II. Aviver les bords de la solution de continuité
Les causiiques et les emplâtres vésicatoires employés pour cela , sont rejetés.
On leur préfère rinsirument tranchant.
Appareil
instrumental.
Appareil <le pansement ,
1 26 LIV. II. CH. I. MALADIES DE l’aPPAREIL DIGESTIF.
Quand les bords du bec-de-lièvre anormal sont écartés par un tubercule entièrement rougeâtre et charnu, ou bien lorsque ce bouton, quoique recouvert par la peau, est très petit, il convient de l’emporter d’un coup de bistouri. Chez les sujets où il présente un volume suffisant , on doit le respecter et le faire concourir à l’opération ; enfin , lorsque la lèvre est adhérente , il faut la détacher jusqu’à l’angle supérieur de la division, afin que les bords de celle-ci puissent être aisément rapprochés et mis en contact dans toute son étendue.
La maladie étant ramenée, au moyen de ces opérations préparatoires, à l’état simple , il s’agit de rendre les bords du bec-de-lièvre saignans et susceptibles d’une réunion immédiate. Thévenin a conseillé pour cela l’hydrochlorate d’antimoine; Fabrice d’Aquapendente faisait usage d’acide nitro-muriatique ; d’autres ont proposé de couvrir les surfaces que l’on doit rapprocher avec une bandelette d’emplâtre vésicatoire : mais il est évident que ces moyens n’ont qu’une action longue , douloureuse , difficile à diriger et souvent insuffisante; aussi sont-ils généralement proscrits , et on leur préfère universellement le bistouri ou les ciseaux.
1® Un bistouri droit, à lame solide et à pointe bien acérée; 2“ une plaque de carton épais, de bois ou d’ivoire, longue de cinq ou six centimètres et large de trois ou quatre ; 5“ quelques aiguilles droites , cylindriques , sans chaS', à pointe aplatie et très aiguë; 4° une anse assez longue de fil ciré; 5° enfin, si l’on juge convenable de se servir des ciseaux , on remplace, par ceux de M. Dubois, le bistouri et la plaque dont il vient d’être question : tels sont les objets dont on a besoin pour pra-
LÉSIONS DES LÈVRES, ET OPÉRATIONS, OtC. 1 27
tiquer l’opération du bec-de-lièvre. L’exécution des pansemens exige que l’on ait préparé, deux compresses minces , étroites , d’une longueur égale à la hauteur de la lèvre, et destinées à être placées sous les extrémités des aiguilles ; 2® un plumasseau léger enduit de cérat ; 5® deux pelotes ovalaires , épaisses, ou deux compresses graduées; 4° une bande longue de trois aunes , large d’un centimètre et demi, roulée à un ou à deux cylindres; 5® enfin, deux bandelettes longues' de soixante-quatre centimètres aussi larges que les pelotes , et une fronde ordinaire pour le menton.
Tous ces objets ayant été disposés , le chirurgien se place au-devant du malade. Celui-ci doit être assis sur une chaise élevée , la tête fixée contre la poitrine d’un aide situé derrière lui , et qui passe une de ses mains sur son front et l’autre sur son menton. Si la lèvre est mince, molle et spongieuse, comme chez les enfans , il faut préférer les ciseaux au bistouri pour la résection des bords du bec-de-lièvre : chez les adultes, au contraire , lorsque les tissus à retrancher sont épais , durs et solides , on doit se servir du dernier de ces instrumens. Les ciseaux sont plus faciles à manier; le bistouri exige que le praticien soit ambidextre. L’action légèrement contondante des premiers est à peine sensible chez les jeunes sujets ; mais , plus tard , les tissus deviennent moins faciles à couper , et le second les divise sans les froisser autant que les autres. Les deux procédés doivent donc ^ être également familiers au chirurgien.
Lorsque l’on emploie le bistouri, la plaque doit être insinuée sous la portion droite de la lèvre. On fixe cet organe sur elle avec la main gauche qui la pince et la
Procédé
opératoire.
lorsque l’on fai?
usage
du bistouri.
soutient , de manière h ce qu’elle soit bien tendue sous le bistouri. Celui-ci est saisi de la main droite: on enfonce sa pointe un peu au-delà de l’angle de la division anormale , et son tranchant étant couché le long des parties à retrancher, on les divise d’un seul coup. On répète ensuite la même opération du côté opposé; mais alors on change les instrumens de main, le bistouri devant toujours être tenu avec celle qui correspond au bord qu’il s’agit d’emporter.
et lorsqu’on Lorsquo Too fait usage des ciseaux, ceux de M. Du
des ciseaux. bois sont les meilleurs, à raison de la solidité de leurs lames , et de la perfection de leur tranchant. Ils seront tenus delà main droite. Un des côtés de la lèvre étant étendu avec l’autre main , Ton porte l’instrument sur son bord anormal , que Ton retranche d’un seul coup ; l’autre côté de la division est ensuite rafraîchi de la même manière.
