MALADIES DU LARYNX ET DE LA TRACHÉE-ARTÈRE
malade sont maintenues dans le plus grand écartement possible, au moyen de morceaux de liège placés entre les arcades dentaires. La lete elle-même repose sur des oreillers , ou contre la poitrine d’un aide. Le chirurgien, placé devant le sujet , introduit les doigts indicateur et médius de la main gauche dans la bouche , leur fait franchir l’isthme du gosier, et les porte sur le bourrelet formé par l’esquinancie. Alors le bistouri, tenu par son manche comme une plume à écrire , est glissé h plat sur les deux doigts. Parvenu sur le larynx , son tranchant est dirigé en avant , en même temps que l’on relève son manche , et que l’on presse légèrement sur sa pointe. Il faut d’abord faire peu de mouchetures , car souvent , à l’aide de la compression, deux ou trois incisions suffisent. On les multiplierait, s’il en était besoin , et l’on tâchera de les éloigner le plus possible les unes des autres, pour éviter l’inflammation.
« Convaincu, ajoute M. Lisfranc , en faisant des autopsies , que des scarifications pratiquées sur le larynx évacuaient la sérosité ou le pus, sans même qu’on eût besoin de recourir ordinairement h la pression , je pensai que l’on pourrait, sur le vivant, scarifier la tumeur: j’ai employé ce moyen, il a été couronné d’un plein succès. » Que peut-on opposer aux faits? Quelle objection élever contre une opération qu’un plein succès a couronnée? Si M. Lisfranc ne l’avait pratiquée que sur le cadavre, je lui dirais qu’il doit être excessivement difficile de faire supporter à un homme vivant la manœuvre compliquée qu’il décrit; que les doigts portés jusqu’au larynx doivent exciter de violentes convulsions dans les muscles du pharynx et de la base de la langue, et qu’au milieu de ce
Jugeaient sur cette opération.
La laïyngotômie doit lui être préférée.
4'’ GoUre,
Ses variétés»
4^2 L. ÏV. CH. î. MALADIES DE L APP. RESPIRATOIRE^ CtC.
trouble , augmenté encore par rirritalioii des parties , le bistouri, agissant presque au hasard, peut aisément se fourvoyer. Les mouchetures de la glotte pourraient bien aussi y provoquer une inflammation non moins dangereuse que l’infiltration que Ton veut combattre par elles. Ces remarques tombent, je le sens, devant f expérience. Il serait seulement à désirer que M. Lisfranc fit connaître îe nombre et le détail des observations qu’il a recueillies: alors on pourrait voir jusqu’à quel point il serait permis de Limiter. En attendant , je pense que l’incision de la membrane crico-thyroïdienne devra, par la simplicité de son exécution, ainsi que par la sûreté de ses résultats, et le peu d’inconvéniens qu’elle entraîne, mériter la préférence sur la nouvelle opération.
Il est aujourd’hui évident que , sous le nom de goitre , on a confondu des altérations nombreuses et très différentes les unes des autres du corps thyroïde. Il n’y a pas seulement deux espèces de goitre , comme le dit M. Kicherand, mais autant de variétés de cette maladie que l’irritation chronique, dont elle est toujours l’effet , peut imprimer de caractères différens aux tissus qu’elle affecte. Ainsi, la tumeur goitreuse est formée, tantôt par la simple hypertrophie du corps thyroïde; tantôt la substance de ce corps s’est infiltrée d’un liquide gélatineux, opaque et blanchâtre; tantôt elle est dégénérée en une masse îardacée, fibreuse, cartilagineuse ou même en partie ossifiée ; chez quelques sujets, elle renferme des kystes séreux , des hydatides globuleuses ; souvent elle s’enflamme, se convertit en abcès, ou se transforme en un foyer sanguin.
Quoi qu’il en soit de ces distinctions, dont la plupart ne
Sou üaltemenî*
MALADIES Dü LARYNX ET DE LA TRACHEE-ARTERE. 4^5
peuvent être établies qu’après la mort, le goitre doit être combattu par les moyens les plus propres à détruire l’irritation du corps thyroïde. Il faut d’abord éloigner les causes qui ont provoqué son développement. Lorsqu’il consiste dans la simple augmentation du volume de la substance thyroïdienne, l’iode, et surtout cette substance appliquée extérieurement, en friction, en même temps que l’on galvanise la tumeur, produit d’excellens effets.
L’inflammation aiguë de la thyroïde tuméfiée détermine quelquefois la fonte purulente de la tumeur. Chez quelques sujets ce phénomène est le résultat des progrès de l’irritation chronique. Dans tous les cas , il ne faut ouvrir l’abcès que quand la suppuration est complète , et qu’elle envahit toute la partie irritée. Lorsque le goitre est rempli d’hydatides, ce que l’on reconnaît à la liqueur transparente et incolore qui s’en écoule après la première incision, il faut agrandir la plaie, et procurer la sortie de tous les corps étrangers. Chez les sujets où il est divisé en plusieurs loges remplies de liquide, ou lors que la tumeur est molle et fluctuante, le séton peut en procurer le dégorgement complet. Une longue aiguille, aplatie, tranchante et légèrement courbée sur une de ses faces , portée de haut en bas à travers le centre de la thyroïde , entraîne après elle une mèche de linge effilée , qu’on laisse ensuite séjourner plus ou moins long -temps dans les parties. Si la tumeur était volumineuse, ou si elle présentait deux masses latérales, deux sétons devraient être appliqués. MM. Percy, Fodéré et Dupuylren ont obtenu d’excellens effets de ce moyen, qui est de beaucoup préférable aux caustiques, vantés par M, A. Severin , Dionis et Heister, et qui, excepté le
OpéraiîoHs (ju’il peut exiger.
Ouverlure des abcès formés dans
la tumeur.
B. Extraction des bydalides.