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CHAPITRE lî

De V Absorption.

XXXII. Il ne suffît pas que les matières alimentaires soientaltérées par les organes digestifs et transformées en un fluide particulier, le chyle; il ne suffit pas non plus que les boissons soient ingérées à l'intérieur de ces mêmes organes digestifs : il faut encore, pour que la nutrition s'opère, que ces fluides soient pris à la surface des intestins, transportés plusprofondément, et se mélangent avec un liquide, le sang, qui, pénétrant toutes les parties du corps, apporte partout les matériaux propres à la nutrition. Ces actes qui suivent immédiatement la digestion font partie de la fonction d'absorption.

Dans l'histoire des phénomènes de la vie, l'exposition des fonctions du système absorbant doit immédiatement suivre celle des fonctions de l'appareil digestif. Les vaisseaux qui pompent le chyle séparé des alimens par l'action des organes de la digestion, forment une partie considérable du système absorbant, ressemblent parfaitement aux autres lymphatiques, et n'en diffèrent que par leur origine. Hors le temps de la digestion , ces vaisseaux charrient une véritable lymphe, absorbée dans le tube intestinal , dont l'intérieur, quoique vide, est toujours mouillé par une sérosité muqueuse abondante.

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II existe dans toutes les parties du corps humain , dans la profondeur comme à la surface de nos organes, des vaisseaux chargés du double emploi d'absorber et de porter dans la masse du sang les substances à l'aide desquelles notre machine s'entretient et se répare, et les débris qui résultent de la continuelle destruction de nos parties 5 car on ne doit point oublier que la matière organisée et vivante, intérieurement agitée par un double mouvement, se compose et se décompose sans cesse.

XXXIIÏ. Histoire de l'absorption.Ceite fonction a été connue dès la plus haute antiquité. Hippocrale avait déjà noté que les parties molles attiraient du dehors comme du dedans. Les Arabes connaissaient bien la propriété absorbante de certaines parties du corps, car ils appliquaient à la surface de la peau des médicamens qu'ils voulaient faire pénétrer à l'intérieur; les anciens ont même indiqué les organes qu'ils considéraien t comme les agens de l'absorption : ainsi Hippocrate dit positivement que des vaisseaux de V estomac , qu^W nomme veines , attirent et prennent les parties fluides des alimens et des boissons.

Quand Praxagoras eut découvert les artères, il pensa que ces vaisseaux, qu'il avait trouvés vides de sang, étaient destinés à absorber de l'air. Galien, qui reconnut que les artères renfermaient du sang, crut encore que celles du poumon absorbaient de l'air.

Cependant , déjà quelque temps avant Galien , on soupçonna les agens véritables de l'absorption dans

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l'intestin. Ainsi cet auteur raconte, d'après Érasistrate, que sur un jeune cheval tué après avoir teté sa mère, on trouva les vaisseaux qui partent des intestins, et qu'il désigna alors du nom à^ artères , pleins d'un fluide blanc qu'on prit pour du lait. Hérophyle nota également des veines particulières qui étaient destinées à absorber, et qui se rendaient à des organes glanduleux placés dans le mésentère, bien différentes, disait-il, d'autres veines qui se rendent au foie, dans le système de la veineporte. Mais ces notions ne furent point fécondées, et même elles furent entièrement oubliées pendant les longs siècles de barbarie.

En i563, Eustache fit la première découverte d'une portion du système lymphatique ; découverte qui , bien qu'alors sans résultat, ne devait plus tomber dans l'oubli, mais était destinée à opérer une révolution complète dans Phistoire de l'absorption. Ce futle canal thorachique lui-même qu'il rencontra, et qu'il fit connaître, en disant qu'il naissait de ta veine sous-clavière gauche, et descendait dans la poitrine : il le nomma veine blanche du thorax , et crut qu'il était destiné à nourrir la poitrine.

En 1622, Aselli, étudiant les mouvemens du diaphragme sur un chien , aperçut les vaisseaux chylifères, qu'il prit d'abord pour des nerfs; mais en ayant piqué un, il en vit sortir un fluide blanc , et, charmé de l'événement, il s'écria qu'il venait de faire une découverte sur un nouvel ordre de vaisseaux. Il pensa que ces vaisseaux prenaient Taliment

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et qu'ils le portaient au foie. Pour appuyer sa découverte sur un assez grand nombre de faits, Aselli examina successivement, et pour ainsi dire chaque semaine, des chevaux, des agneaux, des chiens.^ etc. , dont il ouvrait le ventre, après leur avoir fait prendre des alimens; mais il ne put jamais découvrir des vaisseaux semblables dans le mésentère de l'homme. Il soupçonna judicieusement que cette absence de vaisseaux était due à ce que ceux-ci avaient cessé d'être visibles sur le cadavre d'individus soumis plusieurs jours avant leur mort à une abstinence sévère.

Ce fut en 1649 que les découvertes d'Eustache et d'Aselli furent fécondées. Veslingius démontra que ces deux ordres de vaisseaux appartenaient au même système, en suivant le trajet des vaisseaux Ivmphatiques d'Aselli jusque dans le canal thorachique d'Eustache.

A cette époque, Harvey^ parvenu au faîte de la gloire par suite de sa découverte de la circulation sanguine , entraîné par un motif difficile à connaître, peut-être craignant que la découverte de nouveaux vaisseaux ne vînt attaquer ou renverser sa théorie de la circulation, Harvey combattit avec acharnement, et l'on pourrait presque dire mauvaise foi, l'existence de ces nouveaux vaisseaux. Mais, malgré l'autorité d'un homme qui jouissait alors de la plus grande célébrité, les défenseurs des vaisseaux lymphatiques poursuivirent leurs travaux, nu'ils enrichirent de nouvelles découvertes. Ainsi Rudbeck

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découvrit dans d'autres parties du corps des lymphatiques, qu'il nomma vaisseaux séreux. A peu prés à la même époque, Bartholin en découvrit de la même naXuve ^c^v^Wnonimdi lymphatiques . Jollyf, en Angleterre, fit des découvertes analogues. Alors la connaissance des vaisseaux lymphaliquesse trouva répandue dans les différons points de l'Europe. Tout était préparé dans le monde savant pour amener une révolution complète dans l'histoire de l'absorption : il ne s'agissait plus en effet que de coordonner toutes les notions éparses surles lymphatiques des diverses parties du corps, qu'à démontrer que ces vaisseaux formaient un seul tout, un seul système chargé de l'accomplissement d'une seule fonction, partout la même, celle de l'absorption. C'est ce que fit Guillaume Hunter; et sa théorie de l'absorption fut développée et perfectionnée par ses disciples Hewson , Jean Hunter, Cruikshank. Ces physiologistes ont recherché l'existence des lymphatiques, non-seulement sur les mammifères, mais encore sur les oiseaux, les reptiles, les poissons, et avec succès. Cependant, si on excepte une observation de \i- "vianijqui dit avoir vu, outre une veine et une artère intestinales, un troisième vaisseau renfermant une substance fluide jaunâtre sur un mollusque, il n'a pas encore été possible de retrouver des vaisseaux lymphatiques dans les animaux invertébrés.

