‹ Nouveaux élémens de physiologie (volume 2)Chapitre 7 sur 23 · XVJ PREFACE · texte numérisé non relu

XVJ PREFACE

soires, et ont transporté ^ sans nécessité ^ dans leurs ouvrages , des livres entiers sur Tair ^ le^ sonsj la lumière et autres objets 4^ sont du ressort de la physique générale et de la chimie. Haller lui-même n'est pas tout-à-fait exempt du reproche d'avoir appauvri la Physiologie de ces richesses étrangères. Je n'ai donné sur ces matières que les notions générales absolument indispensables à TintelligenOe de mon sujets et qui avoient avec lui une connexion trop immé* diate et trop nécessaire pour qu'on pût les en séparer.

XJfi des plus grands défauts des -Traités de Fhysiqlogie^ ce sont les répétitions continuelles ^ les éternelles redites dans lesquelles sont tombés leurs auteurs; vice qui tient beaucoup ^ sans doute , à la difficulté qu'il y a de poser des lignes de démarcation bien précises^ en parlant d'actions qui dépendent les unes des autres^ s'enchaînent réciproquenlent et se confondent^ comme le font celles qui s'exécutent dans l'économie animale.

a En composant un ouvrage y on doit éviter » les longueurs^ parce qu'elles lassent l'esprit; 1» les digressions , parce qu'elles le distraient ; pies divisions et les sous -divisions très-fré-

PREFACE.! XVl^

iiqueiites; parce ^qu'elles rembarrtoèDli{ el 1» les répétitions y parce qu'elles le iatigûnt 2 n une cliôse dite une seule £919 ^ et où elle doit 9 rétre y est plus .daire que répétaée aîlleatoplu^ » sieurs fois (1) v; Si l*on qlraerre ces prâcerptrâ^ qa'on ne sauroit trop méditer, on s'expose^ il est vrai y à être regardé comme un auteur superficiel par ceux qui lisent superficiellement y et prononcent d'après un seul chapitre ; mais on est amplement dédommagé par le témoignage de ceux qui veulent connoitre tout un ouvrage 9 avant de porter un jugement définitif Après avoir fait CQnnoitre l'esprit dans lequel est écrit ce livre, j'achéirerai Texposé des moti& qui ont déterminé sa publication, si j'ajoute à l'utilité que peuvent en retirer la science et ceux qui veulent l'acquérir y la raison, non moins puissante, de la satisfaction que Fétude procure à celui qui partage son temps entre sa culture et l'exercice pénible de notre art. Dans ces momens trop courts, dérobés à l'enseignement et à la pratique, seul avec sa pensée, dans le silence de l'étude et dans le

(1) Condillac, Essai sur ^Origine des Connoissançes hu' moines^ seconde partie , sect. u, chap« it.

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calme de la méditation y il contemple ^ d^iin pei def pitié , ceux* qui traînent ^ au milieu des plu basses intrigues ;:ùhe existence méprisée , et 9 console destracasseries sans nombre que lui sut citent rignorance orgueilleuse et la jalouse mé dioorité.

1 i'j! .. •\iirr\c| cor, .

JuA physiologie (i) est la science de la pie. On appelle du nom de vie , une collection de phéno-mènes qui se succèdent pendant un temps limité dans les corps organisés. La combustion n'est aussi qu'un composé de phénomènes; Toxigène se fixe dans le corps qui brûle, le calorique s'en dégage , Taffîni té est la cause de ces phénomènes chimiques , comme l'attraction est celle des phénomènes astronomiques ; comme la sensibilité et la contractilité dont les corps organisés et vivans jouissent, sont les causes pren)ières de tous les phénomènes que ces corps présentent, phénomènes dont la réunion, l'ensemble et la succession constituent la vie.

Les idées fausses que Ton s'est formées de la vie, les définitions vagues qu'on en adonnées, tiennent à ce que, ne voulant point la considérer comme un simple résultat, les physiologistes l'ont perpétuelletnent confondue avec les propriétés vitales. Celles-ci sont causes^ celle-là n'est qu'un effet plus ou moins composé; et de même que le ressort d'une montre, ou plutôt l'élasticité dont ce ressort jouit, détermine, parle seul jeu des rouages, le mouvement des aiguilles, et tous les phénomènes »■— ' ■ ' ' ■ ■" I ..1 ■ ■ 1 1. . I I .11. I ■■ Il ■ ■■■■ 1 1111

(i) Uanatoxnie n*e»t que la science de Inorganisation, I. I

fl PROLéGOMENES.

que l'instrument peut offrir; de même les propriëte's vitales, par le moyeh des organes, produisent tous les effets dont la vie se compose. Ces effets sont plus ou moins nombreux, suivant que les organes le sont plus ou moins ; leuk* successioa est aussi d'autant plus rapide, la vie d'autant plus active , que les propriéte's vitales jouîsseût d'une plus grande énergie, absolument coinme les mouvemens de la montre deviennent plus complique's , plus forts, et s'accélèrent par la tension du ressort et la multiplicité des rouages. La sensibilité et la conlractilité rentrent au nombre des causes premières , dont l'observation prouve l'existence et détermine les loix, mais dont l'essence ou la nature iûtime nous échappe (i), et se dérobet^a probablement toujours à nos recherches.

§. P', Des Etres naturels.

Deux classes d'êtres se partagent le vaste domaine de la nature : les uns, inorganiques, ne jouissant que des propriétés communes à la matière; les autres, organisés et vii^ans , obéissant à des loix

(i) De cette ignorance dans laquelle nous sommes sur la nature des propriétés vitales , on auroit tort de conclure que la physiologie est une science incertaine ; sa certitude est , sous ce rapport , égale à celle de toutes les autres parties de la phy-* sîque ; le chimiste qui explique toutes les combinaisons par Vaffinité , Tastronome qui trouve dans Vattraction la cause ré« gulairice de Tunivers , ignorent absolument la nature de ces pi*opriétës«

particulières , quoique soumis aux loix générales qui régissent Tunivers. Chacune de ces deux grandes divisions se sépare naturellement en deux ordres : les corps inorganiques se présentent à nous sous la forme de substances élémentaires simples ou in* décomposées, ou bien sous celle de substances mixtes , composées et décomposables ; de même , les êtres organisés et vivans existent de deux manières bien différentes , et se distinguent en pégé-taux et en animaux*

Le premier aperçu général qu'il nous importe de saisir dans cette sorte de contemplation générale de la nature, c'est la dépendance mutuelle de ces êtres, dont Tensemble coordonné la constitue^ dépendance qui rend leur existence réciproquement nécessaire ; ainsi , le végétal vit essentiellement aux d^>ens des corps bruts ou inorganiques, en altère la substance inerte qui ne peut servir à la nourriture des animaux , si elle n'a éprouvé l'influence de ia Vie végétale.

§. II. Des Élémens des corps.

Une seconde considération non moins impor« tante , c'est la conversion de tous ces êtres si diffé* rens les uns des autres , leur ^éductibilité à un petit nombre de principes simples que Ton nomme élé' mens. L'ancienne doctrine d' Aristote sur les quatre éléraens, régnoit encore dans les écoles avec quelques modifications que les chimistes lui avoient fait

4 PROLKGOAIÊNES.

snbir, lorsque les pneumatiques (i) démontrèrent dans leurs belles expériences que trois au moins de ces principes prétendus des corps, Tair, Teau et la terre, loin d'être des substances simples, se montroient évidemment formés par Tassemblage et la combinaison de plusieurs autres; qu'ainsi l'air atmosphérique , au lieu d'offrir un fluide homogène, présentoit une foule de substances gazeuses bien différentes, et que dans son état de pureté la plus parfaite , on y rencontroit au moins deux principes bien distincts, l'oxigène et l'azote; que l'eau étoit un composé d'oxigène et d'hydrogène, que la terre contenoit de l'argile, de la chaux, de la silice, etc.

Nous avons donc vu de nos jours le nombre des Siemens ou des substances simples s'accroître de plusieurs corps auxquels on refusoit ce titre, dans le temps où , égarés par les principes d'une métaphysique erronée, les physiciens s'étoient créé un petit nombre d'êtres hypothétiques , et dont rien ne leur prouvoit l'existence. Tout annonce que le nombre des substances indécomposables par

(i) C'est ainsi que Ton désigne l'école des chinlistes modernes , parce que sa naissance date de l'époque des découvertes sur la nature de l'air et des fluides élastiques. Reconnoissons, à la gloire de la métaphysique , que les vieilles erreurs sur les élémens des corps, n'ont été détruites qu'au moment où les chimistes ont été bien convaincus de cette vérité, que toute idée nous vient par les sens , et que nous ne devons rien admettre au-delà de ce qu'ils nous dém<vitrent dans nos expériences.

FROLÉGOMENffiS. 3

tïos moyens d'analyse, borné aujourrrhui à quarante-quatre (i), pourra augmenter on diminuer» soit que dans des substances simples on trouve divers principes, soit que les composes présentent quelques élémens qui ont échappé jusqu'ici aux recherches des chimistes. Quels que soient les succès de leurs travaux , dont il est également impossible de prévoir les résultats et d'assigner le terme, plusieurs faits portent à croire qu'il nous sera toujours Refusé d'arriver à la connoissance des vrais élémens des corps , et que ceux que la foiblessede nos moyens de décomposition ou d'analyse nous oblige de regarder comme tels, sont fréquemment des substances composées , et se com« portent à leur manière.

Ceci posé sur les élémens ou principes constitutifs des corps, voyons comment la combinaison de ces élémens donne naissance à tous les êtres , et quelles différences générales existent entre les grandes classes qui les partagent.

(i) Lumière, calorique ,. électrique , oxigène, azote, hjrdro*gène , soufre , phosphore ^ carboue « les radicaux muriatique , boracique et fluorique , silice , alumine , ziircone , glucine , yttria , magnésie , chaux , barite , potasse, soude , strontiane » arsenic , tungstène, molybdène , chrome , titane , urane , cobalt , nikel , manganèse , bismuth , antimoine , tellure , mercure » zinc, étain , plomb, fer, cuivre, argent, or, platine. La pile gaWanique, deyenue aujourd'hui, entre les mains des chimistes,, le moyen le plus puissant d'analyse, Ta réduire le nombre des. substances élémentaires ou çhaiiger nos idées sur leur nature*

PROLEGOMisNES.

§. III, Différences entre les Corps organisés et les

Corps inorganiques.

On s'est beaucoup occupé, dans ces derniers temps j des différences qui existent entre les corps organisés et les corps inorganiques ; on a vu que ces derniers étoient bien différens de ceux qui ont la vie en partage , par l'homogénéité de leur substance , par Tindépenc^ance parfaite de leurs molécules, dont chacune, comme l'a dit Rant, a en elle-même la raison de «a manière d'être, par leur inaltérabilité dépendante de la simplicité de leur composition , et par le défaut de ces forces particulières qui dérobent les corps organisés et vivans à l'empire absolu des loix physiques. La multiplicité , la volatilité de leurs élémens , la co-existence nécessaire des liquides et des solides, la nutrition et le développement par intussusception , taudis que l'accroissement des corps bruts ne s'opère que par juxta-position , l'origine par génération , la fin par une véritable mort, tels sont les principaux caractères qui distinguent les êtres organisés des substances inorganiques. Nous allons entrer dans le détail de ces caractères , apprécier toutes ces différences , car ce n'est qu'en comparant que nous pouvons connoitre; et plus le parallèle établi entre les uns et les autres sera exact, plus les connoissances qu'il peut nous fournir, seront étendues et précises. Plusieurs auteurs modernes

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ont prouvé qu'on ne peut parvenir à se former une idée nette de la vie, qu*en comparant les corps qui en jouissent, avec ceux chez lesquels elle n'a jamais existé ou n'existe plus. C|j>arallèle , je Tespère, sera fécond en résultats intergg sans , et fournira plus d'une vue utile et immematement applicable à la connoissance de rhomme.

La première différence remarquable entre les corps organisés et les corps inprganiques , se tire de l'horapgénéité de ceux-ci et de la composition de ceux-là; brisez un bloc de marbre , chaque morceau sera parfaitement semblable aux autres pour sa nature, il n'y aura entr'eux que des différences de volume , de figure ; pulvérisez les fragrneus, chaque grain contiendra des molécules de carbonate de chaux , qui seront les mêmes pour tous. La division d'un végétal ou d'un animal présente, au contr^re, des parties hétérogènes ou dissemblables. Ici ce sont des muscles, là des os, plus loin des itères , des fleurs , des feuilles , de l'écorce, de la moelle , etc.

Pour que les êtres organisés vivent ou existent à leur manière, des solides et des liquides doivent entrer à la fois dans leur composition ; la co-exis-» tepce de ces deux élémens est nécessaire , et les corps vivans offrent toujoursune masse liquide plus ou moins considérable, incessamment agitée par le mouvement des parties solides et animées. Il est en effet impossible de concevoir la vie, sans u» appareil composé de solides et de fluides,, et sans-

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admettre dans les premiers la faculté de ressentir l'impression que les derniers occasionnent, et celle d'agir ou de se contracter en vertu de cette impression. L'eau qui péne^e les substances minérales, n'en fait point une partie nécessaire; et l'on ne peut donner , pour preuve de l'existence des liquides dans cette classe de corps , l'eau de cristallisation intimement combinée et vraiment solidifiée avec les matières cristallines.

Ces corps inorganiques, homogènes, et formés de parties similaires ou semblables entr'elles , décomposés dans leurs derniers élémens, présentent une grande simplicité dans leur nature intime ; parmi eux se trouvent tous les corps indécomposés : les composés minéraux sont souvent binaires, comme la plupart des matières salines, quelquefois ternaires, mais rarement quaternaires, tandis que le végétal le plus simple renferme au moins trois principes constituans, l'oxigène, Thydrogène et le carbone , et qu'aucun être , doué de l'animalité, n'en offre moins de quatre, l'oxigène, l'hydrogène , le carbone et l'azote. Pour le degré de la composition, la nature paroît donc s'élever par gradations, du règne minéral au règne végétal, et de celui-ci aux animaux. La nature complexe de ces . derniers, la multiplicité de leurs élémens donnent la raison de leur altérabilité. Les minéraux sont inaltérables par eux-mêmes , si aucune cause extérieur n'agit sur eux. Doués de la force d'inertie, ils persistent sans changement dans leur premier

état. Celui des corps organises varie sans cesse. Leur intérieur offre un laboratoire actif, dans lequel un grand nombre d^instrumens transforme sans oesse en leur propre substance des molécules alibiles, en les dépouillant de celles qui leur appartiennent. Outre cette altérabilité vivante , les végétaux et les animaux privés de la vie , se décomposent par un mouvement fermentatif , qui nait dans rihtérieur de leur substance, dont il change la nature d'une manière d'autant plus prompte et plus nécessaire , que leur composition est plus avancée, leurs principes constituans plus nombreux et plus volatiles.

Toutes les parties d'un corps vivant, soit végétal, soit animal , tendent et concourent à un but commun , la conservation de l'individu et de l'espèce : chacun de leurs. organes , quoique doué d'une action particulière, agit pour remplir cet objet ; et de cette série d'actions concurrentes et harmoniques , résulte la vie générale , ou la vie proprement dite. Au contraire , chaque partie d'une masse brute ou inorganique est indépendante des autres parties, auxquelles elle n'est unie ^ue par la force ou l'af&nité d'agrégation ; lorsqu'elle en est séparée,' elle existe avec toutes ses propriétés caractéristiques, et ne diffère que par son volume, de la masse à laquelle elle a cessé d'appartenir.

Dans les végétaux et dans les animaux, tous les individus de la même espèce paroissent avoir été travaillés d'après le même modèle ; leur$ partie^

sont égales en nombre , et semblables par la figure ; lieur diversité ne tient qu'à des nuaaces légères et fugitives. Les formes qu'affectent les êtres orga-. pisés, sont donc invariablement déterminées, et quand la nature s'en éloigne , elle ne se livre jamais ^ des aberrations aussi complètes que dans la figu* ration des minéraux ; les filons de nos mines n'ont jamais, comme les feuilles d'un végétal et les membres d'un animal, une manière d'être qui $oit la même; sou vent des cristaux originaires d'une même substance prennent des formes très-différentes, toutes également nettes et exécutées avec une égale précision. La chaux carbonatée (carbonate de chaux ) 9 par exemple , prend , suivant les circonstances, la forme d'un rhomboïde, celle d'un prisme hexaèdre régulier , celle d'un solide terminé par douze triangles scalènes , celle d'un autre dodé* caèdre , dont les faces sont des pentagones , etc. (i). Une cause intérieure, puissante, semble disposer les parties constituantes du corps des animaux et des végétaux, d'après un plan déterminé, et de telle manière que leur surface présente des contours plus ou moins arrondis. Les minéraux tiennent souvent leur forme des corps extérieurs, et lorsqu'une force particulière la leur assigne, comme cela a lieu pour les cristaux , leur surface est aplatie et anguleuse. Quand la cristallisation est trou-

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(i) Lisez Haûy, Traité de Minéralogie. Paris, an is, 4 yoL M-8^. et uA vol. //i-4^ de planches, tom. I, pag. i3.

