CHAPITRE IL
DES MALADIES DE LA PORTION SOUS-DIAPHRAGMATIQUE DE L'APPAREIL DIGESTIF, ET DES OPÉRATIONS QU'ELLES RÉCLAMENT.
Il sera question dans ce chapitre , en autant d'articles séparés, des plaies de l’abdomen avec ou sans lésion des organes que cette cavité renferme, des corps étrangers arrêtés dans le canal digestif, des lésions du foie et de la rate, des épanchements formés dans la cavité du péritoine:; enfin des maladies du rectum et de l'anus. |
N [9r, PLAIES DE L’ABDOMEN.
Les solutions de continuité faites à l’enceinte de l'abdomen doivent être distinguées suivant qu’elles n’intéressent que les parois de cette cavité, ou qu’elles pénètrent dans l'intérieur du péritoine. Les anciens attachaient “ps grande importance à s'assurer de ce point de diagnostic, et pour cela ils recouraient à l'introduction de sondes solides ou flexibles, et même à l'injection de
CO
liquides mucilagineux dans le trajet de la plaie. Mais ces moyens, d’un emploi tou- Jours inutile , et souvent trompeur ou dangereux, sont abandonnés par les chirurgiens de nos jours. | Lorsqu'un homme se présente avec une plaie de l’abdomen, sans aucune lésion apparente aux organes que cette cavité renferme, le traitement est semblable, soit que la division pénètre, soit qu’elle ne pénètre pas dans le ventre ; et si l'étendue de cette plaie , l'issue des viscères ou la sortie des matières qu'ils contiennent ne font pas positivement connaître là nature de la lésion , toute recherche à cet égard devient superflue , car il faut, dans tous les cas, procéder à la réunion immédiate des parties divisées. Le sujet doit être couché de telle sorte que, reposant sur le dos, la tête et la poitrine, les jambes, les cuisses et le bas-
PLAIES DE L'ABDOMEN
sin , soient fléchis etrapprochés , de manière à mettre là paroi abdominale dans le relàchement. On assure cette situation, au moyen d’oreillers glissés sous les parties supérieures du corps et sous les jarrets, afin que le malade puisse la conserver sans exercer d'efforts, et sans se livrer à des contractions qui tendraient à écarter les lèvres de la plaie, et à détruire l’action des moyens contentifs.
Lorsque la solution de continuité est fort peu étendue, quoique pénétrante , ou quand, bien que plus longue, elle n’intéresse que la peau et les fibres aponévrotiques ou musculaires superficielles, des emplâtres agolutinatifs suffisent pour assurer son exacte réunion. Une mouche de taffetas gommé est le seul appareil que réclament les piqüres faites par les épées étroites, les fleurets, les baïonnettes, etc. Mais chez les sujets où la plaie, en même temps qu’elle est penétrante , s'étend au delà d’un à deux pouces, des moyens aussi simples
ne suflisent plus : il convient de leur substi-,
tuer la suture , et l’opération qu’elle constitue dans ce cas porte spécialement le nom de Gastroraphie.