Les travaux de Hunter, de Mascagni, etc. eurent pour but de rapporter exclusivement aux lymphatiques toutes les absorptions, et ils entraînèrent

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tout le monde dans leur opinion : en sorte qu'à la fin du siècle dernier et au commencement de celuici, il n'y avait plus personne qui pensât que les veines pouvaient être des agens d'absorption. Mais depuis quelques années plusieurs physiologistes, principalement en France, revinrent à l'opinion la plus ancienne, et pensèrent que le plus grand nombre des absorptions se fait par les veines. Enfin, plus récemment encore, on a tenté de substituer aux anciennes théories celle de l'endosmose et de l'exosmose, que j'examinerai bientôt, et dans laquelle on dépouille les lymphatiques et les veines de la faculté d'absorber, pour ranger ce phénomène de l'absorption parmi ceux d'une simple imbibition ou transsudation au travers des tissus mous et poreux des membranes.

XXXIV. Ici je termine l'histoire de l'absorption. JeLons maintenant un coup-d'œil rapide sur l'anatomie des vaisseaux et ganglions lymphatiques.

Après avoir pris naissance à la surface et dans la profondeur de nos parties par des radicules trèsrapprochées, les lymphatiques rampent et se replient sur eux-mêmes, en décrivant mille contours, se joignent, puis se séparent pour se réunir de nouveau , et former, par ces anastomoses multipliées, un réseau à mailles très-serrées, qui forme avec celui des vaisseaux sanguins la trame du tissu cellulaire et des membranes.

Chaque lame du tissu cellulaire n'est autre chose^ selon Mascagni, qu'un lacis de vaisseaux lympha-

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tiques; la trame des tissus membraneux diaphanes, comme la plèvre, le péritoine, ressemble à celle des lames du tissu cellulaire; enfin les mêmes vaisseaux forment la base desmembranes muqueuses qui tapissent l'intérieur des voies alimentaires aériennes et urinaires. L'anatomiste italien a bien pu remplir de mercure tous les tissus, qu'il regarde comme lymphatiques; mais Ruisch, dans ses admirables injections, réduisait également les membranes et les lames du tissu graisseux en un réseau purement artériel, dont les mailles trés-serrées laissaient à peine des vides apercevables avec le secours du mi^ croscope, et il lirait de cette préparation cette conséquence, que les capillaires artériels, singulièrement divisés, repliés, contournés sur eux-mêmes, forment la base des lames celluleuses et des tissus membraneux. Ces résultats, si contradictoires en apparence, prouvent que les vaisseaux lymphatiques et les capillaires artériels entrent dans la structure des lames celluleuses et des tissus membraneux. Il suffit, pour se convaincre que les plèvres, le péritoine, etc., ne sont formés exclusivement, ni par les premiers, comme Mascagni l'affirme, ni par les seconds, comme Ruisch le conjecture, de faire attention qu'il y a à la fois exhalation artérielle et absorption lymphatique dans toute l'étendue des surfaces intérieures, et que ces deux fonctions supposent dans les membranes et dans les lames du tissu cellulaire l'existence des uns et des autres. Les préventions de ces deux anatomistes si célèbres,

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J'uii par ses travaux sur le système lymphatique, Taulre par ses injections merveilleuses des plus petits réseaux artériels, viennent non-seulement de l'importance que nous aimons accorder aux choses dont nous nous sommes plus particulièrement occupés, mais encore de la distension des plus petits vaisseaux par les liqueurs dont l'injection remplit leur cavité : dilatés outre mesure, ils compriment les parties qui se trouvent dans leurs intervalles, et les font disparaître sous cette compression.

Sortis des réseaux cellulaires , les vaisseaux lymphatiques se réunissent en troncs assez gros pour qu'on les distingue des lames de ce tissu. Ces troncs se dirigent vers certaines parties de nos membres : là, ils se réunissent à d'autres, ou s'avancent parallèles , et communiquent fréquemment ensemble. Les vaisseaux lymphatiques ne marchent pas isolés, comme les artères et les veines; rassemblés, ils forment des faisceaux plus ou moins considérables, dont les uns, situés profondément, accompagnent les vaisseaux sanguins dans toutes leurs distributions, tandis que les autres, plus superficiels, correspondent aux veines sous-cutanées des membres, places comme elles entre la peau et les aponévroses, et se trouvant en plus grand nombre au côté interne, endroit où ils sont mieux à l'abri des lésions extérieures. Les lymphatiques des parois des grandes cavités, ceux des viscères qu'elles renferment, for-

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ment également deux couches, l'une superficielle, et l'autre profonde.

Leur direction singulièrement flexueuse, leurs communications très-multipliées, et surtout leur grosseur inégale dans les divers points de leur étendue, les distinguent encore des vaisseaux sanguins. Souvent un lymphatique très-étroit se dilate au point d'égaler le canal thorachique en grosseur, puis se rétrécit, pour grossir de nouveau, sans que, dans le trajet qui présente ces dilatations et ces rétrécissemens successifs, il reçoive aucun rameau. Lorsque tous les réseaux lymphatiques sont remplis de mercure, on voit alors que nos organes en sont recouverts, et le corps entier paraît enveloppé par un filet à mailles étroites et rapprochées. Le transport des humeurs d'une partie dans une autre trèséloignée paraît très-facile à expliquer à celui qui a vu ces nombreuses anastomoses rendues sensibles par les injections. L'existence des valvules dans les \aisseaux de la lymphe détermine son cours d'une manière en quelque sorte nécessaire , et rend impossible le transport des humeurs dans un autre sens; de manière que , dans l'état actuel de la science , on doit absolument rejeter les conjectures de nos prédécesseurs sur la possibilité du transport de l'urine vers la vessie, ou du lait vers les mamelles, au moyen des vaisseaux lymphatiques.

