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CHAPITRE PREMIER

De la Digestion.

I. La digestion est une fonction commune à tous les animaux, par laquelle des substances qui leur sont étrangères, introduites dans leur corps, et soumises à l'action d'un système particulier d'organes, changent de qualités, et fournissent un composé nouveau , propre à leur nourriture et à leur accroissement.

II. Considérations générales sur l'appareil digestif. Les animaux seuls sont pourvus d'organes digestifs; tous, depuis l'homme jusqu'au polype, présentent une cavité alimentaire diversement figurée : l'existence d'un appareil digestif peut donc être donnée comme le caractère essentiel de l'animalité. Dans l'homme, cet appareil consiste en un long canal qui s'étend de la bouche à l'anus; dans ce

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canal viennent s'ouvrir les conduits excréteurs de diverses glandes qui , placées au voisinage , sécrètent des liqueurs propres à altérer, à fluidifier, à animaliser la matière alimentaire. Les différentes parties de ce tube digestif n'ont point une arripleur égale : d'abord évasé dans la portion que forment la bouche et le pharynx, il devient plus étroit dans l'œsophage ; celui-ci , en se dilatant beaucoup, donne naissance à l'estomac, qui se rétrécit de nouveau, pour se continuer sous le nom de tube intestinal. Ce conduit présente lui-même une grosseur bien différente dans les divers points de son étendue; et C'est sur la considération de ces différences de grandeur que sont principalement établies les divisions des anatomistes.

La longueur du tube digestif est de cinq à six fois celle de tout le corps dans un homme adulte; elle est proportionnellement plus considérable dans l'enfant : à cet âge aussi la digestion est plus active , proportionnée au besoin qu'a l'individu de croître et de réparer. La cavité digestive est, dans l'homme, ouverte par ses deux extrémités; chez quelques animaux , les zoophytes par exemple, une ouverture unique remplit à la fois les fonctions de l'anus et de la bouche, sert à l'entrée des alimens et à la sortie de leur résidu excrémentitiel (i).

(1) S'il faut en ci'oire Thomas Bartholin , et si un mendiant, iiabitant de Void, département de la Meuse, sur la grande route de Paris à Strasbourg , n'est point un imposteur , comme

L'étendue des voies 'diçfestives est relative à la nature des alimens dont les animaux se nourrissent : moins ces alimens sont analogues, par leur nature, à la substance de l'animal qu'ils doivent nourrir, plus ils doivent séjourner long-temps dans l'intérieur de son corps, afin d'v subir les altérations nécessaires. Aussi observe-t-on que l'intestin des herbivores est très-long, leur estomac fort ample, et souvent multiple, tandis que les carnivores ont un tube digestif court, étroit, et tellement disposé, que les substances animales qui nourrissent davantage sous un moindre volume, dont la digestion est plus facile et plus prompte , et qui d'ailleurs pourraient s'v putréfier par un trop long séjour, le parcourent avec rapidité. Sous ce rapport, l'homme tient le milieu entre les espèces qui se nourrissent de végétaux et celles qui vivent de chair. En parlant des alimens, nous reviendrons sur la question de savoir si l'homme est indistinctement appelé à ces deux nourritures; s'il n'est exclusivement ni herbivore ni Carnivore , mais omnivore ou poljphage; question facile a résoudre, et qui a long-

le ferait présumer l'invincible opiniâtreté qu'il a de tout temps mise à éviter l'examen des gens de l'ai't. « des hommes offrant » une occlusion complète des voies intestinales , ont pu vivre » rendant par la bouche leurs alimens réduits en une pâte li- » quide quelques heures après les avoir pris» ,^ voyez Archives générales de médecine ^ avril 1824) : ces êtres imperforéa jouiraient d'une existence jusqu'à un certain point analogue à celle des polypes.

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temps occupé les médecins, les naturalistes et les philosophes : chacun d'eux apportant, en faveur de son opinion, des argumens assez plausibles, tirés de ïa forme et du nombre des dents, de la longueur du conduit intestinal, de la force de ses parois, etc.

