DU
DK LA 6ÉNÊÎlATlOÎf.
tous deux, le bassin de la fommc serait en dcîiorâ de l'ellipse, et ses épaules en dedans, tandis que ces dernières parties dépasseraient, dans l'homme, les limites de la figure, et qu'au contraire son bassin y resterait renfermé.
Les caraclères généraux des sexes sont tellement prononcés, que Ton distinguerait un- mâle en voyant une seule partie de son corps à nu , lors même que cette partie ne serait point couverte de poils, et n'offrirait aucun des principaux attributs de la virilité. Doit-on attribuer cette variété d'organisation et de caractères à l'influence qu'exercent les organes sexuels sur le reste du corps ? L'utérus imprime-t-il au sexe toutes ses modifications distinctives? et doit-on dire, avec Vanhelmont : Propter solum uteriiin^ niulier est id quod est, (C'est par la matrice seule que la femme est ce qu'elle est)? Quoique ce viscère réagisse sur tout le système féminin d'une manière bien évidente , et semble soumettre à son empire la somme presque entière des actions et des affections de la femme^ nous pensons qu'il n'est pas, à beaucoup près, la cause unique des caractères qui la spécifient, puisque ces caractères sont déjà reconnaissables dés les premiers temps de la vie, lorsque le système utérin est loin encore d'être en activité. Une observation (i)
(i) On trouve dans les OEuvres de La Métrie, Systems cVEpicure ^ §. 14, une observation analogue et non moins intéressante.
très -curieuse 5 consignée par le professeur Caillot clans le second volume des Mémoires de la Société médicale de Paris , prouve mieux que tous les raisonnemens qu'on pourrait accumuler, jusqu'à quel point [es caractères du sexe sont indépendans de l'influence de l'utérus. Une femme naît, croît et s'élève avec toutes les apparences extérieures de son sexe. Arrivée à l'âge de vingt à vingt-un ans, elle veut obéir au penchant qui l'entraîne : vains désirs! efforts superflus! Elle n'avait rien au-delà de la vulve, d'ailleurs bien conformée. Un petit canal, dont l'orifice n'offrait que deux lignes à deux lignes et demie de diamètre, tenait la place du vagin , et se terminait en cul-de-sac , à un pouce de profondeur. Les perquisitions les plus exactes, faites en introduisant une algalie dans la vessie urinaire, et le doigt indicateur dans le rectum, ne purent faire rencontrer l'utérus. Le doigt, introduit dan« l'intestin , sentait distinctement la convexité de la sonde placée dans la vessie, de manière qu'il était évident qu'aucun organe analogue à l'utérus ne séparait le bas-fond de ce viscère de la paroi anbérieure du rectum. La jeune personne n'avait jamais été sujette à l'évacuation périodique qui accompagne ou précède l'époque de la puberté. Aucune hémorrhagie ne suppléait àcette excrétion ; elle n'éprouvait aucune des indispositions qu'occasionne la non-apparition des règles; elle jouissait au contraire d'une santé florissante : rien ne lui manquait des autres caractères de son sexe; seulement son 3. 17
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sein était peu développé. Parvenue. à l'âge de vingtsix à vingt-sept ans , elle est devenue sujette à des pissemens de sang assez fréquens. Cette hématurie, dont les attaques sont irréguliéres, ne peut -elle point être regardée comme un moyen par lequel la nature supplée à l'évacuation menstruelle? La vessie remplirait dans ce cas les fonctions de la matricp, et ses vaisseaux capillaires devraient être extrêmement développés.
La reproduction de l'espèce est , pour la femme , l'objet le plus important de la vie; c'est presque la seule destination à laquelle la nature semble l'avoir appelée, et le seul devoir qu'elle ait à remplir dans la société humaine : partout où la terre fertile fournit abondamment à l'homme de quoi pourvoir à ses besoins , il n'appelle pas la femme à vson secours pour en arracher sa subsistance; il la décharge du fardeau des obligations sociales. L'Asiatique ne demande aux femmes oisives qu'il rassemble dans son sérail, que des plaisirs , et des enfans qui perpétuent sa race. Le plaisir et les devoirs de la maternité sont l'unique affaire des Otaïtiennes. Chez quelques peuplades sauvages de l'Amérique 5 le sexe mâle, abusant du droit odieux de la force, tyrannise, il est vrai, la femme, et, se réservant tous les avantages de la société, lui en fait supporter toutes les charges ; mais cette exception ne détruit point la règle générale déduite de l'observation de tous les peuples. Tout ce qui éloigne la femme de cette destination primi-
DE LA GÉNÉRATIOTC. 259
tive, tout ce qui la détourne de cet objet, est à son désavantage; c'est à ce but que toutes ses actions, toutes ses habitudes se rapportent; comme dans son organisation physique, tout y est évidemment relatif. De toutes les passions, l'amour est chez la femme la passion la plus dominante; on a même été jusqu'à dire l'unique passion. Il est vrai que toutes les autres en prennent quelque chose, en reçoivent une teinte particulière, qui les distingue de ce qu'elles sont chez l'hommo (i).
Nous ne pousserons pas plus loin l'examen des différences générales qui caractérisent les deux sexes : personne n'a autant approfondi ce sujet et ne Fa traité d'une manière plus piquante que Roussel , dans l'ouvrage intitulé : Système physique et moral de lafem^me.
ce. Hermaphrodisme. L'hermaphrodisme ^ ou la réunion 'des deux sexes chez le même individu, est impossible dans l'homme et dans la grande famille des animaux à sang rouge. Les recueils d'observations n'en présentent aucun exemple avéré; et tous les hermaphrodites que l'on a pu voir jusqu'ici n'étaient que des êtres mal
(i) Fontenelle disait de la dévotion de certaines femmes : On voit que l' amour a passé par- là. On a dit, à l'occasion de sainte Thérèse : Aimer Dieu ^ c'est encore aimer. Thomas prétend que, pour les femmes , un homme est plus quune nation. L* amour nest qu'un épisode dans In vie de l'homme ; c'est l'histoire tout entière de la vie de la femme. (Madame de Staël. )
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conformés, dont les organes mâles , imparfaitement ébauchés, ou l'appareil féminin trop développé , rendaient le sexe équivoque. Aucun ne ws'est montré capable d'engendrer à lui seul un être semblable à lui-même : le plus grand nombre était inhabile à la reproduction : l'imperfection ou la vicieuse conformation des organes qui y servent, les condamnaient à la stérilité. Tel était l'hermaphrodite dont parle Petit, de Namur , dans les Mémoires de V Axiadémie des Sciences ; celui dont Maret donne l'histoire dans ceux de l'Académie de Dijon , et tous ceux dont l'observation se trouve dans les Mémoires de la Société médicale , qui , de tous les recueils, est le plus riche en faits de cette espèce.
Mais si, dans l'homme et dans tousies êtres dont l'organisation est la plus analogue à la sienne, l'hermaphrodisme complet n'a jamais existé, on en trouve de nombreux exemples chez les animaux à sang blanc, et surtout parmi les plantes qui occupent la partie la plus inférieure de l'échelle organisée. Les polypes, j^lusieurs vers, les huîtres et les limaçons sont dans ce cas. Le dernier de ces animaux présente même une variété particulière d'hermaphrodisme, en cela que les organes mâles et femelles se trouvant réunis sur le même individu , il n'est cependant pas susceptible d'une génération solitaire, mais a besoin de s'accoupler avec un autre individu également hermaphrodite. aBn de s'exciter, par les frottemens et divers autres
moyens d'irritation ^ à l acte qui doit le reproduire.
L'immense tribu des plantes hermaphrodites présente les organes mâles et femelles rassemblés sur la même fleur. Les étamines nombreuses environnent un ou plusieurs pistils , répandentsur lestigmate leur poussière fécondante (^pollen), qui , portée par le canal du style jusqu'à l'ovaire, va féconder les graines à l'aide desquelles les espèces se perpétuent. Quelquefois la même espèce végétale contenant des individus mâles et des individus femelles, les sexes peuvent être séparés par de grandes distances : alors la poussière séminale est portée, du mâle à la femelle, sur l'aile des zéphirs : tels sont les palmiers, sur lesquels Gleditsch a fait ses premières observations touchantla génération des plantes, le chanvre, l'épinard , la mercuriale, etc.
Dans un degré moins parfait des fonctions de la reproduction, on voit disparaître les organes de la fécondation , et la génération d'un nouvel être s'accomplit bientôt par le développement de gemmes, ou bourgeons, sur le corps de l'animal; bourgeons qui tombent au bout d'un certain temps, et deviennent des êtres semblables à ceux dont ils sont issus, tantôt par une simple division de l'animal en plusieurs parties , qui, toutes isolées, sont susceptibles de former un nouvel individu. Au-dessous de ce degré qui parait être le dernier dans la production des êtres organisés, existc-t-il une génération spontanée? Un assez bon nombre de physiologistes pensent que tous les corps doués de la vie ne pas-
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sent pas par l'état de germes fécondés par des parens, et qui peuvent, à leur tour, devenir susceptibles de fécondation. Voici les raisons assez puissantes qu'ils donnent en faveur des générations spontanées. Si Ton expose à la lumière et à la chaleur solaire des infusions végétales ou animales, on voit bientôt se développer des animaux microscopiques. Spallanzani a remarqué que les infusoires rotifères peuvent être privés entièrement de la vie, en apparence au moins , par la dessiccation; qu'en les soumettant à l'action de l'eau et de la chaleur, ces animaux se ranimaient, et qu'on pouvait répéter réxpérience jusqu'à onze fois de suite avec le même résultat; les vers hydatiques qui naissent au sein des tissus sans qu'on ait pu découvrir les germes d'où ils proviennent; les moisissures, ou petits végétaux, qui apparaissent à la surface d'organes malades; les animaux infusoires qui se transforment en conferves, etlatranformation de cellesci en animaux infusoires, selon qu'il y a une plus ou moins grande quantité d'eau, phénomènes vus par Tréviranus, MM. Bory de Saint-Vincent, Edwards; les conferves nées dans une infusion d'eau distillée et de corail, sous les yeux de Wiegmann; et même dans de l'eau distillée pure, suivant M. Frey, l'influence solaire étant seule nécessaire a la production du phénomène.
