‹ Nouveaux élémens de chirurgie et de médecine opératoire, ouvrage contenant l'exposition complète des maladies chirurgicales, et des opérations qu'elles réclamentChapitre 49 sur 170 · S IV · texte numérisé non relu

S IV

Épanchemcns abdominaux.

O Epancliemens sanguins.

Ils se forment rapidement

on

avec lenteur.

Lorsque des vaisseaax d’un médiocre voiuine sont ouverts dans l’intérieur du ventre, Faction des parois de cette cavitésurles viscères qu’elle renferme suffit fréquemment pour mettre un terme h l’hémorragie. Dans les autres ^cas , le sang , lorsqu’il ne trouve pas une libre issue à l’extérieur, forme un 4panchement dans l’abdomen. Deux circonstances peuvent alors se présenter : ou le sang s’écoule avec rapidité , ou sa perte est*lente. Dans le premier cas, tous les signes des hémorragies internes se manifestent , en même temps qu’une chaleur douce et humide se répand dans le ventre , et que celui-ci devient de plus en plus volumineux. Dans le second , les phénomènes relatifs h l’écoulement du sang sont h peine sensibles , et souvent même on n’est averti de la présence de 1 épanchement que huit à dix jours après, la blessure, lorsqu il commence à irriter le péritoine. Le liquide glisse alors le long des parois abdominales , à la surface des circonvolutions de l’intestin , et vient se rassembler dans l’une ou l’autre des régions iliaques. Bientôt sa présence devient incommode, et il provoque autour de lui la formation d’adhérences qui le circonscrivent en une sorte de foyer. Alors , les signes de la phlogose du péritoine , joints à l’élévation de la région qu’il occupe, à la fluctuation qui s’y fait sentir , ne permettent plus de méconnaître l’épanchement , et la mort surviendrait si l’on ne se hâtait de donner issue au liquide. .

Lorsque l’hémorragie interne n’est pas encore arrê-

lée , il laut se borner à la combattre par tous les moyens indiqués en pareils cas, et qui seront exposés plus loin. Ce n est que quand Fécoulement du sang a cessé que l on peut s occuper de donner issue à celui qui est épanché. Cette opération doit etre pratiquée à Finstant même où Fon reconnaît Fexistence de la collection sanguine. Exécutée immédiatement après la blessure, elle épargne au blessé le travail inflammatoire et les douleurs que l’épanchement provoquerait plus tard ; et lorsque celui-ci a déjà occasioné des accidens consécutifs , elle peut encore prévenir le développemenFde désordres mortels. Dans Fun et Fautre cas , le malade étant couché de telle sorte que les parois abdominales soient relâchées, on fait à ces parois, au-devant de la collection sanguine, une incision longitudinale d’un à deux pouces. Les vaisseaux sont liés à mesure qu’on les divise, et 1 évacuation du liquide étant terminée , on panse le sujet, en conservant pendant quelque temps dans la plaie une mèche de linge eflîlé qui prévient la trop rapide agglutination de ses bords.

La lésion des vaisseaux chylifères , ou de la racine du canal thoracique, donne lieu à un épanchement de chyle ou de lymphe à peine sensible , et qui n’est peut-être jamais devenu la cause d’aucun accident. Si la section du canal thoracique est une lésion grave , ou même mortelle , c est moins par 1 epanchement auquel elle donne lieu que par l’obstacle qu’elle apporte à la nutrition.

La bile épanchée, quoique en petite quantité, détermine sur le péritoine une inflammation sur-aiguë , qui bientôt s étend au loin et occasioné la mort. L’urine produit des effets semblables , quoique peut -être moins rapides.

Leur iraitemetu consiste ;

A combattre l’hémorragie interne

qui les produit.

B. A leur ouvrir une issue au dehors.

Epanchement de chyle.

3^ Epanchement de bile ,

d’urine

et du vialièies fécales.

4° Epanchement du pus.

S® Epanchement de sérosité ou hydrup'isie.

Opéialiou (le la

paiaceiilhèse.

Ajipareil.

1 94 liiv. II. CH. II. MALADIES DE L APPAREIL DIGESTIF.

Enfin la sortie des matières stercorales n’est pas moins funeste. Dans ces cas, la chirurgie ne peut rien que combattre les accidens inflammatoires. Il ne faut pas oublier que souvent, alors même que l’épanchement a produit une péritonite mortelle , on ne trouve sur le cadavre aucune trace des liquides qui Font provoquée , l’absorption les ayant presque toujours fait disparaître, ainsi que M. Dupuylren Fa démontré par de nombreuses expériences.

