‹ Nouveaux élémens de chirurgie et de médecine opératoire, ouvrage contenant l'exposition complète des maladies chirurgicales, et des opérations qu'elles réclamentChapitre 94 sur 170 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

LÉSIONS THOKACIQÜBS.

Les plaies du thorax n’atteignent que les parois de la poitrine , ou pénètrent dans la cavité des plèvres , ou s’enfoncent plus ou moins profondément dans la substance pulmonaire. Les signes de cette pénétration se tirent de l’entrée et de la sortie alternative de l’air, et quelquefois de l’issue d’un sang écumeux par la plaie. Le poumon est certainement lésé lorsque, en même temps que ces phénomènes se manifestent, du sang est expectoré en quantité plus ou moins grande. Toutefois, des lésions pulmonaires assez profondes peuvent exister sans qu’aucun crachat sanguin ne soit rendu.

Que la plaie pénètre ou non dans la cavité des plèvres, et il ne faut jamais atiacher une très grande importance à acquérir cette connaissance, si cette plaie est simple, c’est-à-dire si aucun accident grave ne la complique, le sujet doit être maintenu dans un repos absolu; des évacuations sanguines générales et locales , proportionnées à la gravité présumée de la blessure, seront pratiquées. Une mouche de taffetas gommé, s’il n’y a qu’une piqûre; la réunion immédiate de ses bords, lorsque la plaie consiste en une incision plus ou moins étendue; tels sont les soins locaux que la division réclame. Un bandage de corps médiocrement serré, afin de borner le mouvement des côtes , doit entourer la poitrine,

Plaies simples de

la poitrine.

Elles sont non

pénétrantes ,

pénétrantes.

ïrailemeuL

2^ Plaies ü’ armes à feu.

Elles exigent Ja pratique d’incisions étendues.

Quelquefois il faut faire des

contre-

ouvertures.

Un séton passé à travers la poitrine , peut être utile.

PraciareS des côtes.

426 II. IV. CH. II. MALADIES DE l’aPP. RESPIRATOIRE, CtC.

Les coups de feu qui pénètrent dans la poitrine constituent toujours des lésions graves. Ils exigent que le chirurgien procède immédiatement à la recherche du projectile , des fragmens des côtes , des morceaux de drap , ou des autres corps étrangers que la plaie peut recéler. Des incisions doivent presque toujours être faites pour atteindre ce but. Si la balle, après être entrée d’un côté du thorax, se faisait sentir à la région opposée, il faudrait diviser les parties molles qui la recouvrent , l’extraire, et établir ainsi une contre -ouverture. Celleci peut encore être nécessitée par l’apparition d’un foyer purulent dans un lieu éloigné de la plaie. On conçoit combien il importe, dans ces cas dangereux, d’insister sur l’emploi des moyens antiphlogistiques les plus puissans. Lorsqu’un long trajet établi à travers la poitrine contient des corps étrangers mobiles, ou ne peut librement se débarrasser du pus que sécrètent ses parois, on y a passé avec succès un séton ; mais il faut retirer ce corps étranger aussitôt que, la suppuration devenant moins abondante, sa présence pourrait retarder les progrès de la cicatrisation.

Les fractures simples des côtes n’exigent d’autres soins que l’application sur la région affectée de compresses carrées et épaisses , trempées dans une liqueur résolutive , et soutenues par un bandage de corps médiocrement serré. Si les fragmens étaient portés en dedans, ainsi que cela a lieu quelquefois, dans les fractures directes, les compresses devraient être placées aux extrémités de l’os. La nature fait alors tous les frais et de la coaptation des fragmens et de leur consolidation. Le véritable rôle du chirurgien consiste à borner les mouve-

mens des côtes et à prévenir ou à combattre ies inflam mations intérieures dont la fracture s’accompagne presque toujours.

Les mêmes soins , aidés d’une telie situation que la paroi abdominale soit relâchée , conviennent dans les fractures du sternum. Si le fragment inférieur tendait à se porter en avant de l’autre, il faudrait exercer sur lui une compression assez forte pour le maintenir dans sa situation normale.

Les lésions dont il vient d’être parlé ne sont pas toujours aussi simples dans leurs résultats qu’il le semble au premier abord. Des hémorragies , des épanchemens de natures diverses dans ies plèvres , des infiltrations d’air en dedans ou au dehors de la poitrine : tels sont les plus fréquens et les plus graves des accidens auxquels elles donnent lieu.

