N VI. LÉSIONS DE LA LANGUE
La langue peut être maintenue fixée à la.
paroi inférieure de la bouche, par le frein,
qui , étendu jusqu'à la pointe de l'organe, ne lui permet pas de se relever, de saisir le mamelon, et d’exercer les mouvements de succion , indispensables pour allaitement.
Cette disposition anormale est facile à reconnaître, au moyen du petit doigt, qui, porté dans la bouche , ne peut être saisi et pressé par la langue. Il faut alors fire écarter les mâchoires de l'enfant ; puis, glissant sous la langue la plaque d’une sonde cannelée, on relève cet organe , et l’on tend le frein, qui est reçu dans la fente que présente l'instrument. Des ciseaux droits, à extrémités mousses, sont portés ensuite sous la plaque , et divisent la portion excédante du filet.
Cetie opération est des plus faciles à pratiquer ; cependant on l’a vue occasionner la mort par l'ouverture des artères ranines.
Les enfants sucent et avalent alors le sang à mesure qu’il s'écoule ; de telle sorte que l’on ne reconnaît l'accident que quand il n’est plus temps d’y remédier. Le chivärgien habile évitera sûrement cette hémorragie, en dirigeant en bas la pointe des ciseaux ; et si elle avait lieu , il faudrait porter l’extrémité d'un stylet rougi au feu sur le point d’où sort le sang.
Personne, depuis J.-L. Petit, n’a parlé du renversement de la langue hs le pharynx, et de la mort des sujets, par asphyxie, qui en a été le résultat, après la petite opération que nous venons de décrire. On a même révoqué ce fait en doute, bien que l'autorité d’un aussi grand maitre doive le mettre hors de contestation. Il serait donc imprudent de n’en tenir aucun compte, et l'on évitera sans doute son renouvellement en ayant l'attention de ne pas porter la section du filet au delà de ce qui est rigoureusement nécessaire pour assurer la liberté des mouvements de la langue.
Les bords de cet organe ne sont que trèsrarement adhérents aux gencives. Si l'on rencontrait cette disposition, des ciseaux mousses, ou un bistouri boutonné, suffiraient pour détruire les liens qui unissent ces parties. La dissection de Ja langue adhérente en totalité à la paroi inférieure de la bouche est plus longue, plus difficile. II faut cependant y procéder sans retard, lorsque l’ankyloglosse est très-serrée, afin de rendre à l’enfant la faculté de sucer et d’avaler. Dans presque tous les cas, le doigt de la nourrice porté souvent dans la bouche
ne s'oppose que bien imparfaitement à l’agglutination nouvelle des parties , et l’on est exposé à voir l'infirmité récidiver.
Les plaies de la langue, si elles sont superficielles et peu étendues, doivent ètre abandonnées à elles-mêmes. Mais lorsqu'une portion de l'organe est en partie détachée, il faut pratiquer un point de suture entrecoupée qui maintienne le lambeau en-contact avec le reste de la plaie, et assure sa réunion immédiate. Le bandage ou sachet de Pibrac est inutile dans ce cas, comme dans tous les autres , et mérite la proscription dont il est frappé. L'activité vitale dont la langue est douée, ainsi que la texture vasculeuse de son tissu, et la salive qui la baigne, sont autant de circonstances qui rendent très-rapide la guérison de ses plaies les plus compliquées,
La langue est assez exposée à une sorte de congestion sanguine, instantanée, ou apoplectiforme, qui, en un temps trèscourt , suffit pour augmenter tellement son volume, qu’elle fait saillie hors des arcades dentaires , et que, remplissant la bouche au point de soulever le voile du palais, elle menace le sujet de suffocation. Cette maladie, assez commune dans les pays chauds et durant l'été, doit être promptement et “énergiquement combattue. Avec un bistouri convexe ordinaire , on fait sur l’organe trois ou quatre taillades , longues et profondes, qui procurent une saignée locale abondante, et un dégorgement si complet , qu’il semble ensuite que l’on n'ait fait que de légères égratignures. Dans les cas moins graves et moins pressants , on peut remplacer ceite opération par l'application de huit à dix sangsues. Quelques gargarismes résolutifs achèvent ensuite la guérison.
Chez quelques sujets, la langue, naturellement volumineuse, devenant encore le siége d’une nutrition trop active , acquiert des dimensions énormes. On l’a vue proéminer de plusieurs pouces hors de la bouche, déprimer et renverser les dents de la mâchoire inférieure, changer la direction des alvéoles , et nue une perte con-
tinuelle de AR qui, ajoutée à la difficulté de l’ingestion des aliments , entraïnait un amaiorissement extrême, Chez les en-
fants qui présentent cette disposition, le |
chirurgien doit s’efforcer de faire porter la: ! langue en arrière, et de la maintenir dans # la bouche , en s’opposant àd’écartement des
mâchoires. Plus tard, on a proposé d’appliquer sur l'organe un bandage compres-
sif; mais ce moyen, qui a réussi à M. Mi- |
rault dans un cas d’engorgement accidentel et récent, ne suflirait pas dans ceux qui nous occupent. Quelques personnes ont exécuté alors la ligature de la partie excédante de la langue, en la traversant dans deux endroits , de sa face dorsale à sa face inférieure , avec des aiguilles armées chacune d’un double fil ciré. Ces fils furent ensuite liés de manière à étrangler séparément les trois portions de l'organe qu’ils circonscrivaient. Ce procédé a quelquefois été suivi de succès ; mais il occasionne une phlogose intense; un pus sanieux et fétide s'écoule
pendant longtemps des trajets des fils avant
la séparation des parties frappées de mort.
Il vaut donc mieux alors recourir à l’instru-
ment tranchant, et, à l'exemple de M. Percy,
enlever avec le bistouri la portion surabondante de l’organe. On peut dans ce cas, ou le couper en travers, ou le diviser de manière à former sur ses côtés deux lambeaux séparés en forme de V, que l’on réunit d’un
côté à l’autre. L’écoulement médiocre de | sang et la suppuration, qui succèdent à
cette résection, achèvent le dégorgement de ce qui reste de l’organe , et reh dent Ja guérison plus compile
Les ulcères de la langue sont souvent produits par l’irritation incessante de l’un de ses bords contre les aspérités de quelque dent, rompue, déviée ou affectée de carie ; d'autres fois ils reconnaissent pour cause l'existence de la syphilis. La première indication qui se présente alors consiste à détruire la cause du mal, soit en limant ou en arrachant la dent affectée, soit en combattant la maladie vénérienne, Lorsque l’ulcère, quelle que soit son origine, est accompagné d’un tel état d’irritation et de phlogose que sa dégénérescence cancéreuse soit à redouter , il faut, avant de recourir à l'opération, faire usage de gargarismes émollients et calmants , et insister sur l'application réitérée de sang-
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