SECTION III. CHAPITRE I. LÉSIONS DU CRANE
mettre plus d'ordre dans l’histoire des plaies de la tête, dont celles-ci constituent le premier genre, Je supposerai d’abord qu’elles sontparfaitement exemptes de toute espèce de trouble ou de désordre encéphalique.
Produites par des coups d’épée, de baïonnette, etc., et ne renfermant aucun corps étranger , les piqûres du crâne n’exigent qu'un traitement fort simple. Les cheveux étant enlevés avec soin, le chirurgien doit recouvrir la région blessée d’emplâtres agglutinatifs , suivant les règles qui seront établies plus loin, de manière à constituer un appareil permanent, inamovible, qui ne sera levé qu’à l’époque où le danger des accidents inflammatoires n’existera plus.
Si le corps vulnérant s'était rompu et restait implanté dans les parties molles ou les os, la première indication à remplir consisterait à l’extraire, soit en le saisissant par ses parties saillantes, et en le tirant directement au dehors, soit en le dégageant d’a- | bord à l’aide d’incisions convenables , ou même en appliquant une couronne de trépan , s’il était impossile de l’extraire par d’autres moyens.
Les plaies faites par les instruments tranchants doivent être immédiatement réunies.
Lorsqu'un lambeau est détaché des os, si sa base est supérieure, la réapplication est facile, au moyen d’emplâtres agolutinatifs convenablement disposés. La coaptation exacte présente plus de difficultés, dans les cas où, la base du lambeau étant placée inférieurement, le sommet tend incessamment à retomber sur elle. On est quelquefois obligé alors de le retenir par un point de suture ; mais il convient, autant que possible , d'éviter cette opération , toujours douloureuse , et qui, dans le cas présent, ajoutantde nouvelles piqüres à la lésion principale, ne saurait être entièrement exempte d’inconvénient. Des compresses graduées, méthodiquement disposées sur le lambeau, de manière à le soutenir , à le comprimer doucement, et des emplâtres agglutinatifs appliqués avec soin, sufliront , dans la plu- __ part des cas, pour rendre la suture inutile. Ce mode de pansement fera disparaître la nécessité d’inciser longitudinalement la base du lambeau, selon le conseil de J.-L. Petit,
afin de prévenir l'accumulation du pus sous sa partie moyenne. Îl est manifeste, en effet, que la suppuration est alors le résultat d’une inflammation plus intense que celle qui préside à l’agglutination des tissus , et que le chirurgien doit plutôt s’efforcer de prévenir cet excès de phlogose, que de préparer à l'avance, en ajoutant une lésion nouvelle à la blessure, une voie d’écoulement à ses produits. Il est à remarquer, d’ailleurs, que la suppuration pourrait bien se faire sur les côtés de l’incision, ou trouver celle-ci réunie à l’époque de sa formation ; et que si, pour empêcher cette réunion, un bourdonnet est placé entre ses lèvres, ce corps étranger suffira pour déterminer la collection que l’on redoute. Le chirurgien n’aura eu alors que le triste mérite, en provoquant le mal, de disposer en même temps le moyen d'y remédier.
Lorsqu'une partie de la surface osseuse a été enlevée par un coup d’arme blanche porté en dédolant, et qu’elle reste adhérente à la face interne des parties molles, on a conseillé, d’après les exemples d'A. Paré et de Léaulté, de la réappliquer avec le lambeau; mais je crois plus sûr d'imiter Béranger, Fallope et leurs prédécesseurs, c’est-àdire de la détacher d’abord, et de l'enlever, avant de réunir celui-ci aux tissus sous-Jacents. Si la pièce d'os réappliquée se nécrose, ainsi qu’elle y est toute disposée, il en résultera des suppurations prolongées ; la nécessité de rompre en partie la cicatrice s ou de pratiquer des incisions, et par suite des chances d'accidents et de complications bien supérieures à l'avantage d’avoir obtenu la réunion de la plaque osseuse. Je viens de réappliquer ainsi une couche de la rotule détachée de la partie antérieure de l'os, et adhérente à la face interne d’un lambeau des téguments du genou. La plaie s'est réunie à sa circonférence, puis de lasuppuration a paru, s’est perpétuée, et il m'a fallu inciser les parties pour extraire Le fragment osseux. En l’enlevant dès le premier abord, le traitement eût été singulièrement abrégé, et le blessé se füt trouvé dans un état non moins satisfaisant que celui où l'aurait laissé la réunion première , si elle avait été obtenue. Cette réapplication des pièces osseuses
détachées, maintenues dans les plaies, doit donc ètre rejetée de la pratique, non comme impossible, mais comme exposant, sans utilité réelle, à des inconvénients graves.
