LIV. I. CHAP. I. GÉNÉRALITÉS
peiidanl ,
stylets, et d’autres instrumens du même genre, que l’on emploie pour enfoncer, à de plus ou moins grandes profondeurs, des mèches , des tentes ou des bourdonnets. Parmi les pièces d’appareil dont on fait le plus ordinairement usage pour les pansemens , on remarque la charpie, disposée en gâteaux mous et spongieux, ou en plumasseaux aplatis , et assez solides pour être couverts d’onguent ; les compresses , qui sont longuettes, carrées, ou diversement figurées, suivant les usages qu’elles doivent remplir; les bandes et les bandages, appropriés relativement à leur étendue et à leur forme , au volume et à la figure des parties qu’ils doivent recouvrir; enfin, dans quelques cas spéciaux , on ajoute à ces objets des bourdonnets, des mèches, des Irochisques médicamenteux, du fil, des aiguilles, de l’éponge préparée, en un mot tout ce que l’on juge convenable afin de remplir les indications que présente la maladiaqui exige l’exécution du pansement. Ces divers objets doivent être disposés sur un plat ou sur une tablette, dans un ordre tel qu’ils s’offrent pour ainsi dire d’eux-mêmes au chirurgien, à mesure qu’il en fait usage.
Toutes ces dispositions étant faites , et rien de ce qui peut être utile n’ayant été oublié, l’opérateur, assisté d’un , de deux , ou d’un plus grand nombre d’aides, découvre avec précaution la partie aflêclée , et lui donne la situation qu’elle doit avoir pour le pansement. Cette situation varie suivant la nature de la lésion et la région du corps qu’elle occupe. Mais, dans tous les cas, les mouvemens que l’on est obligé d’imprimer au sujet doivent être exécutés avec délicatesse et précaution; et, afin de n’exciter ni fatigue , ni don-
leur, les aides se chargeront de soulever la partie, de ia porter, et de la soutenir dans la situation qui convient. Un drap , plié en plusieurs doubles et glissé sous elle, est destiné à recevoir les liquides et les matières qui peuvent s’écouler; quelquefois il est indispensable de préparer des vases pour ce dernier objet. Le chirurgien alors détache et emporte les premières pièces de l’ancien appareil, et successivement celles qui sont le plus profondément situées. Tous ses mouvemens doivent être doux , légers, attentifs à n’imprimer aucune secousse, à n’exciter aucune sensation désagréable ou douloureuse. Si du sang coagulé ou desséché , si du pus ou d’autres liquides avaient pénétré l’appareif, et le collaient aux parties en le durcissant, il faudrait l’humecter avec de l’eau tiède , soit à l’instant même du pansement , soit un quart d'heure ou une heure auparavant.
Il convient de mettre à l’opération toute la célérité possible : l’action de l’air sur les plaies et sa pénétration dans les foyers purulens, est toujours défavorable. On doit éviter les brusques transitions de la température du lit du sujet à celle de l’atmosphère de l’appartement, au moyen du réchaud que l’on tient près de la partie, et auquel on échauffe légèrement les pièces d’appareil avant de les appliquer. 11 importe d’éviter les courans d’air, et pour cela tout doit être clos autour du sujet. Une compresse recouvrira la solution de continuité pendant qu’on en nettoie les bords; souvent même, il convient, lorsqu’elle est très grande, de ne la découvrir que par parties, que l’on panse successivement avant de toucher aux portions voisines. Enfin le corps entier doit rester couvert , afin que le sujet n’éprouve aucune sensation de froid.
jpiès
les pauseiueiis.
Epoques où il cunvieiil (Je renouveler les pansenions.
2 2 LTV. I. CHAP. I, I^ÉNÉRALITÉS
Ces attentions contribuent toutes au succès du traitement , et Ton voit souvent leur oubli non seulement retarder l’époque de la guérison , mais occasioner soit l’agrandissement et la dégénérescence des plaies, soit des métastases et d’autres accidens qui sont souvent funestes au malade.
Le pansement étant terminé, les alèzes doivent être enlevées et les parties replacées dans la situation qu’elles conservent habituellement. 11 importe de s’assurer encore , avant de quitter le sujet, que rien ne le gêne, que l’appareil n’est ni trop serré ni trop lâche, en un mot qu’il n’existe autour de lui aucun corps susceptible de lui occasioner de la douleur et d’augmenter l’irritation des parties affectées. On ne doit pas oublier que chez un malade retenu au lit, et dont la susceptibilité est constamment accrue, les causes irritantes les plus légères hnissent, en prolongeant leur action, par devenir insupportables , et suffisent pour occasioner les accidens les plus graves. Un pli trop épais , une compresse un peu trop serrée , un tour de bande qui agit plus fortement que les autres excitent de la douleur, et déterminent souvent le gonflement inflammatoire le plus intense.
Les pansemens doivent en général être faits dans la matinée. Cette époque du jour est celle ou les malades, fatigués de l’immobilité de la nuit, sentent le besoin de se livrer à quelques mouvemens. Alors aussi les parties blessées , échauffées par le lit, couvertes de pus, ou n’étant plus entourées que par des appareils desséchés et devenus trop lâches, font éprouver un sentiment douloureux , et réclament en quelque sorte un pansement nouveau, qui change leur situation , les rafraîchit, et met des
substances plus molles en contact avec elles. La nature semble indiquer cet instant comme le plus convenable pour le renouvellement des appareils. En effet , l’opéra- f tion étant terminée , l’air de Tappartement doit être changé, et le malade se sent en quelque sorte prendre plus de vigueur et acquérir une existence nouvelle. Si un second pansement est jugé nécessaire dans les vingtquatre heures , il convient d’y procéder le soir, de manière à ce qu’un sommeil paisible puisse immédiatement » lui succéder.
La fréquence ou la rareté des pansemens est un ob- JjOiii' fl é((ueiice
^ ^ ou leur rareté
jet trop important à la guérison des blessés pour que l’on puisse en abandonner la détermination au hasard ou à la routine. C’est d’après la nature de la maladie , l’étendue des plaies , l’abondance de la suppuration , et d’autres circonstances du même genre , qu’il convient de fixer les intervalles plus ou moins longs qui doivent les séparer. Les indications que l’on se propose de remplir et la nature des appareils que l’on emploie contribuent aussi , dans beaucoup de cas , à résoudre ce problème. C’est ainsi que, très rares dans les fractures , où l’on se borne à contenir les parties^ les pansemens sont plus fréquemment nécessaires dans les plaies et les ulcères qui suppurent. 11 faut souvent en faire deux ou trois chaque jour, lorsque les parties affectées sont enflammées et fournissent de grandes quantités de pus. En général , un pansement dans les vingt-quatre heures isulïit pour la plupart des maladies chirurgicales; et il est plus souvent nécessaire d’alonger ce terme que de le raccourcir. Dans beaucoup de solutions de continuité qui suppurent peu, des pansemens renouvelés
9 4 I- CH. I. GÉNÉRALITÉS SUR LES OPÉRATIONS , CtC.
seulement une fois en quarante-huit ou en soixante-douze heures feraient obtenir des guérisons plus promptes et plus faciles que celles que l’on obtient par la méthode ordinaire. Il est des plaies que l’on pourrait guérir en trois ou quatre jours si elles étaient abandonnées à ellesmêmes sous Tappareil qui les couvre , et qui sont entretenues pendant des mois entiers par cela seul qu’on les tourmente chaque matin sans nécessité et pour se conformer à l’usage.