CHAPITRE III
La perte du nez, soit qu’elle résulte de l’ablation de cet organe par les instrumens tranchans, ou de sa destruction par un ulcère cancéreux, peut être réparée au moyen d’un nez de carton ou de caoutchouc, dont on assortit la forme et la couleur à l’air du visage, et qui, maintenu en place par des lunettes à branches, remédie aussi bien que possible à la difformité. On a imaginé aussi de fabriquer des nez nouveaux au moyen des tégumens de quelque autre partie du corps. Pour y parvenir^ Talliacozzi faisait à Tavant-^bras une incision dans laquelle il logeait le contour rafraîchi de la cicatrice nasale ; et quand les adhérences s’étaient formées entre les deux parties, il les séparait en coupant de l’avant-bras assez de peau pour former un nez de grandeur ordinaire. M. Græffe commence par prendre l’empreinte du nez qu’il veut faire, il l’étale sur le bras du malade, et cerne le lambeau des tégumens qu’il juge nécessaire d’emporter. Ce lambeau est détaché de haut en bas, jusqu’à sa base, et le bras étant fixé à la tête, on l’applique aisément sur la partie du visage qui doit être restaurée. Les adhérences étant formées, on sépare les deux parties, et l’on achève de perfectionner la forme du nouvel organe. Les Indiens, imités avec succès en Angleterre par MM.
1° Perte du nez.
On peut en faire un nouTeau.
Procédé
de
Talliacozzi,
M. Græffe ,
des Indiens,
542 L. VI. CH. III. MALADIES DE l’aPPAREIL SENSITIF,
Lynn, Susielitz, Carpueet Hutschînson, après avoir pris
l’empreinte du nez qu’ils veulent faire, coupent, sur cette
empreinte étalée, un lambeau des légumens du front qui
ne tient plus que par une languette placée entre les deux
sourcils. Ce lambeau, rabattu en bas, et présentant sa
surface saignante à la cicatrice nasale ravivée, y est convenablement fixé. Lorsque les adhérences sont établies, on coupe la languette qui servait à y entretenir la circulation, et Ton perfectionne la forme du nez nouveau.
âO Betrécîssement Après îcs brûlurcs négligées et profondes, on voit quelles narines, *■ o c? i i
quefois les ouvertures nasales antérieures se fermer par la coarctation de leurs bords, ou par l’application de la lèvre supérieure contre elles. Il faut alors couper avec le bistouri les brides anormales, maintenir la lèvre abaissée, et, au moyen de morceaux de sondes de gomme élastique placés dans les narines, obtenir une cicatrice qui ne les rétrécisse plus.
5° Fractures Les fractures des os propres du nez, et l’écrasement
et écrasement ^ ^
du nez. (jg çgj; organc ne sont pas toujours suivis de difformité. Pour relever les pièces enfoncées, il faut introduire sous les os les branches réunies des pinces à anneaux, et les soulever d’une main, tandis qu’avec les doigts de l’autre, appuyés à l’extérieur, on assure l’exacte coaptation des parties. Aucun tamponnement n’est ordinairement nécessaire pour maintenir les esquilles en rapport : ce moyen augmente sans utilité l’irritation locale. Il faut seulement éviter de comprimer l’organe, et ne le recouvrir que de compresses légères trempées dans un liquide émollient et résolutif. Les fractures de la racine du nez se prolongent souvent aux orbites et à la lame criblée de l’ethmoïde : on doit alors porter toute son attention
vers le cerveau, qui est presque toujours le siège d’une violente commotion.
Le tissu cellulaire sous-cutané et les tégumens qui recouvrent le nez s’épaississent chez quelques sujets, deviennent lurgescens, spongieux, et se colorent en rouge, ou même en violet. Cette dilFormité doit être combattue par un régime sévère ; presque toujours elle dépend de l’abus des liqueurs alcooliques. Mais le nez peut aussi devenir le siège de tumeurs sarcomateuses que l’on a vues prendre un accroissement énorme, et tomber jusque sur la poitrine. La ligature est utilement appliquée à ces tumeurs lorsqu’elles sont supportées par un pédicule très étroit. Dans le cas contraire, il faut les cerner à leur base, et les emporter avec l’instrument tranchant, en conservant assez de peau pour recouvrir la plaie que l’on a faite. Les caustiques doivent être proscrits, parcequ’ils tendent à faire dégénérer ces excroissances en cancer.