Les fluides absorbés par ces vaisseaux ne peuvent entrer dans le torrent de la circulation sans

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avoir préliminairement traversé des corps glanduleux , placés sur la route des vaisseaux lymphatiques, répandus, comme eux , dans toutes les parties, rarement solitaires, mais groupés par paquets dans les creux du jarret et de l'aisselle, aux plis de l'aine et du coude, le long des A^aisseaux iliaques, de l'artère aorte et des vaisseaux jugulaires, autour de la base de la mâchoire et de l'occiput, derrière le sternum, le long des vaisseaux mammaires internes; enfin, dans l'épaisseur du mésentère, où leur nombre et leur grosseur sont proportionnés à la quantité des absorbans qui les traversent. Ces glandes (i) rougeâtres, plus ou moins volumineuses, ovoïdes et globuleuses, présentent deux extrémités, dont l'une est tournée vers la partie d'où viennent les vaisseaux lymphatiques qui s'y insèrent en plus ou moins grand nombre, et portent alors le nom à^ afférens , tandis que de l'autre extrémité dirigée vers le canal tliorachique sortent des vaisseaux plus gros, mais moins nombreux, nommés e^rezz^ d'après leur usage. Arrivés dans les glandes, les lymphatiques se di-

(i) C'est pour nous conformer au langage reçu que nous donnons le nom de glandes à ces pelotons de vaisseaux lymphatiques , tout-à-fait différens des véritables glandes conglomérées ou sécrétoires. Il vaudrait mieux peut-être les désigner par celui de ganglions , que leur a imposé notre savant et respectable collègue M. le professeur Cbaussier , quoique cette nouvelle dénomination offre l'inconvénient de rappeler à la pensée les ganglions nerveux, dont la structure n'est point semblable à celle des ganglions lympbatiques.

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visent, se réunissent et communiquent ensemble; en outre , ils se replient sur eux-mêmes, et forment ainsi le tissu des glandes conglobées, qui ne sont autre chose que des pelotons de vaisseaux entortillés et réunis par un tissu cellulaire, dans lequel se distribuent des vaisseaux sanguins, qui donnent au corps glanduleux sa couleur rougeâtre. Les parois des vaisseaux lyniphatiques sont plus minces dans le tissu des glandes que partout ailleurs; leurs dilatations, leurs divisions^ leurs anastomoses y sont plus fréquentes. Tous les vaisseaux lymphatiques qui se dirigent vers une glande ne pénètrent pas dans sa propre substance; plusieurs passent sur ses côtés, l'embrassent, en formant autour d'elle une sorte de plexus, dont les branches se portent vers d'autres glandes plus voisines du canal thorachique. Les glandes lymphatiques forment une partie si essentielle du système absorbant, elles impriment à la lymphe des changemens si nécessaires, qu'aucun des vaisseaux lymphatiques ne manque de les traverser avant de se rendre à ce canal. Souvent le même vaisseau passe à travers plusieurs glandes avant de s'ouvrir dans ce centre commun du système lymphatique : c'est ainsi que ceux qui absorbent le chyle dans le tube intestinal traversent plusieurs fois les glandes du mésentère. Les lymphatiques du foie, très-voisins du réservoir de Pecquet y ont paru à quelques anatomistes se soustraire à la loi générale; mais il existe constamment sur leur trajet quelques glandes que ces vaisseaux

traversent. Néanmoins, comme elles sont en trèspetit nombre, la lymphe, rapportée de l'organe hépatique, n'est qu'une fois soumise à l'action glandulaire.

XXXV. Lesparois des vaisseaux lymphatiques sont formées de deux tuniques, toutes deux minces, transparentes , et cependant très-fortes , puisqu'elles supportent, sans se rompre, le poids d'une colonne de mercure qui déchirerait les tuniques des artères d'un égal calibre. La plus interne de ces tuniques , qui est aussi celle qui a le moins d'épaisseur, donne naissance à des replis valvulaires, disposés par paires, comme les valvules des veines sanguines, et propres, comme ces dernières, à empêcher la rétrogradation de la lymphe vers les lieux où elle a été absorbée. Tous les vaisseaux lymphatiques, sauf ceux de la moitié droite de la tête et du cou , du membre supérieur droit et de la moitié droite des parois de la poitrine, viennent aboutir à un conduit unique que l'on nomme le canal thorachique.

Ce canal naît à la partie supérieure de l'abdomen, de la réunion des vaisseaux chyleux avec les lymphatiques qui viennent des parties inférieures. A l'endroit où toutes ces racines se rassemblent, il offre une dilatation , sorte d'ampoule que l'on nomme citerne lombaire^ réservoir du chyle, ou de Pecquet, qui n'existe pas constamment , et dont la grosseur est. très-variable. Le canal thorachique entre dans la poitrine, en passant à travers l'ouyer-

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ture aorlique du diaphragme, puis monte le long de la colonne dorsale, placé au côte droit de Taorte, dans l'épaisseur du médiastin postérieur. Arrivé vers le sommet du thorax, à la hauteur de la septième vertèbre du cou, il se recourbe de droite à gauche, passe derrière l'cBvSophage et la trachéeartère, pour aller s'ouvrir dans la veine sous-clavière du côté gauche , à la partie postérieure de l'insertion de la jugulaire interne dans cette veine. En montant ainsi le long de la colonne dorsale, le canal reçoit les lymphatiques des parois de la poitrine ; ceux des poumons viennent s'y rendre, lorsqu'il passe derrière la racine de ces organes; enfin il se réunit à ceux qui viennent du côté gauche de la tête et du cou, ainsi que de l'extrémité supérieure gauche, au moment où il va s'ouvrir dans la veine sousclavière. Quelquefois son insertion se fait à la jugulaire , du même côté. Les lymphatiques du côté droit de la poitrine, du cou, de la tête et de l'extrémité supérieure droite, se réunissent pour former un second canal, qui s'ouvre séparément dans la veine sous-clavière droite (i). Quelle que soit la veine

(i) Dans certains cas assez rares , on -voit quelques vaisseaux lymphatiques des autres parties du corps s'ouvrir dans les veines voisines. C'est ce qui explique la présence du chyle, que l'on dit avoir trouvé dans les veines mésaraïques , où il avait été versé par quelque vaisseau lacté. Mascagni connaissait cette circonstance anatomique. Le système lymphatique est , au reste , de tous ceux qui entrent dans l'organisation humaine , celui qui présente le plus de variétés.

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dans laquelle s'ouvre le canal ^ sa structure est la même que celle des vaisseaux lymphatiques, et son intérieur est garni de replis valvulaircs. Sa grosseur n'augmente pas d'une manière progressive, à mesure qu'il s'approche de sa terminaison; il offre, au contraire, d'espace en espace, des dilatations plus ou moins considérables^ séparées par des rétrécissemens proportionnés : quelquefois il se divise en deus: ou plusieurs vaisseaux qui s'anastomosent, et forment des plexus lymphatiques. Je l'ai vu se partager en deux troncs à peu prés égaux, qui allaient s'ouvrir séparément dans les veines sous-clavières de chaque côté. Enfin, le canal s'anastomose quelquefois avec les vaisseaux Ivmphaliques du côté droit, par une branche si considérable, qu'on s'explique aisément comment , dans un cas d'oblitération du tronc principal, le cours de la Ivmphe a pu continuer à la faveur de ces communications. Après avoir lié le canal thorachique sur un cheval, on a vu le chyle et la lymphe se porter, par un faisceau considérable, dans la veine Ivmphatique du côté droit. Ces communications sont constantes ^ et sont^ pour les principaux troncs lymphatiques, ce qu'est la veine azvgos pour les gros troncs veineux , entre lesquels elle établit une utile anastomose.