Eègies générales. Emporter, dans le bec- de-lièvre congénial, tout ce qui est rouge de la lèvre ; équarrir parfaitement la division , et rendre sa surface perpendiculaire à celle des tégumens ; disposer si bien les incisions , que les bords de la plaie nouvelle se réunissent en haut , à angle aigu , sans rien conserver des anciens tissus : telles sont les règles les plus importantes relatives à ce premier temps de l’opération. Quoi qu’en dise M. Richerand^ il faut, surtout dans le bec-de-lièvre accidentel , redouter d’occasioner une perte de substance trop considérable ; on doit retrancher ce qui est indispensable pour rendre la plaie susceptible d’une réunion linéaire , mais rien au-delà ; trop de hardiesse à cet égard serait aussi désavantageux qu’une timidité portée trop loin.
LÉSIONS DES LÈVRES, ET OPERATIONS, CtC. 1 2Q
Tout étant disposé pour rendre la division anormale
susceptible d’étre immédiatement réunie , le chirurgien doit procéder à cette seconde et importante partie de l’opération. Les anciens, et la plupart des chirurgiens modernes, ont reconnu Tutilité de la suture dans ce cas. Ftanco et Purmann , prescpie seuls, crurent devoir lui substituer les emplâtres agglutinatifs ; et Louis renouvela ce procédé, qui était, à la hn du dernier siècle, tombé en désuétude, et auquel il ne put îendre qu’un instant de vogue. En effet, si l’introduction des aiguilles est douloureuse, si des accidens ont suivi leur emploi mal di' rigé, les emplâtres sont presque constamment insuffisans, et ne peuvent assurer une réunion parfaitement exacte dans tonte l’étendue de la division. D’ailleurs , la suture entortillée , lorsqu’elle est méthodiquement exécutée, n entraîne en définitive aucun accident, et réussit sur presque tous les sujets , de manière à ne laisser
aucune difformité sensible : aussi les praticiens sont-ils universellementrevenus à son usage. Aux aiguilles d’argent, préconisées par Sharp etfloustet, et surmontées d une pointe d’acier susceptible de se dévisser de dessus la tige; aux aiguilles d’or, proposées par Ledranet adoptées par Bell et Desault, on peut substituer des aiguilles d acier poli, qui présentent cependant, quelquefois î’inconvénieut de s’oxider , de manière â rendre leur exlrachon douloureuse et difficile. Mais en dernier résultat, ce qui est important pour le succès de l’opération , c est moins la forme et la matière de ces instrumens que la înanière dont on les place : pourvu qu’elles aient une tige arrondie et parfartement lisse, une pointe très acérée, aplatie et tranchante sur ses bords, une longueur et un
îitnnion des lèvres de la pl.'iie.
Lsi suture ciilorfillèe est le nieiljeiir moyeu J)our prévenir la dilibrrnité.
Manière <le l’exéculer.
1 5o LIV. ÏI. CH. îi MALADIES DE l’aPPAREIL DIGESTIF.
diamètre proportionnés au volume de la lèvre, elles réunissent toutes les conditions qui doivent les faire réussir entre des mains habiles.