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blée, et qne les molécules des cristaux se prëcipitenk tumultueusement les unes sur les autres , la forme géométrique de ceux-ci se trouve altérée : Teffet de ces perturbations est d'arrondir les parties qui eussent été terminées par des angles, si leur cris* tallisation lente et paisible eût produit une agré • gation régulière; et, comme M. Haûf l'observe , ces contours , ces arrondissemens si fréquens dans les végétaux et dans les plantes, où ils contribuent à Vélégance des formes , indiquent dans les miné* rau¥ un défaut de perfection. La véritable beauté, relativement à ces êtres, est caractérisée par la ligne droite, et c'est avec raison que Rome de Lisle (i) a dit de cette espèce de ligne , qu'elle étoit particulièrement affectée au règne minéral.

Parmi toutes les différences qui distinguent les deux grandes divisions des corps de la nature , la plus tranchée, la plus facile à saisir, se tire du mode d'accroissement et de nutrition. Les corps bruts ne croissent que par juxta-position , c'est-à-dire , par l'addition de nouvelles couches à leur surface, tandis qu'il y a intussusception ou pénétration intime de l'être organique par la substance qu'il s'assimile , en vertu des forces dont il est animé. Dans les animaux et dans les plantes , la nutrition est l'effet d'un mécanisme intérieur ; leur accroissement est un développement du dedans au-dehors. Dans les minéraux, au contraire, raccroissement ^ I I II I I I - - - — ^-~

(i) Cristàllographie , tom. 1 , pag. 9/1.

la PROLEGOMENES.

ne peut mériter le nom de développement, il se fait à lextërieur par l'application de nouvelles couches ; c'est le même être qui passe à d'autres dimensions ,. tandis que le corps organisé se rer nouvelle à mesure qu'il s'accroît.

Les corps organisés naissent par un germe qui , d'abord^ a fait partie d'un autre être, et qui s'en détache pour se développer et s'accroître. Ils se produisent sous fc^rme d'agrégats : les corps inorganiques n'ont point de germe ; ils se forment de parties détachées ; ils ne naissent point, mais plu* sieurs molécules se réunissent pour former des masses plus ou moins volumineuses et diversement figurées.

Les corps organisés seuls sont sujets à la mort , tous ont une durée limitée par leur nature particulière, et cette durée n'est point, comme celle de* minéraux, en raison des masses et des densités; car, si l'homme n'a pas la durée du chêne, bien plus dense que lui, il vit bien moins long-temps que plusieurs animaux qui, tels que les poissons, ont des chairs moins consistantes que les siennes ; il vit plus que les grands quadrupèdes , quoiqu'il ait moins de volume.

Enfin, les corps inorganiques diffèrent essentiellement de ceux qui ont l'organisation en partage, par le défaut de ces forces ou propriétés particulières à la nature vivante et animée , forces qui balancent l'empire des loix de la nature universelle y comme nous l'expliquerons après avoir

P RO LÉGOMÈNBS. iS

traité des différences qui existent entre les deux portions du rc^ne organisé , les végétaux et les animaux.

§. IV. Différences entre les Végétaux et les

animaux.

Celles-ci sont bien moins nombreuses , moins décidées y et par-là plus difficiles à établir. Il y a, en effet, très- peu de différence entre un zoophyte et un végétal; et la distance est plus grande , pour leur économie intérieure, entre Thomme, qui oc* cupe la partie la plus élevée de Téchelie animale , et le polype , qui est placé au dernier échelon , qu'entre le même animal et une plante. Il existe entre les corps organisés et les corps inorganiques une lacune immense que ne peuvent remplir , ni les pierres figurées , ni les litophy tes , ni les cristaux dans lesquels quelques naturalistes ont cm voir une ébauche de l'organisation, tandis qu'à l'extrémité de la chaîne animale se trouvent des êtres , fixés comme la plante au lieu qui les vit naître, sensibles et contractiles commeia sensitive et quelques autres végétaux^se reproduisant comme eux par bouture. On peut néanmoins trouver un certain nombre de différences assez tranchées pour assigner aux végétaux des caractères qui ne conviennent pas aux individus des deux autres règnes.

Leur nature , plus composée ifi celle des miné*

14 FROiiSOOMÈNEâ.

raux, l'est moins que celle des animaux ; la proportion des solide^ aux liquides est plus grande que dans ces derniers : aussi conservent-ils , longtemps après leur mort , la même forme et leur premier volume , en devenant néanmoins plus légers. Les solides font à peu près , dans l'homme y le sixième de la masse totale du corps : son cadavre^ décomposé par la putréfaction^ se réduit à une quantité peu considérable de terreau et à un squelette léger , quand la terre et l'air l'ont privé dé tous ses sucs. Un arbre , au contraire , a, en parties solides ^ plus des trois quarts de sa substance; il ne vit plus depuis plusieurs siècles, et cependant, employé dans nos constructions, il conserve sa forme et sa grosseur , quoique , par la dessiccation., il perde un peu de son poids.

Leurs principes constituant , moins nombreux , sont également tïioins diffusibleiSfr; En effet, Tazote , idont la prédominance caractérise les substances animales 5 est un produit gazeux et volatil, tandis que le carbone, qui fait la base du végétal, est un élément fixe et solide. Cette circonstance , jointe à la moindre quantité des liquides, explique la longue •durée de l'existence cadavérique des végétaux.

Mais de tous les caractères., à l'aide desquels on a cherché àétablir entre les végétaux et les animaux une ligne de démarcation bien précise, il en est un qui suffit pour différencier ces deux grandes classes d'êtres qaturels , caractère auquel on n'a point attaché assez d'importance. '

PROLÉGOMiKES. l5

Le zoopbyte qui, fixé à sa demeure rocailleuse, ne peut changer de place , borne à des nrouTemens partiels, analogues à ceux qu'exercent plusieurs plantes , qui , d^àilleurs , ne jouit point de cette unité sensitive si remarquable dans l'homme et dans les animaux, dont l'organisa t ion ressemble le plus à la sienne, le zoopbyte, dont le nom indique un animal-plante , se distingue éminemment de tous les individus du règne végé • tal, par l'existence d'une cavité danslaquelles'opère la digestion alimentaire, cavité à la surface intérietire de laquelle se fait une absorption, une imbibition plus active que celle qui s'exerce à la surface extérieure. Depuis cet animal informe jus*qu'à l'homme, la nutrition s'opère joar deux sur^ faces y et surtout par la surface intérieure, tandis que, dans le végétal , la nutrition , ou plutôt Tabsoi^tion des principes nutritifs ne se fait qu'à l'ex* térieur.

Tout animal peut être réduit par la pensée à un tube nutritif ouvert par ses extrémités (i) , toute l'existence du polype paroît réduite à l'acte nutritif, comme toute sa substance employée à la formation d'un sac alimentaire dont les parois molles,

(i) La^épëde, Histoire naturelle' des Poissons, ton. i. On objectera contre ce principe , Tezeinple de quelques zoophytes , tels qiie les épongés , etc. Mus ces corps appartiennent-ils réellement au règne animal^ et ne suffiroit-il pas, pour les en exclura, du défaut de sac alimentaire, caractère essentiel d« ranimalité ?

l6 PROLEGOMENES.

très-sensibles et contractiles , travaillent à s'appro* prier par une sorte d'imbibition les substances qui y sont attirées. Depuis les vers jusqu'à rhoihme, le canal alimentaire forme un long canal ouvert par ses deux extrémités , n'ayant d'abord , en longueur y que retendue du corps de l'animal y ne décrivant, par conséquent, aucune courbure en se portant de la tête à la queue, et se continuant , vers la bouche et vers l'anus, avec l'enveloppe extérieure du corps , mais bientôt se contournant sur lui-même, et acquérant une longueur bien supérieure à celle du corps auquel il appartient. C'est dans l'épaisseur des parois de ce tube animé, entre la membrane muqueuse qui revêt son intérieur , et la peau avec laquelle cette membrane se continue , que se trouvent tous les organes qui servent au transport et à l'élaboration des humeurs, les muscles, les nerfs, en un mot, tout ce qui sert à l'entretien et à la conservation de la vie. A mesure qu'on s'élève des animaux à sang blanc à ceux à sang rouge et froid , de ceux-ci aux animaux à sang chaud , et de ces derniers à l'homme , on voit les organes contenus dans l'épaisseur des parois du canal se multiplier; si l'on suit au con* traire une marche descendante, on voit cette structure devenir de plus en plus simple ^ jusqu'à ce que l'on arrive au polype , réduit à la partie essentielle de l'animalité. La simplicité de son organisation fait qu'on peut le retourner à volonté , le renverser sur lui-même , et faire que la surface

externe du sac devienne sa surface interne ; les phénomènes nutritifs qui forment à eux seuls la vie entière de Tanimal, continuent d'avoir lieu, la surface extérieure étant très-analogue à l'interne , au contraire de Thomme et du plus grand nombre des animaux, chez lesquels la peau et les membranes muqueuses, quoiqu'attenantes les unes aux autres, quoique liées par d'étroites sympathies, sont loin d'offrir une structure parfaitement sem-* blable , et de se prêter à l'exercice des mêmes fonctions.

Les animaux et l'homme portent donc en euxmêmes le fond dé leur subsistance, et l'absorp- ^ tiou, par une surface intérieure, forme leur plus remarquable caractère. C'est à tort qu'on a rap* porté & Boerhaave l'idée de comparer le système digestif de l'animal au sol dans lequel lés végétaux puisent les sucs ùécessaires k leur existence, et les vaisseaux chyleux à de véritables racines intérieures. Je trouve la méîne idée bien exprimée dans l'ouvrage véritable ou pseudonyme d'Hippocrate sur les humeurs. Quemadmodàm tetrœ ar* boribus , ità animalibus ventriculus.

Le4ube digestif, cette partie essentielle de tout animal , en est aussi la plus vivâce , e'est-à-dire , celle dont l'existence et l'action sont le plus indépendantes du concours des autres organes , et à laquelle les propriétés vitales semblent adhérer, si Ton peut ainsi dire , av€c plus de foifte^ Hàller (i) ,

(i) Opéra minora, 3 TOl. //i-4*^.

l8 PROLÉGOMÈNES.

qui a fait tant et de si belle recherches sur la fa^culte contractile des organes museulaires , les examinant sous le double rapport de leur irritabilité plus ou moins vive et plus ou moins durable , regarde le cœur comme celui dans lequel ces deux conditions se trouvent réunies au degré le plus élevé. Il place au second rang les -intestins, l'estomac, la vessie, la matrice et le diaphragme, puis tous les muscles soumis à Tempire de la volonté. J'avois d'abord admis , avec tous les auteurs , cette classification des parties contractiles; mais plus de cent expériences sur les animaux vivans m'ont prouvé que les intestins étoient toujours la dernière partie dans laquelle on peut reconuoître des traces de vie. Quel que soit le genre de mort qu'on leur ait fait subir, des mouvemens péristaltiques , ondulatoires , agitent encore ce tuyau , et déjà le cœur n'offre aucun battement^ et le reste du corps n'est plus qu'une masse inanimée. M. Jurine avoitdéjà observé, sur le monocle -puce j que de toutes les parties de ce petit animal à sang blanc , les intestins jouissoieut de la prérogative de mourir les derniers.

Si le tube intestinal est Yuîtimum moriens , s'il est le dernier organe dans lequel la vie s'éteigne et subsiste, c'est sur lui qu'on doit porter de préférence les stimulans capables de la rappeler dans les cas d'asphyxie. Je pense qu'après l'insuffiation d'un air pur dans les poumons, le moyen qui doit s4ors obtenir la préférence , est l'injection de clys-

PROLl^GOMÈNES. 19

tères acres et irritans, pousses avec force. Les gros intestins sont liés avec le diaphragme par les nœuds d'une étroite sympathie , comme le prouvent les phénomènes de l'excrétion des matières fécales ; leur irritation est le moyen le plus sûr d'en pro-* curer rabaissement ; et cette irritation est d'autant plus facile 9 que le conduit alimentaire est la dernière partie que la vie abandonne.

,§. \. Delà

Après avoir ainsi posé entre les corps inorganiques et les êtres organisés et vivans » entre les végétaux et les animaux , des li|;ues de démarcation bien tranchées ^ essayons de nous élever à l'idée de la vie ; et , pour nous en former des notions exactes , analysons-la en quelque manière, en l'étudiant dans tous les êtres de la nature qui en jouissent. Dans cette étude , dont il est permis de fixer d'à-* vance les résultats , nous verrons la vie se composer d'abord d'un petit nombre de phénomènes; simple comme les appareils auxquels elle est con** fiée; mais bientôt s'étendre, à mesure que ses organes ou ses instrumens se multiplient, et que les machines organiques deviennent plus compli-* quées; les propriétés qui la caractérisent et annon* cent sa présence , d'abord obscures , devenir de plus en plus apparentes, croître en nombre comme en développement et en énergie; le champ de Texistence s'agrandir à mesure que des étires

âO FROLEaOM£NE5«

dégrades, nous remoalerons à rhomme, qui de tons est le plus parfait ; et remarquez que par ce terme de perfection y nous voulons seulement dire que les êtres vivaus auxquels nous l'appliquons^ possédant plus de moyens , offrent aussi des résultats plus nombreux et multiplient davantage les actes de leur existence; car, dans cette merveilleuse ordonnance de Tunivers, chaque être est parfait en hii-méme, chaque être est construit de la manière la plus favorable au but qu'il doit remplir , et tout est également admirable dans la nature vivante et animée , depuis la moijidre végétation , jusqu'à la plus sublime pensée.

Que nous offre cette plante qui naît, croit, et Irieurt chaque année? Un être dont l'existence est bornée aux phénomènes nutritifs et reproducteurs, une machine formée par l'assemblage d'un grand nombre de vaisseaux droits ou contournés, filières capillaires à travers lesquelles se filtrent la sève et les divers sucs propres au végétal ; ces liqueurs végétales! montent généralement des racines où leurs matériaux sont absorbés^ au sommet où les feuilles évaporent le résidu de la nutrition , et transpirent oe que la plante n'a pu s'assimiler. Deux propriétés président à 1 exercice de ce petit nombre de fonctions : une sensibilité latente, ob- 8cui*e , en vertu de laquelle chaque vaisseau , chaque partie de la plante est émue à sa manière par les liquides avec lesquels elle est en contact ; une conlractilité aussi peu apparente , quoique les

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résultats en prouvent incontestablement Texis* tence , contractilité en vertu de laquelle les vaisseaux sensibles à Timpression des liqueurs, se resserrent ouse dilatent, pouren effectuer le transport et Télaboration. Les organes destinés à la reproductioUy animent un moment ce spectacle; plus sensibles, plus irritables, on les voit manifestement agir; les étamines ou organes mâles se courbent , s'approchent de Torgane femelle ou du pistil, secouent sur le stigmate leur poussière fécondante, puis se redressent , s'éloignent et meurent avec la fleur à laquelle succède la semence ou le fruit.

Ce végétal , coupé en plusieurs parties , que Ion met en terre avec les précautions convenables, renaît de bouture et se multiplie , ce qui prouve que ces parties sont assez peu dépendantes les unes des autres; que chacune d'elles contient Tensemble des organes nécessaires à la vie, et peut exister isolée. Les diverses portions d'un végétal peuvent vivre séparément, parce que la vie, ses organes et ses propriétés moins nombreuses , sont répandus d'une manière plus égale , plus uniforme , que dams les animaux semblables à l'homme , et que &ts^ phénomènes sont dans une dépendance moins rigoureuse et moins nécessaire. J'ai été témoin d'un fait bien curieux , et qui vient à l'appui de ce que j'avance (i). Une vigne, adossée au mur oriental

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(i) La 'vie végétale comparée , dans ses moyens et dans wtÈ lésullats , à la Tte de» animaux » répaodroit le plus grand jour

d'une forge , jetoit dans rîniérieur quelques-uns de ses rameaux. Ces branches, qui pénétroîent par des soupiraux assez étroits , se convroient de feuilles au milieu du froid des hiyers les plus rudes ; et cette végétation précoce, mais partielle ,

sur plusieurs phénomènes qu'il nous est encore difficile de con* cevoir et d'expliquer. La médecine des végétaux , qui profite- Toit également de ces Recherches , est presqu'entièrement chirurgicale. Lorsque , pour rendre la végétation plus fructueuse , le jardinier retranche une branche gourmande; lorsque les }>aysans des Cévennes ^ comme Ta observé M. Chaptal , brûlent l'intérieur de leurs châtaigniers,, pour arrêter les progrès de la carie qui les ronge ; lorsqu'on applique le cautère actuel sur les ulcères vraiment baveux et sordides de plusieurs arbres , etc. -c'est sur les organes de la vie intérieure ou assinûlatrice , à laquelle les végétaux sont bornés , que la chirurgie s'exerce ^ tandis qu'au contraire, dans l'homme et dans les animaux, c'est sur^tout aux dérangemens des organes extérieurs qu'elle porte remède. Je terminerai cette note par une observation sur les plaies des végétaux. Comme celles du. corps humain » elles sont bien moins dangereuses , lorsque leur surface est lisse , que dans les cas où leurs bords sont mâchés , déchirés et contus. Les aibres abattus avec la scie, fournissent difficilement des rejetons i qui pullulent toujours mieux cpiand on s'est servi de la cognée. La scie déchire le tissu végétal, et fait éprouver aux fibres un tiraillement qui , s'étendant vers les racines , en altère plus ou moins l'organisation* La surface inégale d'un arbre abattu de cette manière , retient l'humidité , aussi nui-^ sible au tronçon, dont elle cause la pouriture, qu'une trop grande quantité de pus , qui baigne habituellement la surfoce d'une plaie , éteint Tinflammation des bourgeons ehanwis , et s'oppose à la cicatrisation.