Malgré ces argumens, les générations spontanées n'ont pas été adrni^es- par Cuvier. Cet illustre savant a pensé que, dans les cas où l'on n'avait [pu
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découvrir des germes des nouveaux individus, ces germes n'en préexislaienl pas moins au développement de ceux-ci. Enfin , quelques auteurs ont émis une opinion un peu moins exclusive : ainsi, Tréviranus, Tiedemann, etc., pensent qu'à la vérité, jamais la matière minérale ne peut par ellemême donner lieu à la création d'êtres organisés; mais que les substances déjà organisées^ telles que la fibrine, l'albumine, l'amidon, etc., peuvent, dans certaines circonstances de température, d'humidité, d'électricité, donner spontanément naissance à des êtres doués de la vie.
CCI. L'homme présente cela de particulier , qu'il n'est point assujetti à l'influence des saisons dans l'exercice de ses fonctions génitales. Les animaux, au contraire, se rassemblent à des époques fixes, s'accouplent dans certains temps de l'année, et paraissent ensuite oublier les plaisirs de l'amour pour satisfaire à d'autres besoins. Ainsi, les loups et les renards se réunissent au milieu de l'hiver, les cerfs en automne, le plus grand nombre des oiseaux au printemps, etc. L'homme seul s'approche dans tous les temps de sa compagne, et la féconde sous toutes les latitudes et dans toutes les températures. Cette prérogative tient moins peutêtre à sa nature particulière qu'au parti qu'il tire de son industrie. Garanti par les abris qu'il a su se construire contre les rigueurs des saisons et les variations de l'atmosphère, pouvant toujours satisfaire à ses besoins physiques , à l'aide des provi-
sions que sa prévoyance tient accumulées , il peut également se livrer en tout temps aux jouissances de l'amour. Les animaux domestiques, que nous avons soustraits en partie aux influences extérieures j produisent presque indifféremment dans toutes les saisons. Pour prouver mieux encore que c'est en neutralisant, par les ressources de son industrie, la puissance de la nalure, que l'homme est parvenu à ne point obéir à l'influence des saisons dans l'acte reproducteur de son espèce, on peut dire que cette influence de la température est d'autant plus prononcée que les animaux s'éloignent davantage de l'homme; qu'ainsi, le frai des poissons et des grenouilles se trouve accéléré ou retardé suivant que la saison est plus ou moins précoce ou tardive, et qu'un grand nombre d'insectes ont besoin, pour naître ou pour produire, des chaleurs dont l'absence les empêche d'exister.
CCÏI. Organes de la génération de V homme y Aristote , Galien, et leurs verbeux commentateurs, ont exprimé l'analogie qui existe entre les parties génitales de l'un et de l'autre sexe , en disant qu'elles ne différaient que pae leur position , extérieure chez l'homme , et intérieure dans la femme. On trouve en eft'et une ressemblance assez exacte entreles ovaires et les testicules, les trompes de Fallope et les conduits déférens, la matrice et les vésicules séminales , le vagin , les parties extérieures de la généî^ation de la femme, et le membre viril. Les premiers sécrètent la liqueur séminale j
et fournissent, soit dans rhomme , soit dans la femme ^ une matière essentielle à la génération ( ovaires et testicules ). Les tromjDes de Fallope , comme les canaux délérens, portent cette matière dans les réservoirs où elle doit séjourner ( utérus et vésicules ). Ces poches contractiles , qui servent de réservoir à la semence ou à son produit , s^en débarrassent quand ils y ont fait un assez long séjour; enfin, le vagin et la verge servent à cette élimination. Quelque heureux que paraissent de tels rapprochemens, on sera loin d'en conclure une similitude parfaite entre les appareils génitaux des deux sexes. Chacun d'eux remplit dans l'acte reproducteur des fonctions parfaitement distinctes, quoique réciproquement nécessaires (i),
CCIIÏ. La liqueur prolifique est préparée par les testicules, organes pafrs, recouverts de plusieurs enveloppes, dont l'une, formée parla peau, et connue sous le nom de scrotum , représente une poche commune à toutes deux , se resserre par le froid , se relâche par la chaleur^ et jouit d'une contractilité plus évidente que les autres parties du tissu cutané ; ce qu'elle doit principalement au dartos^ seconde enveloppe propre à chaque testicule. La tunique érjthroïde^ ou le nmscle crémater sous-jacent au dartos , jette au-devant du cordon et du testicule des anses renversées qui.
(i) « Ut virilia ad dandurn , sic muUebria ad recipiendum à natura apta s uni , etc. » Cli. Crève.
par leur raccourcissement, impriment au testicule de légers mouvemens de bas en haut, et contribuent à froncer la peau du scrotum. La tunique fibreuse forme un petit sac alongé, placé dans chaque dartos , large inférieurement pour tenir le testicule et Fépididyme , et remontant autour du cordon des vaisseaux spermatiques jusqu'à l'anneau.
La tunique vaginale , membrane séreuse , rf> couvre immédiatement les testicules, et, se réfléchissant à leur surface, se comporte, à leur égard, comme le péritoine par rapport aux viscères abdominaux , c'est-à-dire ne les contient point dans sa propre cavité. Enfin, les testicules sont revêtus par une membrane fibreuse , blanche , épaisse et trèsconsistante , qui fait partie de leur substance : c'est la tunique albuginée ^ée l'intérieur de laquelle partent en grand nombre des lames membraneuses, qui, se croisant dans sa cavité, forment un certain nombre de cellules remplies par une substance vasculaire jaunâtre. Cette matière filamenteuse , renfermée dans la coque albuginée , a si peu de consistance, qu'elle se dissoudrait bientôt si le testicule était privé de son enveloppic extérieure. Elle est formée par les tuyaux séminlfères , petits tubes vraiment capillaires, singulièrement repliés, entortillés sur eux-mêmes , naissant probablement des extrémités des artères spermatiques , se dirigeant tous vers le bord supérieur de l'ovule, que les testicules représentent, se réunissant dans cet endroit , et formant dix à douze tuyaux , qui , ras-
semblés, constituent un cordon placé dans l'épaisseur de là tunique albuginée , et que Fon nomme corps d'Hygmore. Les dix à douze conduits qui , réunis en faisceau, forment ce cordon, percent la membrane dans le tissu de laquelle ils étaient contenus, se réunissent en un seul canal , qui se contourne sur lui-même, et forme une éminence ap»pelée tête de Vévididjme. Ce canal , résultant de la réunion des conduits du corps d'Hygmoré , d'abord contourné sur lui-même, 'devient de moins en moins flexueux à mesure qu'il s'approche de l'extrémité postérieure du testicule. Là, il se recourbe sur lui-même, et remonte, sous le nom de canal déférent , le long du cordon des vaisseaux spèrmàtiques jusqu'à l'anneau inguinal^ par lequel il entre dans la cavité abdominale. Les conduits déférens , quoique d'une grosseur égale à celle d'un tuyau de plume, ont néanmoins une cavité, trèsétroite; et il est difficile de dire pourquoi lin conduit capillaire a des parois aussi épaisses , et d'une dureté presque cartilagineuse.
La semence préparée par les testicules est séparée du sang que leur apportent les artères spèrmàtiques, longues, grêles, très-flexueuses, et naissant de l'aorte sous un angle très-aigu. Ce liquide se filtre à travers les conduits séminifères, passe dans ceux du corps d'Hygmoré , et par suite dans les canaux déférens , qui , entrés dans l'abdomen , viennent se terminer dans les vésicules séminales , et y déposer le liquide spermatique. La délicatesse
de l'organisation du testicule , la ténuité des filières que parcourt la semence, expliquent la facilité de ses engorgemens et la difficulté de les résoudre.
La liqueur spermatique passe des conduits déférens dans les vésicules, malgré l'angle rétrograde sous lequel ils s'y rendent. 11 en est, à cet égard , des poches destinées^ à servir de réservoirs à la semence, comme de la vésicule du fi?l. Malgré l'angle défavorable sous lequel les conduits se rencontrent avec les cols des vésicules, ce fluide passe de ceuxci dans celles-là : la bile, parce que le canal cholédoque est singulièrement rétréci dans son extrémité duodénale ; le sperme, parce que le conduit éjacuiateur traversant la prostate, ets'ouvrant dans l'urètre par un orifice très-étroit^ ce liquide reflue plus aisément dans la vésicule séminale qu'il ne passe du conduit déférent dans l'éjaculateur.
