CHAPITRE III. LÉSIONS DES ARTICULATIONS
chirurgien et les aides, et après lequel la douleur, la gène, la difformité. et tous les accidents cessent aussitôt, en grande partie, et sont remplacées par une liberté et une solidité presque complète du membre.
Plus la luxation est ancienne, et plus il importe de procéder à la réduction avec prudence et méthode. Si, le déplacement remontant à plusieurs mois, ouà plusieurs années, los luxé à acquis, dans la situation nouvelle qu'il occupe , une grande liberté, et qu'il exécute sans douleur des mouvements étendus et vigoureux , il convient de s'abstenir entièrement : l'articulation anormale est alors organisée d’une manière s0lide , et la cavité naturelle ayant peut-être perdu l’âptitude à servir de nouveau, les tentatives seraient inutiles. Dans les circon- Slances opposées, le blessé étant convenablement placé et maintenu , la moufle, avec addition du dynamomètre , permettra d'établir des tractions graduées , soutenues, et continuées de manière à allonger successivement les liens fibreux et les muscles. Le ‘travail de la réduction pourra se prolonger longtemps, ou même n'être opéré qu’en plusieurs séances, sans faire courir de dangers graves au malade. Cependant, lorsque des douleurs très-vives surviennent , et que les parties s'irritent , sans que l'os luxé soit
devenu plus mobile , et qu’on ait pu le rap- .
procher de sa situation normale, il convient de cesser; car l’expérience constate que des manœuvres de ce genre, poursuivies avec trop d’opiniätreté, ont été suivies de déchirures ou d’inflammations mortelles.
Après la réduction, le membre doit être placé dans un état complet d’immobilité et de relâchement. Des applications résolutives, une compression médiocre , une saignée veineuse, si celte opération n’a pas été pratiquée d’abord, le repos, un régime doux , et quelques boissons délayantes : tels sont les moyens qu’il convient généralement d'employer. Après les luxations du genou, du coude, du poignet et des autres articulations analogues , on se trouve bien d’entourer la partie d’un bandage inamovible , analogue à celui des ‘fractures , qui
comprime exactement les membres, et ne
permet pas le moindre mouvement à Parti-
culation malade. Si des accidents inflammatoires intenses se développaient, les évacuations sanguines capillaires devraient être prodiguées , mais sans cesser l’emploi de la compression et des résolutifs, auxquels on ajouterait le froid, en recourant aux affusions ou aux arrosements continus.
Plus tard, après la cessation des accidents , et lorsque les parties déchirées commencent à se raffermir, il convient de faire graduellement, et avec circonspection, exécuter au membre luxé quelques mouvements , afin de prévenir l’ankylose, laquelle est plus facile à s'établir dans les articula-
tions ginglymoïdales que dans les autres.
Lorsqu'un osestfracturé , en même temps que luxé, il convient, si le fragment le plus voisin de la luxation est assez long, de réduire d’abord celle-ci, et de traiter ensuite la solution de continuité de l'organe comme dans les cas ordinaires. Si, au contraire , la fracture était très-rapprochée de la jointure luxée , il conviendrait de la réduire , et d’attendre qu’elle füt consolidée j pour rétablir , si cela était encore possible , les rapnorts des surfaces articulaires. Aussitôt que le cal commence alors à prendre quelque solidité, on en profite pour faire exécuter au membre desimouvements, destinés à y entretenir une mobilité qui favorise ensuite la réduction de la luxation.
Appliquons les considérations pathologiques et thérapeutiques précédentes aux luxations des diverses parties des membres en particulier.
Le peu de prise qu’offrent les extrémités des doigts, leur mobilité, la solidité de leurs articulations, et l’appui que leur prêtent les tendons des muscles extenseurs et fléchisseurs , sont autant de circonstances qui tendent à prévenir leurs luxations. Bien que celles-ci puissent avoir lieu latéralement, à l’occasion d’une violence agissant sur un des côtés des doigts , cependant ce mode de déplacement est extrèmement rare, à raison de la résistance que lui opposent les ligaments latéraux. La seconde phalange ne se déplace presque jamais en avant sur la première, tant est étendu le mouvement de flexion, qui permet aux deux divisions du doigt de se toucher par leur face palmaire ,
sans que l’articalation se disjoigne. De toutes, la luxation en arrière est celle qu’on observe le plus souvent, aux deux dernières phalanges des doigts , ainsi qu’à la phalangette du pouce.
Dans le déplacement. de la dernière phalange des-doigis et du pouce, en avant, la base de cette phalange fait saillie du côté de la face palmaire ; le sommet de la phalange précédente se laisse sentir à la face dorsale ; l'extrémité de l'organe, médiocrement fléchi, ne peut être redressée complétement. Je viens d'observer un exemple de cette luxation au pouce.
/ Î Lorsque le déplacement s’est opéré en | | Le pouce seul offre des luxations de sa pha= | lange, dans les quatre sens prineipaux de | l'articulation, Les quatre doigts qui suivent | cet organe , au contraire , ne se déplacent
arrière, la phalange qui en est le siége est brusquement étendue et renversée, à angle plus ou moins ouvert, sur celle qui la sup- ” porte. Celle-ci fait saillie à la face palmaire, l’autre soulève la face opposée. Lorsque la maladie a lieu entre la seconde phalange et la première, la troisième est entraînée, par la tension du muscle fléchisseur, dans le sens de la flexion.
La saillie alternative des deux phalanges entre lesquelles la luxation s’est opérée, sur les deux côtés du doigt, la douleur locale, le éhangement de direction de la partie inférieure de l'organe, l’altération de son axe longitudinal, qui est brisé au niveau du siége de l'accident; telles sont les circonstances ‘qui caractérisent les déplacements latéraux, et qui ne permettent ordinairement pas de les méconnaitre.
Malgré le peu de volume des parties affectées , les luxations inter-phalangiennes des doigts sont cependant quelquefois suivies d'accidents graves, d’inflammation et même de gangrène. La réduction , qui devient promptement impossible, offre presque toujours d'autant plus de difficultés que la luxation s’est opérée plus près de l’extrémité de l'organe, et que celle-ci, dès lors, peut être moins facilement saisie. Les luxations latérales, dans lesquelles les ligaments correspondants sont déchirés, font toutefois exception à la règle commune, et n'opposeni presque pas de résistance au replacement.
Le poignet étant fortement retenu par un aide, le chirurgien, après avoir garni sa main droite de linge, saisit l’extrémité du