CHAPITRE V. MALADIES DES OS
dé plaie, un moyen souvent efficace, mais dont les avantages ne doivent pas être exagérés. Comme la plupart des autres procédés de la thérapeutique, celui-ci n’est réellement utile qu’autant que l’on choisit bien les cas auxquels on l’oppose, et que l'on surveille attentivement son emploi, sous le double rapport du mécanisme de l’application, et des impressions qu’en éprouvent les blessés.
Il est, dès lors, fort difficile de prononcer sur la supériorité absolue du bandage inamovible et de ces irrigations fraîches. Je me suis efforcé d'étudier cette question de pratique avec un esprit autant dégagé que possible de prévention , et, je dois le dire, . sans blâmer le second de ces moyens, mes prédilections sont demeurées au premier.
— Le bandage inamovible peut être appliqué sur toutes les divisions des membres, dans toutes les saisons, dans toutes les circonstances. Lorsqu'après les huit ou dix premiers jours, aucun accident ne suit son application, on peut considérer la guérison comme assurée ; et cette guérison s'opère, dès lors, par les seuls effets de la nature, sans que le chirurgien ait à s’en occuper , autrement que pour diriger le régime du blessé. Il n’y a ni pansement à renouveler, ni infection de pourriture d'hôpital à craindre, ni épuisement par suite de l’abondance de la suppuration à redouter pour l'avenir.
Et quand l'écoulement trop considérable du pus , le développement des vers dans l'ap-
pareil, la douleur trop vive, obligent à lever,
le bandage, on trouve encore les parties généralement mieux disposées qu’elles ne l'eussent été si l’on avait suivi une autre méthode ; et si l’on croit devoir revenir au traitement ordinaire, le sujet n’a rien perdu par l’essai qu’on a tenté du premier.
Lorsque l'appareil inamovible a été appliqué , il convient presque toujours, dans les cas graves, de le faire arroser de temps à autre, pendant les vingt-quatre ou quarante-huit premières heures, avec le liquide dont il a été imprégné d’abord. On le laisse ensuite se dessécher lentement. Le blessé doit être considéré comme ayant une lésion profonde , à laquelle il est impossible de toucher immédiatement, et que l’on ne peut
combattre que par des moyens généraux énergiques. Aussi sera-t-il saigné largement, à diverses reprises, en proportion de la force de sa constitution et de la gravité de sa blessure : une tranquillité profonde, une abstinence absolue des aliments, des boissons fraiches, acidulées , abondantes, des lavements émollients destinés à entretenir la liberté du ventre, seront prescrits.
Ce traitement devra être continué pendant les dix ou quinze premiers jours, en surveillant ayec attention les phénomènes morbides. Îl ne faut pas se hâter, si de la douleur survient, si de la suppuration paraît aux extrémités du bandage, de lever l'appareil :
ces accidents peuvent encore s’apaiser , et la guérison se compléter, malgré leur manifestation.
Le chirurgien peut assez exactement mesurer, d’ailleurs, ledegréde gravité dutravail morbide que cache l'appareil, en examimant les parties du membre situées au-dessous et au-dessus; en interrogeant la chaleur de la région blessée, laquelle perce les enveloppes qui la couvrent; en tenant compte dela température générale de la peau, de la fréquence du pouls, de l’état d’agitation ou de tranquillité, de soranolence ou d’excitation nerveuse du sujet, de la coloration de la langue, de l'intensité de la soif, de l'appétence ou du dégoût pour les aliments, etc.
Toutes les fois que les parties accessibles à la vue ont leur coloration, leur température, leur souplesse normales ; que l'appareil n’est paséchauflé ; que les viscères sont sans, réaction sympathique, on peut être assuré que rien de dangereux ne s’opère dans la fracture, et des douleurs médiocres ne doivent pas arrêter le chirurgien dans la poursuite du mode de traiternent qu'il a choisi.
Mais si, par opposition , des symptômes graves, locaux ou généraux, se manifestent, il n'y a pas à hésiter : les parties doivent être mises à découvert, soumises à des médications appropriées à leur état, et, aussitôt qu'on le pourra, l'appareil inamovible sera réappliqué. Dans certains cas, on peut ainsi suspendre à plusieurs reprises le traitement primitif, et y revenir, lorsque les accidents qui s'étaient manifestés n'existent plus.
Employé avec ces précantions, secondé par un traitement général, méthodique et sévére , et surveillé avec sollicitude et intelligence, l'appareil inamovible procurera, dans la plupart des cas, des succès que l’on eut vainement attendus aussi complets, aussi faciles et aussi prompts, par d’autres moyens de traitement, sans jamais déterminer des accidents que ces derniers eussent sûrement prévenus. Tel est, du moins au moment où J'écris, le résultat général de ma pratique.
Comparées à celles qui précèdent, les autres complications des fractures ne présentent qu’une médiocre importance, soit parce qu'elles n’en constituent que des variétés, soit à raison de la rareté des cas dans lesquels on les observe. Ainsr, les plaies, au lieu d’être faites par les causes vuinérantes, Peuvent résulter de l’action des fragments, Poussés, par des impulsions variées, contre les parties extérieures. Si les pièces d’os Saillantes sont recouvertes de périoste et faciles à faire rentrer par les efforts de la réduction, cette opération doit être exécutée aussitôt. Si, au contraire, enfoncés dans le Sol ou soumis à d'autres violences, les fragments ont perdu leur périoste, et sont imprégnés de matières étrangères , il con- Yient de retrancher leur sommet jusqu’à la hauteur de la dénudation. Ils devraient nécessairement alors se nécroser plus tard, ét leur présence, comme corps étrangers, dans les tissus, constituerait une complication de plus, qu’il importe d'éliminer. Enfin, lorsque les fragments sont étranglés par les ouvertures à travers lesquelles ils font saillie, le chirurgien doit débrider ces ouvertures, afin de rendre la réduction facile, et si, maloré cette opération, elle offrait en-
core trop de difficultés, la résection deviendrait de nouveau indispensable.
Une compresse longuette, glissée entre le fragment à retrancher et les parties molles, sert à éloigner celles-ci. L'extrémité libre de los, convenablement garnie de linge, est saisie avec la main gauche et solidement maintenue , tandis qu’une scie fine est pro-
menée sur le point indiqué pour la résection.
Cette opération étant terminée, les os doivent être mis en rapport, et la bléssure