LIV. VIL. MALADIES DE L'APPAREIL DE LA LOCOMOTION
à trop de lésions du bras ou de l'épaule pour le noter comme propre à la fracture de la clavicule.
En dehors de l’apophyse coracoïde, le déplacement des fragments est presque nul, retenus qu’ils sont par les ligaments nombreux qui les fixent au scapulum. Cette règle , toutefois, ne doit pas être considérée comme absolue , parce que la cause qui a fracturé la clavicule, a quelquefois été assez
puissante pour déchirer les liens fibreux
dont il s’agit, et laisser, par conséquent,
aux fragments la liberté de perdre leurs
rapports.
Très-près de l'articulation sternale , les fragments ne se déplacent pas non plus, d’une manière sensible, car ils sont maintenus en rapport par les ligaments costoclaviculaires. D’ailleurs, le poids de l'épaule agit alors avec bien moins d'efficacité sur le fragment externe que dans la fracture du corps de l'os ; ce fragment, basculant sur la première côte, s’élèverait par son bout sternal, plutôt que de s’abaisser.
Les frittures de la clavicule ne sont pas très-graves ; elles guérissent même , en général , avec facilité , sans laisser à leur suite de gêne ou de faiblesse dans les mouvements du membre. Une difformité légère , d'autant plus apparente que le sujet est plus maigre, et qui consiste en ce que le fragment interne fait saillie au-dessus de l’externe, leur succède , toutefois, le plus généralement. Telle est la difficulté de lutter avec eflicacité contre l’action constante de la pesanteur sur le bras et l'épaule , que l'on peut considérer ce résultat comme à peu près inévitable , surtout après les fractures obliques du corps de l'os.
Porter l’épaule en arrière, en dehors et en haut, tel est le triple effort à l’aide duquel la red de la clavicule s’ opère assez aisément , et qui, continué pendant un temps coAdsAblÉ , Suffit pour faire obtenir la guérison. Le sujet étant assis sur une chaise solide, un coussin conoïde, à base plus ou moins épaisse ou mince , d’une longueur égale à celle du bras, doit être placé sous l’aisselle, et ninteud au moyen de deux rubans, ds partant de sa base, vienvents’entre-croiser sur l'épaule du côté sain,
CHAP. V. MALADIES DES OS
et entourent ensuite le tronc. Ce point de résistance étant établi, le coude doit être soulevé, porté envavant , et appliqué avec force contre la poitrine. Durant cette action, l’humérus , transformé en un levier du premier genre, entraîne le scapulum et le fragment claviculaire externe dans la triple direction postérieure , externe et supérieure.
Une grande et forte écharpe, embrassant le coude et soutenant l’avant-bras, est appliquée avec exactitude , et soulève le bras. Puis un large bandage de corps, embrassant ce membre , le coussin et le tronc, fait . de toutes ces parties un seul tout. Ce bandage , soutenu en haut, à l’aide d’un scapulaire, doit descendre au-dessous du coude, au bas duquel on le reploie, de manière à lui faire former une sorte de bourse. Quelquefois, entre l’écharpe et le bandage de corps, on place une bande, laquelle partant de l’aisselle du côté sain, croise ses jets sur la fracture et sur des compresses qui surmontent le fragment interne, et descend sous le coude ; du côté malade, en formant un 8 de chiffre. Dés épingles, en nombre suffisant, ou mieux encore des points d’aiguille , fixent ensuite ensemble le bandage de corps , les jets de bande et l’écharpe, de telle sorte que le bandage entier acquiert une invincible solidité.
L'appareil dont il s’agit n’est autre que celui de Desault, mais construit à l’aide de matériaux plus larges, plus résistants, moins faciles à se déplacer ou à se déranger. Il suffit à tous les besoins , et ne présente pas, comme la ceinture et le bracelet de Boyer , l'inconvénient de ne pouvoir se trouver partout sous la main.
Replacé dans son lit , le blessé doit ÿ ètre couché horizontalement , incliné sur le côté sain, afin que le poids du bras et de l'épaule cesse d’agir verticalement, el qu’au contraire il tende à porter ces parties en arrière” dans le sens le plus favorable à la . bonne conformation de la clavicule.
