RÉTINITE
L'exposition des yeux à une lumière vive, incessante , accompagnée de chaleur ; la fatigue résultant des travaux minutieux sur des objets très-petits ; les veilles prolongées, les excès de tous genres, la masturbation portée très-loin : telles sont les circonstances auxquelles on attribue généralement le pouvoir de provoquer la rétinite.
Faible ou modérée, cette affection se décèle par une sensibilité exagérée de l'œil, que la lumière ordinaire du jour offense :
aussi les malades abaissent-ils habituellement le sourcil au devant de l'orbite, et tiennent-ils les paupières rapprochées. Ils abritent l’œil avec la main, se tournent vers Pobscurité, et ne font usage de l’organe malade qu'avec une extrême circonspection et durant peu d’instants. Des lumières, des étincelles , brillent au fond de l’œil ( photopse), et déterminent une perpétuelle agitation ; d’autres fois, ce sont des visions de mouches , de filaments et de corps légers, généralement fixes, ou agités d’un mouvement oscillatoire régulier. À ces symptômes se joignent une tension profonde, un sentiment de plénitude dans l'œil, de la pesanteur à la tête et de la céphalalgie sus-orbitaire. Toutes les parties extérieures de l'œil sont dans l’état normal ; à peine y aperçoit-on une teinte légèrement rosée ; la cornée est transparente ; la pupille douée de mobilité, régulière et habituellement rétrécie; en arrière de cette ouverture, aucune coloration morbide ne se manifeste.
À un degré plus intense, la rétinite provoque une photophobie extrême, une douleur tensive, permanente, insupportable, au fond de l'œil et à tout le côté correspon-
dant de la tête. La turgescence des vais-
seaux du visage, l’excitation sympathique du cerveau , de la fièvre, de l'agitation , et tous lès sympiômes généraux de l’inflammation la plus grave en sont la conséquence.
C'est lophthalmie à son plus haut deoré d'intensité, pouvant entraîner facilement la désorganisation de la rétine et la perte de l'œil.
Lorsque la rétinite se prolonge à l’état chronique, les membranes placées en dehors de la trame vasculo-nerveuse de l’œil participent graduellement à son affection.
La sclérotique s’injecte , devient rosée; des vaisseaux flexueux se dessinent sur la con- Jonctive ; la vue s'affaiblit ; le fond de l'œil, derrière la pupille , présente un aspect grisâtre, trouble , légèrement resplendissant; enfin, l’'amaurose devient complète, et le glaucôme la précède ou l’accompagne assez souvent. |
L’inflammation de la rétine est toujonrs une affection grave, en ce qu’elle expose l'œil à un affaiblissement notable, à des
désordres variés, ou mème à l'extinction complète de ses fonctions. Il ne convient pas d'admettre sans doute que la rétinite existe toutes les fois que d’autres inflammations , la kératite, par exemple, sont accompagnées de photophobie. Ce symptôme seul ne suffit pas plus pour caractériser la phlogose de la membrane sensitive, que le
vomissement et l’inappétence pour démon- trer la gastrite aiguë. Mais, de même que
ces derniers phénomènes indiquent l’exci-
tation sympathique ou directe de l'estomac, et doivent faireredouter qu’il ne s’enflamme: de même aussi la photophobie et la douleur
au fond de l’œil indiquent une surexcitation de la rétine, qui doit éveiller la sollicitude du chirurgien, parce qu’elle annonce la disposition imminente de cette membrane à la phlogose. À
Les moyens antiphlogistiques directs, les révulsifs internes et externes, le calomélas , et tous les moyens si souvent énumérés précédemment , à l’occasion des nuances variées de l’inflammation oculaire, conviennent encore dans le cas de rétinite,
quelles que soient ses formes et les nuances de son intensité.