Les parois du tube digestif sont essentiellement musculaires; une membrane muqueuse en tapisse tout l'intérieur, en y formant divers replis; enfin, une troisième tunique s'ajoute accidentellement à l'extérieur des deux autres : elle est fournie par les plèvres à l'œsophage , et par le péritoine à l'estomac , ainsi qu'au tube intestinal. Le caractère de cette troisième tunique est de ne point recouvrir toute la surface des parties du tube auxquelles elle s'applique. La tunique musculaire peut être considérée comme un long muscle creux, étendu de la bouche à l'anus, formé, dans presque toute sa longueur, de deux plans de fibres, les unes longitudinales, et les autres circulaires; la volonté préside aux mouvemens de ses deux extrémités, tandis que le reste de son étendue est hors de son empire. Dans les cellules du tissu qui unit ses surfaces aux deux autres tuniques, on ne voit jamais s'amasser de la graisse, qui eût pu gêner ses contractions , rétrécir et même oblitérer le conduit le long duquel il fait descendre les alimens.

IIL Des alimens et des boissons. Autrefois on entendait par alimens toutes les substances provenant de l'extérieur, qui, introduites à l'intérieur du corps, avaient la propriété d'en réparer les pertes.

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Suivant cette définition , l'air était un aliment : aussi lui attachait-on l'épithète de pabulwn vitœ. Cette acception trop vaste peut être restreinte aux matières introduites dans le canal alimentaire, et ayant la propriété de réparer la partie solide du sang (les boissons en réparant la partie liquide). M.Magendie ajoute une condition restrictive : c'est que l'aliment suffise seul à la nourriture de l'animal. Il sera démontré plus bas qu'aucun aliment ne jouit de cette propriété. Les alimens dont l'homme se nourrit sont tirés des végétaux ou des animaux. Le règne minéral ne fournit probablement que des assaisonnemens, des médicamens ou des poisons. Relativement aux sels que contiennent les matières animales et végétales, et à la manière dont ils s'introduisent dans l'économie humaine, il n'est guère possible d'indiquer quelque chose de positif avant qu'on soit arrivé à la solution d'une autre question, savoir, si les sels sont en dissolution dans les liquides des matières organiques, ou en combinaison avec les substances vivantes.

Les substances réfractaires à l'action des organes digestifs, celles que les sucs gastriques ne peuvent envelopper, émousser, dénaturer, jouissent à un degré plus ou moins marqué de la propriété de troubler l'action du tube digestif, qui se révolte contre tout ce qui lui résiste. Il n'y a point de différence essentielle entre le médicament et le poison. Nos remèdes les plus héroïques sont tirés des substances vénéneuses : l'émétique , le sublimé , l'opium ,

tous ces moyens si efficaces dans des mains habiles, donnés à contre-temps ou à trop forte dose, deviennent les poisons les plus violens. Ils résistent énergiquement aux forces digestives, ne leur fournissent rien d'assimilable; tandis que les médicamens doux et sans vertu cèdent à ces forces, et rentrent dans la classe des alimens. Que penser alors de toutes nos tisanes , de l'eau de poulet, de l'eau de veau et autres semblables remèdes? Que l'on s'en sert pour tromper la faim et la soif du malade, pour empêcher qu'il n'introduise dans son estomac des substances dont la digestion laborieuse détournerait les forces nécessaires à la guérison de la maladie; que ce sont de simples précautions de régime et que celui qui varie le plus ce genre de moyens ne fait cependant qu'une médecine purement expectante, laissant à la seule nature le soin de susciter ces mouvemens salutaires dont la guérison doit être le résultat. Pourquoi certains purgatifs végétaux , tels que la manne , le tamarin , administrés à grandes doses ^ ont-ils si peu d'effet? C'est que ces substances contiennent beaucoup de parties nutritives assimilables; de sorte que certaines natures fortes les digèrent complètement, et neutralisent tout-à-fait la partie irritante ou purgative. Une substance animale ou végétale, quoique essentiellement nutritive, peut agir à la manière d'un médicament, ou même d'un poison , lorsqu'à raison de l'extrême faiblesse du tube digestif, ou parce qu'elle n'a point été préliminairement divisée

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par les organes masticatoires ^ elle résiste à l'action ci.igçstiye. C'est ainsi que surviennent les indigestions, parce que l'estomac est affaibli, parce qu'il est chargé d'une masse trop considérable de matières, parce qu'imparfaitement triturées, elles résistent à la dissolution , etc. , etc. C'est dans les considérations de cette espèce qu'çxistent les vrais fondemens de la matière médicale.

