LÉSIONS DE LA LANGUE
sues autour de la solution de continuité.
Une diète austère, des boissons délayantes et laxatives, le repos absolu de l'organe :
tels sont les moyens qui doivent être ajoutés aux saignées locales, Ils m’ont plusieurs fois réussi, dans les cas même où il existait des indurations présumées cancéreuses ,
déjà profondes, du tissu de la langue.
Lorsqu’enfin le traitement antiphlogisti- |
que demeure sans efficacité, et que la destruction de cet'organe fait des progrès, il est instant de Dééder sans retard à l’extirpation de l’ulcère. Si le bouton chancreux est circonscrit, et occupe l'extrémité de la langue, on peut le cerner, à l'exemple de Boyer, par deux incisions, réunies derrière lui, en forme de V : deux coups de ciseaux suffisent ordinairement à l'exécution de celte opération. Un ou deux points de sutare, pratiqués à l'extrémité et sur la longueur des lambeaux latéraux de la langue,
servent à les mettre en contact , et à An cesser l'écoulement sanguin. Après à cica-
irisation, la langue n’a presque rien perdu
‘de son ditlée à sæ forme est à peine alté-
rée, et ses fonc ions n'éprouvent qu’une gène peu sensible. L’ablation transversale remplace toutefois assez bien ce procédé, ainsi que Dupuytren l'avait constaté. Le tronçon de la langue , après cette section j
rs arrondit, s’amincit et exécute parfaitement
les fonctions de l'organe entier.
Si la surface linguale était seule affectée, il serait possible d’emporter le mal à Lime d'une extirpation faite en dédolant. Enfin, iorsque l’ulcère occupe un des bords de la langue , on peut, après avoir fait sortir cet organe, emporter toute la portion affecice, en la cernant par une incision semi-luhaire plus ou moins étendue. L'échancrure
et Ja perte de substance qui résultent de
ette opération disparaissent presque entièrement par le rapprochement spontané des bords de la plaie,
Lorsque l'organe, dans des cas beaucoup plus graves, est des cancéreux dans toute sa largeur et jusqu’à une distance jus ou moins considérable de sa pointe,
son amputation est indispensable. On re-
commande au sujet de sortir fortement la langue ; et, après l’avoir saisie et fixée avec
des pinces à érignes , tenues de la main gauche, un bistouri droit et bien tranchant,
dont la main droite est armée, doit être porté transversalement derrière ï maladie, de manière à détacher d’un seul coup tout ce qui présente des traces d’engorgement cancéreux ; on applique ensuite sur le moi-
gnon sanglant de la langue un cautère, ou.
plutôt une plaque, D dutéést à blanc, et fa à angle droit à l'extrémité d’une tige de fer. Cette cautérisation présente le double avantage d'arrêter l’hémorragie, et de détruire les derniers restes de l'affection cancéreuse.
M. Mayor a proposé et l’on a pratiqué avec succès l'ablation de la langue en l’étreignant à sa base, au moyen d’un cordonnet de chanvre ou de soie, Le cancer n’affecte-t-il qu’une des moitiés de l'organe ? le chirurgien de Lausanne traverse celui-ci de sa face inférieure à la supérieure avec un bistouri droit, et le divise en deux parties, d’arrière en avant; puis il applique à la.
base de la portion hdtade une anse solide de fil, dont les deux extrémités sont passées dans un serre-nœud en chapelet, et qui sert à l’étrangler par des constrictions successives. Lorsque l'organe est atteint dans toute sa largeur et dans toute son épaisseur, une aiguille courbe, armée de deux fils, est portée de bas en haut sur sa partie moyenne, en arrière du mal , et chaque anse est ensuile serrée séparément sur chacun des côtés de la langue. Ce procédé a été plusieurs fois employé , entre autres par Everard Home ; mais il était inusité en France, lorsque , sur l'invitation de M. Mayor, M. Lisfranc le mit en usage. Ses avantages sont au moins problématiques ; car, s’il met à l’abri d’une hémorragie, qui ne me semble pas bien redoutable, il expose les malades à tous les inconvénients, à tous les dangers d’une gangrène devant s'opérer dans la bouche, et fournir des humeurs putrides plus ou moins abondantes, susceptibles d’occasionner des désordres graves dans les voies de la digestion ou de la respiration.