Les contusions des parois du crâne donnent presque constamment lieu à des tumeurs plus ou moins considérables, formées par le sang. Ces tumeurs sont de deux espèces. Les unes, dures dans toutes leurs parties, et résultant de l’infiltration du sang dans les aréoles non brisées du tissu cellulaire , ne peuvent donner lieu à aucune méprise. Les autres sont molles, affaissables, et produites par l’épanchement du liquide dans un foyer d'étendue variable, lequel est la conséquence de l’écrasement du tissu cellulaire par une contusion plus forte que la précédente. Or , en même temps que cet écrasement a lieu au centre de la contusion, et que le sang s’y extravase, le tissu résiste à la circonférence et n’est qu’infiltré. De Ià résulte une tumeur solide à la périphérie, où elle se confond avec le plan du crâne, qui est tout à coup privé de solidité, et se laisse enfoncer à son milieu. Cette disposition, déjà signalée par J.-L. Petit, a quelquefois simulé l’existence de fractures au crâne avec enfoncement des os, d’une manière si complète qu'il faut y regarder de près, et être prévenu de cette apparence, pour éviter la méprise.
Au surplus, l'application de topiques révulsifs, une compression douce et égale largement exercée sur la partie, le repos, l’abstinence des aliments solides , des pédiluves sinapisés, tels sont les moyens fort simples à l’aide desquels on obtient ordinaïrement la résorption du sang infiltré.
Dan$ les bosses dures et circonscrites, la compression exercée avec l'intermédiaire d’une pièce de monnaie placée dans les duplicatures des compresses , est un procédé aussi utile que souvent employé. Si le sang épanché n’était pas résorbé , et que la tumeur , devenue indolente, restât le siége d’une fluctuation manifeste, il conviendrait d'y pratiquer une petite incision, et de faire sortir le liquide épais , noir et à demi coasulé qu’elle contient. Les parois du foyer doivent être réappliquées aussitôt après cette évacuation, doucement comprimées et
recouvertes d'un appareil inamovible. Cette: |
conduite m'a complétement réussi dans touf | les cas où je l'ai suivie; elle présente l'as vantage de prévenir le travail inflammatoires éliminateur, auquel la nature devrait tôt ous tardse livrer, pour se débarrasser du liquide que l'absorption, convenablement et lon
guement sollicitée, refuse de reprendre.
Les plaies du crâne , accompagnées de contusion et de déchirure, constituent en général des lésions graves, à raison des accidents inflammatoires et d’étranglement, dont elles tendent à se compliquer, Le traitement qu’elles réclament est, toutefois ; fort simple : il consiste, après avoir rasé la partie et extrait les corps étrangers, à rapprocher , autant que possible les tissus écartés ou. dilacérés , et à les maintenir en rapport, à l'aide d’un bandage agglutinatif inamovyible. Je n’emploie plus, depuis un assez grand nombre d’années, d'autre mode de pansement, et je suis encore à voir se développer les érésipèles et les fleomons ,
signalés par tous les auteurs, comme si fré-.
quents à la suite des lésions de ce genre. Il est presque superflu de faire observer qu’à l'appareil inamovible doivent être ajoutés les moyens hygiéniques et médicinaux les plus propres à prévenir l’irritation, ou à la combattre avec énergie dès ses premiers développements. Il sera question plus loin de ce traitement.
Tantôt simples, linéaires , et constituant des fentes presque imperceptibles, tantôt plus considérables, irrégulières, ou en étoile, et tantôt comminutives , ou composées de fragments détachés, parfois enfoncés audessous du niveau des parties saines environnantes, les fractures du crâne présentent, sous d’autres rapports, une foule de variétés dont il est important de spécifier les principales.
1° Elles peuvent être directes, c’est-à-dire avoir lieu à l’endroit même sur lequel la cause vulnérante a exercé son action. Une force considérable d’impulsion dans le corps qui frappe le crâne; la forme aiguë, tranchante ou arrondie de ce corps, ajoutée à une grande pesanteur sous un petit volume; 54 et cb la fragilité du point osseux percuté : k telles sont té quatre circonstances qui fa-