PRÉFACE. XXJ
ponses toujours moins satisfaisantes ? J'ai négligé à dessein cet étalage inutile, sûr que les bons ouvrages se distinguent autant par certaines choses qui ne s'y rencontrent pas que par celles qui s'y trouvent.
Plusieurs auteurs, en traitant de la science de l'homme , se sont permis de fréquentes excursions dans le vaste champ des sciences accessoires , et ont transporté , sans nécessité, dans leurs ouvrages, des livres entiers sur l'air, les sons, la lumière, et autres objets qui sont du ressort de la physique générale et de la chimie. Haller lui-même n'est pas tout-à-fait exempt du reproche d'avoir appauvri la physiologie de ces richesses étrangères. Je n'ai donné sur ces matières que les notions générales absolument indispensables à l'intelligence de mon sujet, et qui avaient avec lui une connexion trop immédiate et trop nécessaire pour qu'on pût les en séparer.
Un des plus grands défauts des Traités de Phf' siologie , ce sont les répétitions continuelles, les éternelles redites dans lesquelles sont tombés leurs auteurs ; vice qui tient beaucoup sans doute à la difficulté qu'il y a de poser des lignes de démarcation bien précises, en parlant d'actions qui dépendent les unes des autres, s'enchaînent réciproquement et se confondent, comme le font celles qui s'exécutent dans l'économie animale.
<( En composant un ouvrage, on doit éviter les )) longueurs , parce qu'elles lassent l'esprit ; les di- )) gressions , parce qu'elles le distraient; les divi-
XXlj PRÉFACE.
>) slons et les sous-divisions trés-fréquentes , parce » qu'elles l'embarrassent; et les répétitions, parce )) qu'elles le fatiguent : une chose dite une seule » fois , et où elle doit l'être , est plus claire que «répétée ailleurs plusieurs fois, (i.) » Si l'on observe ces préceptes qu'on ne saurait trop méditer, on s'expose, il est vrai, à être regardé comme un auteur superficiel par ceux qui lisent superficiellement, et prononcent d'après un seul chapitre; mais on est amplement dédommagé par le témoignage de ceux qui veulent connaître tout un ouvrage avant de porter un jugement définitif.
Après avoir fait connaître l'esprit dans lequel est écrit ce livre, j'achèverai d'exposer les motifs qui ont déterminé sa publication, si j'ajoute à Futilité que peuvent en retirer la science et ceux qui veulent l'acquérir, la raison non moins puissante de la satisfaction que l'étude procure à celui qui partage son temps entre sa culture et l'exercice pénible de notre art. Dans ces momens trop courts , dérobés à l'enseignement et à la pratique y seul avec sa pensée , dans le silence de l'étude et dans le calme de la méditation, il contemple d'un œil de pitié ceux qui traînent, au milieu i^Q?! plus basses intrigues , une existence méprisée , et se console des tracasseries sans nombre que lui suscitent l'ignorance orgueilleuse et la jalouse médiocrité.
(i) Condillac, Essai sur l'origine des connaissances humaines ^ seconde partie , sect. 2, chap. 4.
PROLÉGOMÊr^ES.
La Physiologie est la science de la vie. On appelle du nom de vie un ememble de phénomènes (jui se succèdent pendant un temps limité dans les corps organisés (i). La combustion n'est aussi qu'un composé de phénomènes ; l'oxigène se fixe dans le corps qui brûle, le calorique s'en dégage; l'affinité est la cause de ces phénomènes chimiques, comme l'attraction est celle des phénomènes astronomiques, comme la sensibilité et la contractilité dont les corps organisés et vivans jouissent, sont les causes premières de tous les phénomènes que ces corps présentent, phénomènes dont la réunion, l'ensemble et la succession, constituent la vie.
Les idées fausses que l'on s'est formées de la vie, les définitions vagues qu'on en a données, tiennent à ce que, ne voulant point la considérer comme un simple résultat, les physiologistes l'ont perpétuellement confondue avec les propriétés vitales. Celles-
(i) Cette définition, tout-à-fait neuve lorsque je l'ai proposée pour la première fois , a été , depuis lors , souvent répétée , soit que ceux qui m'ont fait l'honneur de l'adopter aient emprunté jusqu'aux expressions, soit que, comme le docteur Ch. Morgan , ils aient cru préférable de dire : La totalité des fonctions que chaque individu peut remplir constitue sa vie. {Essai philosophique sur les phénomènes de la vie, Paris ;, 1819.)
!2. PROLEGOMENES.
ci sont causes, celle-là n'est qu'un effet plus ou moin^ composé ; et de même que le ressort d'une montre , ou plutôt l'élasticité dont ce ressort jouit, détermine, par le seul jeu des rouages, le mouvement des aiguilles, et tous les phénomènes que l'instrument peut offrir, de même les propriétés vitales, par le moyen des organes, produisent tous les effets dont la vie se compose. Ces effets sont plus ou moins nombreux, suivant que les organes le sont plus ou moins 5 leur succession est aussi d'autant plus rapide, la vie d'autant plus active, que les propriétés vitales jouissent d'une plus grande énergie,absolumentcommelesmouvemensdelanlont^e deviennent plus compliqués, plus forts, et s'accélèrent par la tension du ressort et la multiplicité des rouages. Les propriétés vitales rentrent au nombre des causes premières, dont l'observation , prouve l'existence et détermine les lois, mais dont l'essence ou la nature intime nous échappe, et se dérobera probablement toujours à nos recherches. De cette ignorance dans laquelle nous sommes sur la cause de la vie, que par un vice de langage l'on a confondue avec la vie elle-même, quoique nous ne connaissions point la nature des propriétés ■vitales, on aurait tort de conclure que la phvsioîogie est une science incertaine; sa certitude est, sous ce rapport, égale à celle de toutes les autres parties de la physique : le chimiste qui explique toutes les combinaisons par Xajfiniïé , l'astronome qui trouve dans ^attraction la cause régulatrice de l'univers , ignorent absolument la nature de ces
PROLÊGOMÈNË.^. 3
propriétés. Nous dirons bientôt quelle idée l'on doit se faire des propriéics vitales, dont certains physiologistes de nos jours vont jusqu'à contester la réalité et l'existence.
§ V\ Des Etres naturels.
Deux classes d'êtres se partagent le vaste domaine de la nature : les uns, inorganiques y ne jouissant que des propriétés communes à la matière; les autres, organisés etvivans, obéissant à des lois particulières, quoique soumis aux lois générales qui régissent l'univers. Chacune de ces deux grandes divisions se sépare naturellement en deux ordres : les corps inorganiques se présentent à nous sous la forme de substances élémentaires simples ou in décomposées, ou bien sous celle àe substances mixtes j composées et décomposables; de même les êtres organisés et vivans existent de deux manières bien différentes, et se distinguent en végé~ taux et en animaux.
Le premier aperçu général qu'il nous importe de saisir dans cette sorte de contemplation générale de la nature, c'est la dépendance mutuelle de ces êtres dont l'ensemble coordonné la constitue, dépendance qui rend leur existence réciproquement nécessaire : ainsi le végétal vit essentiellement aux dépens des corps bruts ou inorganiques , en altère la substance inerte qui ne peut servir à la nourriture des animaux , si elle n'a éprouvé l'influcncG do la vie végétale.
4 {^noLÉGÔMÈNEâ.
§. îî. Des Elémcns des Corps,
Une seconde considéraLion non moins importante, c'est la conversion de tous ces êtres si dif'férens les uns des autres, leur réductibilité à un petit nombre de principes simples que l'on nomme élémens. L'ancienne doctrine d'Aristote sur les quatre éiémens régnait encore dans les écoles avec quelques modifications que les chimistes lui avaient fait subir, lorsque les pneumatiques (i) démontrèrent dans leurs belles expériences que trois au moins de ces principes prétendus des corps, l'air, l'eau et la terre, loin d'être des substances simples, se montraient évidemment formés par l'assemblage et la combinaison de plusieurs autres; qu'ainsi, l'air atmosphérique , au lieu d'offrir un fluide homogène , présentait une foule de substances gazeuses bien différentes, et que, dans son état de pureté la plus parfaite, on y rencontrait au moins deux principes bien distincts, l'oxigène et l'azote; que l'eau était un composé d'oxigène et d'hydrogène ; que la terre contenait de l'argile, de la chaux, de la silice, etc.
(i) C'est ainsi que l'on désigne l'école des chimistes modernes, parce que sa naissance date de l'époque des découverles sur la nature de l'air et des fluides élastiques. Reconnaissons , à la gloire de la métaphysique , que les vieilles erreurs sur les éiémens des corps n'ont été détruites qu'au raoïnent où les chimistes ont été bien convaincus de cette vérité , que toute idée nous vient par les sens, et que nous ne devons rien admettre au-delà de ce qu'ils nous démontrent dans nos expériences.
PROLEGOMENES. 5
Nous avons donc vu de nos jours le nombre des élémens ou des substances simples s'accroître de plusieurs corps auxquels on refusait ce litre, dans le temps où, égarés par les principes d'une métaphysique erronée, les physiciens s'étaient créé un petit nombre d'êtres hypothétiques , et dont rien ne leur prouvait l'existence. Tout annonce que le nombre des substances indécomposables par nos moyens d'analyse, borné aujourd'hui à cinquantedeux (i), sans y comprendre les fluides impondé-
(i) Fluides impondérables.
Caloi'iquc, Lumière, FI. électriqne.
Corps pondérables.
Oxigènc, Hydrogène , Bore, Carbone, Phospliore , Sonfre, Séléniiira , Iode, Pthore , Brome, Chlore , Azote, Silicium , Zirconium, Aluminium , Ictrium , Glucinium , Magnésium ,
Orfila, Élémens
Calcium , Strontium , Baryum, Sodium , Potassium, Lithium , Blanganèse, Zinc , Fer, Étain, Arsenic , Molybdène , Chrome, Tungstène , Columblum, Antimoine, Urane, Cérium , ' (le Chimie, Paris,
Cobalt, Titane , Bismuth, Cadmium , Cuivre, Tellure , Plomb , Blercure , Nickel , Osmium, Argent, Or,
Platine, Palladium , Eiodium , Iridium.
1828, 4'-" édit.jtoniel,
rablcs, pourra augmenter ou diminuer 3, soit qlie^ dans des substances simples, on trouve divers principes, soit que les composés présentent quelques élémens qui ont échappe jusqu'ici aux recherches des chimistes. Quels que soient les succès de leurs travaux, dont il est également impossible de prévoir les résultats et d'assigner le terme, plusieurs faits portent à croire qu'il nous sera toujours refusé d'arriver à la connaissance des véritables élémens des corps, et que ceux que la faiblesse de nos moyens de décomposition ou d'analyse nous oblige de regarder comme tels, sont fréquemment des substances composées et se comportent à leur manière.
Ceci pose sur les élémens ou principes constitutifs des corps, voyons comment la combinaison de ces élémens donne naissance à tous les êtres, et quelles dilTérences générales -existent entre les grandes classes qui les partagent.
§. îlï. Différences entre les Corps organisés et les Corps inorganiques.
On s'est beaucoup occupe , dans ces derniers temps, des différences qui existent entre les corps oi'ganisés et les corps inorganiques; on a vu que ces derniers étaient bien diiférens de ceux qui ont la vie en partage, par fhomogénéité de leur substance, par l'indépendance parfaite de leurs molécules, dont chacune, comme F'a dit Kant, a en Ç'Ilc-mème la raison de sa manière d'être, par leur
inaltérabililc dépendante de la simplicilc de leur composition^ et par le défaut de ces ibrces particulières qui dérobent les corps organisés et vivans à l'empire absolu des lois physiques. La multiplicité, la volatilité de leurs éléracns, la coexistence nécessaire des liquides et des solides, la nutrition et le développement par intus-susception, tandis que l'accroissement des corps bruts ne s'opère que par juxta-posltion, l'origine par génération, la fin par une véritable mort : tels sont les principaux caractères qui distinguent les êtres organisés des substances inorganiques. Nous allons entrer dans le détail de ces caractères, apprécier toutes ces différences; car ce n'est qu'en comparant que nous pouvons connaître; et plus le parallèle établi entre les uns et les autres sera exact, plus les connaissances qu'il peut nous fournir seront étendues et précises. Plusieurs auteurs modernes ont prouve qu'on ne peut parvenir à se former une idée nette delà vie qu'en comparant les corps qui en jouissent avec ceux chez lesquels elle n'a jamais existé ou n'existe plus. Ce parallèle, je l'espère, sera fécond en résultats intéressans, et fournira plus d'une vue utile et immédiatement applicable à la connaissance de l'homme.