Les substances minérales sont d'une nature trojp hétérogène à la nôtre pour pouvoir êt.re converties en notre propre substance 5 il semble que leurs élémens aient besoin d'être élaborés par la vie végétative; ce qui a fait dire, avec raison, que les plantes peuvent être regardées comme des laboratoires dans lesquels la nature prépare l'aliment des animaux.

Les phvsioIo£ristes distin^^uent !a substance alimen taire de Ta liment. La première renferme les matières qui sont introduites dans le canal digestif; le second comprend la partie de ces matières cjui est assimilée. L'on a long-temps pensQ que cette partie séparée était toujours de rnême nature; c'est ce qu'Hippocrate avait professé : Il rHj; a, dit-iî, qu'un aliment; mais il existe plusieurs espaces d'alimens. On a essavé de déterminer la nature de ce principe alimentaire. Lorry le croyait mucilagineux; Haller , glutineux: mais on ne peut aujourd'hui admettre l'identité constante de l'aliment, puisque la substance alimentaire a besoin d'être variée pour qu'elle puisse entretenir la vie. ITn chien

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nourri exclusivement avec du pain blanc et de l'eau distillée, succombe au bout de trente à quarante jours.

Ici se place naturellement la question de savoir si l'homme est herbivore, Carnivore ou omnivore, et, dans cette dernière supposition , s'il n'est pas appelé à user d'une plus grande quantité de substances végétales que d'animales, et réciproquement. L'observation des faits et l'anatomie comparée vont nous fournir les données nécessaires pour décider cette question»

On a des raisons pour croire que dans l'origine l'homme s'est nourri de fruits et de plantes tendres : c'est une faible objection contre cette opinion que celle tirée de l'amertume du gland, dont on suppose que les premiers hommes se sont en partie nourris, car, dans certains pays, le fruit du chêne a une saveur très-agréable. Les récits des voyageurs nous apprennent que des Sauvages ont encore aujourd'hui une nourriture toute végétale. Les Brames sont dans le même cas. Newton a pu se nourrir exclusivement de pain pendant tout le temps qu'il employa à méditer son traité de l'optique.

D'un autre côté, les habitans de la Nouvelle- Hollande prennentpour nourriture presque unique des poissons. On trouve encore aujourd'hui des tribus chasseresses qui ne mangent que du gibier.

Enfin , dans l'état de civilisation ^ l'homme met h contribution le régne animal et le règne végétal.

Que conclure de ces observations? c'est que

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l'homme peut se nourrir, soit avec des végétaux, soit avec des animaux , soit à la fois avec les uns et les autres.

Si de l'observation des faits nous passons à l'étude comparative de l'organisation humaine et de celle des animaux herbivores et carnivores, nous voyons que chez ces derniers les articulations de la mâchoire inférieure sont disposées de telle sorte, que les mouvemens de haut en bas sont faciles et les latéraux impossibles. Tout ce qui a rapport à ces deux ordres de mouvemens se rattache à cette idée générale. D'une part, volume énorme des muscles élévateurs delà mâchoire, temporaux, masselers et ptérygoïdiens internes; grande étendue des surfaces d'implantation des muscles, des fosses temporales qui , chez le lion , occupent tout un côté du crâne; force de l'arcade zygomatique, et courbure qui augmente son étendue, multiplie les points d'attache du masseter^ et produit une coulisse trèslarge, dans laquelle glisse l'énorme tendon du temporal. D'une autre part, muscles des mouvemens latéraux ou ptérygoïdiens externes, et aile externe de l'apophyse ptérygoïde peu développés.

Les dents, même les molaires, sont aisfuës ou au moins anguleuses; l'estomac est simple, a un culde-sac peu étendu, parce que l'insertion de l'œsophage sur l'estomac est reportée tout-à-fait à gauche ; les intestins sont très-courts.