Résultat d’une inflammation aiguë et violente du péritoine , l’épanchement de pus est fort rare. On doit lui donner issue aussitôt qu’il est bien caractérisé, et qu’il commence à se porter au dehors ; l’opération ne diffère pas de celle qui a été indiquée plus haut.

Le péritoine, irrité d’une manière lente et chronique , devient assez souvent le siège d’une collection séreuse plus où moins considérable, à laquelle on a donné le nom d’hydropisie ascite. Cette maladie est facile à reconnaître au volume du ventre, au mouvement du liquide dont on sent la fluctuation en percutant , d’un côté, les parois de cette cavité , tandis que l’autre main est appliquée h plat sur le côté opposé. Lorsque la maladie a résisté aux moyens internes ou externes employés pour la guérir , et que l’abdomen est devenu très volumineux, très tendu et fluctuant dans toutes ses parties , il n’y a d’autre moyen de conserver , ou du moins de prolonger les jours du sujet, que d’ouvrir une issue au liquide épanché. On donne à cette opération îe nom de paracenthèse.

Avant de l’exécuter , il faut préparer un trois-quarts , instrument dont l’idée première appartient à Sanctorius, et qui fut successivement amélioré jusqu’à J,-L. Petit, qui

acheva de le perfectionner ; des alèzes doivent garnir le lit du sujet ; un grand vase , destiné à recevoir le lic^uide’’^ sera confie à un aide ; enfin quelques compresses , uü bandage de corps ou une bande de flanelle, large dé quatre à cinq travers de doigt , et plusieurs serviettes , compléteront rappareil.

Le malade peut être assis sur un fauteuil , lès jambes sv.uuum écartées , et ayant , entre elles , le vase destiné à recevoir le liquide. Les chirurgiens anglais préfèrent en général " '

cette position , qui a cependant le désavantage de reh-^; ' dre plus faciles les syncopes qui succèdent fréquemment I à l’évacuation du liquide. Le plus grand nombre des pra-*’ ticiens font au contraire , et avec raison , coucher le mà-^ lade sur le côté de son lit correspondant à l’eridroit où 1 on se propose de faire la ponction. La tête et la poitrine doivent être médiocrement élevées , et les jambes^ ainsi que les cuisses , à demi fléchies. Une serviette placéé' . / ' entre le diaphragme et l’ombilic a pour objet de refou- *

Ier le liquide en bas , et d’éloigner encore la paroi abdominale des viscères. ^

Il est assez indifférent d’opérer d’un côté ou de l’aiitry!*' Quelques praticiens préfèrent toutefois le côté âroît , parceque l’épiploon y descend moins bas , et que les in- " testins grêles sont plus spécialement dirigés à gauche.

Mais lorsqu en explorant 1 abdomen on sent dans l’un des hypocondres une tumeur dure et squirreuse , il faut opérer du coté opposé, afin de ne pas s’exposer à blessër le viscère affecté. Quatre travers de doigts au-dessous*" et sur le côté l’ombilic , tel est l’endroit où l’on a proposé ne porterie trois-quarts. Mais il est évident que lâ dilatation des diverses parties de la paroi abdominale étant

Endroit indiqué par

M. Ligfranc.

Il est moins sûr et plus embarrassant à déterminer que les autres.

Jjcs ponctions ombilicale enginale, rectale et vaginale sont

abandonnées.

Procédé

opératoire.

inégale et variable , les rapports de ces parties ne sauraient demeurer constamment les mêmes. On risque peu en s’éloignant trop de l’ombilic et du bord externe du muscle droit ; en se rapprochant de ces parties , on court, au contraire, le danger de blesser l’artère épigastrique; et , sous ce rapport, la partie moyenne de l’es ' pace compris entre le nombril et l’épine iliaque antérieure paraît l’endroit le plus convenable. M. Lisfranc conseille de tirer une ligne de l’appendice xyphoïde à la symphyse pubienne. A deux tiers de pouce environ de la partie moyenne de cette ligne , il en fait partir une autre qui va se rendre à l’épine iliaque antérieure , et c’est sur le milieu de ce trait qu il exécute la ponction. Mais cet échafaudage de lignes tirées les unes sur les autres n’est évidemment propre qu’à éluder la difficulté sans la vaincre. En eflét , par cela même que les rapports des parties varient chez les hydropiques , tantôt l’ombilic, d’une part, sera situé plus haut ou plus bas sur la première ligne ; et tantôt , de 1 autre , le bord externe du muscle droit sera plus ou moins rapproché du milieu de la seconde. On aura déployé un grand appareil d’exactitude pour arriver, en définitive, à opérer peut-être avec moins de sûreté que quand on mesure simplement le milieu de l’espace qui sépare le nombril de l’épine de l’os des îles.