Connue des anciens, souvent prodiguée sans utilité par les modernes, la suture des parois de l'abdomen ne doit cependant pas être proscrite , ainsi que le voulaient Pibrac
et Louis. On doit seulement ne l’employer que dans les cas où elle est réellement indiquée , et avant de s’y décider il convient de tenir compte , non-seulement des dimensions de la plaie, mais de sa situation, de la direction qu’elle affecte, et surtout de l’état de rigidité ou de relâchement des parois abdominales. Ainsi, les plaies de la partie supérieure du ventre, celles qui sont faites chez les femmes peu de temps après la parturition, peuvent plus aisément étre réunies sans suture que celles qui divisent
transversalement les parties inférieures de
Pabdomen ; ou qui ont lieu sur des sujets
dont les parois de cette cavité sont roides et
tendues. »
La suture entrecoupée et la suture en-
chevillée ou emplumée sont les deux modes
| de réunion spécialement appliqués à | gastroranhie, |
la
Pour exécuter la suture entrecoupée , il faut accoler plusieurs fils ensemble, les cirer et en former des cordonnets aplatis, larges d’une demi-ligne à une ligne environ, longs de huit à dix pouces , et armés d’une aiguille demi-circulaire à chacune de leurs extrémités. Ces cordonnets doivent être en nombre égal aux points de suture que l’on se propose de pratiquer. Des ciseaux, des compresses, de la charpie et un bandage de corps, placé d'avance sous le malade, complètent l'appareil. Le blessé étant couché dans la situation indiquée, près du bord de son lit correspondant à la blessure, le chirurgien introduit le doigt indicateur de la main gauche dans l'abdomen, et attire le pétitoniles niveau des autres parties, tandis qu'avec son pouce il fixe les téguments. Il saisit ensuite une des aiguilles de la main droite , de manière à ce que le doigt indicateur soit recourbé sur sa convexité, et recouvre sa pointe en la dépassant. Assujetti par le pouce, qui appuie sur sa concavité, l'instrument est introduit dans le ventre, sous le péritoine, qu'il traverse de dedans en dehors, à une distance d’autant plus considérable des lèvres de la plaie, que celle-ci est plus étendue. À mesure que la pointe pénètre , le doigt indicateur se retire, se place en travers , et quand la moitié de l'aiguille est sortie de la peau , on la saisit à l'extérieur , et l’on achève de la retirer, en suivant exactement sa courbure. Le doigt indicateur de la main gauche, qui n’a pas quitté l’abdomen , est alors porté sous Pautre lèvre de la solution de continuité, que l’on saisit de la mème manière, et que l’on traverse, en suivant les règles indiquées , avec l’aiguille placée à l'extrémité opposée du cordonnet. La piqûre du péritoine, que l’on a, dans ces derniers temps, prescrit d'éviter, ne semble entraîner aucun danger , et est nécessaire pour assurer le con-
tact de toute l'épaisseur des lèvres de. la
plaie. Les autres liens sont successivement placés , à un pouce environ, soit les uns des autres, soit des angles de la division.
Un aide rapproche alors et maintient en contact les lèvres de celle-ci, en même temps que le chirurgien, en commençant
par les parties les plus déclives, noue les
cordonnets sur la lèvre supérieure de la plaie , au moyen d’un nœtid simplé et d’une rosette, On place ensuite sur la division un linge fenêtré enduit de cérat, un plumasseau , quelques compresses , et l'appareil est maintenu par le bandageé de corps.
La suture énchevillée exige que l’on plie en deux les cordonnets qui doivent sérvir à l’exécuter , et dont, par conséquent, la longueur doit être de dix-huit à vingt pouces: L’anse du-fil d’une part, et ses deux extrémités réunies de l’autre ; doivent être engagées dans le chas d’aiguilles , que l’on introduit suivant les règles précédemment établies. Lorsque tous les cordonnets sont placés, on ouvre les anses qu’ils forment d’un côté, et l’on sépare de Pautre leurs extrémités. Dans les premières on glisse un rouleau de sparadrap , un fragment de tige de plume ; un morceau de bougie eïi gomme élastique , ou tout autre corps analogue, de médiocre grosseur ét aussi long que la plaie est étendue. Les exirémités du fil sont ensuite nouées sur un corps semblable, de manière à maintenir les bords de la plaie rapprochés. Lorsque ceux-ci sont anguleux, on doit diviser les rouleaux, afin de pouvoir suivre aisément leurs diverses diréctions.
Le reste du pansement ne diffère pas de celui que nous avons indiqué plus haut,
Quel que soit le procédé que l’on ait adopté , on doit avoir l’attention de ne pas presser fortement les lèvres de la plaie l’une contre l’autre: Il suffit de les affronter légèrement ; le gonflement des parties les mettra plus exactement en contact. Si on ne leur ménageait pas un certain éspace pour se développer ; les parties, en se tuméfiant , réagiraient sur les fils, s’enflammeraient avec violence, se couperaient, et l'opération pourrait échouer ; ou serait suivie d’actidents graves.
Bien que chacune des sutures que nous avons décrites ait réussi, la suture enchevillée doit cependant être, dans le plus grand nombre de cas, préférée à l’autre, Ellé laisse la plaie parfaitement libre, et pérmet à ses bords de se porter en avant sans éprouver d’obstacle, le fond de la solution de continuité se trouve, par ce
moyen, plus exactcmeont rapproché encore