L'orifice par lequel le canal thorachique s'ouvre dans la veine sous-claviére est garni d'une valvule plus propre à s'opposer au passage du sang dans le système lymphatique, qu'à modérer l'entrée trop rapide de la lymphe dans le torrent cii-culatoire.

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Quelques pathologistes pensent que la compression du canal ihorachique dans les anévrismes du cœur et de l'aorte donne naissance à diverses espèces d'hydropisies, affection qui dépend toujours de ce que l'équilibre naturel est rompu entre l'exhalation et l'inhalation, soit que les vaisseaux exhalans éprouvent un surcroît d'activité, soit que les lymphatiques se refusent à l'absorption d'une lymphe à laquelle les glandes obstruées ou le canal comprimé ne peuvent point livrer passage.

XXXV T. Avant de décrire les phénomènes généraux de l'absorption,ilconvientd'étudierséparémcnt les différen tes absorptions qui s'opèrent dans le corps humain. Leur nombre est assez considérable : on peut les rapporter à deux classes principales. La première renferme les absorptions normales^ celles qui s'exercent tantôt sur des substances venant du dehors: telle est l'absorption cutanée, celle du chyle, etc. ; d'autres fois, sur des liqueurs produites par la transsudation artérielle; celles-ci sont tantôt renfermées dans des cavités closes de toutes parts : telles sont la sérosité qui mouille la surface des membranes séreuses, la graisse, la moelle des os, etc.; et cette absorption est presque toujours proportionnée à la transsudation ^ de manière que la sérosité, absorbée à mesure qu'elle est déposée à la surface des membranes dont elle entretient la contiguïté, ne s'accumule jamais en écartant ces membranes, hors les cas d'hydropisie ; tantôt elles sont versées dans des cavités ouvertes à la surface

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du corps, de telle sorte qu'une partie seulement est résorbée, tandis que l'autre est rejetée audehors, telle que l'urine, la bile, etc.; enfin, il est une espèce d'absorption qui agit sur les parties solides du corps, et que l'on peut nommer nutritive ou moléculaire , parce qu'elle s'exerce sur les molécules qui , dans le travail de la nutrition , abandonnent les organes, et cèdent leur place à celles qui viennent les remplacer. C'est cette absorption qui préside à la décomposition des organes, à laquelle Jean Hunter donnait le nom (V absorption interstitielle.

La seconde classe renferme les absorptions anormales.

XXXVII. L'absorption intestinale, faisant suite à la digestion^ doit être placée ici la première. Cette absorption s'exerce sur le chyle et sur les boissons.

1°. absorption du chjle. Le chyle est absorbé en grande quantité à partir du milieu du duodénum jusque vers la fin du jéjunum; l'absorption va ensuite en diminuant d'activité jusqu'à la fin de l'intestin grêle. L'absorption du chyle peut-elle s'exercer sur d'autres points du tube digestif? Biumi prétend avoir vu les lymphatiques de l'estomac pleins de chyle; Haller penche également pour l'opinion de la possibilité de l'absorplion dans l'estomac. Cependant Cruikshank n'a jamais pu découvrir de chylifères remplis de chyle et partantde l'estomac. D'une autre part, MM. Leuret et Lassaigne prétendent avoir vu au microscope du chvle

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déjà tout formé dans ce viscère. La question est donc encore indécise, et l'on peut dire que s'il y a absorption du chyle dans l'estomac, cette absorption V est bien faible.

Quant au gros intestin, la chose est bien jugée, et plusieurs anatomistes, Winsiow entre autres, ont montré les lymphatiques nés du gros intestin pleins de chyle ; et dans un cas où Mérv doutait de la nature des filamens blancs que Winsiow lui montrait se détacher du gros intestin , il fut convaincu , par une piqûre faite à un de ces filamens , et par la sortie du chyle , que c'étaient des vaisseaux lymphatiques.

Quels sont les agens de l'absorption du chyle? Il est incontestable que ce sont les vaisseaux lymphatiques. Il suffit, pour s'en convaincre, d'examiner le mésentère d'un animal tué peu de temps après son repas, d'un supplicié qui est dans les mêmes circonstances. Mais les veines partagent-elles cette propriété d'absorption ? Voici ce qu'on a dit en faveur de cette opinion : Swammerdam prétend avoir vu des points blancs et des lignes chyleuses dans le sang des veines mésaraïques; Meckel , Tiederaann etGmelin, disent avoir fait les mêmes observalions; mais celles-ci sont peu nombreuses, n'ont pu être répétées; et même M. Dumas a remarqué que le chyle mêlé au sang noir se confondait tellement avec lui, qu'il était impossible de le reconnaître après le mélange.

On a fait valoir d'autres raisonnemens. Ainsi on

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a dit que chez les vieillards les ganglions lymphatiques s'atrophiaient, et que cependant l'absorption continuait; que, dans la maladie connue sous le nom de carreau, l'altération des ganglions n'empêchait pas la nutrition. Mais que prouve l'atrophie des ganglions par les progrès de l'âge? Hallcr et autres n'ont-ils pas vu du chyle dans le canal thorachique des vieillards? Et quant au carreau, on peut toujours faire passer au travers des ganglions malades les fluides injectés dans les lymphatiques.

Une objection plus forte se présente : le canal thorachique peut cesser de conduire le chyle sans que la nutrition en soit altérée : ainsi Bartholin dit que le canal thorachique fut blessé , et qu'il en^^ésulta une maladie longue, longa Jiiit tabès. La mort n'aurait-elle pas du venir plus promptement, s'il n'y eût eu d'autres voies pour le chyle?