Il ne faut pratiquer la ponction à l’ombilic ou à l’aine que quand il existe à ces parties une tumeur saillante , à parois amincies, et prêtes à s’ouvrir. Les ponctions que l’on a proposé de faire à travers le rectum chez l’homme, et le vagin chez la femme , sont rejetées avec raison.

Ses dispositions étant terminées , le chirurgien, après

s’être assuré que la tige du trois-quarts glisse aisément dans la canule, et après avoir graissé son extrémité, saisit l’instrument de la main droite, en appuyant son manche dans la paume de la main, et en étendant le doigt indicateur jusqu’à l’endroit où il juge qu’il doit être enfoncé. Cet espace doit être d’autant plus grand que le sujet a plus d’embonpoint. Le trois - quarts est alors plongé dans la partie , et le défaut de résistance indique qu’il a pénétré dans la collection aqueuse. Saisissant alors la canule et la retenant avec la main gauche , le chirurgien retire immédiatement le poinçon. L’eau s’écoule , et , à mesure que le ventre se désemplit , les aides chargés de tenir la serviette placée supérieurement la serrent et précipitent le liquide vers l’ouverture. Lorsque , au moyen de pressions douces et bien dirigées , on a rendu l’évacuation complète, la canule doit être retirée à son tour., avec la main droite , tandis que le pouce et le doigt indicateur de la main gauche , placés sur ses côtés , soutiennent les parties , et les empêchent d’être tiraillées en suivant l’instrument. La plaie est ensuite recouverte d’une mouche d’emplâtre de diachilum gommé. Des compresses, ou mieux encore une flanelle, trempées dans du vin chaud , sont appliquées sur l’abdomen, et cette cavité est maintenue comprimée, soit par une bande de flanelle assez serrée, soit par un bandage de corps.

Lorsque, durant l’opération, le jet du liquide se trouve brusquement arrêté, il faut introduire dans la canule un stylet mousse, afin d’écarter les parties qui s’appliquent à son extrémité. Si, après l’extraction de la canule, du sang paraissait à la plaie , il conviendrait , à l’exemple de Bellocq, d’y inlrod^dre , soit un cylindre de cire , soit

Moyen de remédier à l’interruption du jet du liquide j

ou

à rhéiBorragie.

6“ IJ^dropUie enkystée.

un morceau de bougie, afin de comprimer directement le vaisseau ouvert.

L’injection d’un liquide irritant dans le ventre , proposée par Brunner, et exécutée par Varrick pour guérir radicalement l’hydropisie ascite , est rejetée de la saine chirurgie. On ne peut oublier que Haies a conseillé d’établir, au moyen de deux canules, un courant de liquide *

irritant dans le ventre. A quelles absurdités l’esprit humain ne peut-il se laisser entraîner !

Ordinairement contenue dans l’ovaire, chez la femmé^ l’hydropisie enkystée peut se développer, quoique rarement , dans quelques autres organes abdominaux. On la reconnaît à ce que la tumeur, à sa naissance, est placée dans une partie déterminée du ventre , d’où elle s’étend successivement à presque toute celte cavité. Le liquide qu’elle contient, au lieu d’être séreux, limpide, et de couleur citrine , comme dans l’ascite, est presque toujours épais, trouble, quelquefois gélatiniforme. Cette maladie est ordinairement mortelle ; aucune opération n’est indiquée contre elle , excepté lorsque le volume de la tumeur et la compression qu’elle exerce sur les viscères digestifs et sur le diaphragme menacent immédiatement la vie du sujet. La ponction doit alors être pratiquée dans l’endroit où les enveloppes du kyste sont immédiatement appliquées à la paroi abdominale.,* mais elle n’a presque jamais d’autre résultat que de prolonger de quelques jours la vie du malade.

MALADIES DU RECTUM ET DE l’anUS.

MALADIES Dü BECTÜM ET DE L^ANUS.