La première différence remarquable entre les corps organisés et les corps inorganiques se tire do l'homogénéité de ceux-ci et de la composition de ccux4à : brisez un bloc de marbre , chaque morceau seta parfaitement semblable au.x autres pour sa.
nature; il n'y aura entre eux que des différences de volume , de figure ; pulvérisez les fragmens , chaque grain contiendra des molécules de carbonate de chaux, qui seront les mêmes pour tous. La division d'un végétal ou d'un animal présente, au contraire, des parties he'térogènes ou dissemblables. Ici ce sont des muscles, là des os, plus loin des artères, des fleurs, des feuilles, de l'écorce, de la moelle, etc.
Pour que les êtres organisés vivent ou existent à leur manière, des solides et des liquides doivent entrer h la fois dans leur composition; la coexistence de ces deux élémens est nécessaire , et les corps vivans offrent toujours une masse liquide plus ou moins considérable, incessamment agitée par le mouvement des parties solides et animées. Il est en effet impossible de concevoir la vie sans un appareil composé de solides et de fluides, et sans admettre dans les premiers la faculté de ressentir l'impression que les derniers occasionnent, et celle d'agir ou de se contracter en vertu de cette impression. L'eau qui pénètre les substances minérales n'en fait point une partie nécessaire; et l'on ne peut donner, pour preuve de l'existence des liquides dans cette classe de corps, l'eau de cristallisation intimement combinée et vraiment solidifiée avec les matières cristallines.
Ces corps inorganiques, homogènes, et formés de parties similaires ou semblables entre elles, décomposés dans leurs derniers élémens, présentent une grande simplicité dans leur nature intime;
parmi eux se trouvent tous les corps indccomposcs. Les composés minéraux sont souvent binaires; et bien que, dans la classe nombreuse des sels, plusieurs nous présentent l'association d'une multitude d'élémeus, letarlrate an'imonié dépotasse, par exemple, cependant il est vrai de dire que les végétaux et les animaux ne neuvent être réduits à l'état de simplicité élémentaire sous lequel existent plusieurs corps inorganiques. Le végétal le plus simple renferme au moins trois principes conslituaus, l'oxigcnc, l'hydrogène et le carbone, et aucun être, doué de l'animalité, n'en offre moins de quatre, l'oxigène, l'hydrogène, le carbone et l'azote. Pour le degré de la composition, la nature parait donc s'élever, par gradations, du règne minéral au régne végétal, et de celui-ci aux animaux. La nature complexe des êtres organisés, la multiplicité de leurs élémens donnent la raison de leur altérabilité. Les minéraux sont inaltérables par euxmêmes, si aucune cause extérieure n'agit sur eux. Doués de la foice d'inertie, il§ persistent sans changement dans leur premier état. Celui des corps organisés varie sans cesse. Leur intérieur office un laboratoire actif, dans leauel un s^rand nombre d'inslrumens transforment sans cesse en leur propre substance des molécules alibiles, en les dépouillant de celles qui leur appartiennent. Outre cette altérabilité vivante, les végélaux et les animaux privés de la vie se décomposent par un mouvement fcrmentatif,qui naitdans l'intérieur do icur substance,
dont il change la nature d'une manière d'anlant plus prompte et plus nécessaire, que leur composition est p!us avancée, que leurs principes conslituans sont plus nombreux et plus volatils.
Toutes les parties d'un corps vivant , soit végétal, soit animal, tendent et concourent à un but commun, la conservation de l'individu et de l'espèce: chacun de leurs organes, quoique doué d'une action particulière, agit pour remplir cet objet; et de cette série d'actions concurrentes et harmoniques résulte la vie générale, ou la vie proprement dite. Au contraire, chaque partie d'une masse brute ou inorganique est indépendante des autres parties, auxquelles elle n'est unie que par la force ou l'affinité d'agrégation; lorsqu'elle en est séparée, elle existe avec toutes ses propriétés caractéristiques, et ne diffère que par son volume de la masse à laquelle elle a cessé d'appartenir.
Dans les végétaux et dans les animaux, tous les individus de la même espèce paraissent avoir été travaillés d'après le même modèle; leurs parties sont égales en nombre, et semblables par la figure; leur diversité ne tient qu'à des nuances légères et fugitives. Les formes qu'affectent les êtres organisés sont donc invariablement déterminées; et quand la nature s'en éloigne, elle ne se livre jamais à des aberrations aussi complètes que dans la figuration des minéraux : les filons de nos mines n'ont jamais, comme les feuilles à\m véijétal , et les membres d'un animal, une manière d'circ qui soit h oicme;
PROLÉGOMÈNES. 1 ï
souvent des cristaux originaires d'une même substance prennent des formes très-différentes, toutes également nettes et exécutées avec une égale précision. La chaux c3iYbons.iéc (carbonate de chaujo)j par exemple, prend, suivant les circonstances, la forme d'un rboniboïde, celle d'un prisme hexaèdre régulier, celle d'un solide terminé par douze triangles scalènes, celle d'un autre dodécaèdre, dont les faces sont des pentagones, etc. (i).
Une cause intérieure, puissante, semble disposer les parties constituantes du corps des animaux et des végétaux d'après un plan déterminé, et de telle manière que leur surface présente des contours plus ou moins arrondis. Les minéraux tiennent souvent leur forme des corps extérieurs ; et lorsqu'une force particulière la leur assigne, comme cela a lieu pour les cristaux, leur surface est aplatie et anguleuse. Quand la cristallisation est troublée, et que les molécules des cristaux se précipitent tumultueusement les unes sur les autres, la forme géométrique de ceux-ci se trouve altérée : l'effet de ces perturbations est d'arrondir les parties qui eussent été terminées par des angles, si leur cristallisation lente et paisible eût produit une agrégation régulière; et, comme M. Haùy l'observe, ces contours, ces arrondissemens si fréquens dans les végétaux et dans les plantes, où ils contribuent à l'élégance des
(i) Lisez Haiiy, Traite de minéralogie, Paris , an ix, 4 vol. in- fi"' , et un vol. 3U-4^ d-C planches, tome I , page i3,
13 PROLEGOMENES.
formes, indiquent dans les minéraux un défaut de perfection. La véritable beauté, relativement à ces êtres, est caractérisée par la ligne droite; et c'est avec raison que Rome de Lisle (i) a dit de cette espèce de ligne qu'elle était particulièrement affectée au règne minéral.
Parmi toutes les différences qui distinguent les deux grandes divisions des corps de la nature , la plus tranchée, la plus facile à saisir, se tire du mode d'accroissement et de nutrition. Les corps bruts ne croissent que par juxta-position , c'est-à-dire par l'addition de nouvelles couches à leursurface; tandis qu'il y a intus-susception ou pénétration intime de l'être organique par la substance qu'il s'assimile en vertu des forces dont il est animé. Dans les animaux et dans les plantes, la nutrition est l'effet d'un mécanisme intérieur; leur accroissement est un développement du dedans au dehors. Dans les minéraux, au contraire , l'accroissement ne peut mériter le nom de développement; il se fait à l'extérieur par l'application de nouvelles couches; c'est le même être qui passe à d'autres dimensions; tandis que le corps organisé se renouvelle à mesure qu'il s'accroît.
Les corps organisés naissent par un germe qui d'abord^ a fait partie d'un autre être , et qui s'en détache pour se développer et s'accroître. Ils se produisent sous forme d'agrégats. Les corps inorganiques n'ont point de germe; ils se forment de
(i) Cristollograpliie ^ tome I , page 94*
PROLÉGOMÈNES. l3
parties délachées : ils ne naissent point; maïs plusieui's molécules se réunissent pour former des masses diversement figurées, et dont le volume, peut s'accroître indéfiniment, tandis que celui des végétaux et des animaux est limité dans chaque espèce.
Les corps organisés seuls sont sujets à la mort; tous ont une durée limitée par leur nature particulière; et cette durée n'est point ^ comme celle des minéraux, en raison des masses et des densités; car si l'homme n'a pas la durée du chêne, bien plus dense que lui, il vit bien moins long-temps que plusieurs animaux qui, tels que les poissons^ ont des chairs moins consistantes que les siennes; il vit plus que plusieurs quadrupèdes^ quoiqu'il ait moins de volume. La lenteur ou l'activité du mouvement intérieur n'est point non plus chez les êtres vivans la mesure de la longévité , s'il est vrai que certains oiseaux jouissent d'une existence plus que séculaire, fait qui parait néanmoins avoir besoin d'être vérifie.
Les parties d'un corps vivant croissent, se développent et se fortifient par l'exercice : un muscle, un organe, loin de se consumer par des actions répétées, grossit et devient plus robuste; tandis que les rouages des machines que la mécanique invente s'usent et se détruisent par les frottemens. Au moment où de l'agrégation de quelques parcelles de matière, se forme un corps organisé, et naît la vie, le nouvel être se distingue par un double
ï4 PROLÉGOMÈNES.
caractère AHndwidualité et de spontanéité , dont les physiologistes ne semblent point avoir apprécié toute l'importance. Quelque exigu que soit ce germe, sa ténuité, à l'instant de sa formation ^ paraît excessive, lors môme que son développement doit produire la masse la plus volumineuse; quelque petit, disons-nous, que soit l'être nouveau qu'un principe inconnu vient d'animer, il agit à sa manière sur ce qui l'avoisine ou l'entoure; attire à soi et s^appropric les substances solides, liquides ou gazeuses, avec lesquelles il se trouve en cohlaci ; existe à sa manière : ce n'est plus une simple portion de matière, c'est un individu nouveau , agissant de lui-mèmé, et dont toutes les actions auront désormais un caractère d'individuaiilé, et si l'on peut ainsi dire, de personnalité et d'égoïsme, par suite duquel il tendra invinciblement à sa conservation : ajoutez que tous "es actes qu'il exécutera dans ce but viendront de lui-même, et qu'il s'y portera moins par une sorte d'aveugle nécessité que par quelque chose qui ressemble, au moins dans les êtres vivans d'un ordre élevé, à une détermination volontaire et raisonnée. En effet, cette spontanéité d'action, jusqu'à un certain point contestable dans le végétal, dont le germe, en se développant, paraît obéir aux circonstances extérieures de sécheresse, d'humidité, de température, être influencé par la présence oo l'absence de la lumière, etc., etc.^ no, saurait être niée chez les animaux, où, chose ad-^ mirablc, ollo (;roit à mcsuro que l'organisation
PROLÉGOMÈNES. ÎÔ
tlévicnE plus plii*f;îîte, de manièro à s'élevcii' chez l'homme jusqu'au libre arbitre» Les mouvcmens de i'individu sont spontanés^ iis viennent de îui^ môme ; tandis que ceux des corps inorganiques Tiennent du dehors; ils leur sont communiqués.
En réfléchissant un moment sur ces deux caractères des corps organisés et vivans, V individualité et la spontanéité , on se convaincra qu^ils suffiraient à eux seuls pour les différencier des corps inoj'ganiques. Aussi terminerons-nous ce parallèle par leur énonciation, négligeant à dessein les différences secondaires qui dérivent comme nécessairement des dissemblances primitives. Enfin , les corps inorganiques diffèrent essentiellement de ceux qui ont l'organisation en partage, par le défaut de ces forces ou propriétés particulières à la nature vivante et animée; forces qui balancent, jusqu'à un certain point, l'empire des lois de la nature universelle, coram.c nous l'expliquerons après avoir traité des différences qui existent entre les deux portions du règne organisé, les végétaux et les animaux.
§. iV. Différences entre les P^égétaux et les Animaux.
