O L. III. CH. II. MALADIES DE L AEP. GENITO-URINAIRE
gien passe un long fil de soie dans les anneaux des portenœuds ; ces inslrumens sont rapprochés , tenus parallèlement fun à l’autre dans la main droite , et portés le long de la paroi postérieure du vagin jusqu’au pédicule de la tumeur. Alors la main gauche, dont les doigts leur ont servi de guide^, est retirée, et chaque instrument , étant pris avec une main, est porté autour de la tumeur, de manière h les réunir ensuite au-devant d’elle, et à ce que l’anse du fil entouré §on pédicule. Les extrémités de ce fil sont engagées ensuite dans l’anneau du serre-nœud, que l’on glisse lui-même en haut. Puis, les tiges des portenœuds étant poussées, ils abandonnent le fil, dont on tire de plus en plus les extrémités , de manière à étreindre le pédicule de la tumeur.
Bichat a simplifié les instrumens de Desault en remplaçant un des porte-nœuds parle serre-nœud lui-même, sur l’extrémité hifurquée duquel on attache les bouts du fil, afin d’assurer la constriction que l’on veut opérer.
Une chose doit spécialement fixer l’allention du chirurgien, dans l’application des ligatures aux polypes de l’utérus, c’est le degré de constriction qu’il convient d’exercer sur le pédicule de la tumeur. 11 faut, ou rendre cette constriction assez forte pour faire cesser tout à coup la circulation dans le polype, ou ne l’opérer qu’insensiblement , et en augmentant par' gradation l’action du fil. Le premier de ces procédés est facile à exécuter sur les tumeurs peu volumineuses, qui se flétrissent alors et tombent promptement; le second expose à voir les polypes se tuméfier, s’enflammer, et donner naissance aux phénomènes les plus graves : la mort a même été quelquefois le résultat de son application. Il faut donc au-
LÉSIONS DE LA MATRICE, CtC. 5l 1
laiit que possible chercher à détruire entièrement et d’un seul coup l’action vitale dans les tumeurs dont on lie le pédicule. Quelquefois le polype est si volumineux, qu’après son isolement il faut appliquer sur lui des tenettes pour l’extraire.
M. Dupuytren préfère ordinairement à la ligature des polypes utérins la section de leur pédicule. Pour cela , il saisit la tumeur , au moyen des pinces de Muzeux , l’attire au dehors avec précaution, dégage son pédicule de la vulve , et le coupe avec des ciseaux dont le tranchant mousse contond les parties et froisse les vaisseaux, afin de prévenir l’écoulement d’une grande quantité de sang. Si des adhérences unissent le polype au vagin, il faut d’abord les déchirer. Dans une occasion où le col de la matrice était dur, fibreux et inextensible, le praticien que je viens de citer incisa cette partie , attira le polype , et en fit l’ablation , sans qu’aucun accident ait suivi cette opération. Si le pédicule était épais , et paraissait contenir des vaisseaux considérables , il faudrait le lier et le couper ensuite au-devant du fil. A peine la matrice estelle débarrassée de la tumeur , qu’elle remonte , et que tous les accidens éprouvés par la malade disparaissent.
Ainsi qu’il a été précédemment établi , les. prétendus calculs de la matrice sont presque tous formés par des tumeurs fibreuses ossifiées. Duncan avait déjà fait observer que, parmi les corps de ce genre, les uns sont libres et flottans dans la cavité du viscère , tandis que d’autres adhèrent à son fond ou à son col, et que plusieurs semblent enchâtonnés dans sa substance. Les débris de fœtus morts et relenus dans l’utérus peuvent servir de base à des incrustations produites par la mu-
B. De la seclion du pédicule du polype.
ii‘> CaI.-ul de lu matrice,
Ils provien lient ou de polypes fibreux ossifiés-,
ou de débris de i'a'lus deTeiuis soJidei,
ou cIp môles laissées
à 1 < lal osseux.
11 faut les exlraiee.
12® Ossification ou
Ijétrification àë la matrice.
i.30 Cancer 'le l’aiérus.