Le bord gauche de la lèvre étant saisi avec la main gauche, le chirurgien y enfonce, à deux lignes de la plaie, et à une ligne et demie au-dessus de la limite des tégumens , la pointe de l’une des aiguilles dont il a fait choix. Dirigé de dehors en dedans, d’avant en arrière et un peu de bas en haut, cet instrument doit sortir entre les trois quarts antérieurs et le quart postérieur de l’épaisseur de l’organe, à une demi-ligne au-dessus du point de son entrée. L’aide, placé derrière le malade, pousse les parties en avant, afin de les rapprocher. Le bord droit est alors saisi , porté contre l’autre de manière à lui correspondre parfaitement, et la pointe de l’aiguille doit le traverser à son tour de dedans en dehors , d’arrière en avant et de haut en bas^ afin de ressortir exactement visà-vis du point de son entrée sur l’autre côté. L’instrument ayant parcouru (Ipns les parties une ligne courbe à convexité supérieure, il en résulte que sa tige fait saillir en bas les bords de la plaie, de manière à imiter, dans le becde-lièvre central de la lèvre supérieure, le petit bouton que l’on remarque au milieu du bord libre de cet organe. On sent que, dans toutes les autres variétés de la maladie, un tel procédé serait inutile , et qu’il faut se contenter de mettre de niveau les deux parties opposées de la lèvre. Sur cette première aiguille, on jette une anse de fil ciré, qu’un aide tire légèrement en bas; pendant ce temps, le chirurgien place les autres aiguilles. Si le sujet est jeune, deux points de suture sulfisent ; il en faut trois chez les^i sujets adultes. Dans tous les cas , cette partie de l’opé-
LÉSIONS DES LÈVRES, ET OPÉRATIONS, etC. 1 3 l
ration étant lernîînée , on place sur la première aiguille la partie moyenne d’un long ruban composé de deux fds cirés; les chefs en sont portés en bas^ entre la peau et les extrémités de l’instrument , puis croisés sur lui et reportés en haut, de manière à former un 8 au-devant des bords rapprochés de la lèvre et autour de l’aiguille. Lorsque ces jets paraissent assez multipliés , on entre-croise les fils dans rintervalle de la première aiguille à la seconde , autour de laquelle on les entrelace de la meme manière. Enfin, si l’on a pratiqué une suture à trois points , on termine par l’aiguille la plus rapprochée du nez. Pendant la durée de cette application du ^
fil ciré , l’aide , chargé de l’anse de fil simple , n’a pas cessé de la tirer doucement en bas, afin de fixer et d’étendre la lèvre; mais , devenue ensuite inutile, on en coupe les bouts près de l’organe.
L’apposition des bords de la plaie suffit ordinairement Lhémomgie pour arrêter l’écoulement du sang; il faut avoir soin à"c,ïiiÇ; toutefois de surveiller le malade pendant aueîaues in ^ surveiller
* 1 1 les enfans après
stans, car Louis et BicKat citent des exemples d’hémorragies fournies par la face buccale de la lèvre , et devenues mortelles chez des enfans qui suçaient et avalaient le sang à mesure qu’il s’écoulait. Après la résection d’un bec-de-lièvre accidentel latéral , il serait peut-être nécessaire de placer une ligature sur le tronc divisé de lalèvre labiale correspondante.
Les parties étant nettoyées du sana: qui les salit, les
O 1 Application
deux petites compresses longuettes sont glissées sous les ‘^“uniTsanf extrémités des aiguilles ; un plumasseau léger, enduit de cérat , recouvre la plaie ; les deux compresses épaisses et graduées , ou les deux pelotes ovalaires destinées à être
ï)e Louis ,
lîe Do»auU.
Procc'cK' pour l«i bec lie lièvre
iloiiWle.
1 5^ LIT. II. CH. Il MALADIES DE I. APPAREIL DIGESTiF.
appliquées sur les joues y sont placées et maintenues par l’aide, qui n’a pas dû cesser durant toute ropéralion de porter les parties en avant. Alors on applique le bandage. Celui de Louis , qui me semble le meilleur , exige que la bande soit roulée h deux cylindres inégaux. On applique le plein de celte bande Sur le front; ensuite , les cylindres , portés en arrière au-dessus des oreilles, sont entre - croisés h la nuque et ramenés en avant, sur les compresses qui garnissent les joues; à l’endroit de la plaie , la portion la plus longue de la bande présente deux boutonnières ; la plus courte est fendue en deux chefs , qui doivent être passés dans les ouvertures de l’autre ; les exlremités opposées sont tiiees en sens contraire , ramenées h la nuque et do là autour de la tête, où l’on épuise la bande par des ciiculaiies qui allermissent l’appareil. Le bandage de Desault différé peu du précédent : la bande, au moyen de laqueue on l’exécute, est roulée à un cylindre; on en fixe le chef par deux circulaires autour du crâne, et le portant ensuite en bas, sur Tune et l’autre des compresses qui garnissent les joues , ainsi que sur la lèvre opérée , on fixe les parties dans l’état de rapprochement; après quoi on remonte à la nuque , et l’on termine par des circulaires autour de la tête. Deux bandelettes fixées aux compresses des joues, et aux jets de bande qui les souliennent , sont portées en haut et entre - croisées sur le sinciput ; la fronde , appliquée sous le menton , achève d’assurer la solidité de l’appareil, et prévient les mouvemens trop étendus de la mâchoire inférieure.
S’il existe deux fentes à la même lèvre , on peut , lorsque la portion moyenne est étroite, la traverser avec les