PROLéoOMÈNEd. s5

parcouroit toutes ses périodes, et donnoit déjà des fleurs, lorsque la portion restée au-dehors, sui*- Yant l'ordre accoutume des saisons, commençoit à bourgeonner dans les premiers jours du printemps.

Si nous passons du végétal^au polype qui forme le dernier anneau de la chaîne animale, nous trou^ Tons un sac de substance molle , sensible et con^ tractiledans toutes ses parties, une vie et une organisation au moins aussi simple que celle de la plante. Les vaisseaux , qui charrient les liquides , les fibres contractiles, les trachées qui donnent accès à Tair atmosphérique, ne se voient plus d'une manière distincte dans cette substance presque homogène. Aucun organe n'est spécialement destiné à la reproduction de l'espèce. Des humidités suintent à la surface intérieure du sac, ramollissent et digèrent les alimens qui s'y trouvent ; toute la masse s'en imbibe et s'en nourrit , après quoi le sac se contracte de lui-même et vomit le résidu de sa digestion. L'indépendance mutuelle des parties est absolue et parfaite ; coupez l'animal en plusieurs morceaux, il renaît autant de fois qu'il est coupé , et chacune des parties en lesquelles cette section te partage , forme un nouveau polype organisé et vivant comme celui dont il a été sçparé. Ces animaux gemmipares jouissent, à un degré plus émi» nent que les végétaux , de la faculté de sentir et de celle de se mouvoir; leur substance se dilate, s'allonge et s.'épaaouit , ou bien se resserre et se cod«

^4 PRQLi:GOM£*NBS.

tracte suivant le genre d'impressions qu'ils éprou"* vent.. Néanmoins ces mouveraens spontanés ne supposent pas plus que ceux de lasensitive, l'eiistence de la réflexion et de la volonté : semblables à ceux d'un muscle détaché de la cuisse d'une grenouille, et soumis aux excitans galvaniques, ils résultent d'une impression qui ne s'étend pas audelà de la partie qui l'éprouve , ^t dans laquelle la sensibilité et la contractilité se trouvent confondues.

De ce premier degré de l'échelle animale montons de suite jusqu'aux vers : ce n'est plus une simple pulpe animée et façonnée en sac alimentaire ; des paquets de fibres contractiles ou musculaires, un vaisseau divisé par plusieurs étranglemens en une série de vésicules qui se vident les unes dans les autres, ep se contractant par un mouvement dirigé de la tête ou de l'extrémité sur laquelle est placée l'entrée du canal alimentaire, vers la queue, à laquelle répond l'anus , ^vaisseau duquel partent probableinent des ramifications latérales, une moelle épinière également noueuse, ou formée par une suite de ganglions , des stigmates et des tr*achées analogues à l'organe respiratoire des plantes, et même dans quelques-uns des branchies; tout démontre une organisation plus avancée et plus parfaite : la sensibilité et la contractilité sont mieux prononcées, les mouvemens ne sont plus absolument automatiques, il en est qui paroissent supposer dans l'animal des détermi-

PROLéaaMBNBS. s5

nations volontaires. On peut bien encore partager le ver en plusieurs morceaux, chacun d'eux redeviendra un ver entier^ la tête et la queue repnllulant aux deux extrémités de chaque tronçon ; mais cette division a un terme, au-delà duquel les parties coupées ne se régénèrent pas complètement ; elle ne peut donc être poussée aussi loin que dans les polypes. La substance du ver étant formée d'élémens plus dissemblables, il peut arriver qu'une portion trop petite ne contienne plus tout ce qu'il faut pour constituer Tanimal.

Les crustacés , et parmi eux IVcrevisse , nous présentent un appareil d'organisation plus compliquée. Ici, l'on trouve des muscles prononcés, un squelette extérieur articulé , et dont les différentes pièces sont mobiles les unes sur les autres, des nerfs bien distincts, une moelle épinière avec des renflemens , mais surtout un cerveau et un cœur. Ces deux organes, quoiqu'imparfaits , placent lanimal dans un ordre bien supérieur à celui des vers. Le premier devient le siège d'une sorte d'intelligence, et l'écrevisse obéit à des déterminations évidemment réfléchies , lorsqu*attirée par Todear, elle poursuit une proie éloignée , ou fuit un danger que ses yeux lui font apercevoir. Des viscères accompagnent le tube intestinal et y versent diverse^ liqueurs qui concourent à la digestion alimentaire. La sensibilité et la contractillté présentent chacune deux nuances; en effet , les parties de l'animal obéissent aux stimulus iutérieurs, res-

sentent l'impression des fluides et se coi^tractent pour les mouvoir; d*autre part, par le moyen de ses nerfs et de ses muscles locomoteurs, récrevisse ^e met en rapport avec les objets qui Tenvironuenl. Les phénomènes de la vie s'enchaînent d'une manière rigoureuse et nécessaire ; il n'est plus possible de partager l'animal en deux parties égales , dont chacune puisse continuer à jouir de k vie ; on ne peut retrancher impunément que certaines parties de son corps, en laissant intacts les foyers centraux de la vitalité : ainsi, que Ton emporte une patte, à l'endroit d'où elle est arrachée, on observe bientôt un petit bourgeon qui pullule, grossit , se développe , et qui , d'abord mon , se revêt d'une enveloppe calcaire, semblable à celle qui recouvre le reste du corps. Cette régénération partielle s'observe fréquemment.

Si des animaux à sang blanc nous nous élevons à ceux à sang rouge et froid, tels que les poissons et les reptiles , nous voyons cette puissance reproductrice devenir de plus en plus bori>ée y la vie plus dépendante de l'organisation. En effet, si l'on retranche une partie du corps d'un poisson > la queue d'un serpent ou la pâte d'une grenouille , les parties coupées ou ne se réparent point du tout, ou ne se reproduisent qu'incomplètement; tous ces ani-maux entretiennent avec les milieux dans lesquels ils vivent , des relations plus nécessaires ; dejs branchies dans les uns, des poumons dans les autres ^ s'ajoutent au cœur , aussi essentiels que lui. Ce-

PROLEGOMENES. ^7

pendant , Faction de ces principaux organes n'est point aussi fréquente, autant répétée, d'une né-* cessité aussi absolue pour Tentrelien de la vie. Le serpent passe de longs hivers , engourdi par le froid , renfermé dans des souterrains où il manque d air , ne respirant point , n'exécutant aucun mou« Yement, et frappé d'une mort apparente. Ces animaux, comme tous les reptiles, peuvent ne respirer qu'à de longs intervalles, et suspendre pour quelque temps l'entrée de l'air, sans compromettre leur existence. Ici , les propriétés vitales sont bien tranchées, et ne diffèrent de ce qu'elles sont dans les animaux plus parfaits^ dans Thomme, que par des nuances peu importantes; le cœur et les vaisseaux du poisson sentent et agissent au-dedans de lui , sans qu'il s'en aperçoive. En outre, il a des sens, des nerfs et un cervepu, au moyen desquels il est averti de ce qui peut l'intéresser , des muscles et des parties dures , par le jeu desquelles il se déplace, et se met, avec ce qui l'environne, dans les rapports convenables à son mode particulier d'existence.

Nous arrivons, enfin, aux animaux à sang rouge et chaud , à- la tête desquels sont les mammifères et l'homme. Chez eux tout se ressemble, à quelques légères différences près, dans les organes les moins essentiels. Il n'est aucun qui n'ait une colonne! vertébrale, quatre membres, un cerveau qui remplit exactement la cavité du crâne, une moelle de lepine , et des nerfs de deux sortes , cinq sens , et

des muscles dont les uns obéissent à l'ejonpire de la volonté , tandis que les autres eu sont pleinement indépendaos; joignez à cela un long tube digestif , contourné sur lui-même, pourvu , à son entrée » d'agens salivaires el masticatoires , des vaisseaux et des glandes lymphatiques, des artères et des veines sanguines, un cœur à deux oreillettes et deux vcn- ' tricules, un poumon lobulaire, qui doit être occupe sans cesse à imprégner le sang qui le traverse de la partie vitale de l'atmosphère , faute de quoi, la vie sesuspend ou s'éteint. Aucun de leurs organes ne vit qu'autant qu'il participe au mouvement gënértil, qu'autant' que le cœur étend jusqu'à lui son influence vivifiante ; tous meurent sans retour , quand ils sont tout-à-fait séparés du corps de l'animal, et rien ne les remplace; quoi qu'aient dit plusieurs Physiologistes sur les régénérations prétendues des nerfs et de quelques autres parties.

Tout ce qui est de quelque importance pour la vie se ressemble dans ces animaux : et comme les organes les plus précieux sont, à l'intérieur , cachés dans des cavités profondes, un Naturaliste célèbre a eu raison de dire que tous étoient les mêmes au dedans, que les différences étoient extérieures et résidoient pour la plupart dans leur enveloppe et dans leurs extrémités.

Le corps humain, formé par un assemblage de liquides et de solides, contient des premiers environ les cinq sixièmes de son poids. Celte proportion des liquides aux solides ^ vous paroitra

PROL1ÊGOMKNE5. SQ

d'abord excessive , mais réfléchissez à rextrême diminution, au prodigieux amincissement d'un organe desséché : le muscle grand -fessier , par exemple^ est réduit, par la dessiccation, à l'épais* saur d'une feuille de papier. Ces liquides qui forment le plus grand poids dans la masse du corps , préexistent aux solides ; car l'embryon , d'abord , gélatineux , peut être considéré comme un corps liquide; d'ailleurs, c'est à l'aide d'un liquide fie chyle), que tous les organes se nourrissent, et réparent incessamment leurs pertes. Les solides nés des liquides , reprennent leur premier état , lorsqu'ayant fait assez long-temps partie de l'individu^ ils sont décomposés par le mouvement nu-* tritif. A n'en juger que par ce simple aperçu , on voit que la liquidité est .essentielle à la matière vivante, puisque le solide nait toujours d'un liquide, et retourne inévitablemeni; à eet état primitif. La solidité n'est donc qu'un état passager , un véritable accident de la matière oi^anisée et vivante , beau sujet , d'où les partisans de la médecine humorale peuvent tirer des diffieullés fort embarrassantes pour les solidisies. L'eau jforniie la masse principale, le vélpfcî^ùle commun de ions les liquides animaux; des sels y sont toujours dissous, et l'on y trouve la matière afnieaale elle-même dans une sorte de fusion ^ et sous trois états difierens, formant tantôt de la géiàtincy d'autres ibis de Valbu-mine ^ et enfin , de Isl fibrine. La première de ces substances solidifiée , forme là base de tous les ,

So FROLéGOMÈNES.

organes blancs appelés par les anciens, sperni'ati-ques, tels que les tendons, les aponévroses, le tissu cellulaire, les membranes; Falbumine se trouve en abondance dans presque toutes les humeurs ; enfin, la fibrine contenue dans Iç saûctgj est Télément réparateur d'un système d'organes qui, sous le rapport de la masse , tient le premier rang parmi ceux dont l'assemblage constitue le corps de l'homme, je veux dire, le système musculaire. Les chimistes soupçonnent, non sans raison, que la matière animale passe successivement par les divers états de géla>tine, d'albumine e^ de fibrine; que ces état ^différens dépendent de l'animalisation progressive de la substance animale , qui d'abord gélatineuse, oxide hydro-carboneux, ne contenant point d'azote, et passant à Tacide par la fermentation , se combine plus intimement avec l'oxigène , et s'azottse pour devenir albumine pu^tréfiable ^ et se convertir enfin en fibrine par une suraddition des mêmes principes.

Les parties solides forment divers systèmes ou appareils , à/chacun desquels est confié l'exercice d'une fonction plus ou moins importante. En bor- .nant la dénomination d'appareil ou de système organique aux ensembles de parties qui concourent aux mêmes usages, nous en admettons dix^ savoir : Tappareil digestif y essentiellement formé par le canal qui s'ëtend de la bouche à l'anus ; le système absorbant ou lymphatique , qui consiste dans les vaisseaux et dans les glandes de ce nom; le sys-

F ROL éc O M EN e s/ 3i

tème circulatoire y qui résulte de Fassemblage des reines , du cœur, des artères et des vaisseaux capillaires j le système respiratoire ou pulmonaire; le système glanduleux on sécrétoire; le système sensitify qui comprend les organes des sens , les nerfs , la moelle de l'épine et le cerveau ; le système musculaire ou moteur , dans lequel on doit ranger non- seulement les muscles , mais encore leurs tendons et leurs aponévroses ; le système osseux , qui comprend également les dépendances des os, comme les cartilages, les lîgamens et les capsules synoviales; le système vocal et le système sexuel, ou reproducteur, différent dans les deux sexes. Dans la composition de chacun de ces appareils ou systèmes organiques entrent plusieurs tissas simples, plusieurs parties similaires, comme le disoient les anciens^ tissus qui dans l'homme peuvent être réduits au tissu cellulaire , au tissu nerveux, au iissu i musculaire ^ et à la substance cornée qui fait- la- base de l'épiderme , des ongles et des poils.

Ces quatre substances^ peuvent être considérées comme de véritables é^/^//i^/z« orr^aniques , puisque nos moyens d'analyse ne parviennent jamais à les transformer les unes dans les autres, que la pulpe cérébrale ne devient jamais substance cornée, tissu cellulaire lamelleux ou fibre musculaire, de même qu'aucun de ces tissus ne se convertit en pulpe cérébrale. Les os, les cartilages, les ligamens', les tendons, les aponévroses, toutes les membranes

se décomposent en tissu cellulaire par la macératiou prolongée; la fibre musculaire n'est pas susceptible de cette mutation , non plus que la pulpe nerveuse ou cérébrale : la substance cornée y résiste également* Tout nous conduit donc à recon* uoître ces quatre principes constituans de nos organes.

Les tissus primitifs ou simples^ diversement modifiés et coitibinés en quantités différentes , et dans des proportions variées , constituent la substance de tous nos organes. Leur nombre ^est biea plus considérable , suivant Bicbat, dont cette analyse de l'organisation huntaîne est la plus belle idée. Ce Physiologiste admettoit dans l'économie animale jusqu'à vingt*^un tissus généraux ou générateurs; mais il est évident que cette analyse est poussée trop loin; que le tissu épidermoïque et le pileiïx ont exactement la même nature , des propriétés analogues, et sont soumis à un mode semblable de nutrition; que le tilaa cellulaire est la base commune aux tissus osseux, cartilagineux, muqueux , séreux , synovial » dermoifde , etc.

Avouons toutefois que , de cfette comsidévation isolée de chaque tissu organique., il a su tirer des vues nouvelles, des rapprocberaens ingénieux , dt^ résultats utiles, et que Tanatomie générale dans laquelle ces recherches soM consignées , est son plus beau titre à la gloire. Rien ne mJanqueroit à cette gloire , si, dans ce livre, et surtout dans ses autres ouvrages^ il avoit rendu k ses devanciers,

PROLéGOMÂNES. 53

ainsi qu'à ses contemporains ^ toute la justice qu'ils avoient droit d'en attendre.

Là fibre simple ou élémentaire sur laquelle on a écrit des ouvrages si longs et si volumineux , peut être r^ardée comme la pierre philosophale des physiologistes. En vain Haller lui-même, poursuivant cette chimère, nous dit que la fibre simple est pour le physiologiste 9 ce que la ligne est pour le. géomètre ; et que comme de celle-ci se forment toutes les figures , de celle-là se composent tous les tissus; fibra enim pliysiologo id est quod linea geometrœj ex quâ nempe fi^urœ omîtes oriuniur. La ligne mathématique n'est qu'un être intellectuel , une pure abstraction de l'esprit , tandis que l'on attribue à la fibre élémentaire une existence matérielle ou physique. Rien ne- peut donc nous engager à admettre une fibre simple, élémentaire ou primitive, puisque nos sens nous font apercevoir dans l'organisation humaine quatre maté* rîaux bien distincts.

Dans le grand nombre des organes, soit isolés, soit disposés par systèmes, qui entrent dans l'organisation humaine, il en est quelques-uns dont l'action est tellement indispensable à la vie, qu'avec elle celle-ci cesse à Tinstant. Ces rouages principaux , au mouvement desquels est lié celui de tous les rouages secondaires , sont en aussi grand nom-, bre dans Thomme que dans les autres animaux à sang chaud. Tous ne peuvent exister qu'autant que le cœur envoie au cerveau une certaine quantité I. ' 3

^4 PROLéGOMÈNE^i.

de sang vivifie par le contact de Tair atmosphé* rique dans le tissu pulmonaire. Toute blessure grave du cerveau ou du cœur, toute interruption durable ^aus l'abord du sang artériel au premier de ces viscères , entraînent inévitablement la mort. L'oxidation du sang et sa distribution dans tous les organes, est donc le phénomène principal sur lequel la vie repose dans l'homme comme dans toua les êtres les plus parfaite.