Des corps étrangers tels que des pois, des haricots, des boulettes de papier, des fragmens de bois, introduits par les ouvertures des narines, ont occasioné quelquefois des douleurs vives à la tête, des écoulemens par le nez, l’ulcération de la membrane pituitaire, e,t la carie des os qu’elle recouvre. Il faut alors examiner les fosses nasales à un beau jour, reconnaître avec un stylet la situation du corps étranger, et l’attirer au dehors avec des pinces, un crochet mousse, ou tout autre instrument analogue; ou bien encore le pousser jusque dans la gorge, d’où il pourra facilement être expulsé. Après les plaies du visage accompagnées de fractures aux parois des fosses nasales, il faut avoir le plus grand soin d’extraire les corps étrangers, les esquilles qui ont perdu leurs adhérences, et tout
4“ Tumeurs du nez.
Il faut
les emporter
au moyen de la ligature ou
du bistouri.
Corps étrangers introduits dans les fosses nasales.
60 Irtflammation des fosses nasales.
7® Flux muqueux habituel.
80 Érosions de la membrane pituitaire.
9® Ulcérés des fosses nasales avec carie aux os.
ou
oi'ene.
Traitemenl de ces maladies.
644 VI. CH. m. MALADIES DE l’aPPAREIL SENSITIF.
ce qui pourrait rester dans les sinus ouverts, en agrandissant, s’il en est besoin, les divisions des tégumens avec le bistouri, et celles des os, au moyen du couteau lenticulaire.
Les fosses nasales doivent être considérées comme un organe complexe, étendu, dont l’inflammation aiguë est, il est vrai, peu dangereuse, mais dont la phlogose chronique détermine des lésions très variées. Ainsi, chez quelques sujets, les fosses nasales sont le siège d’une congestion habituelle, caractérisée par un sentiment d’embar ras et de plénitude au centre de la face, de la difficulté à respirer, et l’écoulement d’un mucus jaunâtre, visqueux, épais et de mauvaise odeur. Cette phlogose est-elle plus intense ? elle détermine à la membrane qui en est le siège des érosions plus ou moins profondes, à bords rouges et frangés, et couvertes de granulations plus ou moins élevées. Le malade rend alors en se mouchant du pus, et souvent des croûtes épaisses et denses, détachées de la surface de l’ulcère, qu’il est souvent difficile de reconnaître lorsque l’œil ne peut le découvrir. Enfin, les inflammations chroniques des parois des fosses nasales entraînent chez quelques sujets des ulcères profonds, avec carie aux os, et qui détruisent des portions plus ou moins étendues de la charpente spongieuse et fragile du centre du visage. Alors les malades exhalent une odeur insupportable ; leur voix s’altère, une matière ténue, grisâtre, souvent entremêlée de débris osseux, sort par les narines; le stylet porté dans les cavités nasales y louche des surfaces dénudées, rugueuses et frappées de nécrose. Cette maladie a été désignée sous le notn d’ozène.
Toutes ces affections réclament l’emploi du traitement
antiphlogistique et révulsif usité contre les inflammations profondes et chroniques. Des sangsues au nez, des fumigations émollientes, des vésicatoires à la nuque ou au bras, quelques purgatifs, tels sont les principaux moyens à employer, et auxquels il faut joindre les médications ré* clamées par l’état général delà constitution du malade.
La portion de la membrane pituitaire qui tapissel’antre d’Hyghmore, est susceptible de s’enflammer isolément, ce qui donne lieu à une douleur opiniâtre dans la joue, au gonflement du côté afîeclé, à de la fièvre, etc. Cette maladie, peut se terminer par une exhalation muqueuse, ou la sécrétion du pus dans le sinus maxillaire. Alors, à la douleur locale succède un sentiment de pesanteur et de tension dans la partie aflectée ; la matière épanchée, ou se fait jour dans les fosses nasales, à travers l’ouverture normale de la cavité qu’elle occupe, ou irrite la membrane de cette cavité, détermine son érosion, ainsi que celle des lames osseuses, et se fait jour sous la joue. L’abcès s’étant ouvert, la plaie, ordinairement située sous l’apophyse raalaire, ne se trouvant pas à la partie la plus déclive du sinus, demeure fistuleuse.