Dans les herbivores se rencontrent des conditions différentes: les surfaces de l'articulation des

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mâchoires sont larges et plates, de manière à permettre des glissemens latéraux; les muscles élévateurs de la mâchoire inférieure, les fosses temporales, sont peu développés; les arcades zygomatiques sont comprimées et rapprochées de la tête; les ptérygoïdiens externes sont plus forts et leurs surfaces d'implantation plus larges; les dents canines manquent dans quelques espèces; dans d'autres, ce sont les incisives; les molaires sont de vraies meules à broyer les végétaux : l'estomac a toujours un vaste cul-de-sac. Dans les ruminans, l'estomac est quadruple; l'intestin grêle est très-long: chez le bélier, il a vingt-huit fois la longueur du corps de l'animal.

L'homme tient le milieu , pour ces caractères , entre les herbivores et les carnivores : articulation temporo-maxillaire permettant des mouvemens latéraux , quoique la solidité des mouvemens de haut en bas soit assurée ; développement à peu près égal des muscles élévateurs de la mâchoire inférieure et de ses rotateurs , comme aussi des surfaces osseuses sur lesquelles s'implantent ces différens muscles; dents incisives et canines bien développées, mais égales et ne s'emboîtant pas les unes dans les autres ; dents molaires mamelonnées ; estomac offrant un cul-de-sac; intestin grêle ayant un volume et une longueur intermédiaires entre ceux des mêmes organes chez les herbivç)re§ et les carnivores.

La conclusion équitable dp cet examen cpnjp^^

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ratiF, c"est qu'il y a dans la structure des animaux des raisons suffisantes pour expliquer la variété des alimens que prennent les différentes espèces; que cette variété d'alimentation n'est point le résultat de l'habitude (quoique, pour étaver cette dernière opinion, on ait cité les observations d'animaux dont on avait pu changer entièrement la nature des alimens, tels que le pigeon, que Spallanzani nourrit avec delà viande, les chevaux, les vaches, les gallinacés, que l'on parvint à alimenter exclusivement avec de la viande); qu'enfin, l'homme réunit en lui les deux caractères affectés aux herbivores et aux carnivores.

La question étant ainsi résolue, il s'en présente naturellement une seconde, qui, malgré l'intérêt qu'elle offre , n'a pas autant été débattue que la précédente; la voici : L'homme étant omnivore, a-t-il une tendance égale pour les alimens tirés du régne végétal et pour ceux fournis par le règne animal? Grimaud, comparant l'énergie de contraction musculaire de l'homme à celle des autres animaux, en conclut que nous sommes plus carnivores qu'herbivores, ^lais Broussonet, au contraire, considérant que l'homme a en tout trente-deux dents, dont douze incisives et canines qui appartiennent surtout aux carnivores, tandis que les vingt autres molaires sont un attribut plus spécial des herbivores; puis, évaluant à trente-deux la tendance de l'homme à se nourrir, il répartit inégalement cette tendance pour les alimens animaux ou végétaux,, en

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accordant 12/32 au désir des substances animales , et 20/32 à celui des substances végétales; de telle sorte que la question posée en équation donne pour résultat que le besoin de l'aliment végétal est au besoin de l'aliment animal comme 20 est à 12. Les alimens tirés des végétaux nourrissent moins bien que ceux tirés du règne animal, parce que, sous un volume donné, ils contiennent moins de molécules assimilables à notre propre substance. De toutes les parties des végétaux , la fécule amylacée est la plus nutritive; mais elle se prête d'autant mieux à l'action des organes digestifs, qu'elle a déjà éprouvé un commencement de fermentation : c'est pour cette raison que le pain levé est le meilleur de tous les alimens végétaux. Les chairs des jeunes animaux nourrissent moins bien que celles des adultes, quoique, dans le premier âge, elles soient plus riches en sucs gélatineux ; car cette gélatine abondante est aussi bien plus aqueuse. Le sucre et la gomme sont encore des substances trèsnutritives. L'Arabe traverse les vastes plaines du désert, n'avalant qu'une faible quantité de gomme arabique. Le nègre des Antilles acquiert de l'embonpoint dans la saison où la canne à sucre, parvenue à sa maturité, lui fournit un aliment préférable à ceux qui forment sa nourriture habituelle. On connaît la vertu restaurante des gelées animales et végétales; les mets sucrés amènent bientôt la satiété chez les personnes qui en sont les plus avides. Plusieurs vieillards, arrivés à la caducité, ne sou-