Il est à peine nécessaire de faire observer, au surplus, qu'après les opérations de ce genre, les fonctions de l'organe sont d’au-
tant plus dificilement exécutées qu'il a supporté une perte de substance plus considérable.
La luette, chez quelques sujets, acquiert un développement plus considérable que dans l’état normal ; de telle sorte que son extrémité, touchant à la base de la langue, excite un sentiment incommode et des mouvements incessamment réitérés de déglutition. Quelquefois elle descend vers l’ouverture du larynx, irrite les parties voisines, et occasionne des toux continuelles, qui ont fait croire à l'existence de phlegmasies chroniques de la poitrine, où qui les ont provoquées. Tantôt la luette allongée est en même temps endurcie et tuméfiée; tantôt, au contraire , elle est devenue plus mince, plus molle et presque transparente.
La résection de cet organevest le moyen le plus simple et le plus Ride remédier aux incommodités dont son allongement est la cause. Les ciseaux à lames concaves de Levret , ceux que Percy a proposés , et qui portaientunelanguette transversale à l’extrémité de l’une de leurs lames, sont également inutiles. Le malade ouvrant largement la bouche, il est facile , avec des pinces à anneaux , d'aller saisir la luette et de l’attirer en avant , tandis que des ciseaux portés de droite à gauche, et presque transversalement sur sa base, servent à la retrancher d’un seul coup. Il vaut mieux alors en couper trop que trop peu, et il n’y a nul inconvénient à la retrancher jusqu’au voile du palais, de telle sorte que cette cloison présente un rebord concave entre la bouche et le pharynx.
Le voile du palais est, comme les lèvres, exposé à une division congéniale qui règne le long de sa partie moyenne. Cette lésion, analogue au bec-de-lièvre , mais beaucoup plus rare, gène singulièrement la déglutition, et surtout l'articulation des sons. Elle a lieu ordinairement sur la ligne médiane et peut exister seule, ou s'étendre à la voûte palatine et même s'accompagner d’un becde-lièvre plus où moins ouvert, Les deux
ru
bords de la division sont alors rétractés en dehors , de manière à simuler l’atrophie ou même la non-existence du voile palatin, erreur qui paraît avoir contribué pendant longtemps à faire considérer cette affection comme entièrement incurable, Diverses ten=
tatives avaient toutefois été faites, dès le”
siècle dernier, afin d’yremédier, maïs elles étaient demeurées inaperçues , aussi bien que celles de M. Graeffe, lorsque M. Roux imagina la staphyloraphie et la porta, du premier jet, au degré de pérfection qu’elle présente encore. Cette opération, qui exige que le malade soit doué de beaucoup de docilité et de patience, se divise en trois temps, qui consistent dans le placement des fils destinés à la suture, dans l’avivement des lèvres de la plaie, et enfin dans la réunion des parties saignantes.
