CHAP, 1 LÉSIONS DES MUSCLES ET DE LEURS DÉPENDANCES
du chirurgien, et régulièrement pansés, les débridements peuvent être plus souvent omis que dans les circonstances opposées, Dans les pays chauds, l’eau fraiche et les affusions continues, dont l’action est si puissante ; peuvent être prodiguées , même aux ambulances ; en serait-il de même dans les climats du nord , durant les saisons rigoureuses ?
Et que sera-ce, si beaucoup de blessés aux membres thorachiques ou aux membres abdominaux , sans que les os soient fracturés ; doivent suivre les corps , ou supporter, sur des moyens de transport improvisés , de longues évacuations ? Après la bataille de Dresde , fut rassemblé dans l'hôpital de Gross-Garten, un grand nombre de soldats qui n'avaient pu d’abord être pansés mé- ‘thodiquement : leurs plaies étaient enflammées, leurs membres tuméfiés, brülants , tendus , excéssivement douloureux ; étranglés ; ils étaient en proie à une vive agitation , à la fièvre , à l’insomnie, Les blessures dataient de quatre à cinq Jours ; toutes celles qui présentaient les accidents indiqués furent débridées : le calme succéda à l’orage, et la guérison de presque tous eut lieu sans nouveaux obstacles, Un résultat aussi heureux n’eût pu être obtenu à l’aide ni des ventouses, ni des sangsues, ni des saignées générales. Pratiquées au delà de certaines limites, celles-ci affaiblissent plus les sujets qu’elles ne maîtrisent les accidents locaux , entretenus par l’étranglement; et, relativement aux sangsues , comment y recourir lorsqu'on a des milliers de blessés à traiter?
D. Les débridements doivent être dirigés parallèlement aux fibres musculaires, Leur étendue sera proportionnée à la profondeur de la blessure, au volume des muscles , à la vigueur du sujet, en un mot aux circon- stances qui portent à prévoir le développement de tuméfactions plus ou moins considérables. Toujours assez profonds pour «comprendre la peau et les aponévroses d’en- Yeloppe , il serait inutile de les étendre à tout le canal des plaies, Le doigt explorera d’ailleurs celles-ci, et dans le cas où des brides formées par des aponévroses profon-
des, comme à la région postérieure de la
jambe, par exemple, se présenteraient, un bistouri mousse , guidé sur cet organe , servirait à les diviser. |
E. Après les .débridements ; il convient de panser les plaies et de combattre le développement de linflammation locale , Suivant les règles généralement établies,
Une douleur subite, violente , accompagnée souvent d’un sentiment de déchirure intérieure , ou même d'un bruit distinct pour le malade, et survenant à l’occasion d’un effort plus ou moins considérable , telles sont les circonstances qui indiquent le plus ordinairement la rupture de quelques faisceaux charnus, Cette douleur persiste, augmente même graduellement pendant plusieurs Jours; la partie affectée devient chaude, et ne peut ni supporter la pression, ni exécuter le moindre mouvement ; enfin, de l'agitation, de la chaleur générale, de
la fièvre, se manifestent, Lorsque les fais-
ceaux musculaires déchirés sont volumineux et superficiels , on sent avec le doigt le sillon formé par l’écartement de leurs bords. Ce symptôme est surtout marqué dans les ruptures qui ont lieu aux lombes,
Les accidents de ce genre sont toujours graves ; la guérison ne s’opère qu'avec lenteur, et, dans beaucoup de cas, les malades conservent durant plusieurs mois dans la région où la solution de continuité a eu lieu, de la faiblesse, de l’engourdissément et une extrême difficulté à supporter la fatigue.
Le traitement des ruptures musculaires doit être beaucoup plus sévère, que les malades , ordinairement peu alarmés d’une lésion aussi superficielle, ne sont portés à le croire. La partie sera placée dans le relàchement, maintenue immobile, couverte de compresses imbibées, ou constamment arro-
sées d’une liqueur résolutive froide, et en-
tourée d’un bandage doucement et uniformément compressif. Une saignée générale doit être pratiquée, sile sujet est vigoureux. Les accidents inflammatoires , s’ils se développent , seront combattus à l’aide des saignées locales réitérées , des applications émollientes , de l’abstinence des aliments, et des autres moyens antiphlogistiques généralement conseillés dans les cas sembla-
bles. La partie la plus importante de ce traitement consiste dans le repos et la compression : il est prudent d'attendre , pour permettre au blessé de se lever et d'essayer ses forces, que tout sentiment de douleur ait disparu, que les cicatrices intérieures soient solides ; et, encore, n'est-ce qu'avec prudence, et en le faisant s’arrèter aussitôt que les parties s'irritent , qu'il convient de le laisser procéder à ces essais.
