CHAPITRE VI. AMPUTATION DES MEMBRES
en réalité. Le chirurgien qui la préconise commence en effet, par former , durant le premier temps de l'opération, deux lambeaux symétriques, lesquels sont relevés par l’aide chargé de ce soin. Il divise ensuite circulairement les chairs profondes, afin d'isoler et de scier les os au-dessus des angles de réunion des lambeaux. Or , c’est ainsi que les chirurgiens habiles ont toujours procédé dans les amputations méthodiques : jamais ils n’ont omis, après la formation des lambeaux, de faire relever ceux-ci, et de scier les os à une certaine distance au-dessus de leur base ; ce qui ne peut être exécuté que par une section profonde , non plus à lambeau , mais circulaire. L’oubli de cette précaution exposerait à voir l'extrémité de los, dépassant, par le fait de la rétraction des parties, l'angle de réunion des lambeaux, n’être plus suffisamment recouverte, ou faire saillie entre eux, inconvénient depuis longtemps signalé et prévenu par le procédé dont il est ici question.
Les améliorations apportées à l’amputation circulaire ont singulièrement diminué la valeur des raisons qui , naguère encore, semblaient militer en faveur de l’amputation à lambeaux. La réunion immédiate des plaies , après la première de ces opérations, n’est pas moins facile à obtenir qu'après la seconde ; et à l’aide de pansements méthodiques, la conicité des moignons n’est plus à craindre dans aucun cas. Les amputations à lambeaux n'’offrent donc, sous ce double rapport, aucun avantage réel; mais elles ont l'inconvénient grave d'augmenter Îles douleurs du malade, à raison des sections plus nombreuses qu’elles exigent, d'exposer à donner aux lambeaux trop ou trop peu de longueur, ou des dimensions inégales et non symétriques , qui rendent leur réunion difficile, incomplète ou impossible. Presqué toujours, ces lambeaux forment, en avant du moignon , des masses considérables , qui se tuméfient , s’enflamment , et peuvent devenir la cause d'accidents graves. Le seul cas où il conviendrait de recourir à ce mode, d’ailleurs imparfait, d’amputation, serait celui où, sur une portion de membre quelconque , les parties molles étant détruites
dans une grande étendue, on trouverait sur les autres régions les éléments d'un lambeau qui permettrait d'éviter l’ablation audessus de l'articulation supérieure.
Plus encore que dans les amputations pratiquées dans la continuité des membres, les chirurgiens se sont attachés, en portant les instruments sur les articulations , à laisser autour de celles-ci, des parties molles suffisantes pour recouvrir les plaies , et rendre la cicatrisation facile et prompte. La largeur des surfaces mises à découvert, le peu d'épaisseur, en beaucoup de cas, des couches musculaires et cutanées , leur mobilité, leur disposition presque naturelle à retomber sur les extrémités des os, sont autant de circonstances qui ont favorisé l'accomplissement de cette indication.
La première idée qui surgit consista dans la formation de lambeaux, parfois uniques et appropriés aux dimensions ainsi qu’à la forme des plaies, dans d’autres cas, doubles , opposés, symétriques , et susceptibles d’être rapprochés et réunis sur celles-ci.
Ces lambeaux ont été formés : tantôt à l’aide d'incisions marchant de la peau vers les parties profondes, et dessinant leur contour ; tantôt en traversant les chairs soulevées, avec un couteau long, étroit et à double tranchant; tantôt, enfin, en ouvrant l'articulation elle-même , pendant que l’on taille le premier des lambeaux. Il importe de donner à ceux-ci une direction telle que le pus sécrété, en beaucoup de cas , dans la profondeur de la plaie, trouve un écoulement facile au-dessous d’eux ou entre eux. Il importe encore qu’ils ne soient ni trop longs ni trop courts , trop minces ou trop épais, ou non symétriques. Sans ces conditions , leur existence pourrait courir quelque danger, ou ils ne recouvriraient pas aisément les plaies, ou leur coaptation ne serait pas aussi exacte que possible.
Suivant une méthode à laquelle un jeune chirurgien militaire a voulu attacher une prééminence absolue , l’'amputation dans les articulations pourrait être exécutée suivant les règles établies précédemment pour les amputations circulaires dans la continuité des membres. Les parties étant convena-
blement disposées , et les téguménts tendus par l’aide chargé de cet office, le chirurgien coupe circulairement la peau, la fait relever et la détache , puis divise les couches musculaires, et parvient enfin à la jointure, dont il attaque les liens. Après l’opération , Ja plaie offre un contour résulier, arrondi, dont les parties opposées peuvent être affrontées sur sa partie moyenne.
Mais toutes les articulations ne se prétent pas épalement à une section épale, arrondie et circulaire des tissus qui les entourent. Plusieurs, comme cellés de l’épaule, de la hanche, ne sont pas perpendiculaires au tronc ou à l'axe de la partie qui leur succède. Plusieurs n'ayant pas, dans toute leur circonférence , des épaisseurs égales de muscles , ne peuvent être surmontées que de plaies à parois membraneuses ou cutanées sur certains points, et formées par des ’ Chairs abondantes sur d’autres. De là l’idée et la nécessité de faire, pour ces articulaüons, des sections obliques, offrant une échancrure plus ou moins profonde, en opposition avec la courbure régulière du reste de leur contour, Et comme ces plaies sont toujours disposées de manière à ce que leur grand diamètre marche de l’échancrure vers la partie opposée de la courbe, elles ont une forme allongée, ovale, qui a fait donner à la méthode qui les produit le nom de méthode ovalaire.
Pour exécuter cette méthode, le membre étant convenablement situé, le chirurgien applique le couteau sur la partie externe, ou la plus accessible et la plus superficielle de la circonférence de l'articulation, puis conduit obliquement en bas et en dedans une incision oblique, qui contourne le membre, de manière à revenir, par sa face opposée, et suivant une disposition toute semblable se réunir au point de départ. La peau étant relevée, les couches musculaires doivent être incisées suivant la même direction , et l’opération est terminée par la section dés ligaments articulaires.
Dans la But des amputations qui nous occupent, lorsqu'il les pratique à la base des membres , le chirurgien s'efforce de réserver la section des vaisseaux pour le dernier temps de l’opération ; ce qu’il ob-
dérées d’une manière générale, | tations à