Celles-ci sont bien moins nombreuses , moins décidées , et par-là plus difficiles à établir. Il y a en effet très-peu de différences entre un zoophyte et un végétal; et la distance est plus grande , pour leur économie intérieure , entre i'hommc qui oc»
l6 MOLÊGOMÈNËS.
cupe la partie la plus élevée de réclielle animale, et le polype , qui est placé au dernier échelon , qu'entre le même animal et une plante. Il existe entre les corps organisés et les corps inorganiques une lacune immense que ne peuvent remplir ni les pierres figurées , ni les llthophytes , ni les cristaux ^ dans lesquels quelques naturalistes ont cru voir une ébauche de l'organisation , tandis qu'à l'extrémité de la chaîne animale se trouvent des êtres , fixés comme la plante au lieu qui les vit naître, sensibles et contractiles comme la sensitive et cjuelques autres végétaux , se reproduisant comme eux par bouture. On peut néanmoins trouver un certain nombre de différences assez tranchées pour assigner aux végétaux des caractères qui ne conviennent pas aux individus des deux autres règnes.
Leur nature , plus composée que celle des minéraux, l'est moins que celle des animaux; la proportion des solides aux liquides est plus grande que dans ces derniers : aussi conservent-ils longtemps après leur mort la même forme et leur premier volume , en devenant néanmoins plus légers. Les solides font h peu près, dans l'homme, le dixième de la masse totale du corps : son cadavre , décomposé par la putréfaction, se réduit à une quantité peu considérable de terreau et à un squelette léger , quand la terre et l'air l'ont privé de tous ses sucs. Un arbre , au contraire , a , en parties solides, plus des trois quarts de sa substance j il
PRÔLÉGOMÊXES. t*^
ne vit plus depuis plusieurs siècles, et cependant , employé dans nos coDsliuclions , il conserve sa forme et sa grosseur, quoique, par la dessiccation , il perde un peu de son poids.
Leurs principes constituans, moins nombreux , sont également moins diffusibles. En effet, l'azote, dont la prédominance caractérise les substances animales , est un nroduii i^azeux et volatil , tandis que le carbone , qui fait la base du végétal . est ua élément fixe et solide. Cette circonstance, jointe à la moindre quantité àes liquides , explique la longue durée de l'existence cadavérique des végétaux ; comme la diversité de leur compo.sition explique pourquoi les excrétions "animales sont si riches en azote , tandis que celles des végétaux abondent en hydrogène et en acide carbonique.
Mais de tous les caractères à Taide desquels on a cherché à établir entre les végétaux et les animaux une ligne de démarcation bien précise, il en est un qui suffit pour différencier ces deux grandes classes d'êtres naturels , caractère auquel on n'a point attaché assez d'importance.
Le zoophvte, qui, fixé à sa demeure rocailleuse, ne peut changer de place, borné à des mouvemens partiels , analogues à ceux qu'exercent plusieurs plantes, qui, d'ailleurs, ne jouit point de cette unité sensitive si remarquable dans 1 homme et dans les animaux dont l'organisation ressemble le plus à la sienne; le zoophvte, dont le nom indique un animal-p
iB r>ROLÈÔ0MÈNES.
ment de tous les Individus da règne végéu'il par i'existerice d'une cavité dans laquelle s'opère la digestion alimentaire , cavité à la surface intérieure de laquelle se fait une absorption , une imbibition plus active que celle qui s'exerce à la surface extérieure. Depuis cet animal informe jusqu'à l'homme , la nutrition s'opère par deuoc surfaces, et surtout par la surface intérieure , tandis que , dans le végétal, la nutrition, ou plutôt l'absorption des principes nutritifs, ne se fait qu'à l'extérieur.
Tout animal peut être réduit par la pensée à un tube nutritif ouvert par ses extrémités (i); toute l'existence du polype paraît réduite à l'acte nutritif, comme toute sa substance employée à la formation d'un sac alimentaire dont les parois molles, très-sensibles et contractiles, travaillent à s'approprier par une sorte d'imbibition les substances qui y sont attirées. Depuis les vers jusqu'à l'homme, le canal alimentaire forme un lonff canal ouvert par ses deux extrémités, n'ayant d'abord en longueur que l'étendue du corps de l'animal , ne décrivant, par conséquent, aucune courbure en se portant de la tête à la queue, et se continuant,
(i) Lacépède, Histoire naturelle des poissons ^ tome I. On objectera contre ce principe l'exemple de quelques zoophytes, tels que les éponges, etc. Mais ces corps appartiennent-ils l'écUoment au règne animal, et ne suffirait-il pas, pour les eu exclure, du défaut de sac alimentaire, caractère essenliel de l'aniraaUté?
PROLEGOMENES. ig
vers la bouche et vers l'anus , avec Fenvcloppe ex* térieure du corps ^ mais bientôt se contournant sui* lui-même , et acquérant une longueur bien supérieure à celle du corps auquel il appartient. C'est dans l'épaisseur des parois de ce tube animé, entre la membrane muqueuse qui revêt son intérieur, et la peau avec laquelle cette membrane se continue , que se trouvent tous les organes qui servent au transport et à l'élaboration des humeurs , les muscles , les nerfs, en un mot, tout ce qui sert à Tentretien et à la conservation de la vie. A mesure qu'on s'élève des animaux à sang blanc à ceux à sang rouge et froid , de ceux-ci aux animaux à sang chaud , et de ces derniers h l'homme , on voit les organes contenus dans l'épaisseur des parois du canal se multiplier ; si l'on suit , au contraire , une marche descendante , on voit cette structure devenir de plus en plus simple , jusqu'à ce que l'on arrive au polype, réduit à la partie essentielle de l'animalité. La simplicité de son organisation fait qu'on peut le retourner à volonté, le renverser sur lui-même, et faire que la surface externe du sac devienne sa surface interne; les phénomènes nutritifs qui forment à eux seuls la vie entière de l'animal, continuent d'avoir lieu', la surface extérieure étant très-analogue à l'interne^ au contraire de l'homme et du plus grand nombre des animaux, chez lesquels la peau et les membranes muqueuses, quoique attenantes les unes aux autres , quoique liées par d'étroites sympathies, sont loin d'offrir
20 PROLEGOMENES.
une structure parfaitement semblable, et de se prêter à l'exercice des mêmes fonctions.
Les animaux et l'homme portent donc en euxmêmes le fond de leur subsistance, et l'absorption , par une surface intérieure, forme leur plus remarquable caractère. C'est à tort qu'on a rapporté à Boerhaave l'idée. de comparer le système digestif de l'anima] au sol dans lequel les végétaux puisent les sucs nécessaires à leur existence , et les vaisseaux chvleux à de véritables racines intérieures. Je trouve la même idée bien exprimée dans l'ouvrage pseudonyme d'Hippocrate sur les humeurs : Quemadmodum terra arboribus , ita animalibus ventriculus.
L'existence d'un tube digestif fournit donc le caractère le plus essentiel de l'animalité; l'unité de la bouche^ opposée à la multiplicité des pores, qui sont en quelque manière les bouches des végétaux, n'est pas aussi constante, puisque certaines méduses ont plusieurs bouches aboutissant toutes à un seul estomac. La phrase par laquelle Linné (i) a voulu énoncer les caractères distinctifs des trois règnes est plus remarquable par son laconisme que par sa justesse. Les minéraux croissent, dit l'illustre naturaliste, les végétaux croissent et vivent, les aninpaux croissent, vivent et sentent. Plusieurs
(i) Lapides crescunt ; vegelahilia crescuntet vivunt; ani~ maîifi crescunt j 'viviiut et scntiunt. ( Philosophia botanica.
FHOLEGOMENES. ai
plantes nous offrent des raoïivemens marqués; les feuilles de la sensiùve se retirent, lorsqu'on les touche, avec la mémo rapidité que les tentacules du polype. Les plantes sont, il est vrai, privées de la faculté locomotive; mais n'est-ce pas une sorte de mouvement progressif que celui qu'on observe dans les plantes nageantes et rampantes? D'ailleurs, combien d'animaux sont fixés au sol qui les a vus naître! Tous les lithopbytes sont dans ce cas. Enfin peut-on vivre et ne pas sentir 1
Le tube digestif, cette partie essentielle de tout animal, en est aussi la plus vivace , c'est-à-dire, celle dont l'existence et l'action sont le plus indépendantes du concours des autres organes, et à laquelle les propriétés vitales semblent adhérer, si l'on peut ainsi dire, avec plus de force. Haller (i), qui a fait tant et de si belles recherches sur la faculté contractile des organes musculaires, les examinant sous le double rapport de leur irritabilité plus ou moins vive et plus ou moins durable, regarde le cœur comme celui dans lequel ces deux conditions se trouvent réunies au degré le plus élevé, il place au second rang les intestins, l'estomac, la vessie, la matrice et le diaphragme, puis tous les muscles soumis h l'empire de la volonté. J'avais d'abord rigoureusement admis cette classification des parties contractiles; mais de nombreuses expériences sur les animaux vivans m'ont prouvé que les intestins
(i) Opéra minora^ 3 vol. iii-/t°,
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sont S(|iiven t la dernière partie dans laquelle on peut reconnaître des traces de vie. Quel que soit le genre de mort qu'on leur ait fait' subir, des mouvemens péristaltiques, ondulatoires, agitent encore ce tuyau, et déjà le cœur n'offre aucun battement, et le reste du corps n'est plus qu'une masse inanimée. Jurinc avait déjà observé, sur le mono de- puce y que, de toutes les parties de ce petit animal à sang blanc, les intestins jouissaient de la prérogative de mourir les derniers.
Si le tube intestinal est fréquemment le dernier organe dans lequel la vie s'éteigne et subsiste, c'est sur lui qu'on doit porter de préférence les stimulans capables de la rappeler dans les cas d'asphyxie. Je pense qu'après l'insufflation d'un air pur dans les poumons, le moyen qui doit alors obtenir la préférence est l'injection de clysléres acres et irritans, poussés avec force. Les gros intestins sont liés avec le diaphragme par les nœuds d'une étroite sympathie, comme le prouvent les phénomènes de l'excrétion des matières fécales; leur irritation est le moyen le plus sur d'en procurer l'abaissement; et cette irritation est d'autant plus facile, que le conduit alimentaire, dans bien des cas, est la dernière partie que la vie abandonne.
Un dernier fait établit d'une manière incontestable le degré d'importance que nous attribuons au tube digestif; il nous justifie de le regarder comme la partie fondamentale de l'économie animale, et en quelque sorte comme la base de l'anirnalité. C'est
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par les intestins, c'est par les portions correspondantes à la région ombilicale, que commence la formation successive des organes de l'embryon et du fœtus. Les monstres , réduits aux rudimens les plus informes de l'animalité , productions imparfaites arrêtées dans leur développement normal, ont toujours offert quelques parties du tube intestinal développé avec le cordon , tandis que tous les autres organes peuvent manquer, sans en excepter le cœur lui-même, malgré son importance.
§. V. De la Vie.
Après avoir ainsi posé entre les corps inorganiques et les êtres organisés et vivans, entre les végétaux et les animaux , des lignes de démarcation bien tranchées, essayons de nous élever à l'idée de la vie, et, pour nous en former des notions exactes, analysons-la en l'étudiant dans tous les êtres de la nature qui en jouissent. Dans cette étude, dont il est permis de fixer d'avance les résultats, nous verrons la vie se composer d'abord d'un petit nombre de phénomènes, simple comme les appareils auxquels elle est confiée; mais bientôt s'étendre à mesure que ses organes ou ses instrumens se multiplient , et que les machines organiques deviennent plus compliquées,; les propriétés qui la caractérisent et annoncent sa présence , d'abord obscures , devenir de plus en plus apparentes, croître en nombre comme en développement et en énergie; le champ de l'existence s'agrandir à mesure que des êtres dégradés nous remonte-
ronS à l'homme , qui de tous est le plus parfait ; et remarquez que, par ce terme de perfection^ nous voulons seulement dire que les êtres vivans auxquels nous l'appliquons j possédant plus de moyens, offrent aussi des résultats plus nombreux, et multiplient davantage les actes de leur existence; car, dans cette merveilleuse ordonnance de l'univers, chaque être est parfait en lui-même, chaque être est construit de la manière la plus favorable au but qu'il doit remplir, et tout est également admirable dans la nature vivante et animée , depuis la moindre végétation jusqu'à la plus sublime pensée.