Admises par Pouteau, et ensuite par plusieurs autres praliciens, les luxations des muscles semblent impossibles : si elles existaient, elles céderaient au relâchement des parties et à des pressions convenables dirigées sur elles. C'est à l’aide de ces procédés que Fon remédie au déplacement dont certains tendons du poignet ou du pied sont quelquefois le siége, à l’occasion de disten sions qui les ont fait sortir en partie de leurs gaînes , en déchirant les fibres aponévrotiques qui les retenaient. Quant aux hernies des muscles à travers les aponévroses d’enveloppe, on les reconnaît à la saillie que forment les faisceaux charnus, lors de leur contraction, à travers la solution de continuité, tumeur qui disparaît pendant le relàchement, en laissant même sentir une sorte d’enfoncement dans lequel le doigt peut être introduit. Lorsque la hernie est peu considérable, elle n’apporte pas de gène sensible, et ne nuit pas à la force des mouvements.
Dans le cas contraire, ceux-ci s’accompagnent d'un sentiment pénible de fatigue , bientôt suivi de douleur, et ne peuvent être longtemps continués avec énergie. Le chirurgien doit alors comprimer doucement le membre, et suppléer à l’aponévrose par une plaque appliquée sur son ouverture, et assez large pour contenir les faisceaux privés de soutien.
Les muscles sont susceptibles d’un degré d’'irritation lent et obscur, qui détermine graduellement en eux une contraction habituelle, permanente et involontaire. Cette affection est souvent dépendante du système nerveux , et produite par la lésion de quelques-unes de ses divisions, comme lamoelle rachidienne à ses parties supérieure où in-
férieure , les plexus hrachial, crural ou |
s.| LIVRE Vi. MALADIES DE L'APPAREIL DE LA LOCOMOTION. |
sacré , et enfin les troncs ou les filets qui animent certains muscles. Mais après avoir
été ainsi déterminée et consécutive , la ré=
traction finit quelquefois par devenir propre aux muscles, et par persister, alors que les causes éloignées qui l’ont produite n'exis= tent plus.
L’organe qui en est le siége forme, sous les téguments, une corde tendue, parfois douloureuse, le plus souvent insensible, qui attire et fixe les parties dans une situation anormale.
Aussi longtemps que l’on découvre dans
le système nerveux la cause de la contracture, c’est contre cette cause qu’il convient de diriger les efforts de la thérapeutique:
Les calmants, les antispasmodiques, les bains , les dérivatifs , seront souvent em-
ployés avec succès. La maladie est-elle de- |
venue locale et musculaire, au lieu d'êtres
nerveuse? les saignées capillaires, les appli: cations émollientes et narcotiques, les dou=
ches, les extensions graduées, sollicitées aus moyen de machines convenables , les mou-.
vements méthodiques imprimés aux parties,
pourront encore faire obtenir des guérisons, toujours, cependant, assez difficiles. Enfin,
le tissu musculaire semble-t-il,avoir défini-
tivement perdu la faculté de s’allonger ?
il peut devenir utile de diviser en travers,
soit lui-même, soit les tendons qui le ter-
minent, afin de remédier aux difformités et
aux empêchements à l'exercice des fonctions que son inextensibilité occasionne. Cette opération , ordinairement facile, ne con:
vient , toutefois , que lorsqu'un seul muscle est affecté , et lorsque sa situation superfi= cielle permet de porter sur lui l'instrument tranchant , sans craindre de déterminer des accidents graves. C’est ainsi qu'on a divisé le muscle sterno-cléido-mastoïdien et le tendon d'Achille : mais il serait irrationneh de vouloir couper plusieurs muscles, ou des, muscles profonds, entourés de vaisseaux ou de nerfs considérables.
Entre les maladies spéciales auxquelles s'appliquent ces considérations, le torticolis se présente une des premières.
Le point important , lorsqu'il s’agit du traitement de cette affection, consiste à dé=
terminer la cause réelle qui la détermine.