§. VI. Des propriétés imitâtes ; sensibilité et

contractilité»

On entend par sensibilité , cette faculté des or-* ganes vivans qui les rend aptes à éprouver par le contact d'un autre cD^ps, une impression plus ou tnoins profonde qui change Tordre de leurs mouvemens , les accélère ou les ralentie , les suspend ou les détermine. La contractilité est cette autre propriété en vertu de laquelle les parties excitées , c'est-à-dire , dans lesquelles la sensibilité a été mise en jeu, se resserrent ou se dilatent, agissent, en un mot et exécutent des mouvemens.' De même que nous n'avons pas toujours la conscience des impressions qu'éprouvent nos organes, et que» par exemple, rien ne nous avertit de l'impression stimulante par laquelle le sang provoque Faction du cœur ; de même nous avons besoin du secours de la réflexion pour admettre la réalité de certains inou vemens , de ceux , par exemple , à la faveur

PAOLlËGOMiKES. 55

desquels les humeurs arrivées dans les plus petits ▼aisseaux s'incorporent an tissu des organes; genre de mouvemens qui , pour nous servir d'une corn* paraison ingénieuse, ressemblent k ceuxde Taiguille à heure d'une montre à secondes. Cette aiguille paroit immobile; et cependant elle mesure en vingt-quatre heures toute la circonférence du ca« drau que l'autre parcourt en une minute, avec un mouvement très-apparent.

En considérant la vie dans la longue série des êtres qui en jouissent, nous avons vu que ceux pour qui elle est le plus bornée , ou mieux , chez lesquels elle se compose d'un plus petit nombre d*acttes et de phénomènes , les végétaux , par exemple , et les animaux, tels que les polypes, qui n'ont ni cerveau, ni système nerveux distinct, sont à la fois sensibles et contractiles dans toutes leurs partiel. Tous les corps vivans, tous les or* ganes qui entrent dans leur composition, sont im« prégnés , qu^on nous permette cette expression , de ces deux facultés nécessairement co-existantes, et qui se décèlent par des mouvemens intérieurs et nutritifs , obscurs , appréciables seulement par leurs* eflets : elles y paroissent réduites au degré absolument indispensable pour que les sucs dont sont arrosées toutes les parties dun être vivant, déterminent l'action vn vertu de laquelle ces parties doivent se les approprier. On conçoit qu'il n'en est aucune qui puisse se passer de ces deux ptoptiétés de sentir et d'exécuter des mouvemens)

56 frol:b&om£^£s.

propriétés généralement diffuses dans toute la matière organisée et vivante , mais qui , répandues partout, n'ont cependant point d'organe ou d'instrument particulier. Sans ces deux facultés , comment les diverses parties agiroient-elles sur le sang ou sur les sucs qui en tiennent la place , pour eu retirer les matériaux qui servent à la nutrition et dux diverses sécrétions ? Aussi sont-el^es communes à tout ce qui a vie , aux animaux et aux végétaux ^ à l'homme qui veille et à celui qui dort d'un profond sommeil , au fœtus et à l'enfant qui a vu la lumière , aux organes des fonctions assimilatrices , et à ceux qui nous mettent en rapport avec les êtres qui nous environnent. Toutes deux obscures^ inséparables, elles président à la circuHtion du sang, à la progression des humeurs, eij un mot^ à tous les phénoniènes nutritifs.

Si la sensibilité de cette, espèce. est toujours latente. ou cachée, il n'en est pas de même. de la contractilité qui .peut être sensible ou insensible» L'os qui s'approprie le phosphate de chaux auquel il doit sa* solidité , exerce cette action sans que nous en soyons avertis, si ce ji'est par son résultat; mais le coeur, qui ressent la présence du sang, sans que nous ayons la conscience de celte sensation , exerce des mouvemens faci^'^ment apercevables « qjuoiqu'il ne soit en notre pouvoir , ni de les suspendre , ni de les accélérer.

I Des propriétés vitales, à. un aussi foible degré, n'eussent pu suffire à l'exist^ence de l'homme et des

FROLIÊGOMÂNES. ^7

êtres qtiî lui ressemblent, obliges comme lui d'entretenir des rapports multipliés avec tout ce qui les entoure-; aussi jouissent-ils d'une sensibilité bien supérieure, au moyen de laquelle les impressions qui affectent certains de leurs organes, sont perçues, jugées , comparées, etc. Ce mode de sensibilité seroit ilnieux noiximé perceptibilité y ou faculté de se rendre compté des émotions quon éprouve. Elle exige Un centre auquel les impressions se rapportent ; aussi n'existe-t-elle que dans les animaux qui , conime l'homme, ont un cerveau ou quelque chose qui en tient la place; tandis qu& les zoophytes et les végétaux privés de cet organe central, sont également dépourvus de cette faculte. Les polypes^; et plusieurs plantes telles que la sensitive, exécutent cependant des mouvemens spontanés, qui paroissent indiquer l'existence de la volonté, et par conséquent de la 'perceptibilité; mais ces mouvemens résultent d'une impression qui ne s'étend pas au-delà de 'la partie qui l'éprouve, et dans laquelle la sensibilité et la contractilité se trouvent confondues.

La sensibilité , en quelque sorte latente de certaines parties du. corps,- ne peut pas être entièrement assimilée a celle des végétaux; puisque ces organes, dont le sentiment est ordinairement si obtus, manifestent dans leurs maladies une sensibilité percevante y qui s'annonce par de vives dou« leurs; qu'il suffit même de changer le stimulant iLuquel ils sont accoutumés , pour déterminer ce

.phénomène. Ainsi l'estomac, sur les parois du--» quel les alimens ne produisent, dans Tétat ordinaire, aucune impression perceptible , renvoie des .sensations très -distinctes, et devient le siège de douleurs atroces , lorsqu'on y a mêlé quelques crains d'une substance vénéneuse. De la même manière, nous ne nous apercevons d^s impressiiori9 qu'exercent sur les parois de la vessie ou du reclum les urines ou les matières fécales accumulées, qu'au moment où elles sont devenues, par leur séjour, as$Q7 irritantes pour ébranler, à un certain degr^,- ces pocl^çs irritables ^t sensibles, et transformer leur sensibilité .obscure en sensibilité Lien apparente. Ne pourroit-ron pas soupçonner que si , d^^s.Tétat sain, nous n'avons pas la conscience dç^ inâpressions qu'ei^ercent sur nos organes les s^c$ ^ui y abordent, c'est. qu'accoutumée aux sensaUpns qu'ils font naître presque sans in* terruption, n^us p'eq.^vpfiseu qu'ime perceptioa confuse, qui a fini par.diaparoitre? £t ne peut-ou pas, sous ce point de vuf , comparer tous ces or« ganes à ceux dans lesquels résident les sens de I^ Yue, de Touîe, de l'odorat, du goût et du toucher, qui ne peuvent plus êtxe excités par des stimulans auxquels ils ont été long-temps soumis, et dont ils ont contracté Ihabitude ?

Deux sortes d'organes bien différens par leurs jusages et pat la nature de leurs propriétés, entrjenl dans la compositiçu du corps de l'homme; ce sont comme deux machines vivantes çt réunies ;

pROLéeoMÀNVs. 39

Tune, formée par Tassemblage des sens, des nerfs, du cerveau, des muscles et des os, sert k établir ses relations avec les objets du dehors; Fautre, destinée à la vie intérieure , consiste dans le tube digestif, les appareils absorbant, circulatoire, respiratoire et sécrétoire. Les organes de la gêné* ration dans l'un et dans l'autre sexe, forment une classe k part , laquelle pour la nature des propriétés vitales, tient en même temps des deux autres.

Par le moyen des sens et des nerfs, qui, de ces organes, se rendent au cerveau, nous pouvons apercevoir pu sentir l'impression que les choses extérieures produisf^nt sur nous ; le cerveau , siège véritable de cette sensibilité relative, qui seroit à bon droit nommée percepiibilUé , perceptive power (Pott), excité par ces impressions, peut irradier daiis les muscles le principe du mouvement et déterminer Texercice de leur contraciilité. Cette propriété , soumise k lempire de la volonté , se manifeste par le raccourcissement subit d'un organe musculaire qui se gonfle, se durcit, et détermine le mouvement des pièces du squelette auxquelles il s'attache. Les nerfs et le cerveau sont essentiellement les organes de ces deux propriétés; la section des premiers entraine la perte du sentiment et celle du mouvement volontaire dans les parties auxquelles ils se distribuent. L'autre espèce de sensibilité est, au contraire, tout-à-fait indépen* dante de la présence des nerfs; elle règne dans tous les organes, quoique la substance de tous ne

à l'empire de cette faculté de Famé , se manifesté par des actions dont noua ne, ypimines pas plus avertis que des impres^ODS. qui ep sont les causes déterminantes.

Ces deux grandes ipioditications de la sensibi*iité et de la.contractilitéy une fois bien distinguées, il n est pas difficile de voir d'où proviennent les iéCernelles disputes de Haller et de ses sectateurs sur les partie^ irrit^I^les et sensibles du corps des animaux et de Kbomme^ Tous les organes auxquels s^ç, savant pb.ysiol€^iste a refusé ces deux j^roprié- ,t^8, comipe Les os^ les tendons , les membranes , \es. cartilages , le tisjsu cellulaire , etc« etc. , ne JQi|Î8^nt que d^ cette sensibilité latente, et de cette obscure contractilité communes à tou^ les ^tre3 vivans , et sans lesquelles il est impossible 4)e concevoir l'existence de la vie : ils sont complètement , dans Tétat sain , priyés de la faculté de renvoyer au cerveau des impressions perceptibles, et d'en recevoir le principe d'un mouvement ma*nifeste et sensible. On a également beaucoup di^ puté pour savoir si la sensibilité el^ la contractilité tienoient à l'existence des nerfs, si ces parties en étoient les instrumens nécessaires , si leur désoiv ganisation entrainoit la perte de ces deux propri^ tés vitales dans les ^rties qui les reçoivent : ou peut répondre oui , pour la sensibilité percevante, et le mouvement volontaire qui lui est entièrement subordonné , mais que l'existence des nerfs n'est pas du tout nécessaire pour Texiercioe de la sens»-

btlite et de la contractilitç indispensables à Tassimilation nutritive.

Rien dans le corps vivant n est absolument insensible ; mais dans chaque organe la sensibilité e^t tellement modifiée , qu'elle ue répond point aux mêmes stimulus. Ainsi Toeil etf insensible aui: sons , comme ToreiUe à la lumièi^e. Une dîssolutioo .de tartrite antimonié de potasse ne produit aucune impression désagréable sur la conjonctive : portée dans Testomac , elle provoque des mouvemep^ convulsils; tandis qu'un acide que ce dernier supr porte, irrite la membrane qui unit les paupière# au globe de Toeil , et occasionne vœ violente C|)br talmie. C'est par la même raisoq que les purgar tifs traversent Testomac sao^ p^roduire leur effet sur ce viscère , et vont solliciter Tap^pn du tube intestinal ; que )es c^ntharides .af£ec|f i)t spécialement la vessie; le mercure, le^ gl^indes^alivaire^. Chaque partie sent , se ine^t , et vit à sa manière ; dans chacune , les propriétés vitales se nuancent et se modifient de- telle $orte , qu plies peuvent être considérées cona^çie autant de m?9i|bres séparés d une même famille, travaillant k un but commun, tendant au mém^ résultat , concourant aux mêmes travaux, consentientia omnia{W\^i^*y

La faculté de se rendre conjipte de ses sensations et celle de se moM'voir,^ volonté, communes à 1 honune et ^ tous Ic^ animaux qui ont un. centre nerveux distinct^ sont essentiellement liées l'une à l'autre. Supposez en effet un être vivant revétn

44 ' PROLéGOMÈNES.

d*organes locomoteurs et prive de sensations ; entouré de corps qui menacent à chaque instanrt sa frêle existence, n^ayant aucun moyen de distinguer ceux qui lui sont nuisibles, il courra infailliblement à sa perte. Si la perceptibilité pouvoit an <î6n traire exister indépendamment du mouvement, quel sort affreux seroit celui^de ces êtres sensibles , seinblables aux fabuleuses Hamadryades qui^ pla-* cées inamoviblement dans les arbres de nos forêts , «npportoient-, sans pouvoir les éviter , tous les coups portés à leur champêtre demeure ! Les songes nous placent quelquefois dans une situation qui donne la juste idée de cet état. Un pérH certain menace notrç existence; un énorme rocher ^semble se détacher, rouler et se précipiter sur notre frêle machine; un monstre effroyable paroît nous poursuivre , et pour nous engloutir, ouvre une ^eu)e immense. !Nous voulons échapper à ce danger imaginaire , le fuir ou le repousser, et cependant une force invincible, un pouvoir inconnu, nue main puissante paralyse nos efforts , nous retient, et nous enchaîne immobiles dans la même place. Cette situation est horrible, désespérante, et Ton se réveille accablé de la peine qu'on en a ressentie. De même qu'il n'-est aucune partie qui ne sente d'une façon qui lui est propre , de même il n'en est point qui n'agisse , ne se meuve , ne se contracte à sa manière ; et les parties qu'on a trouvées sans mouvement ' Analogue à la contractilité musculaire , n'ont persisté dans cet état d'immobilité^

que par le défaut d'excitant convenable à leur nature particulière. Des physiologistes disent avoir produit des frémissemens marques dans le mésentère d'une grenouille et dans celui d'un chat, en les touchant, après les avoir préliminairement imbibés d'alcool ou d'acide muriatique.

Dans l'opération du sarcocèle (i), je me suis souvent aperçu qu'au moment où soutenant la tumeur avec la main gauche, je faisois de la maia droite , armée d'un bistouri , la section du cordon des vaisseaux spermatiques , la tunique vaginale offroit des contractions oscillatoires : elle se resserre d'une manière visible dans lopération de l'bydrocèle. L'injection d'une liqueur irritante y détermine des mouvemens marqués. Le tissu osseux, malgré le phosphate de chaux qui l'incruste, est susceptible d'une contractioa dont les effets, pour être lents, n'en sont pas moins incontesta-* blés. Après la chute ou l'avulsion des dents, le bord alvéolaire s'amincit en revenant sur lui-même, et les alvéoles disparoissent. Ces faits me semblent

(i) Les contractions de la tunique érythroîde, formée par répanouissement du muscle crémaster, ont sans doute terri à rendre beaucoup plus apparent lé phénomène dont il s'agît. Cet effet doit être surtout marqué au moment de la section du cor<« don sperroatique. Ce sont les contractions du même muscle qui itoiicent la peau du scrotum frappé par le froid, et remonteiiV aloi% les testicules vers les anneaux des muscles du bas- ventre. La contracUlité de la peaa des bourses n'a qu'une foible parCr dans cette action.

4^ PROLéGOMÊNES,

j^rouver , bien mieux encore que toutes les expériences faites sur les animaux vivans (expériences dotit, pour le dire en passant, les résultats ne doivent pointêlre appliqués à 1 économie de l'homme, avec la confiance qu'on leur accorde ) , ce qu'on doit penser des prétentions de Halier et de ses sectateurs sur l'insensibilité et la non irritabilité des membranes sé)rëuses et des autres organes d'une structure analogue. '

Kous ne parleroiis point ici de la poroisité , de ïa divisibilité , de l^'élasticité , et des dutres propriétés que les corps vivans partagent avec les ^bstnnces inanimées. Ces propriétés ne s'exercent jamais dans toute leur étendue , dans toute leur pureté , si l'on peut se servir de ce tet*me ; leurs résultats sont toujours altérés par l'influence des forces vitales , lesquelles modifient constamment tes effets qui semblent dépendre le plus iknmédiafement d'une cause physique, mécaniqiie, chittiique, ou de Yout autre agent de cetteespèce. Il n'en est pas de métne de V extensibilité réellement vitale , bien manifesté daiïs'certaiiis ôfgSires, tels que la verge, lé clitoris; tous se gonflent, se dilatent par l'afflux des humeurs, quand ils sont irrités ; mais cet. effet ne dépend point d'une propriété spéciale et distincte de la sensibilité et de la cou* trâctilîté. Ces parties se dilatent; leur tissu s'étend par l'exercice de ces deux propriétés, qui donnefoient lieu au même phénomène dans toutes les parties, si toutes avoient la même structure.

PROLéGOMÈNEâ. 47

Il en est de même de la caloricité , ou de cette puissance inhérente à tous les êtres TÎvans , de' persister dans le même degré de chaleur sous les températures les plus variables; propriété en vertu de laquelle le corps humain , chaud de 5o à 34 degrés, conserve la même température sous le climat glacé des régions polaires , comme au milieu de Vatraosphère embrasée de la zone torride. C'est par lexercice de la sensibilité et de la contracti^ lité, c'est par tes fonctions auxquelles ces forces vitales président , que le corps résiste à Tinfluence également destructive du froid et du chaud excessifs (i).

Si Ton admettoit la caloricité au nombre des propriétés vitales , parce que , suivant les paroles du professeur Chaussier , cette conservation d'une chaleur uniforme est un phénomène très^remar* quâble, on seroit conduit à supposer une cause distincte, c'est-à-dire une propriété particulière, pour la production d'autres phénomènes non moins importans*

Barthez et le professeur Dumas ont commis la toéme erreur; le premier en voulant établir l'èxis^ tence d'une force de situation fixe des molécules de la fibre musculaire , et le second i^n ajoutant à la sensibilité et à la contractilité une troisième faculté, qu'il nomme force de résistance vitale*

Les muscles, dans l'état vivant, se déchirent bieh

(i) X^^ytz Vttisêoire dà la Chaleur animale.

plus difficilemeot que sur le cadavre, parce que la contractilité dont ces organes jouissent au plus haut degré , tend sans cesse à conserver le contact des molécules dont la Sjérie forme la fibre muscu* laire , et même à rendre leur rapprochement plus intime. Ce fait , donné comme preuve de Texistence d'une force particulière , s'explique facile-* ment par la contractilité.