Le chirurgien doit avoir fait préparer, 1° trois ligatures en fils cirés, médiocrement
larges, régulières, souplés, et armées à:
chaque extrémité d’une aiguille courte,
demi-circulaire, bien affilée et bien tran- :
chante ; 2° un porte-aiguille ordinaire, préférable à celui de M. Dieffenbach ; 8° des pinces à pansement, fermant bien exactetement à leur extrémité; 4° un bistouri droit boutonné , à lame étroite; 5° des ciseaux courbes sur leurs bords et des ciseaux droits ; 6° deux morceaux de liépe destinés à tenir les màchoires écartées ; 7° une spatule, afin d'abaisser la langue, des serviettes, des alèzes, de l’eau tiède, un verre, une cuvette, du vinaigre, etc. |
Le malade, garni d’alèzes , doit étreassis sur une chaise peu élevée, la tête renversée en arrière contre la poitrine d’un aide, le jour vif d’une croisée venant plonger dans l’arrière-bouche, et les mâchoires tenues écartées. Le chirurgien, placé en avant, recoit d’un second aide les objets dont il a besoin. Le
Avec les pinces à pansement, tenues de la main gauche, l'opérateur saisit le bord droit de la division, le tend, l'attire en avant, et le maintient immobile, tandis qu'avec la main droite, armée du porte-aiguille, ïl porte l'aiguille du côté du pharynx, et traverse le voile du palais d’arrière en avant, à trois ou quatre lignes en dehors de la
fente, et près de sa partie inférieure. L’instrument ayant pénétré de la plus g orande partie de sa longueur, le porte-aiguille le lâche, et le chirurgien, le saisissant par sa partie antérieure, achève de le retirer et e ainsi la première extrémité du premier Les instruments étan changés de main, le bord gauche de la division est attaqué et perforé à son tour. Une seconde et même une troisième iii sont successivement acées ensuite aissant en.arrière leurs anses flotte es, eten avant leurs extrémités ibres. Cette partie de l'obérätion est à la fois l&plus délicate pour le chirurgien et la plus difficile à supporter pour le malade.
Le bistouri boutonné , où des ciseaux coudés sur leurs bords, peuvent être employés à l’avivement des lèvres de la division. Les anses des fils étant écartées en arrière, et leurs chefs étant placés en ordre Sur chaque côté de la bouche, le chirurgien saisit avec des pinces à pansement, de la main gauche, le bord gauche du voile du palais , près de la luette, l’étend, le porte en avant, et avec là main droite, armée des ciseaux où du bistouri, en retranche une languette d’une demi-ligne de largeur, qu’il prolonge jusqu’au delà de l’ del) formé par la bifurcation. Changeant ensuite les in- Struments de main, il opère la même résection sur le côté opposé, en ayant soin que la plaie totale forme en haut un angle aigu parfaitement saignant.
Quelques instants de repos ayant été accordés au malade, afin de se remettre et de se débarrasser, au moyen de lavages convenables , du sang qui s’est agglutiné autour des fils, le long des lèvres de la section et dans le pharynx, le chirurgien sépare les uns des autres les chefs des ligatures et lés place én ordre. Il serre d’abord le ruban le plus inférieur, et en porte le nœud avec s
indicateurs jusque sur le voile du palais; un
aide le saisit avec des pinces à pansement et le maintient pendant qu'un second nœud
est formé et porlé Jusque près du premier,
qu'il affermit. Les autres ligatures sont successivement serrées de la même manière.
Il arrive quelquefois que le voile palatin, privé de développement, est insuffisant pour tlte l’arrière-bouche, et que l’on ne pour-
rait, sans tirailler trop les parties et exercer trop d'effort avec les fils, opérer la réunion désirée. M. Dieffenbach remédie à cet obstacle, en pratiquant de chaque côté de la fente bird, à quatre! lignes en dehors, une incision longitudinale qui ne doil jamais descendre jusqu’au bord libre de l’organe.
Ce procédé, qui rappelle celui de Celse pour le bec-de-lièvre, permet à la réunion de s’opérer facilement, et les plaies ne manquent pas de se fermer d’elles-mêmes.
Lorsque l'obstacle réside près du bord du palais, ou lorsque celui-ci présente lui-même de l’écartement, M. Roux rend mobile et réunissable la partie supérieure de la fente, en détachant ses deux lèvres des os, par upe incision transversale et longue de quelques lignes, qui se guérit ensuite elle-même avec facilité.
L’écartement considérable et total des deux moitiés de la voûte palatine constitue presque toujours un obstacle insurmontable au succès de la staphyloraphie. Les bandages compressifs destinés à pousser les uns vers les autres Îles os séparés ne peuvent ouère avoir d'efficacité que chez les enfants, et alors même leurs résultats sont très-douteux.