Que nous offre cette plante qui naît, croît et meurt chaque année? Un être dont l'existence est l)ornée aux phénomènes nutritifs et reproducteurs, une machine formée par l'assemblage d'un grand nombre de vaisseaux droits ou contournés, filières capillaires, à travers lesquelles se filtrent la sève et les divers sucs propres au végétal : ces liqueurs régétales montent généralement des racines où leurs matériaux sont absorbés, au sommet où les feuilles évaporent le résidu de la nutrition, et transpirent ce que la plante n'a pu s'assimiler. Deux propriétés président à l'exercice de ce petit nombre de fonctions : une sensibilité latente, obscure, en vertu de laquelle chaque vaisseau, chaque partie de la plante est émue à sa manière par les liquides avec lesquels elle est en contact; une contractilité aussi peu apparente, quoique les résultats en prouvent incontestablement l'existence^ conlracliiilé en vertu de la«
quelle les vaisseaux sensibles à l'impression des liqueurs se resserrent ou se dilatent pour en effectuer le transport et l'élaboration. Les organes destines à la reproduction animent un moment ce spectacle; plus sensibles, plus irritables, on les voit manifestement agir; les étamincs ou organes mâles se courbent, s'approchent de l'organe femelle oïl du pistil, secouent sur le stigmate leur poussière fécondante, puis se redressent, s'éloignent et meurent avec la fleur, à laquelle succède la semence ou le fruit.
Ce végétal, coupé en plusieurs parties que l'on met en terre avec les précautions convenables , renaît de bouture et se multiplie ; ce qui prouve que ses parties sont assez peu dépendantes les unes des autres, que chacune d'elles contient l'ensemble des organes nécessaires à la vie, et peut exister isolée. Les diverses portions d'un végétal peuvent vivre séparément, parce que la vie, ses organes et ses propriétés moins nombreuses, sont répandues d'une manière plus égale, plus uniforme quadans les animaux semblables à l'homme, et que ses phénomènes sont dans une dépendance moins rigoureuse et moins nécessaire. Les diverses parties d'une plante sont tellement similaires, qu'elles peuvent se changer les unes dans les autres : les étamines en pétales, comme on le voit dans les fleurs doubles; les branches en racines, dans les boutures, et dans l'expérience qui consiste à renverser un arbre dont les branches mises en terre deviennent des racines ^
tandis que les racines laissées au dehors se couvrent de feuilles et de fruits. Le tissu celluleux ou aréoïaire est commun aux végétaux et aux animaux ; son existence paraît essentiellement liée à l'organisation môme la plus simple.
Si nous passons du végétal au polype qui forme le dernier anneau de la chaîne animale, nous trouvons un sac de substance molle (i), sensible et contractile dans toutes ses parties, une vie et une organisation au moins aussi simples que celles de la plante. Les vaisseaux qui charrient les liquides, les fibres contractiles, les trachées qui donnent accès à l'air atmosphérique, ne se voient plus d'une manière distincte dans cette substance presque homogène. Aucun organe n'est spécialement destiné à la reproduction de l'espèce. Des humidités suintent à
• (i) Au-dessous de cette classe d'animaux, existe cependant l'innombrable famille des infusoires. Ces êtres vivans, que l'oeil ne peut apercevoir sans le secours du microscope , paraissent le produit d'une généi'ation directe ou spontanée. La nature , à l'aide de la chaTeur et de l'humidité , leur donne naissance : nous ignorons comment elle y fait servir certains fluides iin~ pondérables , tels que le principe de l'électricité; néanmoins il est très-probable qu'une petite masse gélatineuse peut , par l'influence réunie de ces causes , se transformer en un tissu cellulaire organisé et vivant. Voilà sans doute la manière dont se forment les monades et cette foule d'animalcules microscopiques qui pullulent et s'agitent avec tant d'activité au sein d'une eau croupissante. La chaleur de l'été paraît indispensable à leur production , car on ne les aperçoit plus dans les temps froids. Les temps orageux en favorisent aussi la multiplication.
la surface intérieure du sac , ramollissent et digèrent les alimens qui s'y trouvent; toute la masse s'en imbibe et s'en nourrit, après quoi le sac se contracte de lui-même et vomit le résidu de sa digestion. L'indépendance mutuelle des parties est absolue et parfaite: coupez l'animal en plusieurs morceaux, il renaît autant de fois qu'il est coupé , et chacune des parties en lesquelles cette section le partage forme un nouveau polype organisé et vivant comme celui dont il a été séparé. Ces animaux gemmipares jouissent, à un degré plus éminent que les végétaux, de la faculté de sentir et de celle de se mouvoir ; leur substance se dilate, s'alonge et s'épanouit, ou bien se resserre et se contracte suivant le genre d'impression qu'ils éprouvent. Néanmoins ces mouvemens spontanés ne supposent pas plus que ceux de la sensitive l'existence de la réflexion et de la
Comme M. le professeur Lamarck l'a très-bien observé dans sa Philosophie zoologique , tome II , les modernes paraissent avoir rejeté trop absolument les opinions des anciens touchant les générations spontanées. Sans doute , d'un taureau putréfié , des animaux composés, des abeilles, ne peuvent éclore; mais il n'en est pas de même de ces êtres qui offrent les premières ébauches de l'organisation. Les monades parmi les infusoires , les bjssus dans la première famille des algues, paraissent le produit immédiat de la chaleur humide , aidée par l'influence de l'électricité. Saussure , il est vrai , a prétendu que le fluide électrique détruisait les animalcules infusoires; mais ces corpuscules transparens peuvent-ils, une fois formés, supporter la moindre commotion sans qu'elle brise les liens fragiles d'une organisation si délicate ?
volonté : semblables à ceux d'un muscle détaché de la ciiisse d'une grenouille , et soumis aux excitans galvaniques^ ils résultent d'une impression qui ne s'étend pas au-delà de la partie qui l'éprouve 5 et dans laquelle la sensibilité et la contractilité se trouvent confondues.
De ce premier degré de l'échelle animale montons de suite jusqu'aux vers : ce n'est plus une simple pulpe animée et façonnée en sac alimentaire; des paquets de fibres contractiles ou musculaires; iin vaisseau divisé par plusieurs étranglemens en une série de vésicules qui se vident les unes dans les autres j en se contractant par un mouvement dirigé de la tête ou de l'extrémité sur laquelle est placée l'entrée du canal alimentaire^ vers la queue à laquelle répond l'anus, vaisseau duquel partent probablement des ramifications latérales; une moelle épinière également noueuse, ou formée par une suite de ganglions; des stigmates et des trachées analogues à l'organe respiratoire dss plantes, et môme,^dans quelques-uns , des branchies: tout démontre une organisation plus avancée et plus parfaite. La sensibilité et la contractilité sont mieux prononcées; les mouvemens ne sont plus absolument automatiques ; il en est qui paraissent supposer dans l'animal des déterminations volontaires. On peut bien encore partager le ver en plusieurs morceaux ; chacun d'eux redeviendra un ver entier, la tête et la queue repullulant aux deux extrémités de chaque tronçon; mais cette division a un terme aU-
Iflelà duquel les parties coupées ne se régénèrent pas complètement ; elle ne peut donc être poussée aussi loin que dans les polypes. La substance du ver étant formée d^élémens plus dissemblables^ il peut arriver qu'une portion trop petite ne contienne plus tout ce qu'il faut pour constituer l'animal.
Les crustacés, et parmi eux l'écrevisse, nous présentent un appareil d'organisation plus compliquée. Ici l'on trouve des muscles prononcés , un squelette extérieur articulé, et dont les différentes pièces sont mobiles les unes sur les autres, des nerfs bien distincts, une moelle épinière avec des renflemens,nlais surtout un cerveau et un cœur. Ces deux organes, quoique imparfaits, placent l'animal dans un ordre bien supérieur à celui des vers. Le premier devient le siège d'une sorte d'intelligence, et l'écrevisse obéit à des déterminations évidemment réfléchies, lorsque , attirée par l'odeur, elle poursuit une proie éloignée, ou fuit un danger que ses yeux|luifont apercevoir.Des viscères accompagnent îe tube intestinal^ et y versent diverses liqueurs qui concourent à la digestion alimentaire. La sensibilité et la contractililé présentent chacune deux nuances : en effet, les parties de l'animal obéissent aux stimulus intérieurs, ressentent l'impression desfluides, et se contractent pour les mouvoir; d'autre part, ^)ar le moyen de ses nerfs et de ses muscles locomoteurs, l'écrevisse se met en rapport avec les objets qui l'environnent. Les phénomènes de la vie s'enchaînent d'une manière rigoureuse et nécessaire |
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il n'est plus possible de parlager l'animal en deux parties égales, dont chacune puisse continuer à jouir de la vie; on ne peut retrancher impunément que certaines parties de son corps, en laissant intacts les foyers centraux de la vitalité : ainsi, que l'on emporte une patte^à l'endroit d'où elle est arrachée, on observe bientôt un petit bourgeon qui pullule , grossit, se développe , et qui , d'abord mou, se revêt d'une enveloppe calcaire, semblable à celle qui recouvre le reste du corps. Cette régénération partielle s'observe fréquemment.
Si des animaux à^ang blanc nous nous élevons à ceux à sang rouge et froid ^ tels que les poissons et les reptiles, nous voyons cette puissance reproductrice devenir de plus en plus bornée, la vie plus dépendante de l'organisation. En effet, si l'on retranche une partie du corps d'un poisson , la queue. ^ d'un serpent ou la patte d'une grenouiile,les parties coupées, ou ne se réparent point du tout, ou ne se reproduisent qu'incomplètement; tous ces animaux entretiennent avec les milieux dans lesquels ils vivent des relations plus nécessaires; des branchies chez les uns, des poumons pour les autres,, s'ajoutent au cœur, aussi essentiels que lui. Cependant l'action de ces principaux organes n'est point aussi fréquente, autant répétée, d'une nécessité aussi absolue pour l'entretien de la vie. Le serpent passe de longs hivers engourdi par le froid, renfermé dans des souterrains où il manque d'air, ne respirant point, n'exécutant aucun mouvement , et
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frappe d'une mort apparente. Ces animaux , comme tous les repliies, peuvent ne respirer qu'à de longs intervalles, et suspendre pour quelque temps rentrée de l'air sans compromettre leur existence. Ici les propriétés vitales sont bien tranchées, et ne diffèrent de ce qu'elles sont dans les animaux plus parfaits et dans l'homme, que par des nuances peu importantes : le cœur et les vaisseaux du poisson sentent et agissent au dedans de lui sans qu'il s'en aperçoive. En outre, il a des sens, des nerfs et un cerveau, au moyen desquels il est averti de ce qui peut l'intéresser; des muscles et des parties dures par le jeu desquelles il se déplace, et se met, avec ce qui l'environne , dans les rapports convenables à son mode particulier d'existence.
Nous arrivons enfin aux animaux à sang rouge et chaud, à la tête desquels sont les mammifères et l'homme. Chez eux tout se ressemble , à quelques légères différences près, dans les organes les plus essentiels. Il n'en est aucun qui n'ait une colonne vertébrale, quatre membres, un cerveau qui remplit exactement la cavité du crâne, une moelle de l'épine, et des nerfs de deux sortes, cinq sens, et des muscles, dont les uns obéissent à l'empire de la volonté, tandis que les autres en sont pleinement indépendans; joignez à cela un long tube digestif, contourné sur lui-môme, pourvu, à son entrée, d'agens salivaires et masticatoires, des vaisseaux et des glandes lymphatiques, des artères et des veines sanguines, un cœur à deux oreillettes et deux ven-
tricules, un poumon lobulaire , qui doit être occupé ^.sans cesse à imprégner îe sang qui le traverse de la partie vitale de l'atmosphère, faute de quoi la vie se suspend ouVéteint. Aucun de leurs organes ne vit qu'autant qu'il participe au mouvement général, qu'autant que le cœur étend jusqu'à lui son influence vivifiante; tous meurent sans retour, quand ils sont tout-à-fait séparés du corps de l'animal, et rien ne les remplace, quoi qu'aient dit plusieurs physiologistes sur les régénérations prétendues des nerfs et de quelques autres parties.
