LIVRE I. CHAPITRE IL. DE L'INFLAMMATION
d’une épingle , ou d'achever leur extraction + en les attirant au dehors, et en les excisant à l’aide de bons ciseaux.
Enfin , on observe assez souvent qu'après être sorti d’abord avec liberté et avec force, le jet du sang s’arrète tout à coup, sans
cause évidente , et que la saignée se trouve
subitement interrompue. Ce phénomène dépend presque toujours de ce que la ligature étant trop serrée , le sang artériel n’afflue plus dans le membre, et que les veines cessent d’en fournir, aussitôt que celui qui . les distendait s’est écoulé. Si l'on explore | dans ce cas l'artère radiale, on reconnait qu’elle ne bat pas : il faut alors relâcher la ligature , et la circulation artérielle se rétablissant, on voit le sang reparaîire. La faiblesse du jet du sang dépend quelquefois aussi de ce que l'ouverture de la veine est trop large, relativement à son calibre, et l'on est obligé, pour détruire , au moins en partie, cet inconvénient, de comprimer avec les doigts les autres veines du pli du bras , afin de forcer‘une plus grande quantité de sang à passer dans celle qui est ouverte.
Quoique simple en apparence, et pratiquée sur des organes peu importants, la saisgnée peut être cependant accompagnée ou suivie d'accidents très-graves. La plupart des veines sous-cutanées, par exemple , sont accompagnées , dans leur trajet, par des filets nerveux qui s’entre-croisent autour d'elles , et qui peuvent être aisément atteints par la lancette. Cette lésion est accompagnée d’une douleur aiguë, qui se prolonge le long du bras, et qui peut aller jusqu’à provoquer des spasmes et des convulsions. Des applications émollientes et opiacées sur la partie, et quelques narcotiques administrés à l’intérieur suffisent ordinairement pour faire disparaître ces symptômes. Lorsqu'ils ne cèdent pas à ces moyens , 1l faut recourir à l’instillation du. laudanum liquide dans la plaie ; ou même couper en travers le filet nerveux dilacéré.
Les anciens attribuaient les accidents dont il s’agit à la lésion des tendons , des aponévroses, ou du périoste : mais l'anatomie pathologique a depuis longtemps détruit cette erreur,
Lorsque, durant une saignée , le sujet
tombe en syncope, il faut suspendre le cours La .
du sang , appliquer lé bandage , et coucher
le sujet horizontalement. Les autres moyens
sont trop connus pour avoir besoin d’être
décrits. On prévient cet accident, chez les”|.
personnes faibles et craintives, en les rassurant, en leur dérobant autant que possible la vue et l'odeur du sang ; enfin , en ne faisant à la veine , ainsi qu'il a été dit plus haut , qu'une ouverture assez pelile pour ne fournir qu’un jet très-mince de liquide.
Le défaut de parallélisme entre l’ouverture de la veine et celle des téguments , ou le peu d’étendue de cette dernière , déterminent quelquefois l’extravasion du sang dans le tissu cellulaire voisin, et la formalion d’une tumeur que l’on désigne sous le nom d’ecchymose lorsqu'elle est aplatie, diffuse et peu saillante, et sous celui de trombus quand elle est plus volumineuse.et mieux circonscrite, Cet accident, que l’on prévient en évitant les circonstances qui le produisent , est fort commun chez les sujets dont le tissu cellulaire est lâche et lamineux. Une compresse trempée dans de l’eau froide, suffit pour provoquer la prompte absorption du sang, surtout si l’on exerce sur la tumeur une compression médiocre.
L'ouverture de l’artère est un des accidents les plus graves de la saignée du bras. On reconnaît cette lésion au flot de sang vermeil qui jaillit tout à coup de la plaie , et qui continue à sortir en formant des arcades isochrones aux pulsations artérielles. En comprimant au-dessus de l’ouverture, ce Jet s’apaise, et le sang veineux paraît seul ; la pression exercée au-dessous donne , au contraire, de nouvelles forces à l'écoulement du liquide artériel. La plupart des auteurs conseillent alors l'emploi de plusieurs moyens qui n’ont d’autre but, et, en dernier résultat , d'autre effet que de dissimuler le malheur qui vient d'arriver, et de tâcher de mettre à couvert la réputation de l'opérateur. Mais les subterfuges de ce genre sont indignes du véritable chirurgien; ils tournent presque toujours à son désavantage. Leur emploi n’aboutit qu'à aggraver le mal, et souvent à nécessiter l’ablation d'un membre que l’on aurait pu conserver
par une conduite plus franche et plus méthodique. Il faut done, danse ccasions ,
appliquer d'abord un bandage compressif
provisoire, rassurer le malade, ordin ire ment effrayé, et disposer tout ce quiest nécessaire pour pratiqueraussitôt que possible la ligature de l'artère, opération qui, dans : les premiers temps de la: blessure, est peu grave, et que plus tard il ne serait peut-être plus temps d'exécuter.
Enfin , la saignée est quelquefois suivie de la phlogose de la veine ouverte ou du tissu cellulaire de la partie antérieure: du membre. Il serait injuste d’attribuer toujours au chirurgien le développement d’accidents de ce genre : la piqüre de la veine n’en est ordinairement que la cause occasionnelle , et aucun procédé opératoire ne saurait fes prévenir avec certitude. Cependant , il importe de ne jamais faire usage que de lancettes parfaitement propres et bien affilées ,,car on a remarqué que les instruments émoussés, et surtout ceux qui sont recouverts de sang ou imprégnés de matières virulentes, peuvent , soit par la dilacération qu’ils opèrent, soit par l’inoculation qui est la suite de leur action sur les organes , provoquer les accidents dont il est ici question. Quoi qu’il en soit, la phlogose des veines est caractérisée par des phénomènes spéciaux , et elle réclame l’emploi de moyens thérapeutiques dont ilsera question à l’occasion des accidents des plaies. Quant à celle des autres parties du membre, on doit lui opposer les moyens antiphlogistiques locaux et généraux indiqués contre toutes les maladies flegmoneuses aiguës.
Beaucoup moins féconde en accidents, mais plus rarement pratiquée que celle du bras, la saignée du pied peut être exécutée, soit sur l’une ou l’autre des veines saphènes, qui glissent au-devant des malléoles , soit sur les ramifications veineuses qui recouvrent le tarse et le métatarse. La lisature ici doit être placée, où immédiatement audessus des malléoles, ou au-dessous du genou, Dans tous les cas , il convient de plonger ensuite le membre dans un vase rempli d’eau chaude , afin de rendre les veines plus apparentes. Lorsque cet effet est produit, le chirurgien , assis vis-à-vis du malade, fait