Quant à la position horizontale, seule empioyée par Pelletan et adoptée par M. Larrey, peu de blessés ont une docilité etune patience suffisantes pour la conserver sans interruption durant plusieurs semaines, et ses avantages, qui sont incontes-
tables , ne peuvent qu'être augmentés par un bandage, dont la présence, sans avoir rien de très-incommode, maintient plus
“exactement les parties.
Les appareils spéciaux de Flamant, de MM. Cruveilhier , Caron et Zudnachowski, etc., sont trop compliqués, on pourrait même direitrop inutiles, pour que leur
description doive trouver place ici.
Ce qui a été dit précédemment, au sujet des fractures des doigts, du métacarpe et du carpe, s'applique entièrement aux lésions semblables des parties correspondantes du pied. Ce dernier organe est, bien plus souvent encore que la main , sle siége de fractures comminutives, avec écrasement des parties molles , et qui exigent un traitement antiphlogistique très-actif, ou réclament l’ablation complète ou partielle du membre. se
Des deux os dont se compose la jambe, le tibia, qui reçoit et transmet le poids du corps , est celui dont les fractures sont le plus fréquentes. Le péroné ne se brise guère que consécutivement, excepté dans, certains cas, assez communs cependant, de renversement considérable du pied.
Au quart inférieur de la jambe , les fractures isolées ou simultanées, du tibia ou du péroné , présentent des symptômes différents , et donnent lieu à des indications thérapeutiques spéciales. k
Les deux os ne sont guère fracturés à cette hauteur que par des chutes faites de lieux élevés, ou lorsque le corps tombe de côté, le pied étant retenu dans un sillon
étroit et profond. Cette fracture complète se produit fréquemment encore à l'occasion
du passage d’un corps très-pesant, comme
d'une roue de voiture, sur la partie infé-
rieure de la jambe.
Dans ces cas, les fragments pédieux des os de la jambe sont portés en arrière ; l'extrémité inférieure du fragment supérieur du tibia fait saillie sous la peau ; le pied est incliné en dehors; le membre, souvent raccourci, présente une courbure rononcée, à convexité antérieure et interne ; et la mobilité, qui est très-grande et accompagnée de crépitation, ne permel pas de méconnaitre la fracture.
» Dans les fractures isolées de la partie inférieure du tibia le déplacement est bien moins considérable , et aucun raccourcissement de la jambe n’a lieu, le péroné maintenant sa longueur. Cependant, le fragment inférieur est attiré en arrière par les muscles insérés au tendon d’Achille ; le muscle Jambier antérieur tire en avant et incline en dedans le bord interne du pied; la malléole externe soulève la peau , et l’autre est effacée. .
Dans certaines entorses internes trèsviolentes, les ligaments latéraux internes de larticulation tibio-tarsienne , étant tiraillés outre mesure, résistent et laissent la malléole tibiale céder et se rompre. Le pied est alors dévié en dehors ; les doigts posés sur la malléole tibiale y sentent des inégalités , et si l’on opère l’inclinaison du pied vers le péroné, le vide résultant de l’écartement des pièces osseuses entrainées en bas , peut être aisément constaté.
Les fractures du péroné à son quart inférieur , indépendamment de causes violentes directes , reconnaissent aussi pour causes les entorses avec incurvation du pied en dedans ou en dehors. Dans le premier cas , le tarse, dirigé brusquement vers la malléole tibiale, entraine avec lui les ligaments latéraux externes, lesquels faisant un angle de plus en plus marqué avec la malléole péronéale , tendent à la courber dans son articulation avec le tibia, ainsi que sur le bord externe de la surface de l’astragale, et à déterminer sa rupture, par arrachement, au-dessous des ligaments tibio-péroniens', ou à briser le péroné au-dessus de cé point. Dans le second cas, c'est-à-
dire dans les entorses avec inclinaison du
pied en dehors , la malléole externe, plus longue que la malléole tibiale, touche bientôt contre la face externe du calcanéum , qui la refoule en dehors, la soulève, et oblige le péroné à se courber vers le tibia , et à se rompre dans l'espèce de collet qui surmonte l'extrémité malléolaire.
+ Un autre mécanisme de la fracture du péroné.est celui qui accompagne la luxation du pied en arrière, Les os de la jambe passant alors en avant de la poulie de l'astragale,
il arrive assez souvent que les ligaments | €. mn