Tout ce qui est de quelque importance pour la vie se ressemble dans les animaux ; et comme les «rganes les plus précieux sont, à l'intérieur^ cachés dans des cavités profondes , Buffon aurait eu raison de dire que tous étaient les mêmes au dedans, et ne différaient qu'à l'extérieur , si cette ressemblance frappante dans les organes intérieurs, ou viscères employés à la nutrition, était aussi marquée par rapport aux centres nerveux; mais ces organes spéciaux des sensations intérieures ne diffèrent pas moins chez les divers animaux que les organes des sens externes.
Une distance incommensurable sépare l'homme des animaux dont l'organisation ressemble le plus à la sienne : seul il peut être défini un être indéfiniment perfectible, et dont la perfectibilité iiliitée se manifeste par une tendance constante vers a perfection.
Le corps humain , formé par un assemblage de
liquides et de solides , contient des premiers environ les neuf dixièmes de son poids. Cette proportion des liquides aux solides vous paraîtra d'abord excessive; mais re'fléchissez à l'extrême diminution, au prodigieux amincissement d'un organe desséché : le muscle grand-fessier, par exemple, est réduit, par la dessiccation , h l'épaisseur d'une feuille de papier. Un cadavre du poids de cent vingt livres, mis dans un four, en fut retiré , au bout de dix-sept jours, réduit à douze livres de pesanteur. Ces liquides, qui forment le plus grand po^ids dans la masse du corps , préexistent aux solides; car l'embryon , d'abord gélatineux , peut être considéré comme un corps liquide : d'ailleurs, c'est à l'aide d'un liquide (le chyle) que tous les organes se nourrissent et réparent incessamment leurs pertes. Les solides, nés des liquides, reprennent leur premier état, lorsque, ayant fait assez long-temps partie de l'individu, ils sont décomposés par le mouvement nutritif. A n'en juger que par ce simple aperçu, on voit que la liquidité est essentielle à la matière vivante , puisque le solide naît toujours d'un liquide, et retourne inévitablement à cet état primitif. La solidité n'est donc qu'un état passager, un véritable accident de la matière organisée et vivante : beau sujet, d'où les partisans de la médecine humorale peuvent tirer des difficultés fort embarrassantes pour les solidistes.
Les corps vivans les plus simples , les animalcules infusoires, les radiaires, les polypes ne se
rencontrent jamais que dans l'eau; en sorte, dit M. de Lainarck (i), «qu'on peut regarder comme » une mérité de fait, que c'est exclusivement dans » ce fluide que le règne animal a pris son origine. » L'eau forme la masse principale, le véhicule commun de tous les liquides animaux ; des sels y sont toujours dissous , et l'on y trouve la matière animale elle-même dans une sorte de fusion , et sous trois états différens, formant tantôt de la gélatine , d'autres fois de V albumine y et enfin de Xa^ fibrine. La première de ces substances, solidifiée, forme la base de tous les organes blancs appelés par les anciens spermatiques f tels que les tendons, les aponévroses , le tissu cellulaire , les membranes. L'albumine se trouve en abondance dans presque toutes les humeurs; enfin, la fibrine, contenue dans le sang, est l'élément réparateur d'un système d'organes qui, sous le rapport de la masse, tient le premier rang parmi ceux dont l'assemblage constitue le corps de l'homme, je veux dire le système musculaire. Les chimistes soupçonnent , non sans vraisemblance, que la matière animale passe successivement par les divers étals de gélatine, d'albumine et de fibrine; que ces états différens dépendent de l'animalisation progressive de la substance animale, qui, d'abord gélatineuse, oxide hydrocarboneux, ne contenant point d'azote, et passant à l'acide par la fermentation , se combine
(i) Philosophie zoologique , 1809 , lome II , page 86.
plus intimement avec l'oxigéne^ et s'azotise pour devenir albumine putréfiable^ et se convertir enfin en fibrine par une suraddition des mêmes principes.
Combien sont nombreux et divers les fluides que l'on trouve dans le corps humain , depuis le chyle et le sang , qui doivent en être regardés comme la source commune, jusqu'à l'urine et la bile, produits composés de l'action sécrétoire ! On verra, au chapitre des Sécrétions , quelles distinctions ont été établies entre ces différens liquides, et de quelle utilité paraît être chacun d'eux dans le mécanisme de la vie. Il en est un, le plus abondant de tous, dont les usages ne paraissent pas avoir été jusqu'ici convenablement appréciés : je veux parler du produit de l'exhalation qui se fait h la surface des membranes séreuses. Si l'on évalue par l'étendue de ces surfaces la quantité du liquide sécrété, on voit de suite combien elle est considérable : la totalité du sérum de sang peut chaque jour traverser ce vaste appareil , soit pour y subir une élaboration assimilatrice, soit pour y maintenir les membranes dans un état d'humectation favorable au développement des phénomènes électriques , but principal, peut-être, de l'exhalation séreuse, compatible avec plusieurs utilités secondaires.
Cette humidité dont les surfaces séreuses sont habituellement enduites, parait surtout remplir cet usage important dans les portions encéphalique et rachidienne de l'arachnoïde j membrane dont
est de toutes parts enveloppée et recouverte la masse nerveuse centrale à laquelle elle adhère au moyen du lacis cellulo-vasculaire, auquel on donne le nom de pie-mère. Du reste, aucune dilTérence essentielle pour la structure de la membrane et la nature du fluide sécrété entre l'arachnoïde et les autres tissus séreux, si ce n'est peut-être une plus grande ténuité (i).
Il s'agit maintenant d'examiner sous quelle influence et suivant quel mécanisme les liquides passent à l'état solide, ou, en d'autres termes, comment s'opère l'organisation de la matière. L'étude attentive de certains phénomènes faciles à observer va nous révéler ce secret. Lorsqu'une adhérence s'établit entre deux surfaces séreuses et enflammées, l'arachnoïde, la plèvre, la tunique vaginale, par exemple, on voit d'abord une liqneur albumineuse exsudée par la membrane malade; la matière de ce
(i) L'aïachnôïde diffère toutefois notablement des autres membranes séreuses, par la manière dont se comporte son feuillet viscéral dans le canal rachidien. Déjà Bichat avait signalé le peu d'adhérence de cette membi'ane à la pie-mère, et Cotugno, avant Bichat, avait reconnu la présence d'un liquide séreux abondant autour de la moelle. Les recherches de M. Magendie ont démontré que ce liquide était placé en- dehors de la cavité séreuse, entre l'arachnoïde et la pie-mçre , et qu'il était mis en communication avec le liquide des ventricules cérébraux par une ouverture située entre le cervelet et la face supérieure du bulbe rachidien. Si on fait écouler ce liquide au-dehors, sur un animal vivant , il se régénère avec presqu'autant de facilité que l'humeur aqueuse.
suintement liquide s'épaissit par degrés, et acquiert delà consistance. La lymphe concrescible se durcit en devenant opaque comme le blanc d'œuf soumis à l'impression d'une chaleur modérée. Cependant des cavités globuleuses s'établissent dans divers joints de la substance organisablc; ces espèces de vésicules forment des séries plus ou moins régulières, et s'ouvrent les unes dans les autres. A la faveur de celte communication qui s'établit entre elles, elles se convertissent en canaux vasculaires que bientôt remplit un liquide agité par des mouvemens visibles , et sur lequel agit le vaisseau de nouvelle formation ; des communications anastomotiques s'établissent, et, confondue avec les tissus voisins qu'elle unit, la membrane, dontl'organisalion^^se perfectionne progressivement, participe à la vie commune. Mon savant collègue , M. le professeur Béciard , a déposé dans les cabinets de la Faculté de médecine de Paris une fasîsse membrane formée à la surface de l'arachnoïde, sur laquelle il a injecté avec autant d'habileté que de bonheur les vaisseaux développés dans cette espèce de couenne albumineuse.
Des phénomènes analogues se remarquent h la suite de l'opération de l'hydrocèle par injection. Après avoir vidé la tunique vaginale de douze ou quinze onces de sérosité, puis irrité les surfaces par l'injection et la présence momentanée d'un liquide spiritueux , on détermine l'exhalation d'une sérosité nouvelle au moins aussi abondante
que celle de Pépanchement primitif. Celle sérosilé, produit de la vive irritation des surfaces , n'est plus limpide, mais plus épaisse et lactescente à raison des particules albumineuses qu'elle renferme. Ses parties les plus liquides sont reprises par l'absorption , tandis que l'albumine concrescible, déplus' <en plus rapprochée, colle ensemble les surfaces respectives, et s'organisant par le développement d'unréseauvasculaire, établit entre elles une union indissoluble.
Dans les cas dont on vient de tracer l'histoire , on voit un liquide, d'abord inerte y passer à l'état solide, ensuite l'organisation se prononcer dans cette matière spontanément concrescible , d'abord aréolaire , puis vasculaire , de manière que l'on suit en quelque sorte pas à pas la production du tissu vivant. Lorsqu'on injecte avec soin les brides membraneuses qui se forment dans la cavité du péritoine à la suite de certaines inflammations de l'abdomen , on trouve dans la production nouvelle un vaisseau principal , qui , semblable à la veineporte, se termine de chaque côté par des divisions multipliées au moyen desquelles s'établit la communication avec les parties que la bride unit ou attache l'une à l'autre. Maintenant est-il possible de déterminer quelle est la cause qui préside à ces phénomènes? Cette force ou puissance organisatrice suppose l'intervention du principe actif de toutes les opérations animales. Elle est l'effet évident de l'influence toute puissante de l'agent dont les nerfs
sont les meilleurs sans doute , les principaux, mais non point les uniques conducteurs, principe qui se manifeste en donnant naissance aux phénomènes de l'électricité , du galvanisme, du magnétisme; principe général d'action qui régit la matière, et en anime en quelque sorte chaque molécule.
Les parties solides forment divers systèmes ou appareils , à chacun desquels est confié l'exercice d'une fonction plus ou moins importante. En bornant la dénomination d'appareil ou de système organique aux ensembles de parties qui concourent aux mêmes usages , nous en admettons dix , savoir: l'appareil digestif, essentiellement formé par le canal qui s'étend de la bouche à l'anus; le système absorbant ou lymphatique , qui consiste dans les vaisseaux et dans les glandes de ce nom ; le système circulatoire j qui résulte de l'assemblage du cœur, des artères , des veines et des vaisseaux capillaires ; le système respiratoire ou pulmonaire; le système glanduleux ou sécrétoire ; le système sensitif, qui comprend les organes des sens , les nerfs , la moelle de l'épine et le cerveau; le système musculaire ou moteur, dans lequel on doit ranger non-seulement les muscles, mais encore leurs tendons et leurs aponévroses ; le système osseux , qui comprend également les dépendances des os, comme les cartilages, les ligamens et les capsules synoviales ; le système vocal et le système sexuel ou reproducteur , différent dans les deux sexes. Dans la composition de chacun de ces appareils ou systèmes
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organiques entrent plusieurs tissus simples, plusieurs parties similaires , comme le disaient les anciens ; tissus qui dans l'homme peuvent être réduits au tissu cellulaire , au tissu nerveux , au tissu musculaire, et h h substance cornée qui fait la base de l'épiderme , des ongles et des poils.
Ces quatre substances peuvent être considérées comme de véritables élémens organiques , puisque nos moyens d'analyse ne parviennent jamais à les transformer les unes dans les autres , que la pulpe cérébrale ne devient jamais substance cornée, tissu cellulaire lamcllcux ou fibre musculaire , de même qu'aucun de ces tissus ne se convertit en pulpe cérébrale. Les os, les cartilages, les ligamens, les tendons , les aponévroses, toutes les membranes se décomposent en tissu cellulaire par la macération prolongée ; la fibre musculaire n'est pas susceptible de cette mutation, non plus que la pulpe nerveuse ou cérébrale : la substance cornée y résiste également. Tout nous conduit donc à reconnaître ces quatre principes constiluans de nos organes.
