CHAPITRE IL
J Produites par le déplacement des portions osseuses contiguës, les luxations sont incomplètes ou complètes, spivant que les os se correspondent encore par quelques points de leurs surfaces, ou qu’ils ont entièrement cessé d’être en rapport. On a divisé aussi ces lésions en récentes et anciennes, d’après l’intervalle qui s’est écoulé depuis qu’elles sont survenues; en réductibles et irréductibles; en primitives et en secondaires, ou spontanées, etc. Cellesci sont le résultat d’altérations variées des parties articulaires,'et il ne doit pas en être ici question.
La faiblesse musculaire, le relâchement des liens qui affermissent les jointures, l’état de débilité produit par la vieillesse sont autant de prédispositions aux luxations. Ces lésions- sont déterminées par des c'auses extérieures qui surmontent la résistance des inégalités des surfaces articulaires, des ligamens, et des muscles. L’action de ceuxci ■ce>ntribue dans plusieurs cas à achever le déplacement que les puissances du dehors ont commencé, et chez quelques sujets elle suffit pour produire la maladie.
On reconnaît les luxations à la difformité du membre, qui est souvent alongé ou raccourci, et toujours dirigé suivant une ligne différente de celle qui lui est naturelle. Certaines éminences osseuses sont devenues saillantes
LÉSIONS DES ARTICULATIONS. . 5yQ
et soulèvent la peau, tandis que d’autres ont disparu et sont profondément enfoncées. Le membre est, ou jfléchi, ou étendu, ou placé dans la rotation externe ou interne.. Dans tous les cas, ces changemens sont permanens ,• une douleur vive, ou une impossibilité absolue s'opposent à ce que 1 on fasse exécuter certains mouvemens au membre luxé, et lorsque, par un effort bien dirigé, il reprend sa direction, ainsi que la liberté d’agir, tous les phénomènes de la maladie disparaissent tout- à~ coup pour ne pl,us revenir, à moins que des causes nouvelles ne reproduisent le déplacement. Ce signe permet de distinguer toujours les luxations des fractures situées au voisinage des articulations.
Les dépîacemens des articulations gynglimoidales sont plus faciles h réduire, mais aussi accompagnés d’accidens inflammatoires plus violens que ceux des jointures orbicuîaires. Lorsque la luxation est opérée, les muscles irrités continuant d’agir sur l’os le plus mobile, l’éloignent incessamment de sa situation normale. L'inflammation qui survient crée autour de l’éminence aînsi déplacée des adhérences nouvelles, les muscles s’amincissent, deviennent fibreux, et l’enveloppent d’une sorte de capsule anormale, en môme temps que, usée par l’absorption, et secieusant dans les os auxquels elle correspond une cavité plus ou moins profonde, elle se forme d’autres rapports.
C est ainsi que s’établissent les articulations anormales, surtout après les luxations des extrémités supérieures de l’humérus et du fémur.
Afin de réduire sûrement les luxations, il faut, d’une part, affaiblir les organes musculaires, afin de rendre leur résistance moins active et moins puissante; de l’antre.
Pronostic.
Formation des articulations anormales.
RWuction des luxations.
58o L. VII. CH. II. MALADIES DE l’aPP. LOCOMOTEUR.
agir sur les parties luxées de la manière la plus méthodique. Des évacuations sanguines abondantes, et des bains prolongés sont presque toujours utiles afin de remplir la première de ces indications. Les efforts de réduction doivent, pour être aussi efficaces que possible, avoir pour point d’appui un lacs de contre -extension qui ne froisse pas les muscles placés autour de l’articulation luxée, et dont les extrémités soient arrêtées à un objet solide et inamovible , comme un anneau scellé dans le mur, un barreau de fer, etc. Un autre lacs, attaché, à l’extrémité la plus éloignée du membre, et confié à un nombre suffisant d’élèves exercés aux manœuvres de ce genre, sert à exécuter l’extension. Le praticien lui-même, placé au côté externe de la jointure affectée, dirige, lorsqu’il en est besoin, l’os le plus mobile vers la cavité qu’il a laissée libre, et opère ainsi la coaptation. Il convient que tout s’étant apprêté sans effrayer le malade, le chirurgien s’efforce de distraire fortement son attention, en, même temps que par un signe fait aux aides chargés d’étendre le membre, il ordonne de commencer les efforts. Ceux-ci doivent être dirigés d’abord dans le sens du déplacement, puis ramenés, à mesure que les parties cèdent, à la rectitude normale du membre. L’extension faisant des progrès, le chirurgien continue de fixer sur d’autres objets l’attention ébranlée du malade, jusqu’à ce que, par un dernier effort, les os soient tout-à-coup remis en rapport. Être attentif à tous les signes du praticien ; tirer d’une manière soutenue, non saccadée, avec une force graduellement croissante; exécuter avec exactitude les changemens de direction exigés par la nature du déplacement, tels sont les devoirs que les aides ont à remplir.
Il importe que le praticien conserve le plus grand sangfroid ; qu’il soit attentifs tous les progrès du travail de la réduction, et que, sachant s’arrêter assez tôt pour ne pas occasioner d’accidens graves , il donne cependant aux forces dont il peut disposer tout le développement nécessaire afin de replacer les os. Les aides sont alors plus utiles que les poulies, parceque l’on peut à volonté modifier à chaque instant et la force et la direction des efforts qu’ils exercent ; ce qui est plus lent, ou même impossible avec les agens mécaniques dépourvus d’intelligence.
Après la réduction, le membre doit être placé dans un état complet de repos et de relâchement. Des applications résolutives, une compression médiocre, des évacuations sanguines générales et locales, tels sont les moyens que l’on doit employer, afin de prévenir la récidive de la maladie et le développement d’accidens inflammatoires trop intenses. Les parties déchirées commençant à se raffermir, on fait graduellement exécuter quelques mouvemens au membre luxé, pour prévenir l’ankylose, qui est plus facile à s’opérer dans les articulations gynglimoïdales que dans les autres.
Lorsqu’un os est fracturé en même temps que luxé, il faut, si le fragment le plus voisin de la luxation est assez long, réduire d’abord celle-ci, et traiter ensuite la solution de continuité de l’organe comme dans les cas ordinaires. Si, au contraire, la fracture était très rapprochée de la jointure luxée, il conviendrait de la réduire, et d’attendre qu’elle fût consolidée, pour rétablir les rapports de surface articulaire. Aussitôt que le cal commence alors ix prendre quelque solidité, on en profite pour faire exécuter au membre des mouvemens destinés
Trailédienl
consécutif.
Complication d’une fracture et
d'une luxation.
Des luxations en
particulier.