Les corps organisés et vivans résistent à la putréfaction par le fait même de la vie. L'agitation continuelle des liquides, la réaction des solides sur les humeurs, la rénovation successive de ces dernières journellement rafraîchies par l'introduction d'un nouveau chyle , sans cesse épurées au moyen des sécrétions par lesquelles les produits trop ani« m alises s'évacuent; voilà les causes qui empêchent le mouvement putréfactif de s'établir dans les corps jouissant de la vie, malgré la multiplicité et la volatilité de leurs élémens. Leur conservation est donc un effet secondaire et dépendant de l'exercice des fonctions auxquelles la sensibilité et la contractilité président. La nature excelle à faire dériver une multitude d'effets d'un petit nombre de causes; c'est donc connoitre bien peu ses loix qu'imaginer pour chaque fait une cause partiqulière.

I«a séparation du chyle opérée dans le duodénum par le mélange de la bile avec la masse alimentaire , la vivifîcation du sang par la respiration, la confection des humeurs par les glandes congio-;

PROLÂGOMÈNES. 49

mérées, la nutrition dans les organes , sont autant d'actes de réconomie vivante pour lesquels on seroit tenté de supposer des forces distinctes; mais ces opérations chimico^itales sont tellement subordonnées à la sensibilité et à la contractilité , qu'elles s'effectuent seulement dans les appareils animés par ces deux propriétés, et que leur exécution plus ou moins parfaite est toujours relative à Tétat de ces propriétés dans les organes où elles' s'accomplissent.

Nous avoi;is reconnu qu'il existott deux grandes modifications de la sensibilité et de la contractilité ; que la sensibilité se divisoit en , sensibilité percepante et en sensibilité Içttente § que la con^ tractilité étoit tantôt volontaire , d'autres fois invo^ lontaire^ et que cette dernière pouvait être opercevable ou insensible. ...

Percevaiue. {Sensi^iité cérébrale , nerveuse, animale, perceptibilité, )

Atcc conscience des impressions ou pei^^ ceptibilité : elle nécessite un appareil particulier.

SENSIBILITÉ^ Latente, ( Sensibilité nutritive , organique. )

Si^is conscience des impressions ou sensibilité générale et commune à tout ce qui a Tie : elle u*a point d'organe spécial , et s« trouve universellement répandue dans toutes les parties vivantes, végétales et animalar.

5o T^ROLÉGOMÈKES.

Volontaire et sensible , subofdcmilée à la perceptibilité»

CONTIl ACTILiTi { Involaniaire et insensible , corréipondante

à la sensîbîUté lateajtc. Tonicité.

Involontaire et siensibie.

Cette dei!*nière modification de la contractilité paroit avoir sa cause dans Torganisatiôn particulière du système des nerfs grands sympathiques. C'est de ces nerfs que le cœur, le tube digestif, etc. paroissent tenir la propriëlë d'offrir àt% contractions sensibles , effets de l'application directe d'un stimulus , et auxquelles la volonté ne prend aucune part ^ comme nous le dirons en parlant de ce» nerfii<

La sensibilité et la contra'ctilité présentent une foule de différences dont les principales dépendait de l'âge, du sexe^ du régime, du climat, de la saison , de l'état de sommeil ou de veille , de santé ou de maladie , du développement relatif des systèmes lymphatique , cellulaire ou graisseux , et des proportions qui existent entre le système nerveux •t le système musculaire. '

1^. Ld principe de la sensibilité et de la contractilité se comporte à la manière d^un fluide qui naît d'une source quelconque , se consume , se répare, s'épuise , se distribue égaletoent , ou se concentre sur certains organes.

3^. Comme la contractilité , la sensibilité est

très-grande au moment de la naissance , et paroit

PROLiGOMiNBJl. Si

diminuer plus ou moins rapidement jusqu'à la mort.

S"". La Tivacilc^ la fiféquence éeé ili)|>ression8 l'usent de bonne belipe ; ell« se répare en quelque sorte j c'est-à-dire , reYient à sa délicatesse première, lorsque les organpies senslbles'restent longtemps en repos. C'est ainsi qu'un gôurmatid dont legoût seraîljt>lase) en feeûwvrer&it «ou te là finesse, si, pendant plusieurs mois^ aux ragoût) ëj)icés , aux liqueurs fortes , U subslituoit le pain sec et l'eau pure* De la même manière, ia contractilîté se consume dans les . nni^leS trop lofig- temps exei^ceS ^ es se répare pevdant le repos que le som<meil ptocaire* '

4^. Veut'on un exemple de la manière dont* la sensibililë se coDoentré sur un orgafte, et semblé abandonner tous les ouires? Quand l'etcitement vénériea est au dernier degré , ceuis qui ( eprou-^ rent , reçoirent sans ^oqle«ir des coûps> dés piqûres. On maltraite durement les animaux domesti^ ques , dans cet état ^ sans qu'ils paroissent s'eii apercevoir. Si l'on mutile le crapaud en coupant ses pâtes dé derrière âu tiioment où , tenant la femelle âi^oitemenc embrassée , A arrosé de sa semenoe prolifique lis ceufs qui se détachent et sortent par l'anus^ on ne le toit point lâcher prise, il semble étranger à toute autre sensation : tout comme un homme fQrtement occupé d'une idée , absorbé par la réflexion , ne^eut en être distrait » quelque moyen qu'oft emploie. Lorsque , par l'effet

5« TKOhiGOMàlJBS.

du satyriasis, Texaltation des propriétés vitales est extrême dans la verge , on a tu , au rapport d'Aétins , les malades se «ouper eux-mêmes les xléux testicules ^ sans éprouver les douleurs qu^entraîne après. soi une opération aussi cruelle (i). C'est par cette loi de la sensibilité que s'explique l'observation d'Hippocrat^ : deux parties ne peuvent pas être douloureuses en même temps. De deux douleurs qui naissent'à la fois, la plus violente obscurcit la plus légère : ^mbo partes non possunt dolere simul. Duobus doloribus ^ simuV orientibu9 , ve--' hementlor obscurat alterum. \Hjpp. ) Dans une personne qui a plusieurs engorgemens scrophuleux considérables, on voit les parties malades s'enflammer , devenir, douloureuses , et s'abcéder successivement, rarement ensemble, pour peu que le cas sojt grave et U souffrance un peu vive. Le germe .d'une maladie ou d'une douleur plus légère peut jester quelquefois assoupi par une dpuiew plus forte. Un carrosse, dans lequel j'étoiS'*, versa par la maladressé du cocher, ies glaces furent brisées et j'eus les deux poignets, foulés. Le poignet droit , qui avoit éprouvé le tiraillement le plus <)onsidé-« rablei, se .gonfla le premier; je combattis ce'gon- * flement par les remèdes appropriés : lorsqu'au bout d'une semaine la tuméfaction et la douleur

(i) NoYimua cpiQsdam aadadores , qui sîbi ipsîs, ferro testes resecaerant.

lu, Tetrab. 3 , s. 3 , p. 699. -

FRQLBGOlffirKBS; 55

avoieiit presque complètement disparu , et que la main droite commençoit à reprendre sa flexibilité et sa souplesse , le poignet gauche se gonfla et de* vint à son tour douloureux. Les deur maladies, si elles méritent ce nom, se succédèrent, et parcou«* Turent séparément leurs périodes.

La perfection d'un sens ne s'achète jamais qu'aux dépens des autres ; les ayeugles donnant plus d'attention aux ébranlemens ressentis par l'ouïe et le toucher , étonnent sourent par la finesse de ces deux organes ; de façon que , comme on l'a dit ^ les hommes qui , pour donner quelques agrémens à la voix, ont osé mutiler leurs semblables , en les privant de l'organe destiné à la reproduction de l'espèce , auroient pu imaginer de leur crever les yeux , poup les rendre plus sensibles aux douces impressions de l'harmonie.

5^; Dans, le sommeil parfait , Fexercice de la sensibilité percevante et celui .de la contractilité volontaire est entièrement suspendu. Dans cet état, un voile plus ou moins épais-, suivant que le sommeil est plus ou. moins profond, semble jeté sur les extrémités sentantes. On sait coùiment l'ouïe devient dure, l'odorat et le goût obtus , comment la vue s'obscurcit, un nuage se répandant sur les yeux au moment où Ton s'endort. J^r q,uidam exquisilissimâ serisiBilUate prœdUus ,. semi consopitus coïbat : huic, ut si pelamento levi glans obductus.fuisset ^sensus çoluptatis réfère-^

54 PR0IiBO0K£N£8.

6\ La sensibilité esl plus vive et plus facile à émouvoir chez les habitans des pays chauds , que chez ceux.des contrées septentrionales. Quelle pro* digieuse différence existe , sous ce rapport , entre le Beige et le Français des provinces méridîonales ! Les voyageurs nous racontent qu'au voi-* sinage des pôles ^ il est ^es peuplades dont le^ individus ont si peu de sensibilité, qu'ils supportent sans douleur les plus profondes blessures. C'est ainsi que Dixon et Vaneouver attestent que les habitans des côtes du nord de l'Amérique s'enfoncent dans la plante des pieds des fragmens de verre et des. clous aigus y sans éprouver aucune sensation désagréable* Au contraire , la piqûre la plus légère , par exemple, une épine enfoncée dans le pied de l'Africain robuste, est fréquemment suivie d'accidens convulsifs et de tétanos. La seule impression de l'air suffit pour les déterminer chez les négrillons des colonies^ dont le phis grand nombre meurt , peu -de jours après la naissance , du serrement convulsif des mâchoires.

Montesquieu (i) a très^bien saisi cette différence

(i) Ce philosophe a emprunté , du père de la médecine , Fane de ses opinions les plus )>riUantes et les iplus paradoxales. Se* Ion luif les pays chauds, sont la patrie du despotisme , et les pays froids celle de la liberté : cette erreur se trouve victorieusement réfutée dans le profond et philosophique ouvrage de M. Volney , sur TEgypte et sur la Syrie. Il y fait voir que co que Montesquieu dit des contrées septentrionales , s'applique mieux aux pays de montagne , tandis que les pays de plain#

qui existe pour le degré de sensibilité entre les peuples du midi et les peuples du nord , desquels il dit énergiquemeut : ce n'est qu'en les écorchant qu'on les chatouille. Or, comme Timagination est toujours en raison directe de la sensibilité physique j tous les arts dont la culture et le perfectionnement tiennent à Tezercice de celte faculté de Tame , fleuriront difficilement près des glaces polaires y à moins que des causes morales et physi* ques , heureusement ménagées , ne détruisent ou au moins n'affoiblîssent la puissante influence du climat.

De tons les êtres Tiyans , l'homme est celui qui résiste le plus énergiquemeut i l'influence des causes extérieures } et quoique l'empire du climat modifie assez puissamment son extérieur pour que son espèce se partage en plusieurs variétés ou races distinctes (i) 9 il j a loin de cette empreinte superficielle aux altérations profondes que les autres êtres éprouvent du seul changement de la température : l'homme est partout indigène, et vit sous , I I 1 - - ---•■- — -

sont phis fayorables à rétablissemeiit de la tynraniê. Hipp»crate avoit dit , des Ajiati<|«ei , que %*'û% ééoitnt moins belliqueux que les Europi^Bs , <)ela lenoit bien av ^^im^ 9 »uiû ^^^^i à la forme de leurs gouveniemens tous despotiques et soumis k la Tolonté arbitraire des rois ; or, ajoute-t-il , les hommes qui ne jouissent point de leurs droits naturels, mais dont les afifections sont dirigées par des maîtres , ne peuvent avoir la passion bardie des combats , etc.

(1) Fojez t» u, art« des variétés de V Espèce humaine.

â6 P.a O L E G O M £ NE Si

tous les climaU, et les plantes et les .animaux de Téquateur , languissent et. meurent, transportés près du pôle. Par la flexibilité de sa nature, l'homme jouit du privilège de se coordonner avec les milieux les plus dîfféreos , et d'établir entre eux et lui des rapports compatibles avec la conservation de sa vie. Toutefois, ce n'est point sans trouble <ju'il subit ces changemens et s'habitue à des impressions nouvelles. Le. retour périodique des sai* sons détermine celui de certains dérangemens auxquels l'économie animale est sujette. Les mêmes maladies se représentent sousl'influence des mêmes températures, et ressemblent, comme on Fa dit ingénieusement^ à ces oiseaux de .passage que nous revoyons toujours aux mêmes époques de l'année. C'est ainsi qu'avec le printemps reparoissent les hémorragies y les. affections éruptives; que l'été se montre accojnpagné des fièvre» bilieuses.; que l'automne ramène les flux dyssentériques , et que l'hivec est constamment, fécond en péripneumo* nies et en inflammations de toutes espèces. L'in-*fluence des saisons sur le corps de l'homme ne se borne point à la production des affections épidé* miques, dont la considération sert à établir ce que les médecins ^nomment constitutions médicales : cette influence s^exerce sur l'homme sain comme sur l'homme malade ; et sans parler des changemens que le moral éprouve du penchant à l'amour, devenu plus impérieux avec le retour du printemps, de la mélancolie dont les personnes nerveuses sont

PHOIiÉGOMÈNËS. 57

fréquemment atteintes vers le déclin de l'automne, quand les arbres se dépouillent de leurs feuilles , Faccroissement de structure est surtout remarquable au moment de la pousse des végétaux , comme s'en est assuré, par des observations répétées, l'un de -mes amis, médecin dans un pensionnat nombreux.

7^. La sensibilité est plus grande dans l'enfance et chez les femmes , dont les nerfs sont aussi plus gros et plus mous, relativement aux autres parties du corps. En général, le principe de la sensibilité paroi t se consumer à mesure qu'il fournit au développement des actes de la vie, et l'impressionnabilitë par les objets extérieurs , diminuer graduellement avec l'âge, de manière qu'il arrive une époque de la ^vieillesse décrépite à laquelle la mort paroît une suite nécessaire du complet épuisement de ce principe. Enfin , ainsi que nous l'avons dit en faisant l'histoire de la mort , fréquemment la sensibilité s'exalte et s'avive à ses approches,comme • si sa quantité devoit s'épuiser totalement avant la fin de l'existence , ou que les organes fissent un dernier effort pour ressaisir la vie.

8^. Le développement du système cellulaire et graisseux diminue Ténergie de la sensibilité, les extrémités des nerfs mieux reèouvertes ne s'appliquant pas aussi immédiatement aux objets, les impressions ressenties sont plus obscures : le tissu adipeux est aux nerfs ce que seroit à des cordes vibrantes la laiue dont on les auroit enveloppées,

58 PROLÉGOMèNJ&5.

pour fixer leur mobilité , empêcher leurs frémir seraens, éteindre leurs vibrations.

Les femmes, décidément vaporeuses^ sont re- / marquables par une maigreur extrême ; les per-

sonnes très-sensibles ont rarement de Tembonpoin t. Le cochon , dont les nerfs sont recouvert et protégés par un lard épais, est le moins sensible de tous les quadrupèdes. On diminue la susceptibilité nerveuse, on é.mousse la sensibilité en comprimant ses organes. L'application d'un bandage roulé, fortement serré sur le corps et sur les membres, calme les accès convulsifs d'une femme vappreuse. J'ai souvent diminué la douleur dans le pansement des . plaies qui sont dans cet état de dépravation , connu sous le nom de pouritùre d'hôpital , en faisant serrer fortement pai^ les mains d'un aide le membre au-dessus de la blessure.

9^. Il existe, entre la force des muscles et la sensibilitié des nerfs, entre l'énergie sensible et la , force de contraction , une opposition constante , de manière que les athlètes les plus vigoureux, et dont les muscles sont cajMibles des efforts les plus prodigieux , des contractions les plus puissantes , sont peu impressionnables et entrent difficilement en action, ainsi que nous l'avons expliqué > en faisant l'histoire des tempérameus musculaire et nerveux que cette opposition caractérise* C'est pour cela que l'homme est plus sensible que les quadrupèdes , quoique ses nerfs soient plus petits que chez eux, où ils semblent occupés imouvoir les masses

paotÉGOMiNEs. 59

musculaires 9 et remplir plutôt l'office de nerfs moteurs que de nerfs sensitifs.

Il n'est pas de fibre musculaire , si déliée qu'on la suppose , dans laquelle on ne soit forcé d'admettre l'existence d'un petit filament neryeux, duquel elle tient yraisemblablement la puissance de se contracter. La contractilitë au moins volontaire ne semble pas inhérente à la fibre musculaire et indépendante des nerfs , par lentremise desquels la volonté détermine l'action des muscles; et si ces derniers organes isolés se contractent par l'application directe d'un stimulant extérieur, ne doiton pas soupçonner que celui^ a^it sur la portion nerveuse qui reste dans le muscle après son isole* ^lent, et qui se lie intimement à son tissu fibril* laire ? Les animaux qui n'ont pas de système ner* veux distinct , sont à la fois sensibles et contractiles dans toutes leurs parties; les deux propriétés se confondent dans les organes , ainsi que dans les phénomènes de la vie , et ne peuvent être conçues séparément que par une pure abstraction de l^esprit qui considère successivement l'impression produite sur ces êtres, et le mouvement de leur substance, suite immédiate de cette impression.

