LIVRE I. CHAPITRE IV. DES SOLUTIONS DE CONTINUITÉ
cialement à calmer la douleur. Le cérat,
dans lequel on incorpore de l'extrait gommeux d’opium, ainsi que le cérat safrané préconisé par M. Larrey, conviennent merveilleusement pour recouvrir les surfaces dénudées. ,
On a beaucoup vanté un liniment composé de parties égales d'huile d'olive et d’eau de chaux; le coton cardé, dans les brûlures du second degré, absorbe souvent la sérosité, forme une sorte de croûte qui ne se détache qu'après la formation assez prompte de la cicatrice; les chlorures alcalins, objets de tant d’éloges, ont réussi sans doute aux second, troisième et quatr:ème degrés, mais sans jouir des propriétés miraculeuses qu’on leur a attribuées.
Après bien des tâtonnements , J'ai été conduit à établir les préceptes suivants.
Selon moi, il est de règle absolue qu’on ne doit jamais dépouiller, dans les brûlures au second et au troisième degré, la surface
du derme de l’épiderme soulevé par la séro- : sité : réappliqué sur la partie, aprés la sor-.
tie du liquide qui forme les phlyctènes, cet épiderme est le meilleur topique dont le chirurgien puisse faire usage, et au-dessous de lui la plaie se sèche avec bien plus de promptitude et de facilité que sous les on-
guents les plus doux, Lorsque la peau est
dénudée, ou lorsque je crains que les linges enduits de cérat n’enlèvent avec eux, pendant les pansements secondaires, l’épiderme réappliqué, je recouvre toute la surface
brûlée d’un linge fenètré, enduit de cérat.
opiacé ou safrané, et J'étends par-dessus ce
linge des compresses imbibées d’eau opiacée :
ou d’une faible dissolution d’acétate de plomb liquide, que des arrosements continuels entretiennent dans un état constant d'imbibition. Une compression douce et égale ajoute son action à celle de ces topiques. Les pansements ne sont renouvelés que tous les deux ou trois jours et consistent dans la substitution de compresses propres aux anciennes : le linge fenêtré n’est pas levé; la suppuration s'échappe par ses
ouvertures, et j'attends pour le détacher,
que la nature, parle desséchement des sur- !
faces dépouillées, en ait opéré la séparation. Je puis assurer, sans crainte d’être démenti
ET DES OPÉRATIONS QU'ELLES RÉCLAMENT. . | Gi
par les faits, que peu de traitements sont suivis de résultats aussi prompts et aussi généralement heureux.
Après les brûlures des quatrième et cinquième degrés, lorsque les premiers accidents sont dissipés et que la chute des escarres a eu lieu, il importe de diriger la cicatrisation des plaies de telle manière que des brides difformes ne sillonnent par les parties, ou ne les attachent pas les unes contre les autres.
Les brülures du sixième degré, et même celles du cinquième qui sont très-profondes et comprennent des nerfs et des vaisseaux considérables, nécessitent l’amputation des membres. Dupuytren a calculé que la brûlure, même superficielle, d’un cinquième de la surface du corps est presque constamment suivie de la mort, par suite de la douleur, ou par l'épuisement que provoque une trop longue suppuration. Dans ces cas, on trouve presque toujours, dans les viscères digestifs, des traces d’inflammation d’autant plus vive et plus aiguë que la congestion . intérieure a été plus intense et la mort plus prompte. On les rencontre au plus haut deoré, par exemple, chez les sujets brülés au milieu des incendies.
M. Velpeau a récemment publié un travail sur les avantages qu’il aurait obtenus du traitement des brülures, à l’aide des emplâtres de diachylon. L’emplâtre des hôpitaux lui semble le meilleur, parce qu’il contient une plus juste proportion de résine et de corps gras, en même temps qu’une plus grande quantité de plomb que celui des pharmacies civiles. Les lanières doivent avoir un pouce environ de largeur, et être assez longues pour faire une fois et demie le tour du membre. La première doit être placée à un pouce au-dessous, et la dernière à un pouce au-dessus des limites de la brülure ; il convient qu’elles soient imbriquées de manière à ce qu’un tiers seulement de leur surface libre reste à découvert, qu’elles compriment également partout, et que, portant bien exactement sur Les parties, elles aillent se croiser sur une région saine du
- membre. Ces bandelettes doivent, selon l’a-
bondance de la suppuralion, être changées tous les deux, trois où quatre jours. Elles
conviennent dans les brülures des quatre premiers degrés, et procurent, selon M. Velpeau, des guérisons aussi rapides que constantes.