5 1 2 L. III. CH. II. MALADIES DE l’apP. GENITO-URINAIRE.
cosité qui découle des parois de la matrice. Certaines productions anormales, connues sous le nom de môles, peuvent aussi passer à l’état osseux, et en imposer pour de véritables calculs. C’est à ces trois genres de causesqu’il faut rapportèr tous les corps de ce genre dont on a parlé, et qui malheureusement furent observés à une époque où la chimie et l’anatomie pathologique étaient encore dans l’enfance. On ne peut oublier que Michel Morus les administrait en poudre, comme sudorifiques, à l’intérieur, et qu’il prétend en avoir obtenu d’excellens effets. Aussitôt que l’on reconnaît la présence de ces calculs, il faut les extraire, soit avec des pinces, soit au moyen de tenettes. Si le coi de l’utérus était trop resserré pour leur livrer passage, il conviendrait de l’inciser avec un bistouri boutonné, suivant le procédé indiqué plus haut. Cette opération ne serait ni difficile ni dangereuse.
C’est encore à des polypes fibreux ossifiés , ou à l’irritation lente qui a fait passer les parois utérines h l’état cartilagineux et ensuite osseux, qu’il faut rapporter ces observations de pétrifications de l’utérus dont les fastes de l’art présentent d’assez nombreux exemples. Ces faits n’ont rien d’extraordinaire ; ils rentrent dans l’histoire des altérations imprimées par l’inflammation chronique aux tissus de nos organes. Aucun procédé opératoire ne leur est applicable.
Soumise, durant la plus grande partie de la vie, ii une excitation périodique très vive, et jouissant d’ailleurs d’une grande activité vitale ; exposée à une fouie de causes d’irritation, soit directes , soit sympathiques, la matrice est souvent le siège d’un surcroît d’action
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et de phlegmasies chroniques, inaperçues à leur début, obscures dans leurs progrès , mais dont les résultats sont ordinairement funestes. Le cancer de l’utérus ne reconnaît pas d’autre cause que des inflammations de ce genre. Il aflecte tantôt le corps , tantôt le col de l’organe; développé dans la première de ces parties, il est difficile de reconnaître sa présence avant qu’il ait fait de très grands progrès, et alors il est absolument incu^ râble.
Les cancers du col de l’utérus, les seuls auxquels on puisse opposer des procédés chirurgicaux, se présentent sous deux formes opposées : tantôt la partie qui en est le siège est tuméfiée , dure en certains endroits, ramollie dans d’autres, couverte ou non de végétations fongueuses, représentant une sorte de champignon d’où découle une sanie putride; tantôt cette même partie est rongée par une ulcération plus ou moins étendue et analogue aux érosions cancéreuses dont les tégumens sont si fréquemment le siégé. A la première de ces formes doivent être rapportés les engorgemens squirrheux et lardacésdu col utérin; engorgemens quelquefois très volumineux, et qui précèdent , chez le plus grand nombre des sujets , le véritable carcinome de l’organe. Dans ses progrès , le cancer de la matrice s’étend à la totalité de ce viscère; d envahit le vagin , le rectum , la vessie , et forme au milieu de ces parties un cloaque dégoûtant, h travers lequel s’écoulent continuellement les matières fécales , l’unne et une sanie infecte et putride.
Une ardeur incommode au fond de la vulve, des lilailleinens dans les lombes et les aines, des désordres habituels dans 1 action digestive , l’écoulement de fleurs
Il affecle le corp ou le col de cet organe.
Formes' sous lesquelles se présentent les cancers du col
de la matrice.
Phénomènes qui signalent leurs progrès, '
Application
du
spéculum uteri au
diagnostic de ces maladies.
Traitement.
Erreurs des praticiens ontologistes dans
le traitement de ces maladies.
5 ï 4 III- C^I- II- maladies de l’./!lPP. GENITO-URINAIRE.
blanches, abondantes, âcres ; l’apparition plus fréquente des règles et leur flux plus abondant et plus prolongé : tels sont les premiers symptômes du cancer de l’utérus. A mesure quil fait des progrès, les douleurs deviennent plus vives, plus permanentes; des hémorrhagies se mani' festent, précédées de l’exacerbation des accidens, et suivies de soulagemens passagers ; Técoulement purulent est incessamment plus infect, et bientôt il s’y mêle des flocons grisâtres, formés par les parties détachées du cancer; une flèvre , d’abord peu apparente , sensible seulement le soir et durant la nuit, s’allume , et, acquérant chaque jour plus de force , consume la malade, que la diarrhée achève enfin de conduire au tombeau.
