‹ Nouveaux élémens de chirurgie et de médecine opératoire, ouvrage contenant l'exposition complète des maladies chirurgicales, et des opérations qu'elles réclamentChapitre 14 sur 170 · LIV. I. CHAP. II. DE l’inflammation · texte numérisé non relu

LIV. I. CHAP. II. DE l’inflammation

Application du froid.

qu’à sa partie moyenne. Tantôt ce topique est placé immédiatement sur la partie malade , tantôt, au contraire, on interpose un linge fin entre lui et l’organe. Dans le premier cas, il agit plus efficacement; dans l’autre, il ne salit pas la peau et ne pénètre dans aucune cavité , ce qui est un avantage lorsque l’application se fait au visage , sur les yeux , les oreilles , etc.

Les pansemens dans lesquels entrent les cataplasmes doivent être fréquemment renouvelés, parceque la chaleur des parties enflammées dessèche promptement ou fait aisément fermenter la pâte qui en forme la hase. Ces inconvéniens sont très sensibles lorsque le lait entre dans leur composition; c’est pourquoi l’on substitue généralement l’eau de guimauve à ce liquide. Comme les fomentations , le moyen qui nous occupe est susceptible d’acquérir des propriétés différentes, et de remplir une fouie d’indications, suivant la nature des substances avec lesquelles on le compose: c’est ainsi que la terre sigillée et l’acétate de plomb le rendent résolutif, que le vin et les aromates lui donnent des qualités excitantes et toniques , etc.

Un des meilleurs sédatifs que l’on puisse employer contre les inflammations est le froid ; mais il convient plutôt au début qu’à l’époque de la plus grande intensité de ces maladies. Il est spécialement utile dans le cas où, après l’action d’une violence extérieure, on cherche à prévenir la congestion locale dont la partie blessée doit être le siège. On l’applique, soit en plongeant les organes affectés dans de l’eau très froide ou même glacée, soit en les recouvrant d’une vessie remplie de glace concassée ou de linges imbibés d’eau de puits. Mais , quel que soit

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le procédé dont on fasse usage, il faut se rappeler que pour être sédatif et pour apaiser ou prévenir les mouvemens inflammatoires, le froid doit rester pendant long- temps appliqué sur les parties vivantes. Si son impression n’était que momentanée , elle serait inévitablement suivie d’une exaltation nouvelle d’action qui accroîtrait la violence des accidens que l’on se propose de combattre. Trois , quatre , dix, ou même un plus grand nombre d’heures, sont les termes moyens de la durée qu’il faut donner aux applications réfrigérantes. Il est presque inutile d’ajouter que l’on doit alors renouveler le liquide à mesure qu’il s’échauffe et la glace aussitôt qu’elle est fondue.

Quelques praticiens anglais ont proposé de traiter les inflammations , même aiguës et violentes , par la compression soit des parties malades, soit des troncs artériels qui s’y rendent. Mais il faut alors qu’elle puisse être exercée d’une manière égale et soutenue dans toute l’étendue du membre affecté. II est évident que ce moyen n’agit qu’en rendant l’abord du sang moins vif, moins rapide, et en s’opposant à ce que ce liquide ne vienne accroître, par sa présence, l’irritation de la partie phlogosée. La compression agit dans ces cas d’une manière analogue aux évacuations sanguines locales , non qu’elle provoque la sortie du liquide retenu dans la partie irritée , mais par cequ’elle l’empêche d’obéir à la force qui l’attire ou qui le pousse vers cette partie, Si l’on juge convenable de se servir de ce moyen , on doit surveiller attentivement l’effet qu’il produit , afin de prévenir la douleur, la fièvre et même la gangrène qu’il est susceptible de provoquer, lorsque son action, trop intense ou mal dirigée , accroît Tir-

5*^ Compression

6” Saignées locales.

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ritation au lieu de la calmer. En général il ne convient pas dans les inflammations aiguës; on ne peut y recourir avec avantage que contre les phlegmasies lentes , chroniques, non douloureuses, et accompagnées de la dilatation presque variqueuse des vaisseaux. C’est ainsi qu’il réussit contre les irritations dont les jambes sont le siège, chez les sujets âgés, ou contre les engorgemens des portions d’intestins sorties à travers l’ouverture soit de l’anus naturel, soit d’un anus anormal , etc.