Lgs plaies faîtes au rectum par'’ les instrumens piejuans, ou par les projectiles que la poudre à canon met en mouvement , sont dangereuses en ce qu’elles donnent souvent lieu à des épanchemens de matières sterco'rales , soit dans la cavité du péritoine , soit dans le tissu cellulaire du bassin. On en a vu guérir cependant un assez grand nombre; et lorsqu elles ont lieu , le chirurgien n’a qu’à combattre 1 irritation qui les accompagne , ou à ouvrir aux matières épanchées dans le tissu cellulaire une issue facile. La nature doit faire tous les frais de la guérison.

Parmi les corps étrangers que l’on a rencontrés dans îe rectum , les uns ont été introduits par la bouche et se sont arrêtés au-dessus de l’anus ; les autres, au contraire , ont été portés directement à travers cette ouverture jusque dans 1 intestin. Les concrétions bilieuses ou stercorales constituent enfin des corps étrangers d^une troisième espèce , et* occasionent quelquefois des accidens graves.

Quelle que soit leur origine , lorsque ces corps étrangers sont obtus et arrondis, de manière à remplir le rectum sans le blesser, ils déterminent un sentiment de pesanteur au fondement , une constipation opiniâtre , et quelque temps après des coliques qui remontent le long du gros intestin , et se terminent par des nausées, des hoquets et des vomissemens. Si l’interruption du cours des matières fécales se prolonge , tous les accidens des hernies étranglées se manifestent , comme dans les cas d’engouement

lO Btüssui'es du rectum.

2" Corps etrangers arrêtés dans cet intestin.

Accidens <j u’ils

détenuiuenl.

200 tlV. II. CH. II. MALADIES DE LAPPAREIL DIGESTIF.

intestinal. Ces corps sont - ils aigus , raboteux , garnis d’aspérités; ils irritent le rectum, le perforent, l’enflamment, et occasionent des douleurs vives auxquelles succèdent la fièvre , l’agitation , et souvent les phéno-

Il f&ut

le» extraire.

Procédé opératoire employé afin de remplir celte indication.

mènes les plus dangereux.

L’indication qui se présente alors est aussi pressante que positive. Il faut extraire la cause de l’irritation et de la phlogose de l’intestin. Le malade étant couché sur 1 un des côtés, les cuisses et les jambes à demi fléchies , le derrière saillant sur le côté du lit , le doigt doit être alors porté dans l’intestin , afin de reconnaître positivement , et le volume , et la situation du corps étranger , et la force avec laquelle il est retenu , et 1 état de la membrane mu queuse, qui souvent l’embrasse et le retient par le gonflement dont elle est le siège. Ces connaissances étant acquises , des pinces guidées sur le doigt servent à saisir le corps irritant , à le dégager , età le retirer. Quelquefois on est obligé de dilater préalablement l’anus, au moyen d’un spéculum , qui s oppose aux contractions des sphincters. Tout le monde connaît Thistoire de la queue de cochon que Marchettis retira , en 1 engageant dans une canule, introduite elle-* même à travers l anus. Dans quelques cas , il a fallu inciser largement le rebord de cette ouverture , afin de pouvoir faire sortir des fioles ou d’autres corps analogues qui ne pouvaient le franchir, et que l’on craignait de briser avec les instrumens. Enfin , les matières stercorales endurcies et pelotonnées qui engouent et obstruent quelquefois le rectum doivent être délayées d’abord au moyen d’injections huileuses, et ensuite extraites avec la curette guidée sur le doigt indicateur. Si une sangsue pénétrait dans l’anus , il se»

MALADIES DU RECTUM ET DE l’aNUS.

rait facile de la faire sortir au moyen d’un lavement d’eau salée ou vinaigrée.

Les environs de l’anus sont assez fréquemment le siège d’abcès , qui deviennent d’autant plus considérables que cette région est abondamment pourvue de^ tissu cellulaire graisseux. Ces abcès dépendent, ou de causes accidentelles , ou de la perforation du rectum et de l’extravasation des matières fécales dans les tissus voisins. Les abcès ordinaires sont les plus rares. Déterminés par des contusions, ou par d’autres causes extérieures, ils sont précédés par un gonflement inflammatoire intense, dont la rougeur est vive , et la douleur violente. Ces phlegmons, couverts d’abord de cataplasmes émolliens , doivent être ouverts aussitôt que la fluctuation commence à y être sensible, afin de prévenir la fonte purulente d’une trop grande quantité de tissu cellulaire graisseux.