Les vésicules séminales forment deux poches membraneuses de capacité différente dans les divers individus, plus grandes dans la jeunesse et chez les adultes que dans l'enfance et chez les vieillards. Elles ressemblent à la terminaison des canaux déférens élargis, amincis et contournés sur eux-mêmes , à la manière des intestins; de telle sorte qu'on peut, avec de l'adresse et de la patience, les déployer en un Ions canal flexueux. C'est à raison de cette st rueture que leur intérieur semble partagé en plusieurs cellulosités ou alvéoles ; une membrane muqueuse les tapisse et sécrète en quantité considérable une
humeur glaireuse qui se mêle au sperme, en forme la plus grande partie, et lui sert de véhicule. La position des vésicules séminales entre le rectum , les releveurs de l'anus et le bas-fond de la vessie , fait que leur exécrétion , principalement due à l'action tonique de leurs parois , peut encore être favorisée par la douce compression qu'exercent sur elle les relev/îurs de l'anus, convulsés au moment de l'éjaculation. Les animaux privés de ce réservoir séminal , les chiens , par exemple , restent plus long-temps accouplés, la liqueur prolifique nécessaire à la fécondation devant être préparée pendant le temps de la copulation , et ne pouvant couler que goutte à goutte.
Les conduits éjaculateurs qui résultent de la réunion des vésicules avec les canaux déférens , traversent layoroi'^a^e et s'ouvrent séparément dans l'urètre, sur les côtés d'une lacune située sur le a)erumontanum. Le corps glanduleux dans lequel ils sont renfermés , et qui soutient également" le col de la vessie et le commencement de l'urètre , n'existe pas chez la femme. Dix à douze conduits portent dans l'urètre le liquide muqueux et blanchâtre que la prostate sécrète. Celte liqueur prostatique se mêle à la semence , augmente sa quantité; peutêtre même, éjaculée la première , elle lubrifie l'intérieur du canal , et prépare la voie au fluide séminal, en rendant la surface intérieure de l'urètre plus glissante. ^
L'urètre a non-seulement pour usage de porter
la semence au-dehors, il sert en même temps de conduit excréteur aux urines, et fait partie de la verge. Celle-ci , chargée de porter la liqueur prolifique dans les parties génitales de la femme, doit être en érection pour remplir convenablement cet usage. L'érection devant être considérée comme un phénomène lié à la structure de la verge, nous n'exposerons cette structure [qu'après avoir décrit les parties génitales de la femme.
CCIV. Organes de la génération dans la femme. Nous n'adopterons point l'ordre anatomique généralement suivi dans cette description; mais, rangeant sous unetriple division les diverses parties qui, dans la femme, servent aux fonctions génitales , nous parlerons d'abord des ovaires et des trompes de Fallope , puis de la matrice , et en dernier lieu du vagin et des parties extérieures. '
\2 ovaire y placé dans le bassin de la femme ^ tenant à la matrice par un ligament, reçoit les vaisseaux et les nerfs qui, dans l'homme, vont se rendre au testicule; il a la même forme que ce dernier organe, quoiqu'il soit en général un peu moins volumineux. L'ovaire sécrète-t-il une liqueur dont le mélange avec la semence du mâle produit le nouvel être? ou bien s'en détache-t-il, au moment de la conception, un œuf que le sperme vivifie? Quelque parti que l'on prenne dans cette discussion, sur laquelle nous reviendrons, on sera forcé de convenir qi|e l'ovaire prépare une matière essentielle à
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la génération 5 puisque son ablation rend les femelles
infécondes.
C'est sûrement aussi par les conduits membraneux, appelés trompes de Fallope , que cette matière, quelle qu'elle soit, fournie par les ovaires, passe dans la matrice, à laquelle ces trompes aboutissent par une de leurs extrémités , tandis que l'autre, large, évasée, frangée dans son contour, flotte dans la cavité du bassin, soutenue par une petite duplicature du péritoine, mais se redresse sur elle-même, s'applique à l'ovaire pendant le temps du coït, et établit alors un canal non interrompu entre cet organe et l'intérieur de la matrice. On a trouvé l'orifice externe de la trompe de Fallope, ou le morceau frangé , embrassant ainsi l'ovaire dans certaines femelles ouvertes immédiatement après la copulation. H peut arriver que, par un vice organique, la trompe de Fallope ne puisse se porter sur l'ovaire. En disséquant le cadavre d'une femme stérile, je trouvai les morceaux frangés ou les extrémités évasées des trompes, adhérens aux parties latérales du détroit supérieur du bassin, de telle manière qu'il était impossible qu'elles pussent exécuter les mouvemens nécessaires à la fécondation.
La matrice, placée dans le bassin entre le rectum et la vessie , est un viscère creux , dans lequel le produit de la conception s'accroît et se développe jusqu'à l'époque de l'accouchement. On a trouvé sa cavité intérieure partagée en deux cavités, qui
tantôt s'ouvraient dans le même vagin , tantôt avaient chacune un vagin séparé; d'autres fois aboutissaient à un vagin qui n'était double qne dans la partie la plus voisine de Pulérus. Enfin, Valisnieri rapporte l'observation d'une femme qui présentait deux matrices, dont l'une s'ouvrait, comme de coutume, dans le vagin , tandis que l'autre communiquait avec le rectum. Quoique la nature musculaire des parois de la matrice se prononce manifestement, à mesure qu'elle se développe pendant la grossesse, on peut dire que ce muscle creux diffère des organes de cette espèce par l'arrangement de ses fibres, qu'il est difficile d'apercevoir quand sa cavité est vide, et impossible de bien démêler, lors même qu'elle est remplie par le fœtus ; mais elle s'en distingue surtout par la propriété singulière dont elle jouit, de se dilater, de s'étendre en augmentant d'épaisseur, au lieu de devenir plus mince.
Le vagin n'a rien de remarquable que la structure molle, rugueuse et dilatable^ de ses parois. L'extrémité supérieure de ce canal oblique, tournée en arrière et en haut, embrasse le col de la matrice, tandis que l'orifice inférieur est environné par un corps spongieux, dont les cellules se remplissent et se vident de sang, comme celles des corps caverneux du clitoris et de la verge. On le nomme plexus rétiforme : son gonflement dans l'érection peut rétrécir l'entrée du vagin ; les contractions du muscle constricteur^ qui , tenant la place des bulbocaverneux de l'homme, est couché sur le plexus
ri^tiformc 5 et environne comme lui Fenlrée du vagin, peuvent également rendre l'entrée de ce canal plus étroite.
En outre, cet orifice extérieur est garni ^ chez les femmes qui n'ont souffert l'approche d'aucun homme , d'un repli membraneux plus ou moins large^ ordinairement demi-circulaire, connu sous le nom àihjmen. Son existence est donnée, par plusieurs, comme le signe le plus certain de la virginité physique ; mais tous les caractères à l'aide desquels on a cru pouvoir s'assurer de cette qualité, que les hommes convoitent avec tant d'ardeur, n'offrent rien que de très-équivoque (i). La laxité des parties baignées par des mucosités abondantes, chez une femme sujette aux flueurs blanches, ou par le sang des règles pendant la menstruation, peut faire que l'hymen ait cédé sans se rompre, et qu'une femme vraiment déflorée paraisse encore vierge, tandis qu'une autre , parfaitement intacte , aura perdu l'hymen dans une maladie, etc. Enfin, il est des individus chez lesquels ce repli membraneux est si peu prononcé, que plusieurs anatomistes ont été jusqu'à révoquer en doute son existence. Elle est constante néanmoins; mais sa grandeur est infiniment variable. On l'a vu , chez certaines filles , boucher complètement l'orifice du vagin, et, dans ce cas, produire la rétention des menstrues. D'autres
(i) « Altamen prima venus débet esse cruenta. » « Cependant, en général, les prenjièi'es approches doivent être sanglantes. » (M. de ITaller.)
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fois l'oblitération n'étant pasentière^ la fécondation a pu s'opérer à la faveur d'une très-petite ouverture et sans introduction; mais, au moment d'accoucher, la tête de i'enfant fait de vains efforts pour surmonter la résistance que la membrane lui oppose (i). Chez les femelles de certains animaux, celle du cabiais ou cochon d'Inde , par exemple ( ca^na cobaja ) , l'orifice du vagin reste fermé , et ne s'ouvre que par les efforts de l'accouplement, pour se refermer ensuite jusqu'à l'époque de l'accouchement, après lequel il se ferme de nouveau par le recollement de ses bords,; en sorte que les femelles de ces animaux jouissent de l'heureux privilège de conserver les apparences de la virginité, même après de nombreux accouchemens.
Les parties génitales extérieures ^ faciles à apercevoir sans le secours de la dissection , ne peuvent point être regardées comme de simples agrémens; toutes, ainsi qu'on va le voir, remplissent un but utile. Les replis de la peau , qui forment les grandes et les petites lèvres, se déploient au moment de l'accouchement, et facilitent la dilatation nécessaire a l'expulsion du foetus. Ces duplicatures non-seulement^e dédoublent, mais encore s'étendent dans leur tissu, plus abreuvé, plus mou et plus extensible que celui de la peau. Le mont de Vénus, les poils qui l'ombragent, le chtoris, qui figure une verge imparfaite , semblent n'être que des organes
(i) Eaudelocque, Art des accouchemens.