L’afllux du sang dans les parties irritées constituant le principal phénomène de l’inflammation, et ce liquide augmentant par lui-même tous les accidens que cette maladie produit, les saignées locales doivent être considérées comme le moyen le plus simple et le plus efîicace de la combattre. La médecine physiologique a démontré combien ces saignées sont généralement utiles dans les inflammations viscérales ; des faits bien constatés prouvent déjà les merveilleux effets que la chirurgie est en droit d’en attendre : mais, afin qu’elles soient efficaces contrôles inflammations, il importe de proportionner leur abondance à l’intensité des symptômes. Lorsqu’on les ménage trop, elles restent sans effet, ou plutôt elles favorisent, au lieu de la diminuer, la congestion locale qu’elles sont destinées à combattre. Après une première saignée , il faut souvent en opérer une seconde et même une troisième non moins considérables , parceque les accidens , d’abord apaisés , reparaissent fréquemment, presque sans cause appréciable, et doivent être de nouveau dissipés par le même procédé. ^

Parmi les moyens à l’aide desquels on peut opérer les saignées locales , les sangsues sont incontestablement

J. Sangsues.

un des plus utiles et des plus efficaces. Ces animaux font aux tégumens des piqûres profondes, qui pénètrent quelquefois jusqu’au tissu cellulaire sous -cutané. Elles peuvent être appliquées sur toutes les parties du corps; et groupées dans un petit espace, elles y occasionent uii écoulement sanguin abondant^ une dérivation puissante. Quelquefois, au lieu d’un grand nombre de sangsues, il est préférable d’en employer soilement quelques unes, que l’on renouvelle à mesure qu’elles tombent, de manière à entretenir près du siège de la phlogose un écoulement continuel, qui s’oppose au mouvement fluxionnaire morbide, et le détourne, de manière è le faire cesser et à dissiper les symptômes qu’il produisait. Les sangsues d’ailleurs déterminent vers les parties sur lesquelles on les applique une congestion artificielle plus ou moins intense, et ensuite une irritation locale , qui s’opposent avantageusement aux mêmes phénomènes dont la partie affectée est le siège : or il est impossible, ou du moins fort difficile, d’obtenir d’aussi heureux effets par d’autres moyens.

La sangsue médicinale , reconnaissable à sa couleur noirâtre , aux six bandes jaunes variées de brun qui sil lonnent son dos , et aux taches jaunâtres que présente sa face inférieure , doit être de grosseur moyenne, récemment retirée d’une eau claire et courante , et avoir les mouvemens prompts et vigoureux. Afin qu’elle prenne plus facilement , il convient de la laisser hors de l’eau pendant une ou deux heures avant de l’appliquer. Toutes les parties de la surface extérieure du corps , ainsi que les portions des membranes muqueuses accessibles aux instrumens, peuvent être le siège de cette application; il

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faut avoir soin seulement de les laver , afin d’emporter les substances étrangères et odorantes qui pourraient ies couvrir dans quelques cas on se trouve bien de les fomenter avec du lait, dont les sangsues sont fort avides. Celles-ci doivent être ensuite mises dans un verre , ou rassemblées au milieu d’un linge, et placées sur la partie malade. Ces procédés conviennent lorsque l’application est faite sur une large surface ; mais lorsqu’il importe de faire piquer l’animal sur une partie déterminée , et peu étendue , comme la partie interne des paupières , l’ouverture des narines , les gencives , etc. , on est obligé de les saisir avec un linge près de leur extrémité la plus mince, qui est la tête, et de porter directement cette extrémité sur l’endroit où elle doit s’attacher. Quelques personnes renferment alors la sangsue dans un tube , formé d’un long tuyau de plume , longitudinalement fendu, et dont on ferme l’une des extrémités, tandis que l’autre, à laquelle correspond la tête de l’animal , est appuyée contre l’endroit où la piqûre doit se faire.

Il convient en général , après la chute spontanée des sangsues, de laisser le sang s’écouler librement pendant plusieurs heures; cette évacuation prolongée est plus favorable encore que celle que l’animal a faite immédiatement. On recouvre ensuite la partie de fomentations émollientes, qui ajoutent aux bons effets produits par la saignée locale. Si cependant l’hémorragie devenait considérable et menaçait la vie du sujet , ainsi qu’on le voit quelquefois chez ies.enfans, il est facile d’y mettre un terme, soit en appliquant sur la partie un linge brûlant que l’on maintient pendant quelques minutes en contact avec les piqûres , soit en recouvrant celles-ci de mor-

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ceaux d'amadou ; soit enfui en plaçant sur elles de petites compresses de linge, repliées en plusieurs doubles, et sur lesquelles on applique un cautère ou l’extrémité d’une clef assez échauffée, il est très rare que ces moyens n’arrêtent pas complètement l’évacuation sanguine; je les ai constamment vus réussir.