Les perforations de la voûte palatine peuvent être quelquefois comblées au moyen de lambeaux pris à leur voisinage, et appliqués sur elles. Mais on concçoit.que ces procédés, dont M. Krimer a fait d’ailleurs un essai heureux, ne pourront réussir que lorsque la perte de subsiance sera très-peu considérable, solidement cicatrisée , et limitée par des tissus disposés à la réunion, Or ces cas sont aussi les plus favorables pour l'application des obturateurs, dont l'emploi est beaucoup plus certain. |
Après la staphyloraphie et les vpérations
| qui s’y rapportent, les malades doivent garder un silence absolu, ne pas boire, et éviter
jusqu’au mouvement de déglutition de la salive, pendant les quarante-huit premières heures. Alors seulement ils pourront ‘essayer , avec beaucoup de ménagements, l'ingestion de boissons gommeuses ou mucilagineuses , ou de potages féculents trèsliquides. Le quatrième jour seulement la ligature du milieu peut être enlevée, et
successivement à vingt-quatre heures d’intervalle, la plus élevée et la plus inférieure. Ce n est. que graduellement et avec beauco IP « de circonspection, que le malade doit être rendu à ses habitudes et à son régime ordinaire, Si la réunion était incomplète, on ne devrait pas désespérer encore du succès, parce que la guérison ne s’en est pas moins achevée plusieurs fois, par suite de la puissance de cicatrisation des tissus, aidée de cautérisations avec le nitrate d'argent fondu , ou avec tout autre caustique également astringent.
Les instruments imaginés en Allemagne et même en France pour faciliter la’ pratique de la staphyloraphie , n’ajoutant presque rien au procédé suivi par M. Roux, peuvent être négligés sans inconvénient.
M. Roux pense que la facilité avec laquelle on peut obtenir la guérison des plaies faites au voile du palais doit encourager les praticiens à diviser cet organe toutes les fois que cela peut rendre plus facile lexécution des opérations pratiquées sur larrière-bouche. Mais la staphyloraphie est elle-même une opération assez difficile, assez douloureuse, et assez incertaine dans ses résultats, pour que l’on ne doive pas se mettre Éderenont dans la nécessité de la pratiquer. ;
Les amygdales sont fort exposées à des irritations qui, lorsqu'elles se prolongent ou lorsqu'elles sont fréquemment réitérées , déterminent dans ces corps un gonflement et une induration plus ou moins considérables : leur dégénérescence squirreuse est toutéfois très-rare ; et l’on donne ordinairenent ce nom à des tuméfactions chroniques, qui n’ont aucune analogie avec le véritable squirre. Quoi qu’il en soit, les amygdales, devenues trop volumineuses et hypertrophiées, gènent à la fois la déglutition,
la parole et même la respiration. Dérsthe fa k
maladie est récente , il est possible de la ouérir au moyen de gargarismes astringents, fortement aluminés, tels que les conseillait Benati, en ayant l’attention d’user d’ailleurs de toutes les précautions susceptibles de prévenir le retour de l’irritation gutturale. Mais chez les sujets dont le gon-
flement date de plusieurs années , et lors-
qu’il est accompagné de l’endurcissement du tissu folliculeux, la rescision de l’organe est le seul moyen efficace que le chirurgien puisse mettre en usage.
Déjà recommandée pa ar Celse, qui Proposait d’arracher dans certai ins cas les amyg dales tuméfiées a créscision k est une des opérations les plus : simples de la chirurgie. Il ne s'agit pas alors, en effet, de les Le des entièrement , ce qui exposerait à la lésion des Fetes aus es internes ; mais NE de rétrancher LÉ ement leur parti fa Pl , celle qui déborde le niveau des 1? voile du palais. Le cautère, préconisé par Marc-Aurele Séverin, les caustiques employés déjà par rAlice d’Aquapendente, et ensuite par l’Anglais Wismann, Heister et quelques autres, sont
généralement abandonnés. La ligature, con-
seillée par Sharp, est presque constamment impraticable, laquelle est situé l'organe, de la largeur de sa base et de la induite des parties qui
e ces corp #1
à raison de la profondeur à :
l’environnent : son action serait d’ailleurs …
plus douloureuse, et suivie d’une plus vive inflammation que celle du bistouri. On est étonné de voir Moscati redouter cette opération, au point de vouloir l’exécuter en plusieurs temps. Le speculum oris de Caqué, destiné à déprimer la langue, et à maintenir les mâchoires écartées, n’a sans doute jamais été d’un usage très-répandu; et l'on peut assurer le même destin aux instruments analogues que nous voyons reproduire depuis quelques années.