Ma is les abcès les plus ordinaires et les plus graves des environs de l’anus dépendent de la perforation du rectum et de l’épanchement des matières stercoraîes. Ils s’annoncent par une tumeur solide , profonde , douloureuse , qui se rapproche graduellement de l’extérieur. Les tégumens , secondairement enflammés , sont d’une couleur violacée et brunâtre; les parties affectées sont chaudes, tendues, douloureuses, et d’une âcreté brûlante. Suivant que la crevasse de l’intestin est plus ou moins étendue, la matière s’en échappe en plus ou moins grande quantité , et occasione des abcès , proportionnés par leur volume et par les accidens qu’ils déterminent, à l’étendue de l’infiltration. C’est ce qui les a fait distinguer en petits , moyens , et grands abcès stercoraux.

5^ Abcit au fondement.

Ils sont le résultat de phlegmons ordinaires ,

ou de

1 épanchemeni de matières stercoraîes.

Les abcès stercoraux doivent être ouverts très

promptement.

Procédé

opératoire.

202 LIV. II. CH. lï. MALADIES DE L APPAREIL DIGESTIF.

Aussitôt que Ton a reconnu Texistence d’un abcès slercoral , il faut l’ouvrir. Une temporisation prolongée n’aurait d’autre effet que de laisser le désordre s’étendre. Pour inciser ces abcès , le sujet doit être couché sur le bord de son lit , le côté affecté en bas , la cuisse opposée fléchie à angle droit , le derrière saillant , la fesse du côté sain relevée par un aide , l’autre , abaissée par l’opérateur , et relâchée par l’extension du membre correspondant. Un bistouri est alors plongé dans le foyer, et l’on fait à ses parois , parallèlement au sillon qui sépare les fesses, une incision proportionnée à son volume. S^il existe sous la lèvre externe de la plaie un enfoncement dans lequel le pus puisse séjourner , il faut fendre cette lèvre en travers, et donner à l’ouverture la forme d’un T. Le doigt indicateur de la main gauche est alors porté dans l’anus; celui de la main droite dans la plaie, de manière à reconnaître l’étendue de la dénudation du rectum , ainsi que la hauteur à laquelle est située la crevasse de cet intestin. Cette connaissance étant acquise , on peut fendre immédiatement avec des ciseaux^ dont une des branches est introduite dans le rectum, et l’autre dans le foyer de l’abcès , toutes les parties comprises entre Tun et l’autre. Il est inutile de prolonger cette incision jusqu’aux limites supérieures de la dénudation ; il suffit d’y comprendre l’ouverture de l’intestin. Ce procédé est aussi simple que facile à exécuter , lorsque l’incision de l’abcès est très voisine de l’anus. Dans le cas contraire, il faut opérer comme s’il s’agissait d’une fistule ancienne. Quelques personnes enfin , dans l’intention de ne pas augmenter le délabrement , attendent , pour fendre l’intestin , que les parois du foyer purulent se soient déter-

MALADIES DU RECTUM ET DE l’anus. * 2o5

gées, et que l inflammation ait diminué de violence. Cette

opération en deux temps doit être préférée lorsque l’incision de 1 anus paraît susceptible d’aggraver l’irritation , et d’augmenter la pblogose des parties voisines.

Une mèche enduite de cérat, portée dans l’anus lorsqu’il a été incisé ; des plumasseaux placés sur la plaie , un cataplasme émollient recouvrant les parties voisines; enfin, quelques compresses, et un bandage en T, que l’on a placé d’avance autour du malade , tels sont les objets dont l’application constitue le pansement.

Presque toujours produites par des abcès stercoraux, plus ou moins volumineux, dont l’ouverture extérieure est restée béante, et donne incessamment passage à du pus et à des matières stercorales liquides , les fistules à l’anus consistent en des trajets ulcéreux, étendus du rectum aux tégumens. Ges fistules sont complètes ^ lorsqu’elles ont deux ouvertures , l’une au rectum , et l’autre à la peau. Il en est d’autres que l’on désigne sous le nom d’mcomplètes, parcequ’elles n’ont qu’un orifice. Celles-ci sont appelées internes^ lorsque leur ouverture est située au rectum , tandis que les tégumens demeurent intacts ; on les nomme externes, au contraire, quand , sans pénétrer jusqu’au rectum, leur orifice existe à la peau. Il est évident, toutefois, que ces deux maladies ne méritent pas le nom de fistule : l’une consiste en un abcès stercoral non encore ouvert au dehors ; l’autre , en un abcès ordinaire dont les parois n’ont pu se réunir, et dont 1 ouverture est demeurée béante.