Nous ne nous étendrons pas davantage sur les loix et les phénomènes de& propriétés vitales, de peur d'être obligé , dans Thistoire des fonctions auxquelles elles président , à des répétitions au moins inutiles; terminons ce qui leur est relatif, par l'exposé des deux traits les plus importans de

60 PROLéOOM:ÈNES.

leur histoire , je yeux dire > les sympathies et les habitudes.

$. VII. Des Sympathies.

Il existe entre toutes les parties du corps vivant des rapports intimes ; toutes se correspondent et entretiennent un commerce réciproque de sentimens et d'affections. Ces liens, qui unissent ensemble tous les organes, en établissant un merveil-< leux accord , une harmonie parfaite entre toutes les actibn^ qui s^exécutent dans l'économie animale, sont connus sous le nom de sympathies : on ignore encore la nature de ce phénomène; on ne sait point pourquoi, lorsqu'une partie est irri-» tée, une autre partie, très-éloignée , ressent cette irritation , ou même se contracte. On n'est pas non plus d'accord sur les instrumens des sympathies > c'est-à-dire, sur les organes qui lient ensemble deux parties , dont l'une sent ou agit , lorsque l'autre est affectée. Mais pour être inexplicables^ les sympathies n'en jouent pas moins un rôle important dans l'économie des êtres yivans; ces relations intimes entre des parties éloignées, consti-» tuent même une des plus remarquables différence^ de ces êtres comparés aux corps inorganiques. Rien de semblable ne s'observe dans la nature morte et inanimée, tout ne s'y tient que par des liens matériels et palpables; ici la chaîne est invi* sible , la connexion évidente ^ la cause occulte et Teffet apparent.

P R O LÉ G O M £ NE 5. 6l'

Whytt a parfaitement démontré que let nerfs ne pouYoient point être regardés comme les iustru« inens exclusifs des sympathies, puisque plusieurs muscles d'un membre, <]ui reçoivent leurs filets du même nerf, ne sympathisent point ensemble , tandis qu'il y a une liaison étroite et manifeste entre deux parties dont les nerfs n'ont aucune con* nexion immédiate , puisque chaque filet fierveux ayant de ses deux extrémités , l'une au cerveau et 1 autre à ja partie dans laquelle il se termine, reste étranger à ceux du même tronc , et ne communique point avec eux.

On peut distinguer diverses espèces de sympathies. I "*. Deux Organes qui exécutent des fonctions semblables ; les reins , par exemple , se suppléent réciproquement. Lorsque la matrice renferme le produit de la conception » elle fait participer les mamelles à. l'état qu'elle éprouve , y détermine l'abord des humeurs nécessaires à la sécrétion qui doit s'établir, etc. a*. La continuité des membranes est un moyen puissant de sympathie. La présence des vers dans le conduit intestinal , détermine un prurit incommode autour des narines. Dans les affections calculeuses de la vessie, les malades éprouvent une plus ou moins forte démangeaison k lextrëmité du gland. C'est |)ar ce mode qu'est déterminée la sécrétion de plusieurs liquides. C'est ainsi que la présence des alimens dans la bouche , occasionnant sur l'extrémité buccale du conduit de Stenon^ une irritation qui se propage le long de

62 FROLÉGOMBNSS.

ce conduit jusqu'aux parotides, réveille ces glandes , et actiye leur sécrétion. 5^. Si l'on irrite la membrane pituitaire , le diaphragme qui n'a avec elle aucune connexion organique immédiate, ner<veuse, vasculaire , membraneuse ou autre, se con-* tracte , et nous éfernuons. Cette sympathie n'^t— eile point du nombre de celles que Haller faisoit dépendre de la réaction du gensorium commune f L'impression que ie tabac produit sur les nerfs olfactifs , est^eUe trop vive ; la sensation iùcom^ mode est transmise à l'organe cérébral , qui déter* mine vers le diaphragme une quantité suffisante du principe moteur, pour que ce muscle resserrant subitement les diamètres de la poiti'ine, en chasse avec forcé une masse d'air propre à détacher dé la membrane pituitaire les corps qui l'affectent d'une âiamère désagréable. ^. Le principe de vie ne serable-^t-^1 pas diriger à son gré les phénoisiènes sympathiques ? Le rectum , irrité, par la présence des excrémens , se contracta Qqi détél*mine l'ac-* tion auxiliaire et simultanée du diaphragment des muscles abdominaux ? cette relation tient^-dle à des communications organîques?.Mais alors,.pourquoi la sympathie n'est-^Ue pas réciproque ? par quelle raison le rectum ne se com^racte-t^^il point, quand on irrite le diaphragme? 5^. L'habitude réi^ lérée des mêmes mouvemena peutrelle expliquer l'harmonie qu'on observe dans Taotitm des organes symétriques ? pourquoi , lorsque nous dirigeons la vue sur un objet placé latéralement , le muscle

droit externe de Toeil place de ce côté , agit-il en même temps que le droit interne de l'autre cêil? on voit bien Tindispensable utilité de ce phéno-> mène , pour le parallélisme des axes visuels; mais peut-on en assigner la cause ? pourquoi est- il si difficile de faire exécuter des mouvemens de circonduction en sens contraire , aux deux membres situés dans la même division latérale du corps ? Dire , avec Rega y qu'il y a des sympathies d'^c- Uùn ou de contraeiilité ( consensus actionum ) , des sympathies de sensibilité [consensus passio* num), etc. est*ce donner une juste idée des innomb^s^les variétés de ce phénomène , et de ses fréquentes anomalies?

Toutes ces difficultés font que l'on excuse Why tt d'avoir regardé Tame comme l'unique cause des sympathies : ce qui n'ëteit qu'un aveu modeste de l'imposisibilité dans laquelle on est de les expliquer. II n'est pas permis de regarder les sympathies comme des actes anomaux , des aberrations des propriétés vitales» Xi'ordre naturel de la sensibilité et de Tirritabilité est-il intervertî è^itiA l'érection symptfibiquè du clitoris et du mamelon , dans le gonflement des mamelles que détermine la f éplétion de la matrice ?

C'est par le moyeft des sympathies que tous les ^organes concourent au même but , et se prêtent de Tânfuels secours. (Test par elles qu'on explique pourquoi une affectioiï locale , d'abord topique ou bornée , se propage et s'étend à tous les systèmes ;

car c^est ainsi que s'établit tout appareil morbifî^ que : c'est toujours de l'affection isolée d'un organe ou d'un système d'organes, que naissent, par voie d'association, les maladies qu'on nomme génë** raies.

En effet , les affections qui nous paroissent les plus composées par le nombre , par la variété et la dissemblance de leurs symptômes , ne se composent que d*un seul ou d'un petit nombre d'élémens primitifs et essentiels; tout le reste n'est qu'accessoire et dépendant des sympathies nombreuses , qu'entretient l'organe affecté, avec les autres organes de l'économie. Ainsi l'estomac ne peut point être le siège d'une irritation saburrale, que des douleurs de toute espèce , mais sur-tout de la tête et des membres avec chaleur brûlante , nausées, perte d'appétit , anxiétés , etc. ne s'y joignent, et ne constituent bientôt une maladie qui paroit occuper la totalité du systèâie.

Pour suivre cet exemple , l'estpmac , surchargé de sucs dépravés, se contracte spontanément , pour s'en débarrasser; le trouble général que leiir présence suscite, semble dirigé vers la même fin, pomme si l'organe malade appeloit tous les autres à sou aide pour concourir à sa délivrance.

Ces synergies^ ou ensembles de mouvemens dirigés vers un même but, et naissant des loix sympathiques, constituent toutes les maladies appelées générales, et même la plupart de celles qu'on nomme locales. C'est par leur moyen, c'est à la

PROLéO'OMisKESw 65

faveur de ces sortes d'insurrections org^ques , qu'on nous permette ce terme qui exprime par* faitement notre idée, que la nature lutte avec avantage et se débarrasse, du principe morbifique ou de la cause de la maladie; et l'art de les faire naître et de les diriger, fournit matière apx plus beaux canons de la mtédecine-pratique. J'ai dit de les diriger et de les faire naître; car, tantôt il faut en accroître , d'autres fois en diminuer l'intensité et la force, dans certaines occasions les. exciter, lorsque la nature , accablée sous le poids 4u mal , est presque impuissante pour réagir : ce dernier cas, constitue les maladies du plus fâcheux caf*actère ^ les plus promptement et les plus sûrement mortelles, en y joignant celles où les ciffpr.^ de la nature , quoique remarquables par upe ^certaine énergie , sont désunis , sans accord , ont. eptr'eux une incohérence qui les inutilisé , affections dont Selle a le premier bien déterminé le caractère , en substituant à l'expression de malignes, sous laquelle on avoit coutuQie de les désigner, sans y attacher aucun sens précis, celle d'ataxiçues, qui peint bien le défaut d'ordre et la succession irrégulière de leurs symptômes (i)«

La cennoissance des sympathies est de la plus grande utilité dans la pratique de la médecine (2).

. (i) Symptomata nervosa, nec inter se, neque causis manifesUs respondentia. Ordo tert. ataetae, C. G. Selle. Rudimenta pyretologiaet metfaodicae.

(9) Ou peut puiser cette cpnnoiMance dan» les ouvrages des.

éè PROIiéGOMÈNBS.

Lorsqu'on vent détourner l'irritation fixëe sur un organe malade , c'est sur celui qui a avec lui les connexions sympathiques, les mieux démontrées par l'observation et l'expérience, qu'il est utile d'appliquer les médicamens révulsifs.

Ce seroit peut-être ici le lieu d'examiner la nature de ces rapports cachés qui rapprochent les hommes, et des disconvenances qui les éloignent; les causes de ces impulsions secrètes qui poussent deux étreS l'un vers l'autre, et les forcent de céder à un penchant irrésistible; de rechercher la raison de l'antipathre, et d'établir, en un mot, la théorie' entière dés sentimens et des affections morales. Une telle entreprise , outre qu'elle est bien audessus de nos forces j n'appartient pas directement à notre sujet : elle exigeroit un temps considéra^* ble ; et qui voudrbit la tenter, courroit de grands risques de s'égarer à tous les pas dans le vaste champ des conjectares.

$. VIII. Ve rSabitude.

Il est plus aisé de sentir la valeur de cette ex* pression que de la définir. On peut néanmoins dire que l'habitude consiste dans la répétition réitérée

«Bctens, et surtout d*Hippocrate , qui parott avoir senti toute l'importance de cette matière. Parmi les modernes , Vanhelmont, BagHyi,- Rega, Whytt, Hnntér, Barthez et Bichat, ont recueilli sur ce sujet un grand nombre de faits tirés des expériences sur les animaux, et surtout de Tobseryation des maladies.

de certains actes, de certains mouyemens auxquels tout le corps , ou seulement quelques-unes de ses parties participent. L'effet le plus remarquable de rhabitude est d'affoiblir à la longue la sensibilité des organes. C'est ainsi qu'une algalie, introduite et laissée àdemeure dans le canal de l'urètre, cause, le premier jour, d'assez vives.douleurs; le second jour, sa présence est supportable; le troisième, elle n'est qu'incommode; le quatrième, le malade s'en aperçoit à peine. L'usage du tabac augmente d'abord l'abondance des mucosités nasales; mais, continué pendant un certain temps , il cesse d'affecter la membrane pituitaire; et la sécrétion souf*friroit une notable diminution, si chaque jour on n'augmentoit la quantité de cette poudre irritante* La présence d'une canule dans le conduit nasal, après l'opération de la fistule lacrymale, augmente d'abord la sécrétion muqueuse qui s'opère dans ce canal; mais, â mesure qu'il s'accoutume au corps étranger, la sécrétion revient à son état naturel , etc.

Ce n'est que par nos sensations que nous sommes avertis de notre existence. Toute la vie, pour nous prêter au hingage systématique et figuré d'un auteur moderne, consiste dans l'action des stimulans sur les forces vitales. (7\>fa pita, quanta est, ' ûonsistit in stimulo et pi vitali. Brown.) Un besoin continuel d'émotions toujours renouvelées , tourmente tous les êtres sensibles : toutes leurs actions tendent' à se procurçr des sensations agréables ou

6S P B. O L à G O ME NES.

désagréables ; car , au défaut d'autres sentimens , la douleur est quelquefois une jouissance. Ceux qui ont épuisé toutes les manières de jouir, ont goûté de toutes les voluptés , se trouvent conduits au suicide par le dégoût de la vie; peut-on vivre, alors qu'on n'est plus capable de sentir ?

Voici l'exemple le plus extraordinaire et le plus remarquable de la manière dont l'habitude ou la répétition fréquente çt prolongée des mêmes impressions , use par degrés la sensibilité des organes. Un pâtre contracte vers l'âge de i5 ans l'habitude àe la ma,sturbation , et se livre à cet excès jusqu'à se polluer sept à huit fois par jour. L'éjaculation devient ^\ difficile qu'il se fatigue pendant une heure pour obtenir l'émission de quelques gou ttes de sang. Arrivé à l'âge de aÇ aps, sa main devient insuffisante ; seulement elle entretenoit la verge dans un priapisme habituel. Il imagine alors de

se chatouiller l'intérieur de l'urètre avec une petite

baguette de bois longue dé six pouces, employant chaque jour plusieurs heures à cet exercice, dans la solitude des montagnes ou paissoit son ti*oupeau. Par cette titillation continuée durant le cours de seize années, le canal.de l'urètre dçvint.intérieurement dur, calleux et insensible. La baguette devenue alors aussi impuissante que la majn , G. fut malheureux par le souvenir des jouissances qu'il avoit perdues. Après plusieurs tentatives infructueuses pour les recouvrer, désespéré, il tire de sa poche un mauvais couteau et s'incise le

gland suivant la longueur de l'urètre. Cette opération douloureuse pour tout autre, lui procure une sensation voluptueuse, suivie d'une éjaculation abondante. Enchanté de sa découverte, il répète son procédé chaque fois que ses besoins Texcitent. Lorsque par la division des corps caverneux le sang couloit en abondance , il savoit arrêter l'hémorragie en faisant autour de la verge une ligature ^médiocrement serrée. Enfin, peut-être en mille reprises, il parvint à fendre sa verge en deux parties égales, depuis le méat urinaire jusqu'à l'origine du'scrotum , très-près de la symphyse des pubis. Arrivé dans cet endroit, et ne pouvant pousser plus loin son incision, réduit à dès privations nouvelles, il revient à l'usage d'une bâguîette plus courte que la première, l'insinue dans lé reste du canal , et titillant k volonté les orifices des conduits éjaculateurs , il provoquoit aisément l'éjection de la semence. Il goûte ce plaisir pendant environ dix années. Au bout de ce long intervalle, il enfonce un jour sa baguette avec si peu d'attention et de ménagement , qu*elle échappe à £iès doigts et tombe dans la vessie. Des douleurs atroces survinrent, des aecidens graves se manifestèrent. Le malade se rendit à l'hôpital de !Narbonne, où le chirurgien surpris de rencontrer sur le même individu, deux verges de grosseur ordinaire, toutes deux susceptibles d'érection , et dans cet état divergeant des deux côtés ; voyant d'ailleurs aux cicatrices ,. ainsi qu'aux callosités de la division y que

cette conformation n'étoit point originelle , obligea le malade à lui faire l'histoire de sa vie , avec ton» les détails que Ton vient de rapporter* Ce malheureux fut taillé, guérit de Topération, mais mourut, trois mois après, d'un abcès dans la cavité droite de la poitrine : état phthisique évidemment amené par une masturbation continuée pendaiit près de quarante année3 (i).

L'habitude de souffrir nous rend à la longue insensibles à la douleur; mais tout se compense icibas, et si l'habitude allège nos maux, en émou^* sant la-sensibilité , elle tarit également la source de nos plus douces jouissances. Le plaisir et la douleur, ces deux extrêmes des sensations, se rappro* chent en quelque manière, et deviennent îndiffe^ rens à celui qui en a contracté l'habitude. De là na^t l'inconstance, ou plutôt ce de^r insatiable de varier les objets de nos penchans , ce besoin impérrieux d'émotions nouvelles , qui fait que nous goûtons avec tiédeur les biens que now iivons poursuivis avec le plus d'ardeur et d'opiniâtreté, et qui nous porte à abandonner les attraits dont BOUS étions captifs.

Veut-on un exemple frappant de la puissante influence de l'habitude sur l'action des organes : on le trouve dans ce criminel, qui, au rapport de Sanctorius, tomba malade au sortir d'un cachot infect, et ne guérit que lorsqu'il fut replongé dans

(i) Choptrt, Maladies des Foies urinaires, ton. u.

Tair impur anq[uel il ëtoit depuis loDg-temps ha-bituë. Ce roi de Pont, si terrible aux Romains, dont il balança long-temps la fortune, Mithridate, tourmenté par ht crainte de tomber vivant au pouvoir de ses ennemis , ne put se donner la mort, en prenant à grandes doses les poisons les plus actifs, parce qu'il s'étoit depuis long-temps accoutumé à leur usage (i). L^ûn n'a donc pas été trop loin, en disant de l'habitude, qu'elle ëtoit une seconde nature dont il faut respecter les loix.