On procède actuellement à la resci ion des amyodales de la manière suivante : Des pinces de Museux, dont les branches sont terminées par une double érigne, servent à
saisirle sommet del’ krpedélés tandis qu’un bistouri boutonné est porté sous la base de
[a tumeur, ét la divise de bas en haut. Les
pinces doivent être tenues de la main gauche, lorsqu'on opère sur d'étniee let du même côté, et réciproquement. Le sujetsera placé vis-à-vis d’une fenêtre bien éclairée,
la tète renversée en arrière, contre la poi-
trine d’un aide, la bouche largement ouverte ; le doigt indicateur de la main restée libre déprimera facilement la langue de manière à laisser saisir l’amygdale, Lorsqu'elle
est prise , on l’attire légèrement en dedans j à travers la partie antérieure et supérieure
pour augmenter sa saillie, en même temps qu'on l'élève pour la dégager de la base de la langue : le bistouri est alors glissé sans le moindre danger au-dessous d’elle, le tranchant dirigé en haut. La section doit être faite, en sciant plutôt qu'en pressant, avec célérité et en suivant la ligne tracée par la saillie du pilier antérieur du voile du palais. Même sur les plus jeunes enfants, la partie de l’opération la plus délicate consiste à bien s'emparer de l’amygdale :
étant obtenu , la bouche reste instinctivement ouverte et la section peut être achevée sansobstacle. Quelques personnes préfèrent l'érigne double ordinaire à la pince de Museux ; mais ce dernier instrument offre beaucoup plus de solidité et de sûreté. Chez les sujets indociles, on peut mainteuir l'écartement des mâchoires , en plaçant deux morceaux de liése entre les dents molaires; on peut aussi faire déprimer la langue avec la partie la plus large d’une spatule ; mais, dans les cas ordinaires, ces précautions sont superflues, et l'habitude d'opérer dispense presquetoujours le chirurgien d’y recourir.
Après l'opération, il est très-rare de voir survenir aucun écoulement sanguin considérable. Quelques gargarismes avec de l’eau vinaigrée suffisent pour mettre un terme au suintement qui peut se manifester. La surface des plaies suppure un peu, et bientôt la cicatrice achève d’effacer ce qui pouvait avoir été épargné de la saillie de l’amygdale.
Enflammées avec violence, les amygdales sont quelquefois le siége d’abcès assez considérables. On reconnait cette terminaison de leur phlogose au gonflement de l'organe, à la mollesse et au poli de sa surface. Le pharyngotome de Lafaye, ou, mieux encore, un bistouri dont la lame est entourée de lingejusqu’auprès de son extrémité, servent à pratiquer sur l’amygdale abcédée une ponction, à travers laquelle s'écoule facilement la suppuration.
N VIII. Lésrons Du PHARYNX ET DE L'OESOPHAGE.
IL est assez rare que le pharynx soit atteint par Îles instruments tranchants portés ê
ce point
du cou. Les cartilages du larynx le préservent presque toujours des lésions de ce genre ; et si, au-dessus de l'hyoïde, on pénètre aisément dans les voies de la déglutition. l’arrière-bouche, la base de la langue et l’épiglotte sont alors plutôt atteints que le pharynx proprement dit. Dans les plaies situées plus bas, la portion cervicale de l’œsophage est plus rarement divisée encore qu’en haut, à raison de la profondeur de sa situation, qui est telle que la trachée-artère et les carotides se présentent les premières à l’action des instruments.