Les fistules incomplètes externes n’exigent d’autre soin que des pansemens propres à favoriser l’agglutination de leuis trajets. Les internes , au contraire , réclament l’ou-

Pansnment,

4^’ Fistules ù l’nnits.

Elles sont complètes

ou

Incomplètes.

Traitemenî.

Il fam reconnaître d'abord la situation de l’ouverture rectale de la fistule ,

et fendre ensuite les parties qui séparent le trajet tistuleux de la cavité du rectum.

Procédés

opératoires.

^o4 LIV. ïl. CH. ïî. MALADIES DE l’aPPAREIL DIGESTIF.

vertiire de la tumeur qui décèle leur existence , aptès quoi , devenues complètes , elles doivent être traitées comme si elles avaient eu cette disposition dès leur début. Enfin , diviser les sphincters de l’anus , et les parois intestinales , jusqu’^ leur perforation , de manière à confondre la cavité du rectum avec le trajet flstuleux : tel est le moyen de guérir les fistules complètes.

Afin d’atteindre ce but, le sujet, couché sur le côté malade, et maintenu dans la situation indiquée plus haut, il faut reconnaître d’abord la situation de l’orifice interne du trajet fisîuleux. Pour cela, le doigt indicateur de la main gauche doit être introduit dans le rectum , tandis que , de la droite , un stylet est porté à travers la fistule. Quelquefois l’instrument pénètre tout à coup dans la cavité de l’intestin ; chez d’autres sujets , on est obligé de chercher long-temps la perforation au milieu- de la surface dénudée des parois du rectum. Une erreur, générale encore , consiste à porter toujours l’extrémité de l’instrument en haut , au sommet de la dénudation , tandis que , comme l’ont démontré MM. Larrey et Kibes , l’ouverture que l’on cherche existe presque constamment en bas, immédiatement au-dessus du sphincter interne, dans l’endroit où le rectum , se rétrécissant tout à coup, forme un cul-de-sac dont les parois supportent , et la pression des matières fécales, et Faction des corps étrangers aigus qui sont souvent mêlés avec elles.

L’ouverture interne de la fistule étant découverte, il ne reste plus qu’à diviser les parties situées au-dessous d’elle. Cette opération est la seule qui puisse guérir le malade. On peut y procéder de plusieurs manières, j Les suppositoires que l’on a proposé d’introduire dans |

MALADIES Dü HECTUM ET DE l’aNUS. 209

le recium, afin de fondre les callosités, et d’oblitérer

l’orifice du trajet morbide, sont tombés dans un discréclit complet.

Les caustiques, conseillés déjàpar Hippocrate, etpréconisés de nouveau du temps de Dionis, ont une action trop lente, trop difficile à diriger, et susceptible de produire de trop grands désordres, pour qu’i! soit encore utile d’indifjuer la manière dont on les employait.

Décrite avec exactitude par Celse , l’excision ou l’extirpalion a été long-temps employée d’une manière générale dans le traitement des fistules à l’anus. Je l’ai 'vu

mêmepratiquerencoreaucommencement de mes études chirurgicales. Pourexécutercetteopération.le chirurgien introduisait, par la fistule, une sonde d’argent flexible, dont il ramenait, avec le doigt, l’extrémité à travers l’anus. Les deux bouts de l’instrument étant réunis, un bistouri, tenu de la main droite, servait à extirper toutes les parties qu’il embrassait, et qui consistaient en une portion plus ou moins étendue du rectum . des sphincters de 1 anus, et des tissus voisins, qui supportaient une perte de substance souvent très considérable. Des hémorragies abondantes, une inflammation très vive , une suppuration prolongée , et même un rétrécissement incurable de l’anus, ainsi que de la partie voisine du rectum , tels étaient fréquemment les déplorables résultats d’une opération

qui est heureusement bannie de la chirurgie éclairée de nos jours.

, Non moins ancienne que les procédés précédons , la ligature est beaucoup moins douloureuse , et plus sûre dans son action. Onlexécute au moyen d’un fil de plomb ou d argent recuit, dont on introduit l’extrémité dans

Le# suppositoire*.

B. Leu caustique.*.

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