DE LA GÉNÉRATION. SnS
(Je volupté; mais le plaisir n'entrc-t-il pas lui-même comme élément dans l'acte par lequel l'espèce humaine se perpétue ?
CCV. Conception. L'œuvre de la reproduction est précédée et sollicitée par un instinct voluptueux 5 qui existe dans l'un et l'autre sexe , mais qui est plus prononcé dans le mâle que dans la femelle. Cet entraînement plus grand des mâles peut être observé dans toutes les espèces animales, à l'exception de quelques femelles, qui, dans plusieurs insectes, par exemple, sollicitent le mâle; et c'est une loi très-sage, car, ainsi que le remarque Haller , la femelle est toujours apte au coït, tandis que le mâle joue un rôle actif qu'il ne peut accomplir que sous l'influence d'une stimulation assez énergique. On a cherché à expliquer le besoin du coït par les conditions spéciales dans lesquelles se trouvent les organes génitaux à une certaine époque de la vie. Ainsi, dans l'homme, la sécrétion du liquide qui remplit les vésicules séminales, et qui, plus tard, par la résorption, porte dans tout le corps une ardeur amoureuse: dans la femme,le développement de l'ovaire et la sécrétion des vésicules ovariques, sont les circonstances qui paraissent à quelques physiologistes provoquer les sensations , d'où naît le désir du rapprochement des sexes. Onconnaîtlefait rapporté par Vallisnieri^, d'une fille vierge qui mourut dans un accès d'hystérie, et sur l'ovaire de laquelle on trouva une vésicule bien développée. Le suintement séro-sanguinolent , qui se fait
par îe vagin des femelles au moment du rut atteste i'état d'excitation où se trouvent alors les organes de la génération. Cabanis rapporte le besoin du coït à celte classe de sensations qui appartiennent aux viscères, et parcourent le système nerveux, sans que l'homme en ait la conscience. Gall assigne une partie de Tencéphale pour organe spécial de l'instinct de la reproduction, instinct qui, dans son syslènic, forme une des facultés fondamentales de l'intelligence. Le cervelet, peu développé dans les enfans, offre un accroissement de volume très-prononcé au moment de la puberté; on ne îe rencontre que chez les animaux qui s'accouplent : la région cérébelleuse devient plus chaude à l'époque du rut; la congestion de sang dans le cervelet pendant la suspension , détermine un surcroît d'action de cet organe , et par suite l'érection et l'éjaculation qui accompagnent ce genre de mort. Enfin, Gall a recueilli plusieurs observations d'hémorraghie cérébelleuse, accompagnées des mêmes phénomènes. La partie moyenne du cervelet est seule affectée à l'instinct de la reproduction dans les ovipares; la totalité de l'organe y préside dans les vivipares. M. Serres a restreint l'influence du cervelet sur la génération à sa partie centrale, considérant Jes lobes comme destinés aux mouvemens. Mais, il faut l'avouer, plusieurs des raisons précédentes sont loin d'ètreconvaincantes. On conçoit difficilement qu'un épanchement de sang dans un organe puisse en accroître l'action ; il semble plutôt qu'il devrait pro-
duire un effet directement opposé. Ajoutons qu'une jeune fille, morte il y a deux ans à l'hôpital Saint- Antoine, n'avait pas de cervelet, et que cependant elle se livrait avec fureur à la masturbation.
Lorsqu'une irritation chimique, mécanique ou mentale, sollicite l'action des organes génitaux, la verge s'alonge, se gonfle et se roidit par l'accumulation du sang dans les cellules des corps caverneux et dans les mailles du tissu spongieux de l'urètre (i). La turgescence de ces deux parties du pénis doit être simultanée pour que l'érection soit parfaite. On a cru pouvoir expliquer ce phénomène par la compression des veines honteuses , qui , diton , se trouvent placées entre la symphyse des pubis et la racine de la verge, pressée , tant que l'érection dure , contre ces os, par les muscles. Mais, dans cette hypothèse , l'érection devrait être volontaire : d'ailleurs, le mamelon, le clitoris, les tumeurs érectiles accidentelles, sont dépourvus d'appareil musculaire propre à suspendre le cours du sang dans les veines ; et cependant ces parties éprouvent les phénomènes de l'érection. Le sang qui gonfle les tissus caverneux de la verge et spon- * gieux de l'urètre et du gland , qui n'est lui-même que l'extrémité épanouie de ce dernier canal , ne stagne point dans leurs cellules , seulement il s'y
(i) « Pénis adestf ita constructus , ut stimula corporeo sive » mentali irritatus , turgeatet obrigescat , seque erigatj posteà )> detumescat et çoUabatur, » (Crèye.)
trouve en plus grande abondance que de coutume 5 l'irritation augmentant d'une manière remarquable l'action des artères qui l'y versent. L'érection, toujours proportionnée à la vivacité du stimulus, cesse lorsque la cause irritante n'agit plus sur la verge ^ de la même manière qu'une tumeur inflammatoire se dissout ou se résout quand sa cause déterminante est enlevée (i). Dans cette dilatation voluptueuse , l'urètre se redresse , tiraillé par la verge qui s'alonge 5 ses courbures s'effacent; l'irritation se propage de l'extérieur à l'intérieur , jusqu'aux vésicules séminales et aux testicules. Ceux-ci se gonflent et sécrètent davantage : doucement agités par l'action tonique du scrotum , qui se ride et les remonte vers l'abdomen , et par les contractions des fibres du crémaster , dont l'épanouissement forme , entre la tuhique vaginale et le dartos , ce qu'on a improprement nommé tunique érjthroïde ; ils se vident avec plus de facilité par les canaux déférens, qui diminuent eux-mêmes de longueur par l'ascension des testicules , et participent aux secousses qui sont imprimées à ces organes.
Les secousses favorables qu'imprime l'action du
(i) La chaleur animale éprouve une augmentation légère dans l'érection comme dans l'état inflammatoire. La température des fleurs de Y arum, ou pied-de-veau, s'élève de plusieurs degrés au-dessus de celle de l'atmosphère , au moment de la fécondation.
crémaster, soit aux* testicules eux-mêmes, soit aux caryiux déférens, contribuent à la sécrétion et à l'excrétion de la semence, d'une manière tellement utile, que ce petit muscle existe dans les animaux chez lesquels le testicule ne sort jamais de l'abdomen, et demeure dans cette cavité, placé sur les côtés de la colonne lombaire, comme Hunter l'a observé sur le hérisson et chez ie bélier. Ce fait d'anatomie comparée prouve que les usages des crémasters ne sont point bornés à soutenir les testicules, puisque, chez les animaux dont on vient de parler , ils rentrent dans l'abdomen , et remontent pour aller vers l'organe qu'ils doivent ébranler.
Lorsque l'irritation est portée à un certain degré, elle se fait ressentir dans les vésicules séminales : celles-ci agissent sur le liquide qui remplit leur cavité , et s'en débarrassent par la contraction spasmodique de leurs tuyaux membraneux , aidées dans cette excrétion par les releveurs de l'anus. La prostate et les glandes muqueuses de l'urètre fournissent un enduit visqueux propre à favoriser l'écoulement de la liqueur séminale, dardée par jets plus ou moins rapides.
CCVL Le sperme humain ne sort jamais pur , c'est-à-dire tel qu'il a été préparé par les testicules. On conjecture même que la liqueur muqueuse des vésicules en forme la plus grande parlie. C'est ce mucus que les eunuques rendent en quantité assez considérable. La liqueur de la
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prostate et celle que fournissent les glandes muqueuses de l'urètre, l'altèrent également par \^uv mélange.
Reçu dans un vase, il exhale une odeur particulière, analogue à celle que répandent les poussières séminales d'un grand nombre de végétaux , le chaton du châtaignier, par exemple. Il est formé de deux parties , dont l'une est épaisse et grumeleuse, tandis que l'autre est visqueuse, blanche et plus fluide. La proportion de la partie fluide à la portion demi-concrète est d'autant plus grande que l'individu est moins vigoureux , et que l'émission de la semence est plus fréquemment répétée. Bientôt il se liquéfie , en perdant de son poids , toujours supérieur à celui de l'eau commune, dans laquelle il devient dissoluble ; tandis qu'auparavant il ne pouvait s'y dissoudre. Analysé par M. Vauquelin , il a offert: eau , 90 centièmes ; mucilage animal, 6; phosphate de chaux, 3; soude, i. C'est à la présence de cet alcali qu'il doit la propriété de verdir le sirop de violettes. Le mucilage animal n'est point de l'albumine pure ; c'est plutôt un mucus gélatineux, duquel paraissent spécialement dépendre les qualités du sperme, telles que son indissolubilité dans l'eau, son odeur et sa liquéfaction spontanée.