Les tissus primitifs ou simples, diversement modifiés et combines en quantités différentes , et dans des proportions variées, constituent la substance de tous nos organes. Leur nombre est bien plus considérable , suivant Bichat , dont cette analyse de l'organisation humaine est la plus belle idée. Ge physiologiste admettait dans l'économie animale jusqu'à vingt-un tissus généraux ou générateurs ; mais il est évident que celte analyse est poussée
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trop loin ; que le tissu épidermoïque et fe pileux ont exactement la même nature , offrent des propriétés analogues, et sont soumis à un mode semblable de nutrition ; que le tissu cellulaire est la base commune aux tissus osseux , cartilagineux , muqueux, séreux, synovial , dermoïde, etc.
Avouons toutefois que de cette considération isolée de chaque tissu organique il a su tirer des vues nouvelles, des rapprochemens ingénieux, des résultats utiles, et que Vy^natomie générale ^â'dns laquelle ces recherches sont consignées, est son plus beau titre h la gloire. Rien ne manquerait à celte gloire , si , dans ce livre , et surtout dans ses autres ouvrages , il avait rendu à ses devanciers , ainsi qu'à ses contemporains , toute la justice qu'ils avaient droit d'en attendre.
Lajibre simple ou élémentaire , sur laquelle on a écrit des ouvrages si longs et si Volumineux, peut être regardée comme la pierre philosophale des physiologistes. En vain Haller lui-même, poursuivant cette chimère , nous dit que la fibre simple est pour le physiologiste ce que la ligne est pour le géomètre; et que, comme de celle-ci se forment toutes les figures, de celle-là se composent tous les tissus : Flbra enim phjsiologo id est qiiod lînea geometrœ, eoc quel nempèfigurœ omnes orliintur;^ la ligne mathématique n'est qu'un être intellectuel, une pure abstraction de l'esprit, tandis que l'on attribue à la fibre élémentaire une existence matéridle ou physique. Rien ne peut donc nous engager
à admettre une fibre simple, élémentaire ou primitive , puisque nos sens nous font apercevoir dans l'organisation humaine quatre matériaux bien distincts.
Chacune de ces quatre substances dont sont formés nos solides, et dont, comme on l'a vu plus haut, nos humeurs renferment les principes, peut être chimiquement décomposée en azote, en oxigéne, en hydrogène et en carbone. A ces quatre^ clémens chimiques de nos organes, bien différens, par leur simplicité, des matériaux de l'organisation , auxquels pourrait convenir le nom d'élémens organiques, on doit joindre le phosphore, le soufre, la chaux , le fer, et quelques autres substances dont l'existence dans nos humeurs et dans nos solides n'est point constante, comme l'est celle des corps que nous venons d'indiquer. Faut-il placer au nombré^ des principes constituans de l'économie certaines substances qui, n'étant point soumises aux lois de la pesanteur, ne nous sont connues que par leurs effets, et semblent h peine appartenir à la matière, comme le calorique, la lumière et l'électricité, dont le magnétisme et le galvanisme ne sont que des effets? Ces élémens impondérables diffèrent essentiellement des prccédens, car ils n'obéissent point aux mômes lois; ils agissent sans avoir besoin du contact immédiat, et souvent à de grandes distances; leur action peut s'accroître indéfiniment, et ne va point s'éteignant par degrés comme celle des forces chimiques et mécaniques : elle est aussi
rapide que la pensée; ils pénètrent les corps sans obstacles, etc., etc. De tous ces principes, le plus important à étudier pour le physiologiste, est celui que démontrent les expériences galvaniques (i).
Le corps de l'homme, comme celui de tous les animaux à sang chaud , formé de quatre matériaux immédiats, résolubles en plusieurs élémens primitifs , peut être considéré comme une machine trèscompliquée , formée par l'assemblage d'un certain nombre de rouages plus ou moins importons à son mécanisme ; l'action de quelques-uns de ces rouages est tellement indispensable, que sa cessation entraîne à l'instant la mort. Tels sont le système nerveux et l'appareil circulatoire , dont les poumons doivent être regardés comme une dépendance : la \'ie résulte évidemment de l'acdon réciproque que ces deux parties de l'organisme exercent l'une sur l'autre. Le cœur cesse-t-il d'animer le système nerveux en y poussant à chaque instant des torrens d'un sang viviflé par l'acte respiratoire , le jeu des organes est aussitôt interrompu. Il finit d'une manière également soudaine quand l'influence des nerfs sur les organes de la circulation est tout à coup suspendue. Dans lequel de ces deux appareils réside le principe de la vie? Cet agent caché existet-il dans le cœur, dans le cerveau , ou dans la moelle de l'épine, comme semble l'annoncer Legallois, en donnant à ses recherches sur la cause des mou-
(i) ^ojes tome II, l'ai ticle Galvabtismk,
vemens du cœur le titre trop fastueux à^Eocpé" rnences sur le principe de la vie ? La vie est le t'ésultat d'un concours, d'une harmonie; elle dépend de l'action mutuelle de l'organe circulatoire sur l'organe nerveux, et de celui-ci sur les instrumens de la respiration et de la circulation. Elle est évidemment fondée sur cette admirable réciprocité d'actions harmoniques et concurrentes; et pour nous servir un moment du langage de Platon , tout , dans le corps de l'homme, comme dans l'univers, est produit par l'influence réciproque des parties fjui le composent.
Si quelque chose en nous mérite le nom de principe de vie, c'est sans doute cette partie de l'air atmosphérique dont le sang s'imprègne à chaque instant par l'acte respiratoire; rien en nous ne sent ni ne se meut qu'autant que le sang artériel y porte cet aliment de la vie: vérité entrevue par les plus anciens philosopheSjComme on le voit manifestement dans cette suite de préceptes par lesquels le législateur des Hébreux défend aux peuples soumis à sa loi de se nourrir du sang des animaux (i). Mais pour entrer en action par l'influence de ce prin-
(ï) Hoc solum cave , ne sanguinem comédas, Sanguis eriîrn eonim prù anirnâ est, et iclcircb non debes cornedere animarn cum carnihus. (Deutéronome , ch. xii, verset 23, édition de Watabie.)
Le même précepte avait été donné par Dieu à Noé au sortir de l'arclie. {Voyez Genèse, chap. ix, v. 4.) L'armée d'Israël le transgressa» {Voyez. Litre des Roisj chap. xxiv« 3a et 33.)
tlpe, le corps de l'homme doit être disposé à la ressentir. Or, cette aptitude résulte de l'existence de deux propriétés ou facultés dont il s'agit maintenant d'étudier la nature.
§. VI. Des propriétés vitales; sensibilité et contractilité.
C'est en procédant par voie d'analyse que l'on fe'élève de l'observation des fonctions de la vie à la connaissance des propriétés vitales. L'étude des effets a dû naturellement conduire à la recherche de leurs causes; l'esprit humain s'arrête rarement à la simple contemplation d'un phénomène. Un instinct de curiosité le porte à en chercher le principe; et d'abstraction en abstraction, il parvient quelquefois à le découvrir. C'est de cette manière, c'est en remontant des faits observés àla cause dont ils dépendent, que l'on est parvenu à déterminer que ces actions si variées, dont la vie se compose, dérivent ou dépendent de deux facultés ou propriétés, attributs exclusifs et caractéristiques des êtres organisés et vivans : ce sont la sensibilité et la contractilité.
Mais ici une première question se présente fon-
L' apôtre saint Paul le renouvela. (^Voje% Actes des Apôtres » chap. XV , V. 20 , et ctap. xxi , v. aS.) Aussi plusieurs théologiens l'ont-ils accusé àe judaïsme.
« Le soldat qui reçoit la paie du roi , la reçoit pour prix de » son âme ; c'est pourquoi s'il s'enfuit dans l'occasion , que son * sang soit répandu; » (Forages de Chardin en Perse.)
damentale et tellement importante, que nous ne saunons aller plus avant sans la résoudre. Ces propriétés que nous retrouvons à chaque pas dans l'étude de la physiologie existent-elles réellement, ou doivent-elies être considérées comme des abstractions chimériques, de simples concepts njuisibles aux progrés réels de la science? Les personnes qui les nient, et n'admettent que faction 'vitale. , la vitalité^ par cette simple substitution d'un seul mot à deux expressions consacrées par l'usage, auraient-elles changé la face de la physiologie, comme elles ne craignent point d'en afficher la prétention ridicule? Quel que soit le nom parjequel on ait , à diverses époques, désigne la cause inconnue des phénomènes de la vie, le plus grand nombre des physiologistes ne s'est point abuse' sur la valeur des termes par lesquels il a exprimé cette propriété , cette faculté , cette puissance de vivre, c'est-à-dire de sentir et de se mouvoir. Ce mouvement, intestin, moléculaire, si évident par ses effets, quoiqu'il ne nous soit point donné d'en expliquer le mécanisme; cette action qui, décomposée dans ses élémens les plus simples, présente à l'esprit deux conditions inséparables, le sentiment et le mouvement, quel que soit le nom sous lequel on l'indique, est établie par l'assentiment de ceux-mêmes qui semblent se refuser à l'admettre.
Le sentiment etle mouvement étant les deux faits les plus généraux de l'économie vivante, quelques médecin? voudraient à la vérité qu'au lieu d'abstraire
on s'en fînt à l'idée déjà abstraite de Vaction^ sans s'élever jusqu'à celle de Jnculté^ nécessairement postérieure et subséquente; convaincus, comme l'est depuis long-temps l'auteur de cet ouvrage, que d'abstraction en abstraction on arriverait à l'organisation comme à la dernière raison de la vie. Ces médecins voudraient proscrire les termes de sensibilité et de contractilité ^ et les exclure , sinon de la science, au moins du langage; mais cette innovation , toute grammaticale et peu importante, est impossible dans l'état actuel de la physiologie , et l'emploi involontaire et forcé des mots de sensibilité et de contractilité par les personnes qui ont le plus déclamé contre ces expressions , justifie assez leur usage.
Jusqu'à ce qu'on soit parvenu à expliquer par les lois de la physique tous les phénomènes de l'organisme, jusqu'à ce qu'on ait découvert comment de l'amali^ame de l'électricité ou de toute autre substance impondérable avec le tissu de nos organes, naitle jeu de la vie, les propriétés vitales admises comme de pures abstractions, ou mieux comme de simples généralisations des faits observés, ne sauraient être bannies de la physiologie. Personne depuis long-temps ne les conçoit comme des êtres matériels et distincts des organes, ainsi que voudraient le faire croire certains Don Quichotte delà science , dont les combats à outrance contre les forces vitales, ces abstractions nécessaires, rappelleraient si bien la fameuse aventure des moulins à
vent, s'ils en remportaient quelques meurtrissures^ châtiment mérité de leur outrecuidance.
On entend par sensibilité cette faculté des or-j ganes vivans qui les rend aptes h éprouver par 1q contact d'un autre corps une impression plus ou moins profonde qui change l'ordre de leurs mou^ vemens, les accélère ou les ralentit, les suspend ou les détermine. La contraclilité est cette autrq propriété en vertu de laquelle les parties excitées, c'est-à-dire, dans lesquelles la sensibilité a été mise enjeu, se resserrent ou se dilatent, agissent, en un mot, et exécutent des mouv omens. De même que nous n'avons pas toujours la conscience de^ excitations qu'éprouvent nos organes, et que, par exemple, rien ne nous avertit de l'impression sti-» mulante par laquelle le sang provoque l'action du cœur; de même nous avons besoin du secours de la réflexion pour admettre la réalité de certain^ mouvemensjde ceux , par exemple, à la faveur des«( quels les humeurs arrivées dans les plus petits vaisseaux s'incorporent au tissu des parties; genre de mouvemens qui , pour nous servir d'une comparaison ingénieuse, ressemblenli à ceux de l'aiguille à heures d'une montre à secondes. Cette aiguille paraît immobile; et cependant elle mesure en vingt? quatre heures toute la circonférence du cadran que l'autre parcourt en une minute avec un mouvement très-apparent.