tiennent leur existence que par l'usage du sucre. J'en connais plusieurs qui passent la journée à broyer cette substance, travail pénible pour leurs mâchoires faibles et dégarnies. Le lait enfin , cette nourriture unique des premiers temps de la \ie, contient, en grande proportion, des parties géla-

tmeuses et sucrées , etc.

Quoique l'homme, appelé à vivre sous toutes les latitudes, puisse user de toute sorte d'alimens, on observe que les habilans des pays chauds préfèrent généralement la diète végétale. Les Brachmanes dans l'Inde , les peuples des Canaries et du Brésil , etc. qui vivent presque uniquement d'herbages, de graines et de racines, habitent sous un climat contre les ardeurs duquel ils sont obligés de se défendre. Or, la digestion des végétaux exige moins d'action et d'efforts; elle est accompagnée de moins d'irritation et de chaleur. Les sectes philosophiques ou religieuses qui ont fait une vertu de l'abstinence des chairs, furent toutes établies dans les contrées méridionales. L'école de Pythagore fleurit en Grèce, et les pieux cénobites qui, dans les commencemens de la religion chrétienne, peuplèrent les solitudes de la Thébaïde, n'eussent pu endurer d'aussi longs jeûnes, et se soutenir avec des dattes et de l'eau pure sous un climat plus rigoureux. Aussi les moines, transplantés dans les diverses contrées de l'Europe, furent-ils bientôt obligés de se relâcher de l'excessive sévérité d'un tel régime; et, cédant à l'irrésistible influence du cUmatj vit-on les plus austères

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associer aux végétaux , base de leur nourriture, les œufs, le beurre, le poisson, et même les oiseaux aquatiques. On peut voir dans les livres des casuistes sur quels fondemens ridicules était établie la dispense en faveur des pluviers, des poules d'eau, des canards sauvages , des bécassin es , des macreuses, oiseaux dont la chair noire, plus animalisée, plus échauffante, eût dû être proscrite de la cuisine des monastères avec bien plus de soin que celle dés volailles de basse- cour.

Etudiez le régime alimentaire chez les divers peuples qui couvrent le globe, et vous verrez la diète végétale préférée par ceux des pays chauds: la sobriété est pour eux une vertu facile 5 c'est un bienfait du climat. Les peuples septentrionaux sont, au contraire, voraces par instinct et par nécessité : ils engloutissent des quantités énormes d'alimens, et préfèrent les viandes dont la digestion développe beaucoup de chaleur. Obligés de lutter sans cesse contre l'action du froid qui tend a engourdir les puissances vitales, à arrêter tout mouvement organique, leur vie n'est qu'un combat continuel contré les influences extérieures. Ne leur reprochons donc pas leur voracité , leur avidité pour les liqueurs spiritueuses et les boissons fermentées. Les peuplades reléguées aux confins de la terre habitable , où Phomme résiste à peine aux rigueurs de la température, les Kamtschatdales, les Samoïèdes, vivent de poissons qui, entassés par piles, ont déjà éprouvé lin commencement de fermentation septique. Qui

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ne voit dans l'usage d'un aliment aussi âcrc, et tellement échauffant, que sa digestion serait infailliblement, dans nos climats, accompagnée d'un mouvement fébrile, le besoin de compenser par une forte excitation intérieure l'influence des causes débilitantes^ dont l'action se passe au-dehors? Les excès dans les boissons spiritueuses sont mortels pour l'Européen transporté sous le ciel brûlant des Antilles : le Russe en abuse en quelque sorte impunément, et pousse sa carrière juqu'à un terme fort avancé, au milieu des excès auxquels succomberait un habitant du midi de l'Europèr.