Examinée au microscope, la semence offre de petits animalcules, ayant une tète arrondie, une queue effilée , et se mouvant avec célérité. La découverte de ces ?ininfi3ilcules, faite par Hamme et
DE LA GÉNÉRATION. !lSt
revendiquée par Hartzoeker^ reçut des travaux de Leuwenhoeck une très-grande publicité. Elle fut accueillie avec beaucoup de faveur. Le roi d'Angleterre ^ Charles II, voulut voir ces petits animaux, et fut, dit-on 5 très-satisfait de Texpérience. Le sperme de tous les animaux, même celui des insectes, en renferme un certain nombre, et chez tous ils ont la même forme, excepté chez le poissons, où ils paraissent dépourvus de queue. Plusieurs auteurs, parmi lesquels je citerai Nedham, Buffon , et plus récemment M. Raspail , ont combattu l'existence des animalcules spermatiques , qui leur ont paru, soit de simples animaux infusoires, soit des débris de matières organiques nageant dans le liquide spermatique, mus par des attractions et des répulsions particulières. Étudiés de nouveau par MM. Prévost et Dumas , de Genève, les animalcules spermatiques ont paru tellement* essentiels à la fécondation, que, tués par l'explosion, suffisamment répétée , d'une bouteille de Leyde, la liqueur spermatique , dont on avait constaté auparavant la puissance fécondante, en a été complètement privée. Il en a été de même lorsqu'on la dépouillait des animalcules par cinqfiltrations successives. Comme ces animalcules meurent au bout de vingt heures , dans le sperme abandonné à lui-même, ce liquide perd au bout de ce temps sa vertu prolifique. Enfin, les animalcules restent vivans et mouvans dans les cornes de la matrice des mammifères, jusqu'à la descente de l'ovule dans cet organe. Ces animal-
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cules microscopiques ne se voient dans le liquide séminal qu'à l'époque de la puberté; et, chez les oiseaux, ils ne se montrent dans le sperme qu'aux époques de l'accouplement. On ne les trouve point dans la semence des individus atteints de la syphilis, suivant les observations que m'a communiquées M. le docteur Carré. La pratique de la médecine m'a fourni de nombreuses occasions de me convaincre que la stérilité doit être souvent attribuée à l'existence de la maladie vénérienne, lors même qu'elle ne se manifeste par aucun symptôme apparent; et si ce n'était la discrétion que mon état m'impose^ je rapporterais ici plusieurs exemples de personnes mariées depuis long-temps, et qui n'ont eu postérité qu'à la suite d'un traitement mercuriel des plus complets. La syphilis me paraît surtout être un obstacle puissant à la fécondité , lorsque l'homme et la femme en sont à la fois atteints. Si l'un des deux seulement est malade , la conception a lieu, et il en résulte un produit entaché de quelque vice héréditaire. Je pourrais appuyer cette vérité importante d'un certain nombre d'observations faites avec soin ; mais, je le répète , en semblable matière^ un devoir rigoureux m'oblige au silence.
On a cru remarquer que les animalcules spermatiques fuyaient la lumière , et on a décrit leurs mœurs, leurs habitudes, et jusqu'à leurs maladies. L'imagination a eu beaucoup de part dans tout ce qu'ont cru observer sur ces petits animaux les na-
turalistes , qui s'en sont servis pour expliquer le mécanisme de la reproduction. Toutes les humeurs animales , les sucs d'un grand nombre de plantes, présentent , en plus ou moins grand nombre , ces animalcules infusoires à l'œil armé du microscope: mais il est vrai de dire que ces animalculesdiffèrent essentiellement de ceux contenus dans le sperme , autant du moins que l'on peut en juger par des observations dans lesquelles l'illusion et l'erreur se glissent avec tant de facilité.
Autrefois on imaginait que le sperme découlait de l'axe céréoro-spinal et qu'il était conduit dans le testicule par les vaisseaux lymphatiques , et on comparait à ceux-ci les vaisseaux séminifères. On pense aujourd'hui que la sécrétion du sperme se fait aux dépens du sang de l'artère spermatique et les flexuosités de cette artère semblent dépendre de la migration du testicule plutôt que se rattacher à quelque circonstance de la sécrétion spermatique. Il ne paraît pas que le sperme existe tout formé dans le sanff. MM. Prévost et Dumas disaient avoir fécondé des animaux avec du sang tiré de l'artère spermatique ; mais , comme ils n'en ont plus reparlé j il y a lieu de croire que les expériences avaient été mal faites , et que du sperme avait été accidentellement mélangé avec du sang.
Le sperme formé dans le testicule chemine dans les conduits séminifères ^ h cause du vis à tergo , puisque la sécrétion est continue, comme nous le verrons tout à l'heure; et peut-être aussi en vertu
des lois de la capillarité, il arrive à l'épididynie ou conduit déférent , et de là à la vésicule séminale, où il reste en dépôt jusqu'au moment où il est projeté au-dehors dans l'acte de la copulation. Ainsi, la vésicule séminale joue là, comme nous l'avons dit , le môme rôle par rapport au sperme , que la vésicule biliaire par rapport àla bile. Les deux liquides, au lieu de suivre leur chemin direct, vont, par un canal rétrograde , gagner un réservoir, où ils séjournent plus ou moins long-temps. On explique cette circonstance parVétroitessedu conduit éjaculateur,et parla pression qu'exerce sur lui la prostate: d'où il résulte que ce sperme qui vient du testicule , a plus de facilité à aller dans la vésicule qu'à s'échapper au-dehors. L'état d'excitation qui accompagne l'éjaculation , pourrait seule surmonter les obstacles qui résultent de cette conformation. SAvammerdam , Van-Horne^ Hunter, n'admettent point cette explication : ils pensent que le sperme est fourni au moment même du coït , et ne s'amoncèle point dans la vésicule séminale. Si on a trouvé cette vésicule remplie par un liquide , c'est elle-même qui l'avait sécrété , comme la prostate sécrète le fluide prostatique , et ces deux liquides , comme ceux que fornissent les glandes de Cowper et les. lacunes de Morgagni , sont rencontrés par le liquide du testicule , s'unissent à lui, et grossissent le produit de la sécrétion spermatique. En preuve, les auteurs précédemment cités disent ^ i® que le liquide renfermé dans la vésicule n'a ni l'odeur ni
DE Î.A GÊNÎ^RATION. sSv^
les propriétés du sperme. ( Cela ne prouve rien ^ car le sperme est formé , ainsi que nous l'avons dit, non-seulement du produit de la sécrétion testiculaire et du fluide de la vésicule^ mais encore de plusieurs autres liquides j qui ne peuvent pas se trouver dans la vésicule. ) 2" Qu'un orgasme vénérien , long-temps prolongé , cause au testicule une vive douleur. ( C'est encore une mauvaise preuve , car l'orgasme vénérien est accompagné d'un sentiment de ténesme qui peut fort bien tenir à la réplétion des vésicules ; en outre , comment la douleur des testicules prouve-t-ellequeces vésicules séminales ne contiennent pas de sperme?) 3° Que des animaux stériles , ou privés de testicules , ou dont les canaux déférens avaient été coupés , ont cependant présenté leurs vésicules pleines de liquides. ( Cela démontre seulement qu'il se fait à la face interne une sécrétion particulière. ) 4° Q^^ ^^^ animaux générateurs n'ont pas de testicules et ont une vésicule séminale. ( Cela prouve qu'il y a des animaux chez qui le testicule a la forme d'une poche , et voilà tout. Les animaux qui ont h la fois testicule et vésicule séminale, sont seuls et peuvent seuls être les objets de la discussion.) Il semble qu'il y a un moyen décisif de juger la question. Si la vésicule ne tient pas de sperme en réserve , ôtez les deux testicules à un animal , et certainement le coït immédiat sera sans résultat. C'est ce qu'ont fait quelques expérimentateurs, et ils ont vu les animaux demeurer pendant
quelque temps en possession de la faculté d'engendrer. Le trajet du sperme , et son séjour dans les vésicules séminales^ sontdonc un fait constant, malgré les objections élevées par Van-Horne etHunter. La sécrétion du sperme se fait-elle d'une manière continue? Quelques physiologistes, rembarquant que l'acte de la copulation ne se répète qu'à des intervalles assez éloignés, ont pensé que la sécrétion du sperme suit les mêmes lois, et présente les mêmes périodes d'intermittence et d'activité. Cela est possible, à la rigueur , pour les animaux qui entrent en rut à une époque déterminée ; mais il ne paraît pas qu'on puisse appliquer la même proposition à l'homme qui , une fois arrivé à l'âge de la puberté , est apte en tout temps à accomplir la fonction de la génération. C'est en raison de cette persévérance d'action que les vésicules séminales se remplissent, et que les émissions du sperme sont d'autant plus abondantes qu'elles sont moins fréquentes. Mais^ dira-t-on, comment concevoir le séjour prolongé du produit de la sécrétion spermatique dans ses réservoirs , sans qu'il en ré- ^ suite au moins un embarras dans l'économie ? Les urines ne peuvent demeurer plus de deux ou trois jours dans la vessie, sans entraîner de graves accidens ; il en est de même de la bile. A cela on peut répondre , i° que la sécrétion spermatique n'est pas très-abondante, ainsi que nous le démontrerons tout à l'heure; 2° que chez les hommes vigoureux , qui se nourrissent bien , qui ont une
imagination aclive ^ de fréquentes occasions d'excitation , et qui, par suite de ces circonstances, sécrètent beaucoup de sperme , une partie est .rejetée par des pollutions nocturnes ; 3"* qu'une autre partie estabsorbée, et va porter dans tous les organes l'activité dont est sans doute pénétré un principe essentiellement vivifiant. De là l'immense intervalle qui sépare les castrats du reste des hommes ; de là , la limite profonde tracée entre le libertin et l'homme continent. Chez les castrats, le larynx 5 et par suite la voix , sont peu développés, le système pileux est misérable, la taille est peu élevée, les muscles sont faibles, le système graisseux prédomine. Le moral , comme le-physique, s'affaiblit; les facultés intellectuelles et affectives paraissent avoir été comprimées. Chez les eunuques , peu de passions , point de conception ; de la timidité et de l'abrutissement. La castration exerce la même influence sur les animaux; elle produit l'afrophie des cornes, ou les fait pousser recourbées , et s'oppose à leur chute et à leur régénération annuelle ; elle arrête le développement de la crête des gallinacés , leur ôte la'fLiculté de chanter , les engraisse outre n>e- . sure. Les étalons, les taureaux , se distinguent, au contraire, par leur vigueur et leur impétuosité; la chair des animaux qu'on force à la continence a un fumet particulier, qui est même assez désagréable.