En considérant la vie dans la longue série de^ êtres qui en jouissent , nous avons vu que ceux poiw^
qui elle est le plus bornée, ou mieux, chez lesquels elle se compose d'un plus petit nombre d'actes et de phénomènes, les végétaux, par exemple, et les animaux, tels que les polypes, qui n'ont ni cerveau, ni système nerveux distinct, sont h la fois sensibles et contractiles dans toutes leurs parties. Tous les corps vivans, tous les organes qui entrent dans leur composition , sont imprégnés, qu'on nous permette cette expression, de ces deux facultés nécessairement coexistantes, et qui se décèlent par des mouveraens intérieurs et nutritifs, obscurs, appréciables seulement par leurs effets : elles y paraissent réduites au degré absolument indispensable pour que les sucs dont sont arrosées toutes les parties d'un être vivant déterminent l'action en vertu de laquelle ces parties doivent se les approprier. On conçoit qu'il n'en est aucune qui puisse se passer de ces deux propriétés de sentir et d'exécuter des mouvemens; propriétés généralement diffuses dans toute la matière organisée et vivante, mais qui, répandues partout , n'ont cependant point d'organe ou d'instrument particulier. Sans ces deux facultés, comment les diverses parties agiraient-elles sur le sang ou sur les sucs qui en tiennent la place, pour en retirer les matériaux qui servent à la nutrition et aux diverses sécrétions? Aussi sont-elles communes à tout ce qui a vie, aux animaux et aux végétaux, à l'homme qui veille et à celui qui dort d'un profond sommeil, au fœtus et à l'enfant qui a vu la lumière, aux organes des fonctions assimila-
triées, et à ceux qui nous mellent en rapport avec les êtres qui nous environnent. Toutes deux obcures, inséparables , elles président à la circulation du sang, à la progression des humeurs, en un mot, à tous les phénomènes nutritifs. Comme elles paraissent inhérentes aux premiers linéamens de l'organisation , aux rudimens primitifs des tissus, on a proposé de les nommer staminales. Indispensables à la fibre vivante, la sensibilité et la contractilité nutritives sont inséparables l'une de l'autre; ensemble, elles constituent la vitalité de la trame primordiale des organes. La matière organisée, soit végétale, soit animale, leur doit son énergie conservatrice et reproductrice; elles représentent parfaitement ce que Glisson (i), le premier auteur de la véritable doctine des forces vitales, désigne par le nom d'irritabilité.
Si la sensibilité nutritive est toujours latente ou cachée, il n'en est pas de même de la contractilité qui peut être sensible ou insensible. L'os qui s'approprie le phosphate de chaux auquel il doit sa solidité, exerce cette action sans que nous en soyons avertis, si ce n'est par son résultat; mais le cœur, qui ressent la présence du sang sans que nous ayons la conscience de cette sensation, exerce des mouvemens facilement apercevables, quoiqu'il ne soit en notre pouvoir ni de les suspendre, ni de les accélérer.
(i) De naiurâ suhsîandœ energelicâ g seu de vite naiurœ. Londini, 1672.
PROLÉGOMÈSES. 5l
Des propriétés vitales à un aussi faible degré n'eussent pu suffire à l'existence de l'homme et des êtres qui lui ressemblent , obligés comme lui d'entretenir des rapports multipliés avec tout ce qui les entoure : aussi jouissent-ils d'une sensibilité bien supérieure , au moven de laquelle les impressions qui affectent certains de leurs organes, sont perçues, jugées, comparées, etc. Ce mode de sensibilité serait mieux nommé perceptihilité y ou faculté de se rendre compte des émotions qu'on éprouve. Elle exige un centre auquel les impressions se rapportent: aussi n'existe-t-elle que dans les animaux qui, comme Thorame , ont un cerveau ou quelque chose qui en tient la place, tandis que les zoophytes et les végétaux , privés de cet organe central , sont également dépourvus de cette faculté. Les polypes et plusieurs plantes, telles que la sensitive, exécutent cependant des mouvemens spontanés , qui paraissent indiquer l'existence de la volonté, et par conséquent de la perceptibilité; mais ces mouvemens résultent d'une impression qui ne s'étend pas au-delà de la partie qui l'éprouve, et dans laquelle la sensibilité et la contractilité se trouvent confondues.
La sensibilité, en quelque sorte latente, de certaines parties du corps , ne peut pas être entièrement assimilée à celle des végétaux, puisque ces organes, dont le sentiment est ordinairement si obtus, manifestent dans leurs maladies une sensibilité percevante ,qui s'annonce par de vives dou- I. 4
5â PROtÉGOMÈNlS.
leurs ; ^u^il suffit même de changer le stimulant auquel ils sont accoutumés pour déterminer ce phénomène. Ainsi, l'estomac, sur les parois duquel les alimens ne produisent, dans l'état ordinaire, aucune impression perceptible y renvoie des sensations très-distinctes, et devient le siège de douleurs atroces lorsqu'on y a mêlé quelques grains d'une substance vénéneuse. De la même manière , nous ne nous apercevons des impressions qu'exercent sur les parois de la vessie ou du rectum les urines ou les matières fécales accumulées, qu'au moment où elles sont devenues, par leur séjour, assez irritantes pour ébranler, à un certain degré, ces poches irritables et sensibles, et transformer leur sensibilité obscure en sensibilité bien apparente. Ne pourrait-on pas soupçonner que si , dans l'état sain , nous n'avons pas la consciehce des impressions qu'exercent sur nos organes les sucs qui y abordent, c'est qu'accoutumés aux sensations qu'ils font naître presque sans interruption , nous n'en avons eu qu'une perception confuse, qui a fini par disparaître? Et ne peut-on pas, sous ce point de vue , comparer tous ces organes à ceux dans lesquels résident les sens de la vue, de l'ouïe, de l'odorat, du goût et du toucher, qui ne peuvent plus être excités par des stimulans auxquels ils ont été longtemps soumis, et dont ils ont contracté l'habitude ? Deux sortes d'organes , bien différens par leurs usages et par la nature de leurs propriétés, entrent dans la composition du corps de l'homme; ce sont
PROtéGOMèNES. 53
comme deux machines vivantes et réunies t l'une, formée par l'assemblage des sens , des nerfs , du cerveau , des muscles et des os, «ert à établir ses relations avec les objets du dehors; l'autre, destinée à la vie intérieure, consiste dans le tube digestif, les appareils absorbant , circulatoire , respiratoire et sécrétoire. Les organes de la génération, dans l'un et dans l'autre sexe , forment une classe à part, laquelle, pour la nature des propriétés vitales, tient en même temps des deux autres.
Par le moyen des sens et des nerfs, qui de ces organes se rendent au cerveau, nous pouvons apercevoir ou sentir l'impression que les choses extérieures produisent sur nous : le cerveau, siège véritable de cette sensibilité relative, excité par ces impressions, peut irradier dans les muscles le principe du mouvement, et déterminer l'exercice de leur contractilité. Cette propriété, soumise à l'empire de la volonté , se manifeste par le raccourcissement subit d'un organe musculaire qui se gonfle, se durcit, et détermine le mouvement des pièces du squelette auxquelles il s'attache. Les nerfs et le cerveau sont essentiellement les organes de ces deux propriétés. La section des premiers entraîne la perte du sentiment et celle du mouvement volontaire dans les parties auxquelles ils se distribuent; l'autre espèce de sensibilité est, au contraire, loutà-fait indépendante de la présence des nerfs; elle règne dans tous les organes, quoique la substance de tor^s ije reçoive pas de filets nerveux. On pour-
rait même dire que les nerfs cérébraux ne sont pas du tout essentiels à la vie de nutrition; les os, les artères , les carrilages , et plusieurs autres tissus dans lesquels le scalpel ne peut les suivre, se nourrissent aussi bien que les organes dans lesquels ils existent en abondance ; les muscles eux-mêmes s'entretiennent dans leur économie naturelle, malgré la section de leurs nerfs. Seulement privés de ces moyens de communication avec le cerveau , ils ne peuvent plus en recevoir le principe des contractions volontaires ; au lieu de ce raccourcissement soudain, énergique et durable, que la volonté y détermine, ils ne sont plus susceptibles que de ces tremblotemens fibrillaires que l'on connaît sous le nom de palpitations. L'anatomiste qui étudie les nerfs sous le rapport de leur terminaison , les voit tous partir du cerveau et de la moelle de l'épine pour aller se rendre, après un trajet plus ou moins long, aux organes des mouvemens et des sensations. Qu'armé de son scalpel , il dissèque un de nos membres, la cuisse, par exemple, il verra les cordons se séparer en un grand nombre de filets, dont la plupart se perdent dans l'épaisseur des muscles, tandis que les autres, après avoir rampé quelque temps dans le tissu cellulaire qui unit la peau à l'aponévrose, se terminent à la face interne du derme, en forment le tissu, et s'épanouissent en houppes ou papilles sensibles à sa surface. Les os, les cartilages, les ligamens, les artères et les veines, toutes les parties dont l'action n'est pas somise à l'empire de la volonté, n'en re-
PROLÉGOMÈl^îES. 55
çoivent point, ou du moins les tilamens qui y pénétrent sont réduits à un tel état de ténuité , qu'ils échappent à l'anatomiste le pl^s habile. Cependant toutes ces parties qui^ dans leur état naturel, ne transmettent au cerveau aucune impression perceptible, qu'on peut, après les avoir isolées, lier et couper impunément sans que l'animal témoigne de la douleur, et sur l'action desquelles la volonté n'a aucun empire, jouissent néanmoins d'une sensibilité et d'une contractilité en vertu desquelles elles sentent et agissent à leur manière, reconnaissent dans les fluides qui les arrosent ce qui convient k leur nutrition , et séparent cette partie récrémentitielle qui a affecté convenablement leur mode particulier de sensibilité.
En bornant nos regards à la considération d'un seul de nos membres, nous y reconnaissons donc facilement deux manières de sentir^ comme deux sortes de mouvemens : une sensibilité en vertu de laquelle certaines parties transmettent au cerveau les impressions qu'elles ressentent , impressions dont nous acquérons la conscience; une autre sensibilité dont jouissent tous les organes sans exception, mais à laquelle certains sont bornés, et qui suffit à l'exercice des fonctions nutritives, à l'aide desquelles ils se développent et se réparent; deux espèces de contractilité appropriées aux deux différences de la sensibilité : l'une en vertu de laquelle les muscles soumis à la volonté exercent les con-
tractions qu'elle détermine; l'autre qui, soustraite à l'empire de cette faculté de l'âme, se manifeste par des actions dont nous ne sommes pas plus avertis que des impressions qui en sont les causes déterminantes.
Ces deux grandes modifications de la sensibilité et de la contractilité une fois bien distinguées, il n'est pas difficile de voir d'où proviennent les éternelles disputes de Haller et de ses sectateurs sur les parties irritables et sensibles du corps des animaux et de l'homme. Tous les organes auxquels ce savant physiologiste a refusé ces deux propriétés, comme les os, les tendons, les membranes, les cartilages, le tissu cellulaire, etc., etc., ne jouissent que de cette sensibilité latente, et de cette obscure contractilité, communes à tous les êtres vivans^ et sans lesquelles il est impossible de concevoir l'existence de îa vie : ils sont complètement, dans l'état sain, privés de la faculté de renvoyer au cerveau des im- , pressions perceptibles, et d'en recevoir le principe d'un mouvement manifeste et sensible. On a également beaucoup disputé pour savoir si la sensibilité et la contractilité tenaient à l'existence des nerfs, si ces parties en étaient les instrumens nécessaires, si leur désorganisation entraînait la perte de ces deux propriétés vitales dans les parties qui les reçoivent. On peut répondre oui, pour la sensibilité percevante, et le mouvement volontaire qui lui est entièrement subordonné; mais que l'existence des
nerfs n'est pas du tout nécessaire pour l'exercice de la sensibilité et de la contractilité indispensables à l'assimilation nutritive.
