CHAPITRE III. LÉSIONS DES ARTICULATIONS
ses, et par conséquent de la membrane synoviale, du moins n’ai-je jamais pu les produire autrement sur le cadavre. Le point de l'articulation où cette déchirure s'opère détermine le sens de la luxation. et l'arrêt plus ou moins prolongé de l'os déplacé dans le lieu où l’action morbide l’a d’abord dirigé. La disposition des surfaces contre lesqueiles la tête de los déplacé est appliquée, ne contribue que faiblement à ce résultat : si exiguës , convexes ou saillantes que soient ces surfaces , la luxation pourra s’opérer et se fixer d’abord dans leur sens, pourvu que la déchirure le comporte. Ainsi que j'ai pu m'en ässurer sur le cadavre, avec M. le docteur Malle, l’ouverture de la capsule. dans les articulations orbiculaires , entoure et bride alors avec force le col de l’os luxé, et maintient la tête appliquée contre le point correspondant de la circonférence de la cavité; et si, plus tard, cet os devient mobile et présente une position différente, ce n’est pas seulement à l’action musculaire que cette mutation secondaire est due, mais aussi au ramollissément des bords de la déchirure des tissus fibreux, modifiés dans leur structure par le travail inflammaioire, et devenus par là plus extensibles ou plus susceptibles de céder aux tiraillements exercés sur eux. C'est alors aussi que l’étroitesse, la saillie ou la convexité des surfaces qui ont recu l'os luxé viennent exercer leur influence, et favoriser le déplacement secondaire. Celui-ci résulte manifestement de ces trois causes : l’action musculaire, la distension des liens fibreux déchirés , et le défaut de résistance des parties contre lesquelles repose l'os luxé. Il se continue jusqu’à ce que la puissance des muscles soit en équilibre avec la résistance des surfaces.
S'il en était autrement, le déplacement secondaire s’opérerait dès la première heure, où les muscles ont une énergie augmentée par la douleur, plutôt que durant les semaines suivantes, alors qu’ils ont perdu de leur force.
Les désordres ne se bornent pas ordinai-
rement aux enveloppes immédiates de Par-
ticulation : les muscles sont presque toujours contus , ecchymosés , déchirés ; certains
tendons sont tiraillés, déviés de leur direc-
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tion normale ; des extravasations s'étendent au loin ; enfin, dans quelques cas, des nerfs et des vaisseaux sont déchirés de manière à déterminer des paralysies ou des tumeurs sanguines, presque constammentartérielles.
Lorsque la réduction est opérée durant les premiers jours, l'ouverture de la capsule, s’il en existe, contracte des adhérences avec les parties voisines et se cicatrise : ja distension et la douleur cessent , le sang est résorbé , et toutes les parties rentrent graduellement dans l’état normal. ÿ
Ii n’en est pas de même lorsque le déplacement persiste. Alors, dans les luxations complètes, l’os le plus mobile, obéissant aux influences indiquées plus haut, et parfois à l'influence de la pesanteur, distend de plus en plus les parties qui le retiennent, les fait céder, et se déplace, jusqu’à ce qu’il trouve des surfaces assez solides pour larrêter et lui servir de point d'appui. Là, la pression qu'il exerce fait disparaître Îles couches musculaires , affaisse les lames osseuses superficielles, irrite, épaissit le périoste, el creuse unesortedecavitéanormale, plus où moins profonde et régulière. Luiméme, subissant les effets de cette pression, se déforme, s’aplatit, se met en rappor avec la cavité dont il s'agit. Enfin, les tissus cellulaire, fibreux, tendineux et musculaire du voisinage, en contact immédiat avec cette jointure nouvelle, s’épaississent, se disposent en forme de membrane résistante, humectée à sa face interne par une exhalation séreuse , et l'articulation anormale se trouve organisée. Devenue vide, la cavité abandonnée se rétrécit et tend à disparaitre. À mesure que ce travail fait des progrès, la douleur et la gène diminuent, les mouvements reprennent de la vigueur, et les fonctions du membre se rétablissent, mais avec difficulté, et sans présenter jamais ni l'étendue ni la force de l’état normal. |
Dans les luxations incomplètes, aucun déplacement consécutif n’a lieu ; mais les portions de surface par lesquelles le contact continue , s’agrandissent , s’harmonisent , tandis que celles qui sont restées libres deviennent de moins en moins saillantes , etle membre , toujours déformé et affaibli,
reprend éependant en grande partie l’exercice de ses mouvements. |
. Les circonstances commémoratives de laccident qui a déterminé la lésion sont presque toujours d’une irès-grande importance, pour arriver au diagnostic des luxations. Une chute sur la paume de la maiu, le bras étant latéralement écarté du corps et suivie de déformations de l'épaule, suffit, en beaucoup de cas, pour autoriser le diagnostic d’une luxation humérale. Après ces signes, la difformité du membre, qui est allongé où raccourci, et constamment dirigé suivant une ligne différente de celle qui lui est naturelle ; la saillie de certaines éminences, qui proéminent et soulèvent la peau, là où elles ne devraient pas exister, tandis qué d’autres ont disparu et sont remplacées par des enfoncements ; l’impossibilité d'exécuter certains mouvements d'extension ou de flexion, d’abduction ou d’adduction, tels sont des caractères qui ne permettent pas de méconnaître qu’un désordre grave s’est opéré dans la région articulaire,
Le chirurgien distingue alors la luxation de la fracture : 1° à la persistance, à la stabilité de la difformité, de la direction anormale, et des empêchements aux mouvements du membre ; 2 à l’absence de toute crépitation rugueuse, pendant les mouvements que l’on peut encore imprimer à la partie:
8° à la résistance que le membre oppose au rétablissement de sa conformation ; résistance qui, une fois vaincue, est suivie de la brusque disparition de tous les symptômes, de la possibilité de faire mouvoir los luxé dans toutes les directions, en un mot de la guérison de la maladie, qui ne se reproduit plus, à moins qu’un effort violent ou un accident ne la renouvelle. à
Les luxations simples, et par causes indirectes, ne compromettent presque jamais la vie des sujets. Mais elles faïssent trèssouvent dans les parties de la laxité et de la faiblesse ; qui les disposent à la récidive, Elles tendent constamment, en outre, à déterminer une inflammation dont l'intensité est proportionnée au degré de tiraillement et à l'étendue des déchirures que les ligaments et les autres parties environnantes ontsupportée. Cette inflammation est géné-