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CHAPITRE V. MALADIES DES OS

accompagnée de fragments nombreux, la règle veut que le chirurgien saisisse ceux de ces fragments qui sont entièrement détachés , et les attire au dehors, puis , qu’il replace et maintienne dans leur situation, ceux qui conservent encore des adhérences, par l'intermédiaire des tissus fibreux et du périoste. Ces derniers, dit-on, se rattacheront complétement aux parties, à l’aide du travail de la consolidation. Il est peu d’assertions , en chirurgie, plus souvent contredites que celle-ci par les faits ; il

est peu de préceptes plus faux que celui auquel elle a servi de base.

En général, les fragments osseux séparés du reste de l’organe, et n’y tenant plus que par le périoste et les tissus environnants, si nombreuses, si larges et puissantes que paraissent ces adhérences, sont constamment nécrosés et se détachent consécutivement. Ce qui a entraîné à l'erreur, c’est que, assez souvent, ces esquillés, comprises dans la tumeur du cal, ne s'opposent pas d’abord à la cicatrisation de la plaie; à la consolidation apparente du membre, et que le blessé sortant alors del’hôpital, ou cessant de recevoir des soins, est considéré comme guéri. Mais, presque toujours, les fragments dont il s’agit constituent des corps étrangers, qui entretiennent dans la partie de la douleur, une sourde irritation, et de temps à autre provoquent des abcès, avec le pus desquels ils s’échappent, par parcelles plus ou moins volumineuses. Jusqu'à ce que cette élimination soit achevée, le membre blessé ne rend que des services incomplets, ne peut supporter des fatigues soutenues; le cal, incessamment tourmenté par desretours d’inflammation aiguë, ne se consolide pas entièrement ; toutes les parties environnantes souffrent, les extrémités des os s’altèrent, se nécrosent parfois à leur tour, ei le désordre fait souvent de tels progrès, que des amputations consécutives deviennent, après un grand nombre d’années, indispensables.

Quel chirurgien militaire n’a pas vu d’anciens blessés réclamant ses soins pour des fistules entretenues ouvertes, pour des inflammations répétées, pour des fragments d’os engagés dansles parties molles, dépen-

dant d’esquilles restées dans des fractures qui dataient de dix, quinze et même vingt ans ? Jai amputé dernièrement de la cuisse un officier qui avait eu la jambe gauche

: brisée à Lutzen, et qui depuis cette époque,

incessamment bercé par l’espérance d’une guérison prochaine , avait vu les dépôts et les exfoliations se renouveler dans toutes les parties du membre jusqu'à ce qu'enfin, épuisé par leur répétition, et les os s’étant au loin altérés;il a fallu faire le sacrifice d’une partie conservée à tant de frais.

Je crois donc que , dans toute fracture, accompagnée de plaie et avec fragments nombreux, le chirurgien doit enlever, nonseulement les pièces d’os entièrement dé-

| tachées , mais encore toutes celles qui sont

mobiles, vacillantes et susceptibles d’être amenées au dehors sans nécessiter de trop grands délabrements. Plus la fracture sera simplifiée et réduite exactement à ses déux parties osseuses principales, et plus il y aura de chances de la voir guérir sans inflammation vive, et d'une manière complète. |

Après le pansement immédiat de la plaie, le bandage inamovible doit être appliqué, suivant les règles établies plus haut. Ce bandage achève de mettre les parties à l'abri du contact de l'air ; il les comprime doucement et d’une manière uniforme; il y prévient un gonflement trop considérable, et les place dans les circonstances les plus favorables à la guérison, en les rapprochant, autant que possible, des conditions où elles se trouvéraient, si les téguments étaient restés intacts.

Les pansements renouvelés chaque jour, en soumettant incessamment les parties à des ébranlements inévitables, en les exposant au contact de l'air et des liquides plus ou moins stimulants avec lesquels on les lave, ou des onguents dont on charge la charpie ou les linges fenêtrés, augmentent l'abondance de la suppuration, entretiennent la phlogose, et favorisent le développement des accidents qui comprometientle membre et la vie du sujet. |

Quant aux personnes qui, dansiles fractures accompagnées de plaie, veulent isoler ces deux lésions, les considérer comme in-

dépendantes , sans influéncé réciproque l'une sur l’autre , et Suscéptibles dé guérir chacune pour son compte, Sion peut ainsi

parler, ces personnes professeñt uné hérésie ; la plus com-

démontrée par l'expérience mune, Placer lé membre sur une planchette, l'y maintenir à l’aide de liens ou dé crava:

tes, et trailer ensuite méthodiquement la solution de continuité, c'est rendre peutètre le pansement plus simple et plus facile ; mais ce n’est pas annihiler l'influence que la plaie doit exercer nécessairément sur la marche et la terminaison de la fracture. Ce

sive.

On a préconisé, dans les fractures avec plaie, les irrigations continues, avec de l’eau à la température ordinaire des appartements ou des salles, c’est-à-dire de quinze degrés environ. Pour les exécuter, le membre doit être placé dans une sorte de rigole, en bois, légèrement inclinée vers son extrémité la plus éloignée du tronc, et reposant sur le lit, ou suspendue à l’aide de cordons. À défaut de boîte ou de rigole, le lit, surmonté de coussins de balles d'avoine , et protégé par de la toile cirée, peut y suppléer. Près du malade est disposé un baquet rempli d’eau, et garni d’un siphon, qui conduit le liquide sur le membre. Un autre baquet, placé convenablement, reçoit l'éau à mesure qu’elle s'écoule. L'appareil à siphon peut être remplacé par un arrosoir, ou tout autre vase percé d’une ouverture étroite , solidement fixé au-dessus du membre, et versant l’eau sur. lui par un pelit filet. IL est de la plus haute importance que la partie sur laquelle tombe le liquidene soit recouverte que d’un appareil fort léger et peu serré, ou même d’une simple compresse ,» destinée à disséminer l’eau à sa surface, et à favoriser l’évaporation de ce liquide. En resserrant de plus en plus les bandes et les compresses circulaires, l’eau pourrait*provoquer des constrictions douloureuses , où même l'étranglement.

Ainsi perfectionnées, les irrigations d’eau fraiche, vantées à diverses époques avec

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