Jusqu’ici le toucher seul avait été mis en usage pour reconnaître l’existence et les progrès du cancer qui nous occupe; mais M. Récamier imagina, pour atteindre ce but, un large tube, long de six h huit pouces, et qui, introduit dans le vagin , dont il écarte les parois, permet d’examiner le col de la matrice à l’œil nu. Cet instrument, nommé spéculum uteri y a été rendu plus commode par M. Dupuytren, qui y a ajouté un manche , et qui en fait l’usage le plus varié et le plus ingénieux.
On ne saurait trop plaindre les malades qui, aflectées d’irritations lentes â l’utérus, sont placées entre les mains de ces chirurgiens fatalistes, nourris des principes de Brown, et qui, séparant le cancer de tous les états antérieurs des organes , ne voient d'abord dans les écoulemens du vagin que les elFets d’un relâchement prétendu de cette partie. Pour ces infortunées , il n’existe aucune chance de guérison. Si le cancer ne devait pas survenir, les excitans dont on leur prescrit Tusage suffiraient pour
LÉSIONS DE LA MATRICE, CtC.
provoquer son développement. Plus tard , lorsque la maladie est mieux caractérisée , lorsque rengorgement du col de Tutérus permet de prévoir sa prochaine ulcération, les praticiens dont je parle se bornent à combattre les symptômes les plus saillans de la maladie : ils opposent aux douleurs, les narcotiques; à la fièvre, la camomille ou le quinquina; à la tuméfaction du col utérin, la saponaire et la ciguë. Ils croient dès lors avoir tout fait , tout tenté, et restent spectateurs oisifs et désolés des progrès d’un mal toujours terrible, souvent rebelle à tous les remèdes, mais qu’ils ne savent combattre qu’au hasard, et d’après les erremens du plus grossier empirisme.
Pour le chirurgien éclairé, l’irritation chronique et le cancer commençant du col de la matrice réclament l’em-
ploi énergique et long-temps continué des antiphlogistiques et des révulsifs les plus puissans. Aux saignées locales , réitérées suivant la violence des accidens et la force du sujet, il faut joindre les bc^sons émollientes, émulsives , les lavemens adoucissans, les bains de siège mucilagineux. Ensuite on a recours aux cautères, au moxa lui-même promené sur le bassin et les cuisses. Les applications continuées de la glace produisent fréquem ment alors d’excellens effets. Ce système de thérapeutique a déjà eu les plus heureux résultats, et tout promet que l’on verra se multiplier chaque jour les guérisons produites par son emploi.
Si ces moyens ne réussissent pas , il n’y a d’autre ressource que dans l’opération. Celle-ci consiste à em^ porter avec l’instrument tranchant toutes les parties affectées , ou à les détruire au moyen du caustique. Cette
Il consiste dans l’emploi des moyens antiphlogistiques et révulsifs.
Si la maladie ne cède pas à ces médications, il faut opérer.
On peut alors pratiquer
la rescision ou la
cautérisation (lu col de l’iilérus.
Piocédé opératoire :
Lorsque l’on lait usage de l’instrument tranchant.
5 l6 L. III. CH. II. MALADIES DE L AP1\ GENITO-URINAIRE.
pratique est fondée sur une observation très importante, c’est que , presque toujours , surtout dans les cas d’ulcération cancéreuse du col de la matrice , les parties affectées sont bien séparées des tissus sains. A quelques lignes de l’ulcère ou de la tumeur, existe ordinairement l’organe intact et sans aucune trace d’irritation. Il est dès lors assez facile d’emporter la totalité de la maladie. Relativement au choix à faire entre l’instrument tranchant et le caustique, ce choix a pour base la densité des parties : si elles sont solides et susceptibles de pouvoir être entraînées en bas, il est facile de les retrancher, ainsi que l’a proposé et exécuté le premier M. Ossiander; mais lorsqu’elles sont molles, pulpeuses et promptes^ à se déchirer, il faut les cautériser sur place.
Dans les cas où l’on juge la rescision praticable, il convient, après avoir fait convenablement placer le sujet, d’introduire dans le vagin le spéculum uteri. A travers . la cavité de cet instrument on porte les pinces de Muzeux, avec lesq^lles on saisit et on attire en bas le col i utérin. De longs et forts ciseaux, recourbés dans le sens des faces de leurs lames , ou un couteau également courbé et à deux tranchans, sont alors portés sur la partie, , dont on retranche exactement tout ce qui est malade. Cette rescision peut impunément s’étendre , non seulement à tout le col, mais encore à une partie du corps* de la matrice. Si quelque vaisseau est ouvert , on arrête aisément l’hémorrhagie en portant un bouton de feu i sur son orifice. Lorsque le sang sort en nappe, quelques injections froides suffisent pour arrêter son écoulement. . Le reste du traitement consiste dans l’emploi d’injections émollientes, qui apaisent l’irritation des parties.