Lower a découvert le canal thorachique, l'a ouvert, et a laissé la plaie béante pendant trois jours, temps au bout duquel l'animal a paru mourir d'inanition; mais les partisans de l'absorption du chyle par d'autres vaisseaux que les lymphatiques, peuvent répondre que l'animal a succombé autant à la douleur et à l'inflammation d'une surface traumatique considérable, qu'à l'interruption du cours du chyle. Enfin , le canal thorachique a été trouvé oblitéré par Cheston de Glocesler, par Meckel, et la nutrition ne paraissait nullement en avoir souffert. Mais Cruiskshank a réfuté ces dernières objections, en disant que, dans ces cas, le canal thorachique était

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double; et cette idée a été pour ainsi dire mise en évidence par les expériences de M. Dupuytren. Ces expériences ont eu pour résultat que certains chevaux mouraient dans un délai assez court ajirès la ligature du canal thorachique; que d'autres, au contraire, se rétablissaient parfaitement. Ces divers chevaux ayant été tués, et les canaux thorachiques injectés au-dessous du lieu où la ligature avait été faite, M. Dupuytren , aidé de M. RuUier , s'est assuré que chez tous ceux qui avaient succombé, l'injection ne pouvait arriver dans la sous-clavière; que chez les autres, au contraire, le passage était facile, grâce à la duplicité du canal thorachique. Mais avant ces expériences, Flandrin en avait tenté d'autres, à la suite desquelles il avait constaté que la ligature n'avait point été mortelle, quoique le canal fût unique; et depuis, MM. Leuret et Lassaigne ont tué un chien: quarante jours après la ligature du canal, l'animal était parfaitement guéri, très-gras, et pourtant il n'y avait pas de double canal, et les veines mésaraïques parurent plus grosses que de coutume.

Il résulte des faits que je viens d'énumérer, que si beaucoup d'animaux survivent à la ligature du canal thorachique, parce que ce canal est double, il n'en est pas moins vrai que, dans quelques cas bien constatés, l'oblitération complète d'un canal unique n'^a pas causé la mort de l'animal, et môme n'a pas nui sensiblement à sa nutrition. Peut-on en conclure que les lymphatiques ne sont pas les agens uniques de l'absorption du chyle? Quoiqu'au pre-

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mier abord la conclusion paraisse forcée , en y réfléchissant j on s'aperçoit que ces faits pourraient, à la rigueur, s'expliquer sans rechercher d'autres agens de l'absorption que les lymphatiques.

Et d'abord, les lymphatiques n'ont-ils qu'une seule embouchure par le canal thorachique simple ou double dans les veines ? Ne communiquent-ils pas avec celles-ci par plusieurs points de leur trajet, et même dès leur origine? M. Lippi a récemment reproduit cette opinion qu'une foule d'auteurs, fidèlement énumérés par Haller, avaient déjà professée. Mais c'est en vain que les partisans de l'absorption exclusive du chyle par les lymphatiques s'étayent des travaux des anatomistes cités par Haller , et de ceux de M. Lippi ; car ils n'ont pu parvenir à injecter autre chose que des vaisseaux partant d'un ganglion lymphatique , et se rendant à une veine. Or, il a toujours été permis de croire , et avec raison , que ces vaisseaux injectés n'étaient autre chose que la veine du ganglion elle-même se rendant à un tronc plus volumineux. L'argument précédent est donc sans valeur.

Mais les lymphatiques communiquent-ils avec les veines par l'intermédiaire des ganglions? Oh! ici la chose n'est plus douteuse; l'injection poussée par un tronc lymphatique vers un ganglion, passe avec la plus grande facilité des radicules du lymphatique dans les radicules des veines qui se répandent dans le ganglion, et de là dans le tronc de ces veines, d'où dans tout le système veineux. Or, le chyle peut.

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dans les cas d'oblitération du canal thorachique, suivre la voie anastomotique que je viens d'indiquer. En second lieu, il est possible que les veines absorbent (car nous allons voir tout à Theure qu'elles jouissent de la faculté absorbante à un haut degré), qu'elles absorbent une portion nutritive dissoute, qui n'es't pas le chyle, mais qui, par son mélange avec le sang, peut suppléer le chyle, et faire les frais des matériaux réparateurs.

De la discussion qui précède, il est permis de conclure, i" que les vaisseaux chylifères sont, dans l'état normal, les agens de l'absorption du chyle; 2° qu'après l'oblitération d'un canal thorachique unique la vie peut persister, et qu'alors elle est entretenue,, soit par l'absorption du chyle opérée par les lymphatiques, qui le versent dans le système veineux, à l'aide des anastomoses de leurs radicules dans les ganglions lymphatiques, avec les radicules dés veines; soit par l'absorption d'un fluide réparateur différent du chyle^, et dont les veines sont les agens directs.

2°. Absorption des liquides (boissons). Le chyle n'est pas le seul liquide dont l'absorption s'opère à la surface des intestins; d'autres fluides, tels que les boissons chargées de leur matière colorante, des sels qu'elles tiennent en dissolution , sont également absorbés et portés dans le torrent général de la circulation. Quels sont les agens de cette nouvelle es^ pèce d'absorption? Les lymphatiques y paraissent presque complètement étrangers, et les veines, à

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leur tour, en sont probablement exclusivement chargées. Voici les raisons nombreuses qui militent en faveur de cette opinion.

1°. Quoiqu'il y ait disproportion entre le volume des veines et celui des artères correspondantes dans toutes les parties du corps, cependant cette disproportion en faveur des veines est plus prononcée dans les vaisseaux du mésentère que presque partout ailleurs; ce qui porte à croire que les veines y sont destinées à rapporter autre chose que du sang noir.

1° . Les veines ont des orifices qui s'ouvrent librement à la surface interne des intestins, communication que des injections nombreuses dans lesquelles le liquide injecté pleuvait dans la cavité de l'intestin, ont démontrée jusqu'à l'évidence.

3°. L'ingesîion de poison dans l'intestin occasionne la mort , malgré la ligature du canal thorachique.

4°. M. Magendie a retiré une anse intestinale du ventre d'un animal, l'a entièrement coupée à &ç,?> deux extrémités , l'a complètement détachée du mésentère , et n'a conservé qu'une artère et qu'une veine par lesquelles l'anse intestinale était en communication avec le reste du corps; et il eut soin de bien dénuder les parois des vaisseaux conservés, afin qu'il n'y eût aucun lymphatique accolé soit à la veine, soit à l'artère. Du poison fut ensuite introduit dans l'anse intestinale, que l'on tint enveloppée d'un linge, afin que nulle transsudation ne put altérer la pureté de l'expérience, et les symp-

366 DE l'absorption.

tômesderempoisonnemenlsemanifestéreritcomme à l'ordinaire.

5°. M. Ségalas a répété, en la modifiant, cette expérience. Ainsi , après avoir également isolé de tout point une anse intestinale et lié les veines qui en partaient, sauf une ouverte, pour empêcher le sang de stagner dans l'anse intestinale, il introduisit du poison qui ne produisit aucun effet jusqu'au moment où une des veines fut déliée, et où alors les résultats de l'absorption se firent promptement remarquer.

6°. Des substances de nature différente placées dans l'intestin ont été promptement retrouvées dans les veines mésaraïques. Ainsi , M. Magendie a fait prendre de l'alcool camphré, de la térébenthine; MM. Tiedemann et Gmelin , des matières colorantes, des matières odorantes, des sels solubles; et toutes ces substances furent bientôt démontrées dans le sang des veines intestinales^ tandis qu'il n'en existait aucune trace dans les lymphatiques.