Lorsque le chirurgien, toutefois , est appelé pour une division faite aux parois du pharynx ou de l’œsophage, il doit faire flé-
chir d’abord la tête en avant, puis réunir
la plaie, à l'aide d’emplâtres agglutinatifs ; et, afin de prévenir les dérangements qui résuiteraient de l'exécution des mouvements de déglutition , une sonde en gomme élastique sera introduite dans l’œsophage, jusqu’au-dessous de la blessure. Elle permettra d’injecter dans l’estomacles bouillons et les boissons dont le sujet a besoin, en même temps qu’elle contribuera à retenir les lèvres de. la solution de continuité en rapport.
Les coups de feu à travers le pharynx et ceux qui atteignent la partie supérieure de l'œsophage ne réclament pas d’autres soins.
On sent combien il importe, dans des cas aussi graves, de prévenir, par une abstinence aussi complète que possible, par des boissons délayantes , par des évacuations sanguines générales, et surtout par des applications locales de sangsues , répétées aussi souvent que le besoin s’en fait sentir, le développement d’une trop violente inflammation dans les parties affectées.
Les blessures de la portion thoracique de l'œsophage , ainsi que les ruptures de cet organe, accident dont Boerhaave, Desault et M. Guersent ont rapporté des exemples, constituent des lésions presque nécessairement mortelles à raison du passage des
| matières alimentaires et des boissons dans
la cavité du médiastin postérieur ou même dans celle des plèvres. Si cependant la sortie des liquides ingérés, à travers une plaie extérieure, pouvait faire soupconner l’exis-
tence de la blessure, la sonde æscphagienne pourrait peut-être mettre un terme à lépanchement, et offrir quelques chances favorables pour la formation de la cicatrice. LT
Le même instrument devrait étre encore introduit et fournirait un moyen aussi simple qu'efficace d'alimenter le malade, dans le cas de paralysie de l’œsophage. Il permettrait alors d'attendre sans inconvénient l'effet des médications internes et externes que l’on oppose à cette affection,
L’inflammation prolongée de la membrane !
muqueuse œsophagienne détermine assez fréquemment son épaississement , sa dépé-
nérescence squirreuse, et le développe-.
ment du cancer. Le tissu cellulaire placé derrière cette membrane, ainsi que celui qui environne l'organe lui-même, participent ordinairement à la maladie. Le calibre de l’œsophage en est plus ou moins rétréci ; la déglutition, devenue incessamment plus difficile, fnit par ne plus pouvoir être exécutée qu'avec une peine extrême, ou par devenir impossible, et le malade s’affaiblit et succombe bientôt, par l'effet combiné de Ja phlogose et du défaut d'alimentation. Le traitement le plus convenable dans les: cas de ce genre consiste à maintenir l'organe en repos, à faire usage des antiphlogistiques, et enfin à placer dans l’œsophage une sonde en gomme élastique, dont on augmente graduellement le volume, afin d'opérer une dilatation progressive, de comprimer de dedans en dehors les parties malades, et de provoquer ainsi la résolution de l’engorgement.
Flexibles et peu résistantes, les parois de ces sondes ne sauraient surmonter de grands obstacles. Elles doivent avoir depuis trois ou quatre jusqu’à six ou huit lignes de diamètre, et une longueur de quinze à vingt pouces. Pour les introduire, le malade étant assis, la tête renversée en arrière contre la poitrine d’un aïde, et la bouche étant largement ouverte, on porte leur extrémité, convenablement graissée, jusque dans le pharynx, et l’on continue à pousser la tige jusqu’à ce que son bout soit parvenu dans l’estomac. La partie extérieure de la sonde ne pouvant demeurer sans inconvénientdans
la bouche, il faut la ramener dans la narine,
Pour cela, une sonde de Bellocq est portée | dans l’une des fosses nasales, et l'extrémité ! du ressort étant déployée dans la bouche, :
on y attache un cordonnet qui, retiré par!
le nez, entraîne après lui l'extrémité de la sonde, que l'on fixe à l’extérieur. Ce procédé
est Beaucoup plus facile à exécuter que ce-\ lui suivant lequel on introduit d’abord !
l'instrument par la narine. En effet; l’axe du ! pharynx formantun angle presque droit avec À le plancher des fosses nasales, l'extrémité de l'instrument vient heurter contrela paroi \
postérieure de l’arrière-bouche, et l’on est EN |
obligé d’y porter les doigts, afin de courber
la sonde en bas, et de la diriger vers l’æso-
phage. Les tentatives de ce genre sont tou-4
jours laborieuses, fatigantes pour les mala-
des, et n’aboutissent quelquefois qu’à faire
passer l'instrument dans le larynx.