LÉSIONS DE LA MATRICE, etC.
entraînent le pus au dehors et favorisent la cicatrisation de la plaie.
La cautérisation du col utérin peut être opérée au moyen de caustiques liquides ou solides. Parmi les premiers , on préfère une dissolution concentrée de nitrate de mercure dans Facide nitrique; la potasse pure formant des cônes tronqués , dont le sommet est mousse et la base large de deux à quatre lignes, est le plus usité des caustiques solides. La malade étant convenablement située et le spéculum ayant été introduit, on emporte d’abord, avec le bistouri ou les ciseaux, les végétations qui naissent du col de Fulérus. M. Dupuytren a osé, dans ces cas, porter l’instrument jusque dans la cavité de la matrice, et la nettoyer des fongosités qui l’obstruaient. Le carcinome étant ainsi découvert , on en dessèche la surface au moyen de boulettes de charpie portées sur lui. Une dernière de ces boulettes est placée au-dessous de la plaie dans le spéculum , afin de recevoir la matière irritante qui s’écoule toujours pendant l’opération. Un pinceau trempé dans la liqueur indiquée, ou le trochisque de potasse placé dans un porte-crayon, sont ensuite portés sur les parties à détruire. La cautérisation doit durer environ une minute, après quoi une large injection entraîne au dehors tout ce qui peut se détacher du caustique. Il convient de renouveler l’opération chaque huit à dix jours, jusqu’à ce que la plaie présente une couleur vermeille et une disposition manifeste à la cicatrisation. Quelquetoîs, à la resection l’on fait succéder le caustique, parceque la plaie conserve encore l’aspect cancéreux. Dans tous les cas, il faut, pendant le traitement, main-
B. Lorsque l’on a recours à la cautérisation^
5l8 L. III. CH. II. MALADIES DE l’aPP. GENITO-URINAIRE.
Résultats généraux de ces opérations.
30 Amputation de la matrice.
tenir la malade à i’usage des moyens les plus propres à prévenir ou à combattre les inflammations de la matrice et du péritoine.
Ces opérations, souvent pratiquées par M. Dupuytren, à qui appartiennent les procédés décrits plus haut , ont eu pour effet d’améliorer la situation d’un grand nombre de femmes, dont l’état paraissait désespéré. Sur d’autres sujets, le cancer a disparu, le col s’est cicatrisé, et la maladie ne s’est reproduite que plusieurs années après, où l’on pu la combattre encore par le même moyen. La plupart des malades, enfin, ont été solidement guéries , de manière même à ce que quelques unes d’entre elles ont pu devenir enceintes et accoucher heureusement depuis l’opération. Quoi qu’on en ait dit, l’état d’aucune femme n’a été sensiblement empiré, soit par la pratique de la rescision , soit par l’application du caustique. Grâces à ces opérations et au |raitement rationnel qui en prépare et en assure le succès, il est permis de croire que désormais le nombre des victimes des cancers de l’utérus deviendra chaque jour moins considérable.
Beaucoup d’auteurs ont prétendu avoir amputé la matrice , ou avoir été témoins de cette opération ; mais rien n’est moins démontré que les assertions de ce genre. L’utérus est un organe trop important et entouré de vaisseaux trop considérables pour que son ablation totale puisse être opérée sans faire courir aux malades les plus grands dangers. Tout ce qu’il a été permis de faire jusqu’ici est de retrancher le fond renversé de ce viscère lorsque l’on ne peut le réduire, et que les hémorrhagies qui
LÉSIONS DE LA MATRICE, CtC. 019
en proviennent menacent les jours du sujet. Dans des cas de ce genre, plusieurs chirurgiens ont pu impunément resciser la tumeur ou la lier, et en provoquer la chute i les circonstances qui réclament ces opérations sont très rares, car il ne convient d’y recourir que quand elles peuvent seules arracher les malades à une mort assurée et prochaine.
Iv. III. CH. III. MALADIES DES MAMELLES, etC.
Développement imparfait «les mamelons.
2® Irritations et
gerçures de cet organe.