Des expériences sans valeur ont été faites pour prouver que les veines n'absorbaient pas. Celles dont on a le plus parlé sont dues à J. Hunter, qui mit plusieurs liquides, tels que du lait, de l'eau, dans des intestins, et qui, ne pouvant constater leur présence dans le sang par la simple inspection du liquide au travers des parois des veines, se crut en droit d'en conclure que les liquides n'avaient pas été pris par ces vaisseaux.

Il est donc évident que les liquides, autres

DE l'absorption. 867

que le chyle ^ passent par les veines; mais sont-ce bien les radicules veineuses qui sont les agens de l'absorption , ou bien celle-ci n'est-elle pas accomplie par des lymphatiques qui verseraient de bonne heure dans les veines les liquides qu'ils auraient absorbés? Nous avons dit plus haut ce qu'il fallait penser de la communication directe des lymphatiques avec les veines. Or,dansquelques-unesdes expériences précédentes, celle de M. Magendie entre autres j les parties ont été divisées de telle sorte que nul ganglion lymphatique ne pouvait, à l'aide des anastomoses veineuses et lymphatiques qui se font dans son intérieur, servir de passage aux substances ingérées des radicules lymphatiques vers les veineuses.

Mais les veines sont-elles exclusivement chargées d'absorber les boissons, et les lymphatiques y sontils complètement étrangers ? On peut faire valoir contre cette opinion , i° qu'il y a analogie de préhension entre l'absorption du chyle et celle des boissons j et qu'alors, si les lymphatiques s'emparent du premier, ils peuvent s'emparer des autres; 2° que Musgrave, Lister et autres, après avoir fait prendre de l'indigo, ont remarqué une coloration violette du chyle. Il est vrai que Herbert-Mayo pense que ces physiologistes ont été induits en erreur, pour la couleur du chyle, par l'aspect bleuâtre des vaisseaux lymphatiques quand ils sont vides; mais cette opinion de Mayo ne fait pas que, dans quelques cas, la coloration du chyle n'ait été le ré-

368 DE l'absorption.

sultat de la matière colorante de l'indigo; 3° que Tiedeiuann et Gmelin ont retrouvé dans le chyle de Ihydrocyanate de potasse dissous, et ingéré quelque temps auparavant dans l'intestin.

il est donc possible que les lymphatiques absorbent une certaine portion des boissons.

Que deviennent les matières absorbées? celles qui entrent dans les radicules des veines mésaraïques arrivent à la veine-porte, et de là dans le foie, où elles éprouvent sans doute une élaboration particulière de la part de cet organe. Il est bien probable, ainsi que l'admet Smith, que les boissons absorbées avec toutes les parties solubles qu'elles tiennent en dissolution, tels que les sels, le sucre, la gomme , etc. , n'arriveraient pas impunément se mêler à la masse générale du sang, d'où la nécessité d'une véritable dépuration en traversant l'épaisseur du foie.

Quant au chyle, avant de suivre son trajet ultérieur, nous allons étudier sa nature et sa composition. Le moyen dont on se sert habituellement pour recueillir le chyle, et qui consiste à ouvrir le canal thorachiqueavantson insertion danslasous-clavière, quelques heures après avoir fait manger l'animal, ne procure pas un chyle bien pur, puisque celui-ci est mêlé alors aux autres liquides qui sont apportés au canal thorachique par tous les vaisseaux lymphatiques des membres inférieurs et du bassin. Quoi qu'il en soit, quelle est la nature de ce chyle ? est-il toujours identique? Les vitahstes sont pour l'affir-

DE l'absorption. 869

mative; leurs antagonistes prétendent au contraire que le chyle varie comme les alimens desquels il provient. On pourrait dire que la vérité se trouve entre les deux opinions précédentes : car, de même que nous avons vu les matières fécales formées de deux parties, l'une variable, comme les alimens ingérés, l'autre invariable, formant Tessence de l'excrément,et étant un produitde sécrétion de l'animal, de même le chyle résulte d'un travail intestin , d'une action organique, qui rend une partie du fluide absorbé toujours identique, et d'une seconde portion qui modifie peu la première, mais qui subit elle-même quelques variations relatives à la nature de l'aliment dont l'animal a fait usage. Teint en bleu par l'indigo (Lister, etc.), rougi par la garance et la betterave, verdi parla partie colorante de plusieurs végétaux, etc., il m'a toujours, dans un grand nombre d'expériences faites sur les animaux vivans, paru tel que le décrivent les auteurs, blanc, légèrement visqueux , et très-semblable à du lait dans lequel on aurait délayé une très-petite quantité de farine; sa saveur est douceâtre, quelquefois même légèrement sucrée, et assez analogue à celle du lait. MM. Tiedemann et Gmelin l'ont trouvée un peu alcaline.

Examiné au miscroscope par MM. Bauer, Leuret, Lassaigne , Prévost et Dumas , il leur a présenté des globules analogues à ceux du sang, moins l'enveloppe colorée en rouge. Sur quelques animaux cependant, les globules n'ont pas la même forme

3^0 DE l'absorption.

que ceux du sang; ces derniers étant ovalaires, aU lieu d'être ronds, ce qui tient peut-être à ce qu'ils s'alongent en traversant la filière de vaisseaux trop étroits.

Quand on laisse reposer le chyle , il se partage en deux parties, l'une liquide , et l'autre solide. La partie liquide est formée d'une grande quantité d'eau; elle renferme en outre de l'albumine et la plupart des sels du sang. La partie coagulée , ou le caillot, est formée de fibrine presque pure, et, chose singulière, il y en a presque autant dans le chyle de l'herbivore que dans celui du Carnivore. Cette circonstance ne peut être expliquée que par la grande quantité d'azote que renferme le fluide versé dans l'intestin, notamment par le pancréas, fluide qui, mêlé aux alimens en abondance (puisque le pancréas des herbivores est très-volumineux), les animalise assez pour que le chyle renferme autant d'azote, et par suite de fibrine, que celui des autres animaux. Le chyle, provenant d'une alimentation animale, présente cependant un principe de plus que celui qui est la suite de l'usage des végétaux : c'est une matière grasse qui, en suspension dans le liquide, lui donne l'aspect d'une émulsion ou d'un liquide laiteux ; aspect qui en avait imposé à certains physiologistes, au point qu'ils avaient pris le chyle pour du véritable lait : de là ce préjugé devenu populaire, que le lait monte directement par les lymphatiques à la glande mammaire des nourrices.