Les excès amoureux ont la même action débiii-
tante que la castration. Avec le sperme, sV^puîsent à la fois les forces et les facultés intellectuelles et morales* Le sperme est, suivant Texpression de Hal* 1er, une sorte de virus animal qui double les forces et l'intelligence: /^zYrt/e virus maxime ad sanita^ tem et robur animœ et càrporis\confeH. Newton ^ qui décomposa la lumère,et traça des lois qui règlent la marche du corps; Newton qui étonna son siècle par l'immensité de son génie, mourut vierge à plus de quatre-vingts ans, s'il faut en croire les traditions. Sans doute la résorption du liquide fécondant joue dans tous ces faits un grand rôle. Il serait injuste , toutefois , de lui attribuer une part exclusive dans leur production; car il est d'observation que la masturbation à laquelle se livrent beaucoup d'enfans avant l'âge où le sperme est sécrété^ arrête leur développement , et les jette quel-» quefois dans le marasme et dans un épuisement ^ dont il faut alors chercher la cause dans la répétition Iréquente d'uti acte qui s'accompagne de spas- ^nes plus ou moins prolongés. On doit ajouter d'ailleurs qu'une continence absolue est impossible à la plupart des hommes, et qu'elle entraîne a sa syite non moins de dangers que les excès amoureux. A la vérité, le besoin du coït se fait sentir avec d'autant moins d'énergie, qu'on reste plus long-temps sans se livrer à l'acte générateur. Toutefois, ce besoin ne disparaît jamais entièrement , et la loi qui lie invariablement à l'existence d'un organe, le besoin de l'exercer, est ici, comme dans le reste de
Ï)Ê t.À GÉNÈAAtloN. ^Bg
l'économie^ un do ces traits de profonde sagesse^ qui ontporté l'homme à personnaliser la nature, et à la considérer comme un être intelligent qui a disposé toutes choses à l'avance et dans des vues déterminées. L'histoire des congrégations religieuses offre le récit des accidens arrivés aux dévots fervens qui, résolus de bonne foi à vivre dans une éternelle continence, avaient sacrifié le vœu de la nature à celui de leur Ordre.
De tout ce qui précède, nous arrivons donc à la conclusion que la sécrétion spermatique est continue, mais qu'il y a résorption d'une partie du liquide sécrété. En outre, la sécrétion ne commence point avec la vie de l'individu. Haller fait remarquer que le canal déférent est tellement étroit chez les enfans, qu'une injection au mercure n'y pénètre point : la fonction commence vers l'âge de quinze à vingt ans, et se continue jusqu'à soixante et plus; mais le sperme devient Hquide, et ne conserve point la propriété fécondante.
La sécrétion est peu active; les éjaculations qui se succèdent en un court e'space de temps sont en effet de moins en moins abondantes. La première est plus considérable que les autres, parce qu'elle, se compose du liquide en réserve; la seconde est beaucoup moins copieuse, la troisième est fort peu de chose, et c'est a peine si les suivantes sont appréciables. L'étroitesse du canal déférent est parfaitement en rapport avec cette circonstance.
L'imagination et l'exercice fréquemment répété
du coït exercent sur cette sécrétion une grande influence. Quelques substances paraissent jouir de la faculté d'augmenter ou d'activer la sécrétion, soit en produisant une excitation générale, soit en augmentant dans le sang la quantité des matériaux alibiles, et, par suite ^ la matière sécrétée par le testicule.
Jusqu'ici nous ne nous sommes occupés que de la partie du liquide spermatique sécrétée par le testicule; et c'est en effet la plus importante. Toutefois, les glandes de Cowperet les lacunes de Morgagni fournissent aussi leur contingent; maison sait peu de choses et sur la nature, et sur la quantité du liquide qui leur est propre. La prostate, organe qui résulte d'un amas de follicules qui enveloppent le col de la vessie, sécrète un liquide transparent, visqueux, assez abondant, moins épais que ia matière versée par le testicule. C'est lui qui sort de l'urètre au moment des selles chez les hommes continens. Il paraît que la sécrétion en est activée au moment du coït, et que son éjaculation est accompagnée de spasmes et de jouissances.
Non-seulement les organes de la génération se contractent spasmodiquement pour effectuer l'expulsion de la semence; tout le corps participe à cet état convulsif, et l'instant de l' éjaculation est marqué par des secousses plus ou moins violentes de toutes les parties; de façon qu'il semble , dit Bordeu, que, dans cet instant, la nature ait oublié toute autre fonction, et ne soît occupée qu'à
rassembler ses forces, et à les diriger vers le même organe. A cette convulsion générale, à cet accès comme épileptiqiie , succcdc un abattement universel ; au sentiment de lassitude physique , se joint un fond de tristesse et de mélancolie qui a bien ses douceurs. Cette sensation particulière, qui, selon Lucrèce (i), mêle le chagrin au plaisir le plus vif que nous puissions goûter, tient-elle à la fatigue des organes, ou bien , comme l'ont pensé quelques métaphysiciens, à la notion confuse et éloignée que prend l'individu de sa destruction?
Le membre viril n'entre point dans la matrice , quoique la semence y pénétre. Le museau de tanche présente une fente trop peu étendue, et dont les bords épais sont en contact. Il paraît même difficile de concevoir que cette étroite ouverture puisse donner passage au liquide séminal. On a pensé qu'au moment de la copulation la matrice irritée se roulait sur elle-même, et attirait à elle, par une véritable aspiration , la semence dont elle est avide. Platon comparait cet organe à un animal vivant dans un autre animal, maîtrisant toutes les actions de l'économie vivante, brûlant de se repaître de la liqueur du mâle, et la digérant pour en former un nouvel individu (2).
(i) Lucrèce, de Naturâ rerum.
fa) « De même aux femmes le leur, comme un animal glou- » ton et avide, auquel, si Ton refuse les alimerrc en sa saison ,
5^5 DE iA GÊNÊftAftOK*
La grande épaisseur du col de la matrice a fait douter que son orifice pût se dilater assez pour admettre une liqueur aussi épaisse que la semence. Quelques-uns ont donc cru que ce n'était point ce liquide lui-même qui pénétrait dans la cavité de l'utérus, mais sa partie la plus subtile, la plus spiritualisée, une vapeur prolifique qu'ils ont appelée aura seniinalis. Mais , outre qu'on a trouvé la semence contenue dans la matrice des femelles d'animaux ouvertes immédiatement après la copulation, Spallanzani , dans ses expériences sur la fécondation des grenouilles, des salamandres et des crapauds, a vu que , pour donner aux œufs de ces reptiles la faculté d'éclore^ il ne suffisait pas de les exposer à la vapeur quis'élèvedc la liqueur séminale dumâle; qu'il était au contraire indispensable que la semence liquide les touchât immédiatement, quelque petite que fût sa quantité.
On a dit que l'utérus, dilaté pour recevoir le sperme, se resserre pour le retenir, et que cette contraction spasmodique de l'utérus^ ressentie, au rapport de Galien , par des femmes qui avaient conservé assez de sang-froid pour s'observer dans une telle circonstance , était le signe le plus certain que l'on pût acquérir sur la fécondité de la copulation. C'est sans» doute pour décider cette rétention que l'on est dans la coutume de jeter de
» il forcené , impatient de délai , etc. » ( Essais de Michel Mon^ » laigue^ Uy, m,
l'eau froide sur cei'taines femelles d'animaux domestiques qui se prêtent avec trop d'ardeur aux approches du mâle. Le spasme que l'impression du froid occasionne dans l'organe cutané se répète sur la matrice, et empêche l'écoulement delà semence qui a été lancée dans sa cavité.
On a également cru observer que les femmes concevaient plus aisément dans les temps qui suivent l'écoulement des règles; époque à laquelle le col de la matrice est moins exactement fermé que de coutume.