On prescrit généralement de n’appliquer les sangsues qu’au voisinage des parties dont les tégumens sont enflammés, et l’on craint qu’en les plaçant sur les tissus phlogosés , leurs piqûres n’irritent plus que la saignée qu’elles provoquent ne peut soulager. Mais l’expérience la plus récente ne justifie pas entièrement ce conseil : j’ai vu des sangsues apposées au centre des érysipèles et des phlegmons, produire des effets plus heureux et plus rapides que lorsqu’on les met au voisinage de ces maladies; et parmi les cas où l’on a employé ce procédé, il n’est pas un seul exemple de phénomènes alarmans déterminés par lui.

Il est assez rare que l’on emploie l’instrument tranchant seul pour opérer le dégorgement des parties enflammées : les mouchetures produiraient plus d’irritation que l’évacuation sanguine à laquelle elles donneraient lieu ne serait avantageuse. Cependant, on en fait quelquefois usage avec succès dans les inflammations vives des conjonctives, du tissu des gencives, du gland et delà membrane interne du prépuce, parties très vasculeuses , où les plus petites divisions sont suivies d’un écoulement sanguin assez abondant. Pour les exécuter, on se sert de la pointe d’une lancette, avec laquelle on fait des divisions superficielles , peu étendues , plus ou moins nombreuses, et dirigées de telle manière, qu’à

>. Monoliehir

Seal ifinations.

Scavilicali'ur (le BI. Larrey.

'Scariiîcateiir •à i('.<sorl.

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l’œil, par exemple, elles coupent en travers les vaisseaux injeclés qui sillonnent la partie enflammée. Après l’opération , l’on favorise récouleraent du sang au moyen de lotions faites avec l’eau tiède et continuées pendant plusieurs heures.

Les mouchetures, exécutées de la même manière, ont été proposées aussi pour dégorger le scrotum infiltré dans l’anasarque; mais elles ne constituent alors qu’un moyen palliatif peu utile, et il faut qu’elles soient peu nombreuses et écartées les unes des autres, afin de ne pas provoquer dans la partie une inflammation dont la gangrène est très souvent la suite.

Plus profondes et plus étendues que les mouchetures , les scarifications conviennent à peu près dans les mêmes circonstances et agissent de la môme manière. On les exécute au moyen du bistouri dont la lame est promenée sur les tissus. M. Larrey a imaginé, pour cette légère opération, un instrument particulier assez semblable à la flamme dont les médecins vétérinaires se servent pour saigner les chevaux,* mais le tranchant arrondi et fort court de ce scarificateur est bientôt émoussé. 11 est diflicile de le rendre très On, et, en dernière analyse, son action ne dilFère en rien de celle du bistouri ordinaire. C’est un de ces instrumeos qui surchargent inutilement l’arsenal du chirurgien, et dont on peut, sans inconvénient, rejeter Tusage. Les chirurgiens allemands font un grand usage ^ d’un scarificateur qui consiste en dix, douze ou vingt lames tranchantes , renferrnees dans une boîte carrée de cuivre, et qui, au moyen d’un ressort, sont poussées rapidement au dehors , et font sur les parties des divisions

ET DES OPÉRATIONS Qu’eLLE RECLAME. 3^

très superficielles. Pour se servir de cet instrument, on tend le ressort , on met la surface de la boîte qui présente les ouvertures pour la sortie des lames en contact avec la peau, puis, appuyant sur la bascule, l’opération se termine à l’instant. Ce scarificateur présente l’incontestable avantage de rendre la douleur presque nulle , tant son action est prompte ; mais il est d’un prix élevé, on ne peut que difficilement l’entretenir propre, et sa construction est tellement compliquée^ ^qu’il est assez facilement mis hors de service. Ces inconvéniens l’ont empêché jusqu’ici de devenir d’un usage général parmi les praticiens.

Employées dans les cas d’anasarqiie , les scarifications doivent être proscrites : les plaies qu’elles produisent deviennent presque toujours le siège d’une vive inflammation , qui s’étend facilement au loin , et que la gangrène termine presque toujours.

Si ces réflexions sur les scarifications démontrent qu’elles sont d’une faible utilité lorsque Ton se jiropose d’opérer des saignées locales , il n’en est pas de même quand on réunit leur action à celle de la ventouse. Celleci agit en effet par succion, et, tirant des plaies que l’on a faites une quantité plus ou moins considérable de sang, elle produit quelques uns des effets les plus importans que produisent les sangsues. On ne peut cependant se dissimuler que ces animaux n’aient sur les ventouses une supériorité incontestable, qu’elles doivent à la facilité avec laquelle on détermine |)ar leur moyen des saignées lort abondantes ; mais, dans les circonstances et dans les contrées où les sangsues manquent entièrement, les ventouses scarifiées doivent les remplacer, et jouissent d’une elficacité incontestable.

D, Ventouses.

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