Celte influence du climat s'étishd Ûii régime de l'homme en santé à celui de l'homme malade; et Vèstiavec raison qu'on a dit de la médecine^ qu'elle devait être différente suivant les lieux où on l'exerce. La tisane d'orge, le miel et autres substances simples, la plupart tirées du régne végétal, suffisaient à Hippocrate dans le traitement des maladies; ses méthodes thérapeutiques étaient presque toujours tempérantes, rafraîchissantes. Les médecins qui pratiquent leur art sous un ciel analogue à celui de la Grécey peuvent imiter cette antique simplicité du père de la rnédêcine. L'opium, le kina , le vin , les spiritueux, les aromates, les cordiaux les plus énergiques , sont, au contraire, les remèdes convenables dans les maladies des peuples du Nord. Les médecins anglais prodiguent sans danger ces médicamens ailleurs incendiaires. '.

Que les alimens dont l'hommé^ïïSiïrrït^àjppfàï-

tiennent au règne végétal ou animal, c'est par eux que sont introduits dans le corps les élémens divers dont les combinaisons en constituent et en entretiennent l'intégrité : oœigène , hjdrogène^ carbone, azote ^ etc., etc. Des vitalistes ont attribué à l'organisme la faculté de former de toutes pièces des élémens, aux dépens de corps qui ne les contiennent pas; de Toxigène, par exemple, aux dépens de corps non oxigénés^ c'est-à-dire, qu'ils prêtent à la force vitale plus de puissance que n^en ont les fourneaux les plus ardens et les courans électriques. Ils se fondent sur les argumens suivans : i°Des plantes incinérées, quel que soit le sol qui les a nourries, fournissent les mêmes élémens. 2.° Des plantes nourries avec certaines substances en contiennent cependant d'autres étrangères. 3° Certains animaux renferment des élémens qui ne se trouvent pas dans les alimens dont ils ont fait usage: ainsi Rondelet nourrit un poisson dans de l'eau distillée , et il contenait de l'azote; Mead et Valisnieri répétèrent les mêmes expériences sur des reptiles. Vauquelin, comparant la quantité de phosphate de chaux que contenaient les alimens dont une poule se nourrissait, à celle que renfermaient ses excrémens et la coque de ses œufs, trouva qu'il y avait plus de sel rendu que d'avalé. 4° Les os contiennent une grande proportion de phosphate de chaux, en sorte que le corps est comme un vaste laboratoire à préparer le phosphore. 5° Les animaux herbivores contiennent beaucoup d'azote , et cepen-

dant les plantes dont ils se nourrissent n'en renferment pas.

On peut répondre à ces diffcrens argumens que ies plantes puisent les matériaux de leur nutrition, non-seulement dans le sol, mais encore dans l'air atmosphérique qui peut être chargé de particules hétérogènes; de plus, Bergmann a démontré que les plantes arrosées avec de l'eau distillée avaient emprunté aux parois des vases dans lesquels elles étaient renfermées, quelques -uns des principes étrangers qu'elles contenaient. La poule dont parle Vauquelin avait probablement une assez grande quantité de carbonate de chaux accumulée dans le corps antérieurement à l'expérience. Enfin, c'est une erreur de croire que les végétaux dont se nourrissent les herbivores ne renferment pas d'azote. Haller avait reconnu implicitement ce fait, quand il a dit qu'entre le gramen et le lion il n'y a que le bœuf qui mange l'un et qui est mangé par l'autre. Il avait d'ailleurs reconnu que des végétaux pourris dégagent des sels ammoniacaux , dont la base, l'ammoniaque, est formée, comme on le sait aujourd'hui, d'hydrogène et d'azote.

Jusqu'ici nous pouvons croire que les élémens qui composent le corps y sont importés par les matières alimentaires, formées elles-mêmes par ces élémens; peut-être aussi que quelques-uns de ces élémens sont introduits par la voie de la respiration.