La toux, la douleur, la sortie de l'air par
la sonde indiquent l'existence de cetie dé” viation. Il faut alors retirer l'extrémité de
linstrument , et lui donner une direction
meilleure. L'absence de toute espèce de.
gène, la chaleur agréable qui succède dans
l’estomac à l'injection de liquides chauds
et nourrissants , font connaître que l’instrument est convenablement placé. Quoi qu’il en soit, la sonde ne constitue ordinairement,
dans le casde rétrécissement de l’œsophage,
qu’une ressource précaire, qui permet d’alimenter le sujet pendant un temps plus o:
moins long, sans le préserver des résultats
funestes qu’entraine presque constamment l'inflammation chronique dont l'organe est.
atteint.
J'ai actuellement sous les yeux un vieil-
lard qui est ainsi nourri depuis près de dix
mois à l’aide d’une sonde laissée à demeure
dans l’œsophage, et qui, selon toutes les probabilités , n’en succombera pas moins, Dans un cas de coarctation déterminée chez un enfant de quatorze ans par l’ingestion
accidentelle d’ane petite quantité d’acide
sulfurique, le passage était devenu si étroit,
qu’une sonde urétrale n° 2, armée de son“ mandrin, ne put y pénétrer qu'avec beau-… coup de difficulté. En augmentant le volume de ces instruments, et en les remplaçant … par des sondes à ventre, le conduit fut assez
LÉSIONS DU VOILE DU PALAIS ET DES AMYGDALES. ÿ5
rapidement élargi, mais lemalade a dù continuer pendant longtemps encore de s'introduire chaque jour , et de laisser en place, pendant une ou deux heures matin et soir, une très-crosse sonde à ventre dans l’œsophage, afin de prévenir le retour de la coarctation.
Ces moyensmesemblent, ainsiqu’à Boyer, de beaucoup préférables à la cautérisation proposée depuis quelques années , et employée par Paletta, sir Everard Home, Andrews et quelques chirurgiens américains.
Il faudrait d’abord, avec une bougie à em-
preinte, mesurer exactement Ja profondeur,
et apprécier la forme du rétrécissement.
Puis, au moyen d’un porte-caustique , à chemise, comme celui de M. Lallemand, mais à tige et à canule flexibles, le caustique serait porté, couvert, Jusque dans la coarctation,
de manière à ne le mettre à nu qu’au moment où il serait en contact avec les tissus malades, Mais combien d’incertitudes et de dangers sont attachés à ces tentatives ! Ilest manifeste que les rétrécissements par sim- . pleaugmentation de volume de la membrane muqueuse pourraient seuls être attaqués avec quelque espoir de succès par le caustique; et quels signes donne-t-on pour les distinguer des coarctations par dégénérescence squirreuse, ou par retrait lent, praduel et sans épaississement des tissus ?
Ira-t-on cautériser dans tous les cas? Mais ou agirait au hasard et d’une manière indigne d’un chirurgien éclairé. Que deviendront d’ailleurs les portions non employées d’un caustique porté nécessairement avec de gros instruments et en grande quantité sur les parties malades? N’asirontelles pas sur les portions inférieures du conduit? En pénétrant dans l'estomac, ne pourront-elles déterminer aucun accident, des vomissements, par exemple, que la coarctation pourrait rendre mortels ? La dilatation, plus lente, mais plus sûre, est,
avant tout, exempte de ces dangers. Le malade de Paletta, après avoir été d’abord |
soulagé, mourut quelques semaines après la
cautérisation : de sept malades cautérisés -par Ev. Home, quatre guérirent, dit-on; mais leus guérison n 'aurait-elle pu être jé tenue par un moyen moins hasardeux? Les