Plusieurs auteurs ont refusé d'admettre l'entrée du sperme dans l'utérus. Fabrice d'Aquapendentc, Harvey prétendent ne pas l'y avoir rencontré après le coït. On a cité à l'appui de cette opinion les observations de fécondation, alors que le col deTutérus était oblitéré, ou le vagin rétréci au point de ne pouvoir admettre un tuyau de plume. Mais, nonobstant ces faits , et les conduits particuliers découverts par M. Gartner, et qui du vagin se rendraient dans la cavité de la trompe des vaches et des truies , on pense généralement que le sperme doit arriver jusque dans la cavité de l'utérus, pour que la fécondation soit possible. Ajoutons qu'on a pu le reconnaître dans cette cavité, sur des femelles sacrifiées immédiatement après la copulation , et que Ruisch l'a de même reconnu dans l'utérus d'une femme morte peu de temps après le coït. Mais que se passe-t-il au-delà? Le développement de l'embryon dans la cavité de la trompe, ou à la sur»-
face même de l'ovaire, prouve que la fécondalion s'opère ailleurs que dans la matrice 5 la liqueur séminale en totalité ^ ou seulement quelqu'une de ses parties constituantes , pénètrent-elles jusqu'à l'ovaire à travers la cavité de la trompe, ou bien estclîe absorbée dans l'utérus, et, par la modification profonde qu'elle imprime à l'économie, augmentet-elle l'action formatrice, d'où résulte la production d'un nouvel organisme ?
Le travail qui se fait dans les ovaires, travail apparent dans l'heure qui suit l'accouplement de la l3rebis ( iîaller ), n'apparaît dans la, chienne que le deuxième jour après la fécondation. Plusieurs vésicules augmenten t de dimensions, puis se rompent, et laissent échapper un ovule souvent inaperçu; car il n'a qu'un demi-millimètre de diamètre; mais, avec le secours du microscope, MM. Prévost et Dumas l'ont parfaitement distingué , aussi bien que la fente sanglante par laquelle il s'est échappé delà vésicule vide et déchirée.
Les ovaires, comme les testicules , se gonflent et prennent de l'accroissement à l'époque de la puberté, lisse rapetissent, diminuent de volume, et se flétrissent en quelque sorte lorsque la femme n'est plus apte à concevoir. Examiné peu de jours après la conception, l'un des ovaires, plus gros que l'autre, présente une petite vésicule jaunâtre , qui se dessèche pendant le temps de la grossesse, de manière que, vers sa fln , il n'existe plus dans le lieu qu'elle occupait qu'une très-petite cicatrice.
DE LA GÉNÉRATION. 2g5
Cette vésicule est l'enveloppe la plus extérieure du petit œuf dans lequel le germe est renfermé , et qui s'est déchirée pour permettre son écoulement. Les. observations de Haller prouvent que le corps jaune est formé par les débris d'une vésicule qui s'est rompue au moment de la conception, et a laissé échapper la liqueur qu'elle contenait. Dans une brebis ouverte quelques minutes après l'accouplement , on voit sur l'un des ovaires une vésicule plus grande que les autres , déchirée par une petite plaie dont les lèvres sont sanglantes. L'inflammation s'établit dans les parois déchirées de la petite poche ; les bourgeons charnus s'en élèvent, puis s'affaissent, et une cicatricule indique l'endroit qu'elle occupait. Le nombre de ces cicatrices est proportionné à celui des fœtus. On ignore combien de temps le germe détaché de l'ovaire emploie pour parcourir la trompe de Fallope , et arriver dans la cavité de la matrice. Valisnieri et Haller n'ont jamais pu l'apercevoir distinctement qu'au dix-septième jour , dans ce dernier viscère.
Il paraîtrait, d'après les observations d'Haigton et de Home,- en Angleterre, que la formation de l'ovule a lieu dans l'ovaire en vertu d'un travail propre à cet organe, et indépendamment de l'influence du sperme; que chez les femelles des animaux , au temps du rut, et chez la femme, à des époques indéterminées, des vésicules se forment préparées à l'avance pour les fécondations à venir,
et prêtes à laisser échapper l'ovule qu'elles renferment, selon qu'elles sont plus ou moins avancées vers une sorte de maturité. Haigton ayant ^ à l'exemple deNuk, lié et coupé l'une des trompes pour empêcher la fécondation, n'en a pas moins trouve des vésicules ou corps jaunes , il est vrai sans déchirure, sur l'ovaire isolé par la ligature.
Tout ce qui nous reste k dire touchant le mécanisme de la génération^ ne peut point être donné comme certain, mais seulement comme vraisemblable, tan t la nature s'est plue à multiplier ses voiles dans une opération qui pique si vivement notre curiosité !
Après avoir distingué le vrai du vraisemblable, ce qui est indispensable dans toute science de faits et d'observations , comme l'est la physiologie, nous allons émettre plusieurs hypothèses qui ont été données sur la manière dont les deux sexes concourent à la production du nouvel être.
1°. Les fœtus préexistent dans l'ovaire des femelles, non qu'ils s'y trouvent depuis la création du monde, comme c'était le senâment de Bonnet et de tous ceux qui, avec ce natuialiste métaphysicien, ont adopté le système de V emboîtement des germes; mais les œufs qui contiennent ces germes se forment par l'action propre de l'ovaire qui les sécrète; preuve nouvelle que tous les phénomènes offerts par les corps organisés , soit qu'ils aient pour but la conservation des espèces ou celle des individus, s'opèrent par la voie des sécrétions. Cet œuf,
produit de l'élaboration du sang qu'apportent les vaisseaux sperrnatfques aux ovaires, contient les lïnéamens du nouvel être; mais ce n'en est, en quelque façon , que le dessin ou le cadavre , si l'on peut employer cette expression pour un corps qui n'a jamais vécu. Il est besoin que l'esprit séminal vienne le faire sortir de cet état d'inactivité, et lui donner d'une manière en quelque sorte électrique l'éveil de la vie. Les œufs pondus par une poule vierge n'éclôront jamais, quoiqu'ils contiennent les rudimens du petit animal. Les œufs d'une grenouille qu'on a tenue éloignée du mâle pendant tout le temps de soufrai, se putréfient dans le vase d'eau où on les conserve. Si le mâle, au contraire, les a arrosés de sa semence au moment de leur sortie, ils ne tarderont pas à se développer. On préviendra leur putréfaction, et on les animera en versant sur eux la liqueur spermatique recueillie par les procédés que Spallanzani mettait en usage dans ses admirables expériences sur les fécondations artificielles.
Si l'on en croit les travaux de cet habile observateur qui a tant fait pour dévoiler le mystère de la génération, et faire connaître la part qu'a chaque sexe dans cette fonction importante , le mâle n'y coopère qu'en fournissant le principe vivifiant qui doit animer les individus dont la femelle fournit les germes; qu'ainsi il y sert d'une manière moins essentielle. Il n'est pas si difficile qu'on le pense d'expliquer^ dans ce syslçme, les ressemblances
frappantes qui existent si souvent entre les pères et les fils. L'embryon imperceptible a tout au plus la consistance d'une glu légèrement visqueuse. Un corps si peu consistant doit être très-perméable; et la semence du mâle, appliquée à sa surface, doit lui imprimer de puissantes modifications. Il en est alors de l'action de cette liqueur sur l'embryon encore tendre, comme de celle d'un cachet gravé Sur la cire molle qui conserve son empreinte. L'impression est d'autant plus profonde, la ressemblance d'autant plus frappante, que le mâle s'est porté à l'acte de la reproduction avec plus de vigueur et d'énergie. La liqueur séminale du mâle peut nonseulement agir à la surface du germe gélatineux, presque fluide, et modifier son extérieur; mais encore elle le pénètre à raison de son extrême mollesse, et imprime des changemens à ses parties intérieures. Il résulte de tout ce qui précède que l'on peut expliquer, non -seulement les ressemblances entre les pères et les fils, mais encore les maladies héréditaires, ou qui se transmettent par voie de génération. Cependant l'intérieur paraît surtout fourni par les femelles, tandis que les parties extérieures sont spécialement influencées par les mâles; car, dans l'accouplement de deux animaux appartenant à deux espèces différentes , le mulet y qui provient de cette union, ressemble au. mâle par le dehors, et à la femelle par les parties intérieures. Il est difficile d'assigner la raison de l'impossibilité dans laquelle sont les mulets de re-
produire des individus semblables à eux. Pourquoi leurs parties sexuelles, si bien développées^ sontelles complètement stériles? quel vice caché neutralise leur action ? pourquoi certains mulets , parmi les oiseaux j jouissent-ils du pouvoir de perpétuer leur race, avantage que la nature a également accordé aux plantes hybrides, qui sont de véritables métis parmi les végétaux^ tandis qu'elle le refuse le plus souvent aux quadrupèdes?
2". L'ancien système du mélange des semences dans la cavité de la matrice, exposé dans les écrits d'Hippocrate et de Galien, est encore celui de plusieurs physiologistes. Dans ce système, les liqueurs mêlées peuvent être regardées comme un extrait de toutes les parties du corps, soit mâle, soit femelle : une faculté génératrice les dispose convenablement pour la formation du nouvel individu. Mais la femme n'excrète point^ au moment de la copulation, une semence véritable; l'humidilé qui mouille et quelquefois baigne la vulve, consiste en de simples mucosités mêlées à l'humeur que sécrètent ces deux petits corps glanduleux, voisins de l'orifice du vagin, que^ connaissait Thomas Bartholin, qui leur donna le nom de prostates de la femme ^ et dont M. Amussat vient d'injecter récemment les réservoirs vésiculaires.