Rien dans le corps vivant n'est absolument insensible; mais, dans chaque organe, la sensibilité est tellement modifiée , qu'elle ne répond point aux mêmes stimulus. Ainsi l'œil est insensible aux sons, comme l'oreille à la lumière. Une dissolutior^ de tartrite antimonié de potasse ne produit aucune impression désagréable sur la conjonctive ; portée dans l'estomac, elle provoque des mouvemens convulsifs; tandis qu'un acide que ce dernier supporte irrite la membrane qui unit les paupières au globe de l'œil, et occasionne une violente ophthalmie. C'est par la même raison que les purgatifs traversent Festomac sans produire leur effet sur ce viscère, et vont solliciter l'action du tube intestinal; que les cantharides affectent spécialement la vessie, le mercure les glandes salivaires. Chaque partie sent, se meut, et vit à sa manière; dans chacune, les propriétés vitales se nuancent et se modifient de telle sorte , qu'elles peuvent être considérées comme autant de membres séparés d'une même famille, travaillant à un but commun , tendant au même résultat, concourant aux mêmes travaux, consentientla omnia. (Hipp. )
La faculté de se rendre compte de ses sensations, et celle de se mouvoir à volonté, commuhes à l'homme et à tous les animaux qui ont un centre nerveux distinct , sont essentiellement liées l'une à
l'autre. Supposez , en effet , un être vivant revélu d'organes locomoteurs , et privé de sensations, entouré de corps qui menacent à chaque instant sa frêle existence, n'ayant aucun moyen de distinguer ceux qui lui sont nuisibles, il courra infailliblement à sa perte. Si la perceptibilité pouvait, au contraire, exister indépendamment du mouvement^ quel sort affreux serait celui de ces êtres sensibles , semblables aux fabuleuses hamadryades, qui , placées inamoviblement dans les arbres de nos forêts, supportaient , sans pouvoir les éviter , tous les coups portés à leur demeure! Les songes nous placent
• quelquefois dans une situation qui nous donne la juste idée de cet état : un péril certain menace notre existence; un énorme rocher semble se détacher, rouler , et se précipiter sur notre frêle machine; un monstreeffroyable paraît nous poursuivre, et, pour nous engloutir , ouvre une gueule immense. Nous voulons échapper à ce danger imaginaire, le fuir ou le repousser; et cependant une force invincible, un pouvoir inconnu, une main puissante, paralyse nos efforts, nous retient, et nous enchaîne immobile dans la même place. Cette situation est horrible , désespérante , et l'on, se réveille accablé de la peine qu'on en a ressentie. De même qu'il n'est aucune partie qui ne sente d'une façon qui lui est propre, de même il n'en est
___poi^t qui n'agisse, ne se meuve, ne se contracte ^ sa manière; et peut-être les parties qu'on a trouvées sans mouvement analogue à la contractililé
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musculaire, n'ont persisté dans cet état d'immobilité que par le défaut d'excitant convenable à leur nature particulière. Des physiologistes disent avoir produit des frémissemens marqués dans le mésentère d'une grenouille et dans celui d'un chat, en les touchant, après les avoir préliminairement imbibés d'alcool ou d'acide muriatique. Piquez avec une aiguille, raclez avec un scalpel les ligamens d'une articulation mise à découvert, l'animal ne ressent aucune douleur, et vous croiriez ce tissu parfaitement insensible, si les cris qu'il jette lorsque vous venez à tordre ou à tirer avec force sur la jointure, ne vous avertissaient que la sensibilité des ligamens a besoin de ce genre particulier d'irritation pour être mise en évidence.
Dans l'opération du sarcocèle (i), je me suis souvent aperçu qu'au moment où, soutenant la tumeur avec la main gauche, je faisais de la main droite, armée d'un bistouri, la section du cordon des vaisseaux spermatiques, la tunique vaginale offrait des contractions oscillatoires : elle se resserre
( I ) Les contractions de la tunique érythroïde , formée par l'épanouissement du muscle crémaster, ont sans doute servi à rendi'e beaucoup plus apparent le phénomène dont il s'agit. Cet effet doit être surtout marqué au moment de la section du cordon spermatique. Ce sont les contractions du même muscle qui froncent la peau du scrotum frappé parle froid, et remontent alors les testicules -vers les anneaux des muscles du bas-ventre. La contractilité de la peau des bourses n'a qu'une faible part dans cette action.
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d'une manière visible dans l'opération de l'hydrocèle. L'injection d'une liqueur irritante y détermine des mouvemens marqués. Le tissu osseux , malgré le phosphate de chaux qui l'incruste , est susceptible d'une contraction dont les effets , pour être lents j n'en sont pas moins incontestables. Après la chute ou l'avulsion des dents , le bord alvéolaire s'amincit en revenant sur lui-même, et les alvéoles disparaissent. Le sinus maxillaire revient sur luimême après l'arrachement des polypes qui remplissaient et dilataient sa cavité. Ces faits me semblent prouver bien mieux encore que toutes les expériences faites sur les animaux vivans (expériences dont, pour le dire en passant, les résultats ne doivent point être appliqués à l'économie de l'homme avec la confiance qu'on leur accorde) , ce qu'on doit penser des prétentions de Haller et de ses sectateurs sur l'insensibilité et la non-irritabilité des membranes séreuses et des autres organes d'une structure analogue. Dans le plus grand nombre des expériences sur les animaux vivans , l'on commence par inciser la peau, et la douleur qu'occasionne la section de cette membrane est assez vive pour que , auprès d'elle, celle que causent les incisions pratiquées sur plusieurs autres tissus , soit comme si elle n'existait pas. Les nerfs seuls paraissent alors sensibles, ou plutôt c'est seulement quand l'instrument les intéresse^ que l'animal jette des cris , et témoigne par son extrême agitation les souffrances qu'il éprouve. C'est évidemment parce
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qu'ils sont le seul tissu dont la sensibilité l'emporte sur celle de l'enveloppe cutanée.
Nous ne parlerons point ici de la porosité, de la divisibilité , de l'élasticité, et des autres propriétés que les corps vivans partagent avec les substances inanimées. Ces propriétés ne s'exercent jamais dans toute leur étendue, dans toute leur pureté, si l'on peut se servir de ce terme ; leurs résultats sont toujours altérés par l'influence des forcés vitales, lesquelles modifient constamment les effets qui semblent dépendre le plus immédiatement d'une cause physique, mécanique, chimique, ou de tout autre agent de cette espèce. Lors même que la vie n'existe plusi , l'organisation suffit encore pour modifier puissamment les propriétés physiques de nos organes. Cette influence de l'organisation détermine ce que l'on nomme les propriétés du tissu. C'est ainsi que les chairs d'un cadavre s'alongent et reviennent sur elles-mêmes quand on les lire du qu'on les coupe, et se racornissent, si on les soumet à l'action du feu; changeniéris d'état qui, sutveiaût lorsque toute vie est éteinte , indiquent manifestement un mode de contractilité entièrement dépendante de l'organisation. L'extensibilité par alongement,"propriété de tissu, également liée et inhérente à l'organisation , ne doit pas être confondue avec Y extensibilité vitale dont jouissent certains organes, tels que la verge, le clitoris; tous se gonflent, se dilatent par l'afflux des humeurs, quand ils sont irrités ; niais cet effet ne dépend point d'une
propriété spéciale et distincte de la sensibilité et de la contractilité. Ces parties se dilatent; leur tissu s'étend par l'exercice de ces deux propriétés , qui donneraient lieu au même phénomène dans toutes les parties, si toutes avaient la même structure.
Il en est de même de la caloricité, ou de cette puissance inhérente à tous les êtres vivans, de persister dans le même degré de chaleur sous les températures les plus variables; propriété en vertu de laquelle le corps humain , chaud de 3o à 82 degrés, conserve la même température sous le climat glacé des régions polaires, comme au milieu de l'atmosphère embrasée de la zone torride. C'est par 'l'exercice de la sensibilité et de la contractilité j c'est par les fonctions auxquelles ces forces vitales président, que le corps résiste à l'influence également destructive du froid et du chaud excessifs (i).
Si l'on admettait la caloricité au nombre des propriétés vitales, parce que , suivant les paroles du professeur Chaussier, cette conservation d'une chaleur uniforme est un phénomène très-remarquable , on serait conduit à supposer une cause distincte, c'est-à-dire, une propriété particulière pour la production d'autres phénomènes non moins importans.
Barthez et Dumas ont commis la même erreur : le premier, en voulant établir l'existence
(i) Voyez l'Histoire de la chaleur animale.
d'une force de situation fixe des molécules de la fibre musculaire ; et le second , en ajoutant à la sensibilité et à la contractilité une troisième faculté qu'il nomme force de résistance vitale. Les muscles, dans l'état vivant, se déchirent bien plus difficilement que sur le cadavre, parce que la contractilité dont ces organes jouissent au plus haut degré , tend sans cesse à conserver le contact des molécules dont la série forme la fibre musculaire, et même à rendre leur rapprochement plus intime. Ce fait , donné comme preuve de l'existence d'une force particulière , s'explique facilement par 'la contractilité.
Les corps organisés et vivans résistent à la putréfaction par le fait même de la vie. L'agitation continuelle des liquides^ la réaction des solides sur les humeurs j la rénovation successive de ces dernières journellement rafraîchies par l'introduction d'un nouveau chyle, sans cesse épurées au moyen des sécrétions par lesquelles les produits trop animalisés s'évacuent : voilà les causes qui empêchent le mouvement putréfactif de s'établir dans les corps jouissant de la vie , malgré la multiplicité et la volatilité de leurs élémens. Leur conservation est donc un effet secondaire et dépendant de l'exercice des fonctions auxquelles la sensibilité et la contractilité président. La nature excelle à faire dériver une multitude d'effets d'un petit nombre de causes : c'est donc connaître bien peu
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ses lois, qu'imaginer pour chaque fait une câusë particulière.
La séparation du chyle opérée dans le duodénum par le mélange de la bile avec la masse alimentaire , la vivification du sang par la respiration, la confection des humeurs par les glandes conglomérées , la nutrition dans les organes , sont autant d'actes de l'économie vivante pour lesquels on serait tenté de supposer des forces distinctes; mais ces opérations chimie o-vitales (i) sont tellement subordonnées à la sensibilité et à la contractilité, qu'elles s'effectuent seulement dans les appareils animés par ces deux propriétés^ et que leur exécution plus ou moins parfaite est toujours relative à l'état de ces propriétés dans les organes où elles s'accomplissent.
Nous voilà revenus à l'organisation, ou plutôt à la condition matérielle des organes, considérée comme cause ou raison suffisante des phénomènes qu'ils peuvent offrir. Dans l'état actuel des sciences, on est bien éloigné d'avoir reconnu toutes les propriétés de la matière, et surtout déterminé la mesure de son énergie et de son activité. D'un simple changement de proportions et de rapports entre les molécules constitutives d'une substance ;, naissent à chaque instant des phénomènes nouveaux;
(i) M. le professeur Broussais donne le nom de chimie vivante à ces actes de l'organisation.
comme on voît dans les appareils électro-moteurs, des effets inattendus résulter d'une autre disposition des métaux , de leur humectation , de leur échauffement, etc., etc. Quoiqu'il en soit, cette cause, long-temps inconnue, qui fait gronder la foudre et dirige l'aiguille aimantée, anime de son action le monde aïoléculaire , et soumet à des lois, semblables peut-être, la matière réduite à l'état de molécule , et les masses les plus considérables des planètes. Déjà, comme on le verra dans la suite , les expériences de M. Wilson Philips ont prouvé qu'un courant galvanique au travers de l'estomac rétablissait l'action digestive de ce viscère, interrompue par la section de ses nerfs; celles de MM. Prévost et Dumas ont établi que les contractions musculaires sont le résultat d'un influx électrique par l'effet duquel la libre musculaire se plisse dans tous les points où sa direction se trouve coupée par une fibrille nerveuse, etc., etc. Ce ne sera qu'au moment où le rôle que joue cette puissance universelle dans les actions vitales se trouvera tout-à-fait connu et déterminé, que les physiologistes cesseront de disputer sur les propriétés de la matière organisée; alors aussi sans doute les phvsiciens sauront si la chaleur et la lumière sont des corps existant par euxmêmes, ou de simples propriétés. En attendant cette époque éloignée , continuons de nous conformer au langage adopté. Les mots ne peuvent point ici nous abuser , car nous en avons d'avance déterminé la valeur.
Nous avons reconnu qu'il existait deux grandes modifications de la sensibilité et de la contractilité ; que la sensibilité se divisait en sensibilité percevante et en sensibilité latente; que la contractilité était tantôt volontaire , d'autres fois involontaire , et que cette dernière pouvait être apercevable ou insensible.