Les principaux avantages que ce praticien habile attribue aux bandelettes sont :
1° de comprimer les parties et d'y empêcher l'inflammation ; 2° d'agir par les propriétés de l’emplâtre, qui est calmant et détersif; 8° de faire naître la cicatrice de tousles points à la fois de la surface brûlée ; 4° de produire une cicatrice blanche, souple, lisse, égale, et de prévenir les brides qui succèdent si souvent aux brûlures,
Ce iraitement n’est applicable qu'aux membres ; mais les autres Parties du corps, qui ne se prêtent pas à l’application des bandelettes, seront recouvertes de disques d’emplâtres qui constitueront encore un excellent topique.
Compression douce, pansements solides, rares , faciles, économiques, telles sont les qualités réelles du traitement de M. Velpeau. L’épiderme, suivant lui, doit être enlevé avec soin, et les plaies abstergées à chaque renouvellement des bandelettes avec de l’eau saturnée. Cetie dénudation des téguments est susceptible d’entrainer une augmentation de douleurs et d’inflammation : l’emplâtre, d’ailleurs, irrite assez fréquemment la peau, ainsi qu’on peut s’en assurer à l’occasion des plaies qu’il sert à réunir ; d’où il résulte que le mode de traitement indiqué plus haut me semble encore devoir être préféré à celui-ci.
Certaines causes dont il a été précédemment question, telles que le scorbut, la syphilis, les dartres, provoquent fréquemment dans les tissus vivants, et surtout à la peau et aux parlies extérieures des membranes muqueuses, des inflammations qui sont rapidement suivies de l'érosion des parties affectées. Les solutions de continuité de ce genre ont un aspect spécial : ainsi, l’ulcère scorbutique est blafard, saignant , recouvert de chairs mollasses et baveuses :
l’ulcère dartreux, presque toujours large et cutané, est entouré d’un cercle rouge ; ses bords sont souvent taillés à pic, renversés, en dehors, et douloureux; enfin, l’ulcère syphilitique a une surface grisätre : ses
bords, rouges et dentelés, tendent à se détruire et à rendre la solution de continuité de plus en plus considérable. À ces caractères locaux s'ajoutent diverses circonstances commémoratives, et, comme ayant plus de valeur encore, des désordres généraux qui démontrent qu’une atteinte profonde et spéciale a été portée à l'organisme entier, Aux applications toniques, dans le premier cas, aux topiques émoilients, dans les autres, il faut ajouter fréquemment l’usage interne de médicaments spéciaux, propres à combattre la maladie dont l’ulcère n’est souvent qu’un des effets : tels sont les aliments composés de végétaux frais et les antiscorbutiques dans le scorbut# les dépuratifs, leMsoufre et ses préparations dans les dartres; les mercuriaux, si souvent el si ayantageusement remplacés par le régime et les adou- cissants, dans la syphilis ; ete.
Dans quelques cas, l’action répétée de substances irritantes sur les téguments les enflamme et les uicère. C’est ce qui a lieu chez les sujets dont les mains sont soumises à l'impression continuelle de matières âcres, ou de corps durs et rugueux ; chez les cuisiniers, les blanchisseuses et tous lesouvriers qui travaillent debout, et dont les jambes trempent dans l’eau froide ou se trouvent exposées à l’action directe du feu. Il faut alors éloigner d’abord les causes qui ont occasionné la maladie, recourir ensuite aux applications convenables, et maintenir les parties affectées en repos. La situation horizontale, et une compression méthodique, exercée sur toute l'étendue du membre, suflisent presque toujours pour ouérir
promptement les ulcérations des jambes.
Cette compression, rendue permanente à l'aide de bandages ou d'appareils convenables , suffit même très-souvent pour prévenir la récidive de la maladie,
Les solutions de continuité, quelles qu’aient été leurs causes , laissent fréquemment «ans les organes, après leur guérison, des altérations de texture et de forme qui nuisent à l'exercice des fonctions, ou constituent des difformités plus ou moins hideuses. Ces altérations consistent, généralement , soit en des perforations ou en des destructions des parois de certaines cavités,