Si l'organisme ne peut créer les élémens primitifs du corps, en est-il de même des principes immé-

diats? Est-il nécessaire que la gélatine, la fibrifle, l'albumine , la graisse, le mucus, soient tout formés dans nos alimens , de telle sorte , qu'il n'y ait dans nos voies digestives qu'une simple dissolution de ces substances? ou bien y a-t-il en nous une force qui fabrique ces principes immédiats à l'aide des élémens contenus dans la masse alimentaire? Quoiqu'il soit difficile d'arriver à une solution rigoureuse d'une pareille question, on ne peut disconvenir que la dernière opinion est infiniment plus probable que la première. Les principes immédiats ont entre eux les plus grands rapports : ils sont composés des mêmes élémens en proportion diffét-ènte. La force digestive peut sans doute altérer ces proportions selon le besoin de l'organisme ; autrement l'usage long-temps continué d'un aliment ne renfermant qu'un ou deux principes immédiats, devrait à la longue les faire prédominer dans l'économie: or, c'est ce qu'on n'observe pas : d'où l'on peut conclure qu'une substance organique qui sert de nourriture à l'homme , peut passer dans son corps par plusieurs états successifs de principes immédiats.

Un animal peut-il se nourrir en prenant uniquement pour aliment des substances non azotées? D'après ce qui précède, on peut à priori répondre par la négative; car si tout ce qui existe dans le corps y est introduit par les alimens, l'azote qui s'y trouve, et qui n'a pu y être fabriqué, doit avoir fait 'pîà^rtié de la substance alimentaire. C'est en vain

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qu'on objecte que des individus ont pu se nourrir dé pommes de terre, de maïs^ de sucre: les deux premières de ces substances renferment de l'azote; le sucre brut en renferme aussi. Si des caravanes d'Abyssiniens ont pu se nourrir, ainsi que nous l'avons rapporté, en mangeant exclusivement de la gomme arabique, c'est que celle-ci n'était probablement pas sans mélange d'autres matières. M.Magendie a nourri un chien avec du sucre raffiné et de l'eau distillée; et cette alimentation , qui pendant les premiers jours a paru bien soutenir l'animal, est bientôt devenue insuffisante : les cornées se sont ramollies et ulcérées au bout de trois semaines, et l'animal est mort vers le quarantième jour. D'autres chiens, nourris de gomme pure et d'eau distillée, d'huile et d'eau distillée, sont également morts au bout de quelque temps. On peut conclure de ces expériences que lesalimens non azotés ne peuvent entretenir la vie; car elles ne sont nullement infirmées par celles de M. Londe, qui, pensant avec d'autres physiologistes que les animaux sur lesquels M. Magendie expérimentait étaient morts parce qu'ils n'avaient fait usage que d'une seule espèce d'aliment, et non parce que l'aliment n'était pas azoté, a réussi à nourrir des chiens avec le riz, la pomme de terre, le sucre brut, l'eau non distillée, le beurre non fondu , puisque toutes ces substances contiennent de l'azote.

Les physiologistes ont tenté plusieurs classifications des alimens : on les a divisés en i" féculen*,

a" sucrés 5 3" acidulés, 4° huileux, 5° lactés , 6** fibrilieux, 7° albumineux, 8° gélatineux. D'autres les ont distingués en agréables et désagréables; d'autres, en alimens végétaux et alimens animaux, etc. La meilleure classification est celle qui repose sur la composition chimique des alimens; c'est celle qui est suivie dans les traités d'hygiène, auxquels nous renvoyons pour une étude plus complète de l'aliment, les détails dans lesquels nous sommes entrés étant plus que suffisons pour bien comprendre la physiologie de la digestion.

Boissons. En opposant la définition des boissons à celle des alimens, on devra entendre pour la première toute substance liquide ingérée dans le tube digestif par son orifice supérieur, et jouissant de la propriété de réparer les parties fluides du sang; mais cette dernière partie de la définition tendrait à séparer des boissons les liquides qui contiennent la fibrine, le caséum, etc., tels que le bouillon, le lait; et pourtant toutes les considérations physiologiques qui s'appliquent à la préhension, h la déglutition de ces substances, sont identiques à celles qui concernent la préhension et la déglutition d'un liquide qui ne fournit rien de solide au sang.

Aussil'étudedesboissonsd'aprèsleurcomposition est-elle plutôt du domaine de l'hygiène que de la physiologie : ce n'est que dans l'estomac et les intestins qu'elles se présentent d'une manière différente à l'action des organes digestifs; c'est là que s'opère le partage entre celles qui fournissent le prin-

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