Analysé avec encore plus de soin qu'on ne l'avait

DE l'absorption. Ô'J Î

fait jusqu'alors par M. A. Marcel , médecin de l'hôpilal de Guy, à Londres (i), le chyle a présenté des difféiences assez remarquables, suivant qu'il provenait d'animaux herbivores ou de carnivores. Le premier contient trois fois plus de charbon, et peut être conservé plusieurs semaines, et même plusieurs mois, sans se putréfier; il est transparent, tandis que le chvle animal est très-putréiiable, laiteux^ contient, outre l'albumine, une huile analogue à la crème du lait, et fournit beaucoup de carbonate d'ammoniaque par la distillation : du reste, le chvle et le chyme ne présentent jamais de gélatine, quelle que soit la nature des alimens dont ils proviennent; elle est remplacée par l'albumine. C'est sur des chiens que M. Marcet a fait ses expériences.

^^^^'\\\.AbsorptiondeVair.YÀ\e présente une grande analogie avec les précédentes, quoiqu'elle s'exerce sur un corps d'une nature différente. Cette absorption s'opère à la surface du poumon , et constitue un des principaux phénomènes de la respiration. Nous ne faisons que mientioaner ici l'absorption de l'air atmosphérique qui se fait peut-être encore à la surface de la peau , dans l'état normal : elle sera étudiée en détail, à propos des fonctions du poumon.

XXXIX. Ainsi que les deux précédentes, l'absorption cutanée s'exerce sur des objets venus du dehors. Béclard , dans son Traité d'Anatomie générale,

(i) Voyez Transactions médico-chirurgicales , tome TI. Londres, i8i5.

872 DE l'absorption.

énumére les auteurs qui admettent l'absorption cutanée et ceux qui rejettent l'existence de cette fonction ; et l'on voit que, de part et d'autre, la liste est longue et les autorités imposantes. Mais pour bien apprécier tous les faits qui se rattachent à cette question, il faut d'abord connaître les absorptions éventuelles qui s'opèrent sur des surfaces morbides; car dans leurs discussions les auteurs n'ont pas tous distingué les cas dans lesquels la peau était ou non recouverte de sa couche épidermique. Ainsi nous ne traiterons de l'absorption cutanée qu'après avoir parlé de toutes les autres.

XL. Dans l'état de santé, il n'y a pas d'absorption exercée sur d'autres objets étrangers à l'homme ; mais dans l'état morbide il s'en développe plusieurs accidentelles, que nous examinerons, après avoir passéen revue les absorptions normales qui s'exercent sur des parties qui dépendent du corps propre de l'animal chez lequel la fonction s'opère.

Ces absorptions se font soit sur des surfaces closes de toutes parts, soit sur des surfaces ouvertes à l'extérieur.

A la surface de cavités closes de toutes parts, nous trouvons un grand nombre de ces absorptions ; elles présentent toutes ce caractère commun d'être récrémentiticlles.

1°. La face interne des membranes séreuses, synoviales, capsules tendineuses, bourses muqueuses, sous-culanées , etc. , est habituellement lubrifiée par un fluide constamment sécrété, constamment ab-

DE l'absorption. 87 3

sorbe, et qui a pour usage de faciliter les glissemens des surfaces en contact de la membrane que ce fluide humecte.

1° . Les aréoles du système cellulaire, qui, il est vrai, communiquent entre elles, mais dont l'ensemble forme un coût sans ouverture, ces aréoles sont humectées d'un fluide séreux dont la sécrétion et l'absorption se font mutuellement équilibre.

3°. Le liquide céphalo-rachidien , interposé au feuillet viscéral de l'arachnoïde et à la face externe de la pie-mère, liquide qui sans doute communique avec celui des ventricules du cerveau, est sans cesse sécrété, sans cesse résorbé.

4°. L'absorption du fluide graisseux est un phénomène qui s'accomplit souvent avec une activité singulière : ainsi, au bout d'une nuit de fatigue, les yeux sont plus enfoncés dans les orbites, par suite de l'absorption d'une partie de la couche graisseuse qui remplit le fond de ces cavités. Chez les animaux hybernans, et qui sont très-gras au commencement de leur sommeil , la graisse est peu à peu résorbée, et paraît alors fournir aux nutritions de i'animal pendant son abstinence.

5°. On doit rappiocher de l'absorption du fluide graisseux celle du suc huileux et médullaire des os; absorption qui modifie singulièrement l'aspect et la nature de ces sucs médullaires, sous l'influence de plusieurs maladies chroniques. Les cavités spongieuses et médullaires des os sont, chez les gens en bonne santé, remplies d'un fluide graisseux fort

3^4 ^^ l'absorption.

abondant, que les macérations ne peuvent complètement altérer, et qui, transsudant ensuiteau travers des pores des os, rend la préparation de ceux-ci difficile ou même impossible. Par suite d'une maladie lente, cette graisse est absorbée, et n'est pas réparée; le fluide qui la remplace est gélatineux et cesse d'être gras : aussi les os peuvent-ils alors conserver en vieillissant l'aspect blanc et le toucher qu'ils offrent peu de temps après la macération. Il faut cependant noter que cette résorption estmoins prompte que celle de la graisse ordinaire : ainsi, dans le cas remarquable d'une abstinence de plus de cinquante jours que Granié a dernièrement présenté, on a trouvé le suc médullaire peu altéré, tandis que la graisse générale avait presque complètement disparu.

6°. L'humeur aqueuse des deux chambres de l'œil se reproduit avec une rapidité très-grande quand elle a été évacuée par une plaie faite à la cornée; on peut penser que dans l'état ordinaire cette sécrétion, quoique moins rapide , se fait encore avec assez d'énergie : il doit donc y avoir là une certaine absorption. Les autres humeurs de l'œil sont aussi sans doute soumises à une absorption continuelle.

'j". L'humeur de Cotugno, si elle existe, comprise dans les cavités closes de l'oreille interne, y est soumise aux phénomènes de l'absorption.

8°. Le pigmentum de la peau , celui des cheveux , de l'iris, de la choroïde, est un fluide en circulation, ou du moins qui est successivement déposé et repris

DE l'absorption. 3']5

dans les aréoles du corps muqueux. L'âge , les maladies ^ influent scnsiblennent sur celle absorption ; ce que l'on peut surtout constater sur le nègre, où la peau cesse d'offrir un noir luisant, éclatant, par l'une et l'autre cause.

Quant à la matière noire de la surface du poumon et des ganglions bronchiques, on ignore toutà-fait si, une fois déposée, elle est soumise aux lois de l'absorption.

/ 9°. Enfin , certains organes de nature gangliforme, mais sans conduit excréteur, et que Chaussier nommait ganglions glajidiformes ^ le corps thyroïde, le thymus, les capsules surrénales, et peut-être la rate , renferment à leur intérieur des cavités closes plus ou moins grandes, pleines d'un fluide souvent très-apparent, qui, sans aucun doute , y est le siège de sécrétions et d'absorptions continuelles.