A la suite des plaies de poitrine , l’hémorragie présente des caractères différens : tantôt un sang noir sort à Ilots par la plaie à chaque expiration ; tantôt le liquide est rouge, artériel, écumeux : chez quelques sujets il s’écoule avec tant d’abondance que la mort aurait lieu en peu d’instans si on ne l’arrêtait; d’autres fois, au contraire, il ne sort que pendant le resserrement de la poitrine , et pour ainsi dire par regorgement. Dans tous ces cas , il faut réunir la plaie, maintenir ses lèvres en contact, au moyen d’emplâtres agglutinatifs très tenaces, appliquer sur elles des compresses épaisses , soutenues par un bandage de corps convenablement serré, et faire coucher le blessé sur le côté alFecté. Ce pansement expose, il est vrai, h un épanchement dans la poitrine; mais, d’une part cet accident n’a pas toujours lieu ^

4® Fractures du sternuvi.

êo Accidens qui peuvent résulter des lésions précédentes.

A. Hémorragies.

Elles proviennent des parties profondes.

Moyens qu’il faut leur opposer.

ou

«le l’artère julercostale.

Manière d'y reaiédier.

Ligalure de la côte.

Plaque de Lotlery ; ielon

de Quesiiay ; inacliine de Belloc.

Tampomieiuent.

B. Epanchement ou

empyhnc.

428 L. IV. CH. II. MALADIES DE l’aPP. RESPIRATOIRE j CtC.

el, de Fautre, i’iridicatioii la plus pressante est de remé^ dier au danger actuel , qui est imminent.

L’hémorragie par l’artère intercostale est la seule qui exige l’emploi d’autres moyens. On la reconnaît à ce que le sang s’écoule continuellement de la lèvre supérieure de la plaie , et que la blessure semble obliquement dirigée sous la côte supérieure. En introduisant dans l’ouverture de la poitrine une carie, formant en haut une gouttière, on voit le sang couler le long de cette gouttière, au lieu de soudre par-dessous, comme cela a lieu quand Fhémorragie s’opère par regorgement. Au reste, cette hémorragie est très rare. S’il restait des doutes sur son origine, il suffirait de dilater légèrement la division pour apercevoir entre ses lèvres le côté d’où provient le sang. Afin de Farrêter, Gérard et Goulard voulaient que Fon plaçât autour de la côte une ligature, portant un bourdonnet susceptible de s’appliquer à l’artère; Loltery proposa d’introduire dans la plaie une plaque d’acier, que Quesnay remplaça par un jeton ordinaire, dont une des extrémités appuyait en haut sur le'bord inférieur de la côte , tandis que l’inférieure, renversée en bas sur le thorax, y éiait fixée par le bandage. Ces instrumens ainsi que la machine plus compliquée de Belloc sont oubliés. Pour arrêter le sang fourni par l’artère intercostale, il suffit d’enfoncer dans la plaie la partie moyenne d’un linge carré dont on remplit la cavité de charpie, de manière à former à l’intérieur une pelote, qui s’applique sur le vaisseau-ouvert : les bords du linge, tirés au dehors, doivent être fixés aux pièces extérieures de l’appareil.

Après les plaies du thorax, des épanchemens sanguins ou purulens se forment assez souvent dans la cavité des

plèvres. On reconnaît les premiers à ce qu’ils succèdent presque immédiatement à la blessure. L’oppression , le son mat d’une partie plus ou moins étendue du côté /blessé, quelquefois une ecchymose jaunâtre répandue sur la partie correspondante, tels sont quelques-uns des signes de cet épanchement. En général, on ne doit donner issue au sang qui le forme que quand le retour de la chaleur à la peau , le bon état du pouls et la cessation du spasme annoncent que l’hémorragie intérieure est arrêtée; jusque là on ne peut que pratiquer des saignées, recourir aux révulsifs et chercher à mettre un terme à l’extravasation du liquide. 11 peut arriver, toutefois, que Tépanchement , formé avec rapidité dans la poitrine, mette , par la sulFocation qu’il entraîne , les jours du malade dans le plus imminent danger. Alors l’indication est en quelque sorte déplacée : ce n’est plus autant l’hémorragie, que le résultat funeste dont elle menace le malade qui doit entraîner le chirurgien. Si surtout alors la plaie est étroite, si l’on peut croire à la lésion d’une artère intercostale, si tous les moyens employés jusque là sont demeurés inutiles, si l’évacuation d’une petite quantité de sang par l’ouverture a déjà momentanément soulagé le blessé, si enfin la mort est prête à saisir sa victime , il est évident qu’il faut tenter un dernier effort, agrandir la plaie, chercher à débarrasser la poitrine, à gagner du temps , à éloigner le danger le plus pressant. D’ailleurs , si l’opération reste sans succès , si l’écoulement du liquide par la plaie affaiblit le sujet au lieu de le soulager, on peut, en la fermant, remettre les choses en leur premier état. Ce cas n’est point imaginaire , il s’est présenté dans une circonstance mémorable ; et la

Page 1