Dans tous ces cas, l’indication tliérapeuliqueestla même; elle consiste à diviser largement la partie la plus basse de l’antre d’Hyghmore, à ouvrir au pus une libre issue, et à permettre ainsi h la membrane pituitaire de reprendre l’exercice normal de ses fonctions. Deux voies sont ouvertes pour cela. L’une consiste à diviser la membrane muqueuse de la bouche, au fond de la fosse canine, et à perforer en cet endroit l’os maxillaire supérieur avec le trépan perforatif. Suivant l’autre, on arrache la seconde petite molaire, et souvent une ou deux des dents
10® Inflammation du sinus maxillaire.
11® Uydropisie,
12® Abcès,
iS® Fistules du sinus maxillaire.
Traitement de ces affections.
Perforation de l’os maxjüaire.
i«» Procédé pur la fosse canine ,
s* par le bord alTéolaire.
i4° Polypes des fosses nasales,
Ils sont vésiculeux.
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vbisines, afin que le perforatif, porté au fond des alvéoles, puisse faire une ouverture assez grande à la cavité du sinus. Suivant ce dernier procédé, l’ouverture est plus déclive que suivant l’autre ; il faut le préférer, surtout lorsque les dents molaires sont cariées, et que leur arrachement n’est pas une perte très sensible pour le malade. On conçoit que , dans l’un et l’autre cas , le sujet doit être assis, la tête maintenue contre la poitrine d^un aide, et les mâchoires écartées au moyen de morceaux de bois placés entre elles. La commissure des lèvres correspondante à la maladie, sera écartée par un aide armé d’un crochet mousse. La division de l’os doit être commencée avec le perforatif aigu, et continuée avec le perforatif mousse, afin de ne pas blesser la paroi opposée du sinus. L’ouverture paraissant suffisante, et le pus étant sorti, des mèches doivent être introduites dans la plaie, et des injections émollientes poussées dans le sinus. On voit bientôt alors les parois distendues de la cavité malade revenir sur elles-mêmes, les fistules se tarir, et la g-uérison s’opérer. Il faut avoir soin que la plaie de l’os ne se ferme pas trop promptement. On pourrait même, à l’exemple d’A. Talma, l’entretenir ouverte avec une canule, jusqu’à l’entière cessation de l’exhalation purulente.
Les polypes des fosses .nasales sont, ou vésiculeux, ou charnus, ou fibreux. Les premiers présentent une mollesse et une transparence fort remarquables. Peu volumineux, formés par du tissu cellulaire qu’une sérosité jaunâtre infiltre et distend, ils sont souvent agglomérés les uns aux autres, et naissent presque toujours de la . paroi externe des fosses nasales et de la surface des cornets. Ces productions, à peu près insensibles, se gonflent par
rhumidité, reviennent sur elles-mêmes durant les temps secs, et se moulent en quelque sorte sur les parois de la cavité qui les renferment.
Les polypes charnus ou sarcomateux sont rouges, spongieux, très abreuvés de sang, pédiculés, implantés, chez le plus grand nombre des sujets, vers la partie postérieure des fosses nasales. Des douleurs assez vives s’y font habituellement sentir, et lorsqu’on les irrite, ils dégénèrent aisément en cancer. Leur volume devient quelquefois tel qu’ils remplissent le fond du pharynx, repoussent le voile du palais, et gênent la déglutition, la parole, et même la respiration.
Les polypes fibreux occasionent les mêmes accidens : ils sont presque insensibles ; leur tissu, blanc, dense et serré, résiste avec violence à toute espèce de compression. Ces tumeurs, de toutes les plus communes, sont rarement simples. Presque toujours, au contraire, leur pédicule se divise en plusieurs embranchemens. Après s’être moulé sur les parties qui les renferment, ces polypes les pressent, les distendent, les érodent et se font jour suivant une fouie de directions. On les voit souvent paraître à la fois à travers les narines antérieures, derrière le voile du palais , à la voûte palatine, sous la joue,
dans les fosses temporale et zygomatique, dans l’orbite, et même sous le cerveau. Leur substance dégénère assez facilement en tissu squirrheux et cancéreux.
Les polypes des fosses nasales ne guérissent jamais qu’au moyen d’une opération qui les détruit. On a pro- ' posé d’emplpyer contre eux l’exsiccation, la cautérisation, le séton, l’excision, la ligature et l’arrachement.
L’exsiccation, que l’on croyait pouvoir opérer au moyen
charnus ,
ou fibreux.
Ces excroissances doivent être détruites.