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CHAPITRE VI. AMPUTATION DES MEMBRES

semblable serait pratiquée à la face plantaire du pied; puis, réunissant ces deux sections, par une troisième , qui contournerait le côté interne du pied , à la base des orteils, le chirurgien cernerait un lambeau qui, étant relevé d'avant en arrière, permettrait de découvrir les os , et de les détacher de leurs articulations postérieures. La même opération, exécutée en dehors, servirait à emporter les deux métatarsiens externes.

A ce procédé, Béclard préférait le suivant. Le pied étant saisi avec la main gauche , le couteau est porté sur le premier espace interosseux, à six lignes au devant des os du tarse. De ce point, une première incision est conduite à la seconde commissure des orteils, et de là à la face plantaire du pied, puis prolongée transversalement en dedans sous la base des orteils , jusqu’au côté interne du premier d’entre eux. De là, une seconde incision croise le premier os du métatarse, et se termine au point de départ de la première. Ainsi se trouve circonscrit un triangle dont la base est en avant, le som- ‘met en arrière, et qui comprend les orteils, les os du métatarse malades, et une partie des téguments de la face dorsale du pied.

De la pointe de ce triangle deux incisions nouvelles sont dirigées obliquement en arrière, l’une en dehors et l’autre en dedans, de manière à former un triangle opposé, dont la base comprend les articulations à ouvrir. Le chirurgien détache alors les parties molles, et, pénétrant dans le second espace interosseux , isole Îes deux métatarsiens, en bas et en dedans. Relevant ensuite le petit lambeau postérieur, il découvre et coupe les ligaments dorsaux articulaires, puis pénètre dans les jointures, et achève de détacher les os. J’ai récemment retranché, avec succès, suivant ce procédé, la totalité du premier os du métatarse et le tiers antérieur du second, sur un ancien chasseur d’Afrique, blessé à Mascara.

Les quatrième et cinquième métatarsiens peuvent être emportés par un procédé analogue. Une première incision , commencée dans le troisième espace interosseux, à trois lignes au devant du tarse, est étendue à la troisième commissure des orteils , puis dirigée en travers sous ces organes jusqu’au

soi

côté externe du dernier d’entre eux. L’in-

‘strument reporté au point de départ, le

chirurgien divise les téguments en travers , jusque derrière l’extrémité postérieure du cinquième os du métatarse. Enfin, du milieu de cette seconde incision, il en fait partir une troisième qui, dirigée en avant et en dehors, va joindre , au côté externe du dernier orteii, la fin de la première. Il détache ensuite les parties molles, et les articulations étant découvertes , les liens qui les affermissent sont promptement divisés.

Lorsque la carie atteint le premier os du métatarse seul , il est indiqué de ne retrancher que la partie affectée , en laissant la base de l'organe adhérente au tarse. Pour cela, une incision oblique en avant et en dehors , partant des limites de la maladie, gagne la commissure du gros orteil avec le second , puis parcourt le sillon plantaire du premier , et va rejoindre , obliquement, en forme de V, le point par lequel on a commencé. Les parties molles étant détachées , une compresse fendue est placée entre les deux métatarsiens, le périoste incisé , et l'os malade coupé obliquement d’arrière en avant et de dedans en dehors, avec une scie à feuillet mince et étroit.

J'ai eu trois fois l’occasion de retrancher de cette manière le premier os du métatarse, soit dans sa moitié antérieure , soit dans sa totalité, et dans aucun de ces cas, non plus que dans celui où la réseclion avait en même temps porté sur le second os du métatarse, je n’ai observé le renversement du pied en dehors , et les opérés ont marché avec assez de facilité.

On a pratiqué parfois, chez Îles sujets adultes , l’'amputation de la totalité du métatarse , dans la continuité des os qui le forment. Cette opération , qui exige que lon divise avec soin tous les tissus interosseux , avant de faire agir transversalement la scie , n’est pas suivie d'accidents aussi graves qu’on le pourrait redouter. Elle a réussi une fois à Dresde , sur un militaire de la garde impériale , qui avait la partie antérieure du pied fracassée par un coup de feu.

Chopart attacha son nom à ce que lon a, pendant longtemps, nommé, d’une manière

exclusive, amputation partielle du pied, opération qui consiste à diviser cet organe dans les articulations qui unissent l’astragale et le calcanéum , d'une part, au scaphoïde et au cuboïde, de l’autre. L'union du scaphoïde avec l’astragale estun peu oblique de dedans en dehors et d’arrière en avant; celle du calcanéum avecle cuboïde est placée un peu au devant d’elle, et se trouve dirigée perpendiculairement à l’axe de l'organe. On reconnaît la première aux saillies formées, en dedans , par le scaphoïde , et en haut par la tête de l’astragale , qui soulève la peau durant l’abaissement et l’adduction du pied.

La partie externe de l’articulation calcanéocuboïdienne est à quelques lignes plus en avant, et placée derrière la première saillie que l’on rencontre au delà de l'extrémité postérieure du cinquième métartasien, en faisant glisser les doigts vers le talon. L’extrémité antérieure du pied étant saisie avec la main gauche, dont le pouce et le doigt indicateur marquent les deux extrémités de la ligne articulaire à ouvrir, le chirurgien fait, à un demi-pouce au devant de cette ligne, une incision transversale, qui comprend la peau et le muscle pédieux. Ces parties étant retirées par l’aide qui soutient la jambe , il ouvre l'articulation astragaloscaphoïdienne , puis celle du cuboïde avec le calcanéum. Divisant ensuite le fort ligament interarticulaire, il peut facilement écarter les os. Après quoi, il engage le plein du couteau sous le scaphoïde et le cuboïde, et termine l'opération en taillant, aux dépens de la face plantaire du pied, un:

lambeau propre à être relevé sur la plaie, et à la recouvrir. Il importe de lui conserver toute l'épaisseur des tissus plantaires, de l’arrondir à son extrémité, et de le laisser plus long en dedans qu’en dehors.

L'opération de Chopart ne doit être pra- , tiquée que dans les cas où l’amputation entre le tarse et le métatarse est inexécutable.

C’est surtout au pied qu'il importe de conserver la plus grande étendue possible de l'organe , afin de maintenir la solidité de la station et la facilité de la marche. Les amputations partielles, en permettant de ne pas recourir à l’ablation de la jambe, conslituent des ressources précieuses , qu’il se-

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