LIVRE VIT. MALADIES DE L'APPAREIL DE LA LOCOMOTION
tion du blessé, par des questions ou des interpellations assez vives pour piquer sa curiosité, l’'émouvoir et le forcer à répondre. Cette sorte de manœuvre intellectuelle, dans laquelle excellait si parfaitement Dupuytren, doit avoir été commencée pendant qu'on plaçait le sujet et qu’on disposait les lacs ; il faut la continuer, en augmentant son intérêt et sa vivacité, pendant que s’exercent les premières tractions, et enfin arriver à frapper les grands coups, à l'instant où la réduction, près de s’opérer , exige l’action la plus énergique.
Les premières tractions doivent, généralement, être exercées suivant la direction qu’affecte actuellement l’os luxé, en ayant l'attention de placer le membre dans une telle situation que les muscles qui entourent la Jointure soient aussi également relächés que possible. D'abord modérée, puis graduellement accrue, l'extension sera continuée, sans interruption et sans secousse , jusqu’à ce que le chirurgien sente que l'os devient mobile, que sa tête se dégage , que le membre s’allonge; alors par un mouvement gradué, l'extension doit changer de direction et ramener le membre vers sa rectitude normale, en même temps que le chirurgien exerce les efforts de coaptation dont il s’est chargé.
Lorsque ces manœuvres sont bien exécutées , la réduction semble parfois s’opérer comme d’elle-même : les aides et le chirurgien se comprennent, sans avoir besoin de parler : un regard, un signe presque imperceptible de la main, suffisent pour faire accélérer , ralentir, suspendre les tractions , ou lui imprimer des directions différentes.
On concoit comment, à l’aide de la moufle , dont M. Sédillot a préconisé de nouveau les avantages, il serait possible d'imprimer à l'extension la progression régulière, la fixité, la durée, que l’on ne peut obtenir des aides les plus robustes et les plus intelligents , en même temps que, par les efforts de la coaptation, on changerait la direction des efforts exercés sur le membre et sur l'os luxé.
Le retour de l'os à sa situation normale s'annonce , presque toujours, par une secousse brusque , une sorte de craquement sourd, que sentent fort bien le malade, le