M. de Buffon a particularise davantage les faits que cette hypothèse suppose, et l'a rendue moins vraisemblable. Selon cet éloquent naturaliste, chaque partie fournit des molécules qu'il appelle orga^
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niques; el ces molécules, provenues des yeux ^ des oreilles, etc. , de l'homme et de la femme, s'arrangent autour d'un mouleintérieur dont il admet l'existence, lequel moule forme la base de l'édifice, et provient probablement du mâle, si c'est un garçon^ et de la femelle, si c'est une fille. La raison répugne à admettre une théorie dans laquelle on n'explique point la formation du placenta et des enveloppes da fœtus; elle se trouve d'ailleurs formellement contre* dite par la bonne conformation des enfans nés de parens qui, manquant de plusieurs organes et de plusieurs membres, ne peuvent fournir aucune molécule pour former les parties qui les représentent. La force de formation qui, selon Blumenbach (i), préside à la génération, ne diffère pas essentiellement, quoi qu'en dise cet auteur, des forces plastiques imaginées parles anciens : c'est un mot, et non point une idée. La production de l'homme et des animaux s'opère-t-elle par cristallisation? du mélange des semences résulte-t-il un cristal en étoile, dont deux branches correspondent aux pédoncules du cerveau, deux aux pédoncules du cervelet, tandis que de la cinquième branche prolongée naîtra la moelle de l'épine , et que le nœud médullaire central se prononcera dans le milieu de la figure , à l'endroit où ses cinq branches se réunissent! ! ! 3°. Le système des ovaristes, qui jouit aujourd'hui
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(i) Institut, physiol.j^, 49 j Comment, societ. se. Gottin^,
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rJe la plus giande faveur^ compte parmi ses partisaiivS Harvey, Stenon, Malpighi, Valisnieri, Duhamel, Nuk, Littre, Swammerdam, Haller, Spallauïani, Bonnet, etc. Ceux-là n'admettent la distinction des animaux en ovipares et en vivipares qu'en ce sens seulement, que les derniers éclosent au dedans, et déchirent leur enveloppe avant de paraître à la lumière. Enfin, Leuwenhoëk, Hartsoëker, Boerhaave, Mery, Werheyen, Cowper, etc., ont ajouté à i'opinion des ovaristes, que la semence du mâle contient une multitude d'animalcules spermatiques, tous capables de devenir, en se développant, des êtres semblables à celui qui les fournit. Ces animalcules se dirigent ensemble, par les trompes, sur les ovaires, et là ils se livrent un combat à outrance, dans lequel tous perdent la vie, à l'exception d'un seul qui,maître du champ de bataille, se niche dans l'œuf destiné à le recevoir. Ce dernier système , trèspeu vraisemblable, donneaux hommes la plus grande part dans la génération , puisque , selon ces auteurs la femelle ne fournit que l'enveloppe du fœtus.
MM. Prévost et Dumas, de Genève, viennent de rajeunir et de reproduire l'hypothèse des animalcules, qui , s'il faut les en croire , existent exclusivement dans le sperme, et seulement aux époques où l'homme et les animaux jouissent de la vertu fécondante.
Selon ces expérimentateurs, l'un des animalcules que contient le sperme, se logeant dans l'ovule fourni par la femme, y devient la base du nouvel ipdividu :
il en représente le système nerveux; ia femnrie fournit l'élément cellulo-vasculaire; en sorte que la vésicule, détachée deTovaire, doit être regaidée comme une sorte de gangue celluleuse dans laquelle se forme l'embryon.
Dans cette hypothèse, une très-grande quantité d'animalcules existent en pure perte dans le sperme humain ; mais l'on peut répondre que la nature offre de nombreux exemples de cette prodigalité.
La seule différence qui existe maintenant dans l'opinion hypothétique des physiologistes consiste en ceci, que, selon les uns, l'ovule renferme le rudiment du nouvel individu, auquel, selon eux, le sperme communique la puissance vitale ; tandis que^ suivant les autres, l'ovule esl seulement destiné à recevoir ce germe émané du mâle , et provenant exclusivement de lui.
Il serait superflu d'exposer avec plus d'étendue les opinions émises sur un sujet aussi obscur; ce que nous en avons dit est suffisant pour prouver que les choses qui se refusent le plus obstinément à notre curiosité, et qui donnent le plus de prise à l'imagination , sont celles que l'on croit le mieux connaître , et dont on parle avec le plus de confiance et de prolixité : tant il est vrai, comme le remarque Condillac , qu'on n'a jamais tant de choses à dire que lorsqu'on part de faux principes!
Quoi qu'il en soit, il est vraisemblable que le germe vivant, quoiqu'amorphe dans son origine, passe successivement par toutes les formes et tous
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les degrés de l'organisation et de la vie; que d'abord, simple maliérc gélatineuse, à demi-fluide, et soumis au procédé mystérieux de la fécondation, il revêt graduellement la forme, la composition et l'apparence d'un ver vésiculaire; que cette hydatide s'élève par degrés h l'état d'insecte , de crustacé, de poisson , de reptile , c'est-à-dire qu'aux diverses époques de son existence embryonaire et fœtale, il en présente l'organisation, sinon dans son ensemble, au moins dans le développement de ses principaux appareils; et qu'endn parvenu au dernier terme de composition ou de complication , il s'élève à l'organisation caractéristique de son espèce. Les monstruosités observées à diverses époques de l'existence de l'embryon et du fœtus présentent des preuves nombreuses et irréfragables de ces gradations successives dans sa composition organique.
La fécondation de l'œuf s'opère dans l'ovaire luimême, comme il a été dit précédemment. Ébranlé par l'action de la trompe de Failope, l'œuf se détache de l'organe qui le produit, et descend dans la matrice par les contractions péristaltiques de la trompe de Failope. Ce canal est susceptible d'un mouvement rétrograde. On en concevra la possibilité, si l'on fait attention que, s'étant alongé par une véritable érection pour conduire la semence jusqu'à l'ovaire, il doit, en revenant sur lui-même, faire couler le liquide dans sa cavité, suivant un sens parfaitement inverse. Spongieuse comme l'urètre de l'homme, la trompe de Failope ramène donc l'œuf
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de l'ovaire à la matrice. Les grossesses extra-titenneâ fournissent iapreuvequeies choses se passenlcomme on vient de le dire. Si Ton a trouve; des fœtus développés dans l'ovaire , dans !a trompe de Fallops, ou môme dans la cavité de l'abdomen , lorsque l'œuf détaché échappe à l'action préhensive du pavillon de ce canal (i), on sera bien forcé d'admettre qu'il parcourt le trajet qu'on a décrit. C'est au huitième jour que, dans la chienne j MM. Prévost et Dumas ont vu se faire le passage de l'ovule dans l'utérus. Comme dans ces animaux ils sont multiples, chaque ovule passe successivement , en sorte que tous ne sont descendus dans la matrice qu'au bout de trois ou quatre jours. Ils y sont d'abord libres etflottans, vésiculaires, offrant sur le côté une cicatriculc ou tache blanchâtre; mais bientôt ils grossissent, et
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(i) Dans les conceptions extra-utérnies abdominales, l'œuf, que la trompe n'a pu retenir ou saisir , "roule dans le bas-ventre, et va contracter des adhérences avec un point quelconque du péritoine. On le voit s'attacher au mésentère, au colon, au rectum , à l'extérieur de la m.auice, y croître et s'y développer, au moyen de la communication vasculaire qui s'étiiblit dans le lieu de l'adhérence ; mais les vaisseaux du péritoine ne suffisent pas ordinairement à l'entier développement du fœtus qui meurt, faute de nourriture, dans les premiers mois de la grossesse. L'adhérence de l'ovule au péritoine s'explique aisément par l'irritation qu'il occasionne ; il peut être considéré comme un corps étranger, dont la présence détermine l'inflammation de la membrane avec laquelle il est en contact , et qui s'unit à elle, parce qu'il fournit, dans cet acte , son contingent de vitalité, sa part d'action nécessaire, C'est véritablement une union entre
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dès le douzième jour on peut y reconnaître le fœtus. L'obstruction des trompes peut, aussi bien que le défaut ou l'altération morbiiîque des ovaires, occasionnerla stérilité. Morgagni parleàce sujet de quelques courtisanes chez lesquelles les trompes étaient entièrement oblitérées par l'épaississement de leurs parois, suite évidente de l'orgasme habituel dans lequel elles avaient été entretenues par des excitations trop fréquentes. La structure de ces parois doit rendre les obsructions des trompes de Fallope très-faciles. Leur tissu est spongieux, vasculaire, et paraît susceptible d'érection comme les corps caverneux de la verge et du clitoris; leur tunique interne ( point d'union entre la membrane séreuse qui tapisse l'abdomen et la muqueuse qui se trouve à l'intérieur de la matrice) participe aux inflammations de Tune et de l'autre. J'ai été plusieurs fois
deux parties vivantes, assez analogue à celle qui s'opère entre les lèvres saignantes d'une plaie, entre la plèvre pulmonaire et la plèvre costale , etc.
Mais comme les membranes séreuses contiennent dans leur tissu des capillaires si déliés , que dans l'état naturel le sang n'y manifeste point sa couleur, leurs vaisseaux ne se développent pas assez pour transmettre à l'œuf qui s'y est uni une assez grande quantité de ce fluide. Les membranes muqueuses, recevant plus de sang, sont en état de fournir davantage ; mais jamais le placenta n'y prend a|||che dans les conceptions extra-utérines. La membrane qui t^sse l'intérieur de la trompe appartient en effet autant aux membranes séreuses qu'aux muqueuses; elle établit, comme on sait, le seul point de communication qui existe entre les unes et les autres.