CHAPITRE VI. AMPUTATION DES MEMBRES
serait fort difficile de les décrire , ou même deles indiquer toutes.
Pratiquée d’abord par Morand et par Ledran père, cette opération ne parut satisfaisante qu'après le procédé de Lafaye. Le sujet doit alors être assis , et soutenu par des aides, dont un, placé du côté sain, a pour fonction de relever les chairs, et d’exercer la compression de l'artère, aussitôt qu’il en sera temps. Le bras étant relevé à angle presque droit, deux incisions sont faites, en avant et en arrière de l’acromion, depuis le niveau du sommet de cette apophyse jusqu’à celui de l’attache inférieure du deltoïde.
Une troisième incision, transversale, réunit les extrémités inférieures des deux premières , et achève de circonscrire un large lambeau qu’on détache, qu’on relève, et que l’aide soutient. On coupe ensuite les tendons qui fortifient en haut et en dehors la capsule articulaire ; puis, faisant saillir la tête de l’'humérus, le couteau est porté à sa partie interne. Lafaye faisait glisser cet instrument le long de l'os, jusqu’à ce qu'il sentit les
| vaisseaux axillaires, qu’il liait, à l’aide d’une
aiguille, avant d'achever de détacher le membre. |
Dupuytren formait d’un seul coup le lambeau externe ou deltoïdien, que Lafaye exécutait au moyen de trois incisions. Pour cela, le membre étant élevé à angle presque droit , le chirurgien doit saisir, de la main gauche, la masse du deltoïde, la soulever et la traverser, d’un côté à l’autre, au-dessous de l’acromion, avec un couteau droit à double tranchant. Cet instrument, porté en bas, dans l'étendue de trois pouces environ, puis incliné vers la peau, sert à tailler et à détacher le lambeau dont on a besoin. Celui-ci étant relevé, le chirurgien termine l'opération de lamême manière que Lafaye, excepté qu'avant de couper les vaisseaux, il les fait saisir, avec les parties qui les renferment, entre les doigts d’un aide, au devant desquels il achève de séparer le membre du tronc.
[1 est facile d'exécuter ce procédé en sens inverse, c’est-à-dire de tailler, d’un seul coup, et des téguments vers l'articulation , le lambeau deltoïdien, puis de pénétrer dans la jointure et terminer par la section des
parties qui correspondent à l’aisselle, Ce procédé ne présente, toutefois, aucun avantage réel sur celui de Dupuytren.
Ouvrir l’articulation en même temps que l’on forme le lambeau externe, qui doit recouvrir la plaie, semble, au premier abord, le plus grand perfectionnement dont l’opération qui nous occupe soit susceptible :
c’est ce qu'ont opéré MM. Champesme et Lisfranc. Pour exécuter leur procédé, 1l faut, le bras étant légèrement écarté du corps, et tiré en bas, plonger horizontalementun couteau interosseux , à lame étroite et longue, entre lapophyse coracoïde et l'acromion. Cet instrument doit ressortir, en arrière, à un demi-pouce au-dessous de l'endroit où le bord postérieur de lacromion se recourbe pour former l’épine de l’omoplate. L'instrument, porté en dehors, et ensuite en bas, doit contourner la tète de l’humérus , et détacher le lambeau deltoidien. Ce lambeau étant relevé, le chirurgien trouve la capsule ouverte, et, portant l'instrument au côté interne de la-tête de l’humérus, il achève l'opération comme dans le procédé précédent. |
Cette manière d'exécuter l’ablation du bras exige qu’on opère de la main droite sur l'épaule droite, et réciproquement, ou que, sur le membre gauche, on enfonce le couteau en arrière, à l'endroit où ilauraït dù sortir, pour le faire sortir, en avant, dans le lieu où il devait être plongé si l'on avait opéré de la main gauche.
Desaultimprimaune disposition différente aux lambeaux qui doiventrecouvrir la plaie de l'épaule après lextirpation du bras. Ii conseillait de comprimer l'artère axillaire au-dessus de la clavicule; puis, saisissant les parties molles de la partie antérieure de l'épaule, il plongeait entre elleset l’humérus la lame d'un couteau interosseux. Cet instrument, venant ressortir sous laisselle, servait à former un lambeau antérieur qui était ensuite relevé. Puis, le bras étant porté enarrière, le chirurgien liait les vaisseaux, et terminait par l'ouverture de l'articulation et la formation du lambeau postérieur.
Ce procédé ne paraît pas avoir été mis en usage. À peu près à l’époque où Desault le
proposait, M. Larrey en pratiquait un autre, avec le plus grand succès. Ce célèbre chi-
rurgien, abandonnant le bras à son propre ‘
poids, fait descendre, du sommet de l’acromion Jusqu'à trois pouces plus bas, une incision longitudinale qui pénètre jusqu’à l'os. Plongeant ensuite, entre l’humérus et la lèvre postérieure de laplaie, la lame du couteau, il la fait sortir immédiatement au devant des tendons réunis des muscles grand dorsal et orand rond. Les parties molles que l’instrument embrasse doivent étre divisées suivant une ligne oblique ; étendue, de deux pouces au-dessous de l’acromion, à l’endroit où le bord postérieur de l’aisselle s’unit au bras. Le couteau, étant reporté en avant de manière à sortir derrière le tendon du muscle grand pectoral , le chirurgien taille un lambeau antérieur, semblable à l'autre. Les deux lambeaux étant détachés et relevés’, l'articulation se trouve à découvert dans les trois quarts de sa circonférence, et il est facile de couper les liens qui l’affermissent, ainsi que les tendons qui fortifient sa partie supérieure. Parvenu au côté interne de la tête de l’humérus , le couteau doit être glissé le long de cet os , afin d’en détacher les parties molles, que le chirurgien fait saisir par un aide inielligent, entre les doigts duquel l'artère se trouve comprimée. C’est au devant de ces doigts que sont coupés les tissus qui forment le creux de Vaisselle ; les vaisseaux sont ensuite immédiatement liés.
Dupuytren exécutait cette méthode suivant un procédé très-rapide, et qui consiste, le bras étant élevé à angle droit sur le tronc, à appliquer le talon dy couteau à amputation immédiatement au-dessous de lacromion, de manière à couper obliquement en bas, et d’un seul trait, toutes les parties qui forment la face postérieure de l'épaule jusqu’à Vaisselle. Le lambeau étant détaché et relevé, il inclinait le coude en avant, afin de tendre la partie postérieure de la capsule articulaire, et de la diviser plus aisément. Il terminait l'opération en formant le lambeau antérieur, dans l’épaisseur duquel les vaisseaux axillaires devaient
être comprimés. Pratiqué sur l'épaule droite, :
ce procédé exigeait , ou que le chirurgien