Les parties sexuelles de la femme, à raison de leur vive sensibilité, sont soumises d'une manière très-marquée, à lempire tout-puissant de Thabitode. La matrice, qur s'est débarrassée prématuré^ ment du produit de la conception , conserve une sorte de penchant à réitérer le même acte , }orsquelle est arrivée à la même époque. Aussi doiton redoubler de précautions pour prévenir l'avortement chez les femmes^ qui y sont sujettes, lorsqu'elles sont dans le mois où cet accident est déjà survenu.

La mort ne peut-elle point être donnée comme une conséquence naturelle des loix de la sensibilité? La vie, dépendante de l'excitation continuelle

(i) Dans quelques cas très-rares , Thabîtiide produit un effet absolument contraire* CuUen dit avoir tu des personnes tellement habituées à se faire Tomir, que leur estomac n*ayoit be-soin , pour entrer en convulsion , que d*un vingtième de graitt de tartre émélique.

du solide vif^ par les liquides qui l'arrosent, cesse, parce que, accoutumées aux impressions que. ces liquides produisent sur elles , les parties contrac-* tiles et sensibles finissent par. ne plus les ressentir^. Leur action, graduellement éteinte, se. ré veiller oit peut-être^, si les. puissances stimulantes augmentoient d'énergie. . .:. .

L^ G,on|pi.Qi;Ssanqe duippuyoii* de Thabliiidé éclaire singulièrement daps, l'application des : remèdes, qui i)e;côopf i^nt pouç Jta.pjup^rt à la guérison des 3a;i'aladij6s.,:qu'6n modifiant Ja^'Siensibilité. Une plaie, dans laqueU^'ia ch^rrpie entretenoit le degré dlnflammation ^nëcessairfs^ la formation de la. cicaTtriée., devient insépsitAe à' ce topique; les chairs l>oursouflent .et se FamoUisent, le mal suit une marctie rétrograde^: ou .doit alors âavpoudrer la charpi;e avec quelque, pQ^d^'e iiyritaAte, ei^lbien imbiber les pIumaceau^'d'viQe liqueur active. On peut sans crainte forcer lesrdoses d'un médicament dpnt on a {ong-temp^ qpnjtinyé Tysage, C'est ainsi que, dans le traitement d'une maladie vénérienne par les. préparations mercuhelles , on augmente graduellement les quantité^. C'est d'après la même considération^, que Fré(léric Hoffmann çopseilloit, dans le traitement des maladies chroniques, de sus* pendre par intervalles l'usage des remèdes, et de les reprendre ensuite , de peur que le système qui en conlracteroit rhabitud4^, ne finî^ par y devenir insensible. Le même motif doit porter à varier les médlcamens, à employer successivement tous ceux

auxquels on assigne à peu près les mêmes vertus; car chacun d'eux émeut la sensibilité à sa manière. Le système nerveux peut être comparé à une terre riche de différens sucs, et qui, pour déployer toute sa fécondité, a besoin que le cultiv«iteur lui confie les germes d'une végétation diversifiée.

Il est bien remarquable que l'habitude , ou la répétition réitérée des mêmes actes , qui émonsse constamment , dans tous les cas-, et pour tous les organes, la sensibilité physique*, perfectionne le sens intellectuel', rend plus promptes et plus faciles, soit les opérations de l'entendement, soii les actions qui en sont la suite. I4 habitude émoussa le sentiment et perfectionne le jugement. ïAchKX a donc commis une erreur lorsque, distinguant les organes qui servent aux fonctions assimilatrices, de ceux qui sont employés à entretenir nos rap-^ ports avec les objets qui nous environnent , il a voulu établir que la sensibilité de ceux-ci devient plus exquise , tandis que celle des premiers s'émousse par l'effet de l'habitude.

Mais un peintre qui juge plus sainement que le vulgaire, des beautés d'un tableau , le i^oî/'î/ mieux que le vulgaire? Assurément non ; car il peut, avec une vue bien moins perçante ou plus débile, ana-^ lyser mieux par l'habitude qu'il en a contractée , juger plus prbmptement et plus sûrement des dé» tailset de l'ensemble, de même que l'oreille exercée du musicien sailsit dans un morceau, de l'exécution la plus rapide , l'expression et la valeur de

74 pROLÉ&OMàKBS.

tous les tons , de toutes les notes. On a été induit ^|i erreur^ parce que l'on a oublié, qu'à proprer Hient parler, ce ne sont point les yeux qui voient ^t les oreilles qui entendent ; que les impression^ produites par la lumière et par les sons sur ce^ organes , ne sont que la cause occasionnelle de I21 sensation ou de la perception dont le cerveau est exclusivement chargé. Lequel a l'ouïe plus fine , de ce sauvage du Canada , qui entend le bruit que font les pas de ses. ennemis à des distances qui nous étonnent , ou de cet artiste qui n'entend pas une personne qui parle à cinquante pas de lui , mai^ qui dirige avec sagacité toutes les opérations d'un grand qrchestre et démêle habilement l'effet do chaque partition ?

. Réduisez à un régime frugal et pythagoriqua r^n de nos inodernes Apicins; son palais, épuisé de sensibilité, par les mets les plus sapides, par les liqueurs fortes et les ragoûts les plus recherchés^ ne trouvera au pain sec aucune saveur : qu'il persiste quelque temps , s'il le peut , dans son usage ; bientôt cet aliment lui paraîtra savoureux comme à ceux qui en font leur principale nourriture , et ne lui associent qnie des substances qui n'ont pas de saveur trop tranchée. Quoiqu'avec le sens de l'odorat, celui du goût ne nous fournisse que les idées les plus directement liées à notre conserva* tion , celles qui tiennent de plus près aux besoin$ de l'animalité; quoique nous ne conservions que difficilement la mémoire des chos^ qui affectent

ces sens , et que , pour nous les rappeler , il faille souvent que l'impresskm se répète ; le gourmand les avoit si soigneusement analysées « qu'il étoit parvenu à distinguer les différences de saveur les plus légères , celles qui échappent , toutes ces sensations perdues pour nous, mapgeurs vulgaires, comme disoit M. de Montesquieu,

Les mouvemens -que la volonté dirige , acquit rent , par la netteté des déterminations , la même prestesse , la même facilité , la méqne prom^ptitude ; et ce danseur qui nous étonne par sa légèreté » à réfléchi , plus qu'on ne pense, sur le mécanisme des'pas singulièrement compliqués doat un ballet se compose.

La sensibilité morbifique est également soumise à la puissance de Thabitude. }'ai toujours observé que les écouleraens blennorrhagiques sont d'autaot moins douloureux, que l'individu en aéprm^vé un plus grand nombre ; il n'est pas jusqu'aiiK maladies qui ne deviennent moins graves, quand on en a contracté l'habitude, comme l'avoit trè^ibien observé le vieillard de Cos.

Il reste donc bien établi , et démonstratîvement prouvé, même en thèse générale, que l'habitude, ou la fréquente réitération des mêmes actes, en émoussant oonstamment la sensibilité physique , perfectî<mne l'intelligence , rend plus faciles et plus prompts les mouvemens que la volonté dirige.

7^ PROLEGÔMl^NBâ.

$. IX. Z?a Principe vitah

Le mot de principe vital, force vitale , efc. n'exprime point un être existant par lui-même , et indépendamment des actions par lesquelles il se manifeste ; il ne faut remployer que comme une formule abrégée , dont on se sert pour désigner l'ensemble des forces qui animant les corps vivans et les distinguent de la matière inerte. Ainsi^' lorsque, dans cette section, nous ferons usagé de ces termes , ou de tout autre équivalent, ce sera comme si nous disions : l'ensemble des propriétés et des loix qui régissent l'économie animale. Cette expli^ cation est devenue indispensable, depuis' que plusieurs écrivains, réalisant le produit d'une simple abstraction , ont parlé du principe vital, comme île quelque chose de bien distinct du corps, comme d'un être parfaitement séparable, auquel ils oot -supposé des manières de voir et de^ntir, et même prêté des intentions raisonnées.

Dès les temps de l'antiquité la plus reculée^ frappés des nombreuses différences que présentent les corps organisés et vivans, comparés aux corpB inorganiques, quelques philosophes admirent dans les premiers un principe d^actions' particulières', une force qui maintient l'harmonie de leurs fonctions, et les dirige toutes vers un but commun , la conservation des individus et des espèces. Cette doctrine , simple et lumineuse , s'est conservée

FRO.LÉGOMèNES. 77

jusqu'à nous , modifiée néanmoins à mesure qu'elle a traversé les siècles; et personne, aujourd'hui, ne conteste l'existence d'un principe de vie qui soumet les êtres qui en jouissent, à un ordre de loix différentes de celles auxquelles obéissent les êtres inanimés , force à laquelle on pourroit assigner, comme principaux caractères, de sous^ traire les corps qu'elle anime , à l'empire absolu des affinités chimiques , auxquelles ils auroient tant de tendance à céder, en vertu de la multi* plicité de leurs élémens; et de maintenir leur tem-^ pérature à un degré presque égal, quelle que soit d'ailleurs celle de l'atmosphère. Son essence n'est point de conserver l'agrégation des molécules constitutives , mais, d'attirer d'autres molécules qui, s'assimilant aux organes qu'elle vivifie, remplacent celles qu'entraînent les pertes journalières, et sont employées à les nourrir et à les accroître.

Tous les phénomènes que présente l'observation du corps humain vivant, pourroient être donnés en preuve du principe qui l'anime. L^altération des alimens par les organes digestifs ; l'absorption qu'opèrent les vaisseaux chyleux, de leur partie nutritive; la circulation de ces sucs nourriciers dans le système sanguin ; les changemens qu'ils éprouvent en traversant les poumonset les glandes sécrétoires; l'impressionnabilité par les objets extérieurs ; le pouvoir de s'en rapprocher ou de les fuir; en un mot, toutes les fonctions qui s'exercent dans l'économie animale, en accusent hautemenj);

j8 TRôhàooMii^m.

Texistence : mais on a coutume d'en tirer une preuve encore ptus directe des propriétés dont sont doués les organes auxquels ces fonctions sont confiées. Kous avons examiné ces propriétés , et nous avons vu que chacune d^'élles offre, au moins, deux grandes modîficàtiotis ; que la dernière en jprésente trois, qui sont, la contractilité volontaire , la conti*àctilité inrolontaire et itisensible , appelée, par Stahl^ mouvement tonique; et enfin, la contractilité involontaire et ^nsible, comme celle du cœur et des intéstitis.

S'il e^t utile d'adaljrser fx>ùÉ> cdriuôître , il est également avatltageùx dé ne point trop multiplier les causes, eu se méprenant sur la nature des effets; et si , d'uii côté , la multitude des phénoinènes qui se passent daiis lés être vivans , poHe à admettre un grand nombre dé causes qui les déterininent , l'harmonie constante qui règne entre toutes les actions , leurs liens mutuds , leut*s réciproques dépendances , n'attestent^elles point l'existence d'tin agent unique qui préside à tous ces phénomènes , leur commande et les dirige ?

L'hypothèâe dil principe vital ^ est k la physique des corps animés , ce qu'est l'attraction à l'astronomie. Pour catt^Uler les révolutions des astres , bette dernière science est obligée d'admettre une force qui les attire constamment vers le soleil , et ne leur permet de s'en éloigner, qu'à une distance déterminée, en décrivant des ellipseâ plus ou moins étendues au tour de ce foyer commun qui les éclaire

et répand dans tous , avec la chaleur et la lumière , les germes précieux de la vie et de la fécondité. Nous allons parler de cette force à laquelle toutes les forces qui animent chaque orgade, se réunissent, et dans laquelle toutes les puissances vitales se confondent , en avertissant , pour' la seconde fois y de ne prendre ce terme qu'au sens métaphorique et figurée Sans cette précaution , on seroit infailliblement conduit à tous les faux raisonnemens dans lesquels sont tombés ceux qui lui ont accordé une existence réelle et séparée.

La force vitale soutient une lutte perpétuelle avec les forces auxquelles obéissent les corps inanimés. Les loix de la nature individuelle , sont » comme le disoit l'antiquité , dans une lutte constante avec celles de la nature universelle ; et la vie qui n'est que ce co^nbàt prolongé , tout entier à l'avantage des forces vitales , dans l'état de santé » mais dont l'issue est souvent incertaine dans la maladie , cesse à l'instant où les corps qui en ont joui, rentrent dans la clause des corps inorganiques. Cette oppositioir constante des loix vitale^ aux loix physiques , mécaniques et chimiques , né soustrait point les corps vivans à l'empire de ces dernières. Il se passe dans les machines animées^ des effets bien évidemment chimiques , physiques et mécaniques ; seulement ces effets sont toujours influencés, modifiés, altérés par les forces de la tie.

Pourquoi , lorsque nous sommes debout , les

8o PROLÉGOMÈNES.

humeurs ne èe portent-elles pas toutes vers leê parties inférieures y en obéissant aux loix de la gravitation qui entraine tous les corps vers le centre de la terre ? La force vitale s'oppose bien évidem-ment à l'accomplissement de ce phénomène stato^ hydraulique , et neutralise la tendance des hu-* meurs avec d'autant plus d'avantage que l'individu est plus robuste et plus vigoureux. Si c'est une personne affoiblie par une maladie antécédente , la propension ne sera qu'imparfaitement réprimée; les pieds , au bout d'un certain temps , s'engorgent; et ce gonflement œdémateux ne peut être attribué qu'à la diminution d'énergie dans les forces vitales qui président à la distribution des humeurs, etc.

, Un bateleur se renverse ; le sang ne se porte point entièrement vers la tête, quoiqu'elle spit devenue la partie la plus déclive : la tendance naturelle des humeurs vers les parties les plus basses n'est cependant pas tout-à-fait détruite , mais seulement diminuée; car s'il conserve long-^ temps la même position , la lutte des loix hydrauliques et vitales devient inégale , les premières l'emportent, et le cerveau devient le siège d'une, congestion bien funeste.

L'expérience suivante prouve d^une manière incontestable ce que nous* venons de dire touchant la force de résistance , qui , dans le corps humain vivant, balance d'une manière plus ou moins avantageuse l'empire des lois physiques. J'appliquai des

PROLlÊGOMiNES* 8l

sachets, pleins d'un sable très-chaud, le long de la jambe et du pied d*un homme à qui Tartère poplitée anëvrismatique venoit d^étre liée par deux ligatures placées dans le creux du jarret. Nonseulement le froid ne s'empara pas du membre , comme il arrive lorsqu'on intercepte le cours du sang, mais cette extrémité ainsi recouverte acquit un degré de chaleur bien supérieur à la température ordinaire du corps. Le même appareil appliqué sur la jambe saine, ne put y introduire cet excès de calorique, sans doute parce que ce membre jouissant de la vie dans toute sa plénitude, la puissance vitale s'opposoit à cet effet.

Le principe de vie semble agir avec d'autant plus d'énergie, que la sphère de son activité est plus bornée; ce qui a fait dire à Pline que c'étoit principalement dans les plus petites choses que la nature avoit déployé toute sa force et toute sa puissance (i).

La circulation est plus rapide, le pouls plus fré quent, les déterminations plus promptes chez les hommes d'une petite stature. Le grand Alexandre étoit petit de corps; jamais homme d'une taille colossale n'offrit une grande activité dans l'imagination; aucun d'eux n'a brûlé du feu du génie. Lents dans leurs actions, modérés dans leurs desirs , ils obéissent sans murmure à la volonté qyi

(i) Nusquàm magis quàm m mimmis tota est nfUura. Hist. nat. lîb. XI , <;ap. a.

8â p te b L E G o Si È ir te s.

les dirige, et semblent façonnés pmir l'esclavage.* Agrippa (dit ïe traducteur àe THistoire d'Auguiste, par £itiilius Probùs) fénl d*àdvis qu'on cassast la guarde tiespagnolè, et au lieu d'icelle Cœsair en choisit une d'allemands , sçacbant bien qu^en ces grands corps y auoit peu de malice couverte , et encores moins de finesse , éi que c^éstôyent gents qui prenoyent plus de plaisir à estre commandez qU^à commander.

Pour juger sainement de la remarquable difFérence qu^apporte dans le caractère rinégalité de là stature , comparez les extrêmes , opposez à un colosse un homme d'une très-petite taille : en admettant que celui-ci, malgré l'exiguité de ses dimensions, jouit cependant d'une ^anté robuste; on peut conjecturer qu'il est babillard, remuant, sanis cesse en baleine , changeant à tout moment de lieu : on diroit qu'ail cherche à Regagner sur le temps ce qu'il a de moins dans l'espace. La raison plausible de dette différence dans inactivité vitale, suivant la différencfe de statut^ , se déduit de Ik grosseur relative des organes lès ^lus importàViVà la vie. Le cœur, les viscères de Id digestion , etc. ont à peu près lé même volume chefz tous îés hommes ; chez tous , les grandes cavités otit presque la ïnêïifie étendue , et c'est à la longueur plus ou tnoitis considérable dés mefmbres inferietrrs que doit être priiïcipalemeTix attribuée la d'fférence dans la ^aftite. On conçois aisémemt alots tjue les viscères digestifs fournissant une an&i grande

fqpaanlitë de sucs nourriciers à une moindre masse , que le cœur imprimant le même degré d'impul->sion au sang qui doit parcourir un moindre trajet, toutes les fonctions s^exécuteront avec plus de rapidité et d'énei^e.

