent répétés, el surtout, pour calmer les douleurs insupportables des malades, des narcotiques administrés à l’intérieur, ou, mieux encore, appliqués par la méthode endermique, tels sont les moyens dont l’action peut être le plus utile. M. Weller pratique d'abord quelques saignées au pied; puis, après avoir administré de légers laxatifs, il fait appliquer de larges exutoires aux deux bras, et frictionner à la nuque avec une pommade fortement émétisée. A l’intérieur, il prescrit l'extrait de grande chélidoine, le savon médicinal , le sel ammoniaque purifié, la dissolution d’acétate de potasse; plus tard, il a recours à la résine de gaïac, aux antimoniaux , à l'extrait d’aconit. Chez les hémorroïdaires, il administre les préparations sulfureuses et l'extrait aqueux d’aloës. Aux douleurs du sourcili, il oppose les frictions avec le liniment ammoniacal , le faudanum liquide de Sydenham et l'huile de sabine.

De petits vésicatoires , promenés autour de l'orbite , et pansés avec un quart de grain à un demi-grain d’àcétate ou d’hydrochlorate de morphine, produiraient vraisemblablement de bons effets. L’évaeuation prématurée de l'œil malade, conseillée dans lintention de prévenir l'extension du glaucôme à l'organe encore sain , n’a pu faire attein-

dre sûrement ce but; et, selon toutes les apparences, l’extirpation complète échoue-

rait également , tant la disposition morbide semble prompte à se développer dans les deux appareils symétriques.

CHOROÏDITE,

Douée d’une texture éminemment vaseuleuse, mais remplissant des fonctions obscures ou encore mal déterminées, la choroïdesemble, àla vérité, pouvoirs’enflammer aisément , et, sous l'influence de l’irritation chronique, des altérations profondes sont susceptibles de se développer dans son tissu. Mais les symptômes de sa phlogose , à l’état aigu, sont bientôt annihilés, en quelque sorte, par ceux de la rétinite, qui se développe presque immédiatement, et devient prédominante , à raison de l'importance d’action et de l’exquise sensibilité de l’expansion nerveuse affectée. Et, d’une autre part, les tumeurs ou les dégénérescences morbides développées dans la choroïde, par cela même qu’elles envahissent aussitôt la cavité oculaire , soulèvent, distendent, désorganisent la membrane nerveuse, et se confondent avec celles qui prennent naissance dans la trame de cette dernière.

Cette difficulté du diagnostic, ajoutée à la communauté des indièations curatives que présentent les altérations de tissus aussi voisins, lesquelles peuvent si rarement exister d’une manière isolée; telles sont les deux causes qui nous portent à confondre l'histoire de la choroïdite avec celle, bien plus importante, de la rétinite.

Page 1