Par une conséquence facile à saisir, les maladies des hommes de petite taille, ont un caractère plus aigu , elles offrent plus de véhémence et tendent à leurs crises par des mouvemens plus rapides. Elles ont chez eux quelque chose de la vélocité, je dirois même de l'instabilité des réactions mor^ bi€ques pendant i enfance. Il n'est pas jusqu'à la durée de la vie , sur laquelle les différences dt stature n'aient quelqu'influence. La soupçonnant, et xîurfetix é^^n constater la réalité, j'ai faî-t des recherdies dans les hôpitaux où l'on reçoit les personnes avaticées en âge, et j'ai reconnu qu'ili «toient généralement peuplés de vieillards au-dessus de la taille moyenne, de sorte que le raison^ nement et l'observation s'accordent pour établir que toutes choses égales d'ailleurs, les personnes dont la stature est la plus élevée, ont un espoir fondé de prolonger leur existence au-delà de la «loyenne dnrée.

J'ai , avec bien d'autres , observé constamment que tout le corps acquiert un surcroît de vigueur s^rès l'amputation d'un membre. Souvent, après avoir retranché une portion du corps, l'on voit s'effeetuer un changement manifeste dans le tempérament des individus; des êtres foibles, mfême

avant la maladie qui amène la nécessite' de repéra lion , devenir robustes ; des affections chroniques par débilité^ telles que le Scrophule, le carreau, se dissiper; les engorgement glandulaires se résoudre : ce qui indique une augmentation bien remarquable dans l'action de tous les organes (i). . Les parties les plus éloignées dû centre circulatoire sont en général moins vivantes que celles qui en sont plus rapprochées. Les plaies des jambes et des pieds sont les plus sujettes à devenir ulcéreuses, parce que, indépendamment de la circulation des humeurs que le moindre affoiblissement y rend plus difficile, la vie y règne à un trop foible degré, pour que les plaies parcourent rapidement leurs

(l) Le développement extraordinaire d'un organe ne se fait jamais qu'aux dépens des parties Tobine , dont il s'approprie les sucs. Aristote observe que les extrémités inférieures son^ presque toujours sèches et grêles chez ceux dont le tempérament est ardent , ou qui exercent beaucoup les parties génitales. Hippocrate rapporte dans son ouvrage (Z>e aëre, locis et aquis, Foës. fol. 293.), que les femmes scythes se brùloient la mamelle droite, afin que le bras de ce côté acquit plus de volume, plus d'embonpoint et plus de force. Galien parle des athlètes qui , de son temps , condamnoient les organes sexuels à l'inaction la plus complète , afin que , flétris , ridés , atrophiés en quelque sorte par ce repos absolu , ils ne détournassent point les sucs nourriciers employés tout entiers au profit des organes musculaires. Un jeune homme qui a remporté plusieurs fois le prix de la course , dans les fêtes publiques , s'abstient des plaisirs de l'amour, plusieurs mois avant d'entrer dans la lice , bien »ûr de la victoire , lorsqu'il s'est imposé cette privation.

FROLlÊGOMilNÈS. 85

périodes et tendent à une prompte cicatrisation. Les orteils se gèlent les premiers quand nous restons trop long-temps exposés à un froid rigoureux; c'est aussi par eux que commence la gangrène, qui s'empare quelquefois des membres après la ligature de leurs vaisseaux.

Ainsi , quoiqu'on puisse dire que le principe de la vie n'est retranché dans aucune partie d^ notre être, qu'aucune n'est son siège exclusif, qu'il anime chaque molécule vivante, chtique organe, chaque système d'organes ; qu'il les pénètre de propriétés différentes, et leur assigne, en quelque sorte, des caractères spécifiques, il faut néanmoins convenir qu'il est des parties plus vivantes dans le corps* vivant, desquelles toutes les autres paroissent tenir le mouvement et la vie. Nous avons déjà vu que ces organes centraux, ces foyers de vitalité, à l'existence desquels celle du corps entier est étroitement liée , sont d'autant moins nombreux que les animaux s'éloignent moins de l'homme; tandis que^ leur nombre augmente, que la vie se répand d'une manière plus égale , que ses phénomènes sont dans une dépendance moins rigoureuse et moins nécessaire, à mesure que l'on descend dans l'échelle des êtres, en passant des animaux à sang rouge et chaud, aux animaux à sang rouge et froid, de < ceux-ci , aux mollusques, aux crustacés, aux vers et aux insectes, puis au polype qui forme le dernier anneau de la chaîne animale, et enfin aux végétaux , dont plusieurs , comme les zoophy tes.

qui leur ressemblent à tant d'égards, jouissent de la propriété singulière de se reproduire par bouture ; ce qui suppose que chaque partie contient l'ensemble des organes nécessaires à la vie, et peut exister isolée.

Le principe vital a été confondu par quelquestins, d'autres Tont distingué de Tame rationnelle; de cette émanation divine, à laquelle Thomme doit, autant qu'à la perfection de son organisme » sa supériorité sur les autres animaux. Quel lien finit le principe matériel qui reçoit les impressions et les transmet, ^l'intelligence qui les sent, les perçoit, les examine, les compare, les juge et les raisonne? Si Thomme éloit un, dit Hippocrate» $i son principe matériel composoit à lui seul tout son être, le plaisir et la douleur seroient pour lui comme n'existant pas, il n'auroit pas de sensations^ car, comment pourroit-il se rendre compte des impressions produites? Si unus essei homoj non doleret, quia non sciret undè doleret. Ici finit le domaine de la Physiologie, et commence Tempire de la Métaphysique : craignons de nous engager dans ses routes obscures ; le flambeau de Tobser* vation n'y jetterait que de pâles lueurs, trop foibles pour en dissiper les épaisses ténèbres.

La force vitale n'est autre chose que la nature médicatrice , plus puissante que le médecin, dan^ la guérison d'un grand nombre de maladies, et dont tout l'art de ce dernier consiste, le plus souvent, à réveiller l'action ou à diriger l'exercice*

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Pne épiqe e$t enfoncée 4^n& upe ps^rtie sien^ible ; pne Couleur vivç s/j fait sentir, le§ humeurs af-« Pv^ent de tpute^ part? ; U partie .devient rouge t gonflée; toutes les propriétés vitales sont ex^érées, la sensit>ilité pl^s e^çquîse , la cont^^c^ilité plus grande , la température plus élevée : cjp surcroît dq vie introduit dans la partie lésée , ce^ appareil qui se déploie autour du corps nuisible, ces moyens qui s^ développant pour en amener l'expulsion , n'indiquent-ils point Texistepce d'un principe con* servateur, yeillant sans ceçse à Tharponie des fonctions , et luttant sans relâche CQutre les puissances qui tendent à en interrompre l'exercice, et à anéantir le mouvement vital ?

Théorie ^e l'inflammation^ L'inflam mation peut^ ce me semble , être définie : l'augmentation des propriétés vitafes, dans la partie qui en est le siège, La sensibilité y devient plus vive, la contractilité plus grande; ef de cet accroissement de la sensibilité et du mou veinent naissent tous les symplôipes qui dénotent l'état inflamoiatoire : ainsi la douleur, la tuméfaction, la rougeur, la chaleur, le changement de sécrétions, indiquent dans la partie enflammée , u^e vie plus énergique et pins active.

Ceux qui ont coml^attu la définition que j^ai donnée de l'inflammatipp , ont visibleofient confondu l^s fojictipus des organes avec leurs propriétés. Il est bien vrai que, dans l'inflammation de Toeil , il y a cécité ; mais la cause çu est dans

ropacîté des parties transparentes, que les rayon» lumineux doivent traverser pour arriver jusqu'à la rétine. La fonction visuelle est empêchée par ua obstacle mécanique; mais la sensibilité de l'organe est tellement augmentée, que la plus foible lu* mière, en arrivant au fond de Tœil, k travers son miroir obscurci par l'engorgement des vaisseaux, y produit une douleur intolérable. Aussi, tous les auteurs recommandent-ils aux malades affectés d'ophthalmie la plus profonde obscurité : de même, lorsqu'un muscle est enflammé, le jeu de la fibre, son raccourcissement est empêché par l'engorgement du tissu cellulaire, qui en forme les gaines et en remplit les interstices. L'obstacle à la contraction ou à l'exercice de la contractilité est mécanique et comparable à celui qui, dans un poumon enflammé, s'oppose à l'admission de l'air et au passage du sang, des cavités droites du cœur dans les cavités gauches de cet organe. Révoquera-t-on en doute l'augmentation des propriétés vitales dans la péripneumonie? Je pense donc que la définition ci-dessus est préférable à celle que Bichat a établie dans son Ânatomie générale, ouvrage dont la publication est postérieure à la première édition de la Physiologie , et dans lequel il fait consister l'inflammation dans l'augmentation de ces propriétés vitales qu'il nomme insensibles.

• Toutes les'parties du corps humais, à l'exception de l'épiderne et de ses produ/ctions diverses, comme les ongles , les cheveux et les poils ,

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paroîssent susceptibles de l'état inflammatoire : on pourroit joindre aux parties épidermoïques certains tendons secs et grêles, comme ceux des fléchisseurs des doigts, qui, piqués, déchirés, irrités de mille manières, ne font ressentir aucune douleur, restent intacts au milieu d*un panaris qui entraine dans sa fonte suppuratoire toutes les parties molles environnantes, et s'exfolient, au lieu de se couvrir de bourgeons charnus, toutes les fois qu'ils éprouvent le contact de l'air.Dans toutes ces parties lorganisatioh est si peu décidée, la vie si foible et tellement languissante, qu'elles restent insensibles à l'impression de toutes les causes qui tendent à en augmenter l'activité.

Le degré de sensibilité d'une partie, le nombre et la grosseur des nerfs et des vaisseaux qui s'y distribuent, donnent la mesure de son aptitude plus ou moins grande à s'enflammer; ainsi les os et les cartilages contractent très-difficilement l'état inflammatoire. Lorsqu'une de ces parties est mise à découvert, le premier effet de l'irritation qu'elle endure, est le ramollissement de sa substance : un os mis à nu devient cartilagineux, se ramollit par l'absorption du phosphate de chaux qui remplit les mailles de son tissu ; et ce n'est qu'après cette sorte de carnification , que des bourgeons charnus s'en élèvent ,^ comme il est facile de s'en assurer, en observant l'extrémité des os sciés dans Tamputation des membres.. Cette lenteur avec laquelle l'inflammation se développe dans les parties dures,

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explique pourquoi cç n'est guère que du 1 3^ au i5*. jour d'uae fracfcure, qu'il e^t utile pour la réunioa de maiutenir dans une juxta-po$ition exacte le& ^urfaces cassées, ss^ns que Ton doive , cependant « attendre cette éppque pour appliquer Tappareil cp.^tentif y toujours indispensable dans les premiers ^emps de la naaladie , pour prévenir les douleurs et les déchirera ens que ne manqueroient pas de prpduire les fragmeqs déplacés.

Lç sang afflue 4^ tous côtés vers la partie irritée çt douloureuse, qui se tuméfie et devient plus rp.vige par la présence de ce liquide. Sa tuméfaction n'auroit pas de bornes , si , en même temps que les artères augmentent d'action et de calibre pour déteripîper cette affluence, les vaisseaux veineux et lymphatiques n'acquéroient une énergie proportionnelle, et nç devenoient capables de débarrasser la partie , des bunieurs qui Tengorgent , et que Tirritation s^ppelle sans cesse. La faculté irritable et çoi^tractile s'est donc accrue avec la sensibilité; la cirpiflation est plus rapide dans la partie enflam-> mée; les pulsations des vaisseaux capillaires sont manifestes ; elle est aussi plus chaude , parce que, d^ns ^n«temps donné, il passe à travers son tissu une plus grande ptoportion de sang artériel , qui laisse dégager une quantité plus considérable de calorique ; et que les effets continués de la respiration pulmonaire , y sont plus marqués que dans tout autre organe.

Il n'entre pas dans notre intention de traiter dt's

FROLl^GOMÈNBS. 9^

Tarietés que rinQaaunatioa peut offrir, yariften principalemeut décidées par la structure de ror*^ gane qu'elle afïecte , par la véhéoience vt la vélocité de ses symptômes ^etpar les produits a^xq^^ls^Ue peut donner naissance*

Le gonflement d'une partie enflamniéf ne s'effectue-t-il point par le même xnécanisit^ qve oeluî despartiessuscepfiblesdVrectioii, CQipmelesçorpa caverneux de la verge et du clitoris, le mamelon , riris, etc.? Dans Térectiom de la yerge, U y a, comme dans rinflammaiion « irritation, afflmi d'humeurs dans la partie , accroissement de sensibilité et de contraclilité : cç n'est point cepend^pt Vétat inflammatoire. La nature a tellement disppsé Forganisation de ces parties, quelles peuvent éprouver sans dommage ces augmentations instapr tanées d'énergie vitale, nécessaires à l'exercire de^ fonctions dont sont chargés les organes auxquels elles appartiennent. Comme l'inflammation, ces engorgemens se résolvent , quand la cause irritante a cessé d'agir. Ainçi la pupille se dilate, parce qvie l'iris revient sur lui*iné7ne, lorsque l'œil n'est plu^ exposé aux rayons d'iipe vive lumière. La verg^ retombe dans son état naturel ^g ^)ollesse et dç flaccidité, lorsqu'auçune irritation n'y appelle les humeurs, dont le séjour, pendant tout le temps que rérection dpre , s'explique facilement par la continuité de l'irritation qui les y appelle sans cesse, sans qu'il soit besoin de recourir à des explications Qiécaniques, pour rendre raisçn de ce ph^-

9* PROLéeOMiîJBS.

nomène. Lorsque l'irritalion qui produit la turgescence vitale de la verge ou de l'iris, est porléo trop loin , ou s'exerce trop long-temps , l'engorgement naturel devient morbifique. On sait que le priapisme entraîne fréquemment à sa suite Tin^ flaramation gangreneuse du pénis; et que raction^ long-temps continuée de la lumière sur le globe de l'œil, amène l'inflammation générale de cet organe.

Les considérations précédentes sur l'inflammation, prouvent que les phénomènes de cette maladie sont utiles à étudier , même sous le point de vne physiologique; les mouvemens vitaux qui, dans certains organes , se passent d'une manière tellement obscure , qu'ils sont imperceptibles , acquérant par l'état inflammatoire un tel caractère de promptitude et d'intensité, qu'il devient bien plus facile de les observer et de les reconnoître. Vue d'une manière générale et abstraite, envisagée seulement sous le rapport de son objet, l'inflammation peut être donnée comme un moyen qu'emploie la nature pour repousser l'atteinte des agens nuisibles, auxquels elle ne peut opposer, lorsqu'ils sont introduits dans le corps , ou appliqués à sa surface^ qu'un développement plus marqué des forces qui Taniment.

Pendant l'hiver rigoureux de 1795, le chimiste Pelletier, répétant la fameuse expérience de la con« gélation du mercure, obtint un culot solide dans la boule d'un baromètre , qu'il avoit tenue long-

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temps plongée aa milieu d'un bain de glace , continuellement arrosée par l'acide nitrique. Lorsque la solidification du métal fut parfaite, il tira le culot de la boule, et le mit sur sa main. La chaleur de la partie , jo^ite à celle de l'atmosphère, fit promptement repasser le mercure à l'état liquide : dans le même instant il éprouva dans la partie un froid tellement insupportable , qu'il fut obligé de jeter le culot avec précipitation. Bientôt, à l'en^ droit refroidi et douloureux , se manifesta une inflammation phlegmoneuse , dont on obtint la résolution. Le mercure solidifié est un des corps les ^us froids de la nature : combien , dans le cas rapporté, la soustraction du calorique dût-elle être rapide , et combien fut profonde Fimpression res*sentie par la paume de la main , doublement tourmentée par^cet effet physique, et parla réaction vitale dont le résultat fut l'inflammation? J'ai obtenu un effet semblable en essayant de faire liquéfier un morceau de glace dans ma main pendant les chaleurs de l'été. Dans cette expérience , l'impression du froid est bientôt remplacée par la sensation d'une douleur vive, accompagnée de battemens extraordinaires dans la paume de la main, et dans l'avant -bras. Lorsqu'on compare ensuite les deux mains, celle qui tenoit le morceau de glace , extrêmement rouge par l'injection du tissu capillaire cutané, contraste d'une manière très* inarquée avec la main qui n'a point été soumise à Texpérience.

$9 PltObi(S^OMâNËâ«

Dts fâifcê aliftlogueis , soigneusetnent mééitês f diévrôient ^ttgàget* les sectateur^ de Br6>prki à adop-* ter, pour lëÈ efttéi&dn Àroîd, là distinction que leur toaitre à établie d^è la foiblesse, en directe et en indirecte ; ils ti'auroient paà de ^èiiie à se conrain** ère q^e, dans son application îtiédrcale, cet état laégatif de laclialetir , diréctettient débilitant , peut ^éatiihoins, pat* la réaction qtîMl occasionne , être regardé comme un fortifiant in'direct.

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