Les absorptions qui se font à la surface des cavités non closes sont moins nombreuses que les précédentes; elles présentent toutes ce caractère général, qu'elles s'exercent sur des fluides plus ou moins excrémentiticîs,mais qui fournissent une partie qui est résorbée et reportée dans le torrent de la circulation. Cette classe comprend l'absorption d'une partie des liquides glandulaires, soit dans leurs canaux excréteurs, soit dans certains réservoirs, soit même à la surface des muqueuses des cavités dans lesquelles ils sont versés : ainsi l'urine, la bile, le lait, le sperme, etc., sont en partie résorbés soit dans les conduits excréteurs jsoil dans les réservoirsj

376 DE l'absorption.

tels que dans la vessie, la vésicule du tiel, les vésicules spernialiques, soit enfin à la surface muqueuse dans l'intestin , où les fluides muqueux folliculaires sont encore en partie absorbés.

XLI. Nous avons successivement examiné les absorptions des fluides venus du dehors, tels (jue le chyle, les boissons, l'air atmosphérique, puis les absorptions des fluides intérieurs, soit qu'ils fussent renfermés dans des cavités closes et entièrement récrémentitiels, soit qu'ils fussent contenus dans des cavités ouvertes à l'extérieur, et en partie récrémentitiels, en partie excrémentitiels : nous allons voir maintenant que les solides eux-mêmes sont soumis au travail de l'absorption. Le phénomène de la nutrition, quoique obscur dans son mécanisme , mais réel dans ses effets, résulte des deux actions opposées et en équilibre chez l'adulte, de la sécrétion et de l'absorption. C'est en faisant l'histoire de cette fonction de nutrition si intéressante, que nous rechercherons si les parties solides du corps restent intégralement les mêmes depuis la naissance j usqu'à la mort, ou si elles se renouvellent; et dans cette dernière hypothèse, nous rechercherons quelle est l'activité de cette rénovation; au bout de quel temps on peut considérer l'évolution complète de matière comme achevée, en sorte que le moi seul persiste au milieu de ces métamorphoses successives. Je me bornerai à reproduire plusieurs exemples qui mettent hors de doute l'existence de l'absorption des parties solides :

DE l'absorption. 877

1°. Depuis Runter, on a fréquemment répété la célèbre expérience qui consiste à faire prendre de la garance à des animaux, alimentation sous l'influence de laquelle les os rougissent. Si l'on suspend l'usage de la garance, les os perdent au bout d'un certain temps la couleur rouge qu'ils avaient acquise : il y a donc eu alors absorption de la partie solide avec laquelle la matière colorante s'était combinée.

2° . Les os des vieillards perdent une partie considérable de leur trame gélatineuse et calcaire; c'est à cette diminution de parties solides, bien plus qu'à la prédominance du phosphate calcaire, que sont dues les fractures plus faciles des os des vieillards. Examinez les canaux médullaires, lesaréoles du tissu spongieux, et vous trouverez le rapport des parois aux cavités infiniment plus petit chez les vieillards que chez les adultes et les adolescens : aussi, selon la remarque de Cooper, est-il excessivement rare de rencontrer des fractures du col du fémur avant un âge assez avancé.

3°. Enfin , l'on voit la partie solide de certains organes être peu à peu absorbée par les simples progrès de l'âge : ainsi disparaissent ou s'atrophient le thymus, les capsules surrénales, quelquefois aussi le corps thyroïde.

Il y a donc quatre classes d'absorptions normales : 1° l'intestinale, la pulmonaire et la cutanée, sur les objets venus du dehors; 2° celles dans les cavités closes^ sur les fluides récrémentitiels; 3° celles dans

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les cavités ouvertes à l'extérieur, sur des fluides récrémentitiels ou excrémentitiels; 4° celles sur les solides.

XLÏI. Ces quatre espèces d'absorption font partie du mouvement régulier de la nutrition et de la vie ; mais d'autres substances que celles énuméréesplus haut peuvent être absorbées, et ces substances peuvent être des médicamens, des poisons ou des parties insignifiantes. Nous allons examiner ces absorptions éventuelles, ensuivant l'ordre précédemment établi, ordre que nous empruntons à notrCsavant confrère M. Adelon.

1°. Dans le tube digestif. Nous avons déjà dit, en parlant des boissons, que celles-ci étaient prises avec les sels, les principes volatils ou les poisons qu'elles tenaient en dissolution; les gaz sont également absorbés avec facilité à la surface gastro-intestinalè. Chaussier a fait périr promplement des animaux dans le rectum desquels il injectait du gaz hydrogène sulfuré.

2°. Dans le poumon, il s'opère avec une grande facilité une absorption de gaz morbides ; d'où la cause d'une foule d'épidémies, de fièvres intermittentes. Je citerai, en passant, le fait de Boyle,qui pilait de l'ellébore pendant que plusieurs de ses amis étaient à le visiter; ceux-ci furent tous purgés par les émanations d'ellébore qu'ils absorbèrent par les voies de la respiration. Un fait semblable est arrivé h Sennert, en agissant sur de la coloquinte. Tout îe monde connaît l'absorption prompte de l'huile

DE l'absorption. 3jg

essentielle de térébenthine volatilisée, et l'odeur de violetteque cette substance communique auxurines. Enfin, je signalerai les expériences de Goliier et autres , qui prouvent que les liquides eux-mêmes peuvent être promptement absorbés à la surface du poumon ; car ce physiologiste a injecté des quantités considérables d'eau dans la trachée d'un cheval • et l'animal, d'abord incommodé, n'a pas tardé à reprendre son état ordinaire.

3°. Dans les cavités closes. L'absorption se fait ici avec beaucoup d'activité, ainsi que l'ont démontré des expériences nombreuses de M. Orfila. On a vu une plaie du foie suivie d'un épanchement de bile considérable, entraîner, il est vrai, une péritonite mortelle; mais la bile avait été résorbée. M. Orfila a constaté que la plupart des poisons aériformes ou liquides portés h la surface des séreuses, y étaient absorbés promptement et occasionnaient l'empoisonnement. L'air, dans le pncumato-thorax spontané ou accidentel et traumatique, est souvent repris dans la plèvre ; les liquides épanchés ou injectés dans le tissu cellulaire, y sont bientôt absorbés : de là la prompte disparition de certains emphysèmes, des ecchymoses, etc.

4°. A la surface des cavités muqueuses, l'absorption est des plus actives. Ainsi pénétre le virus vénérien ; ainsi certaines femmes ont-elles été empoisonnées mortellement par l'introduction de poisons portés à l'intérieur du vagin. Mais dans ces cavités muqueuses, les absorptions peuvent encore

38o DE l'absorption.

s'exercer sur les fluides excrément-récrémentiliels vicie's ou absorbes outre mesure. Dans des cas d'oblitération du canal cholédoque^ on a vu la résorption des élémens de la bile. Ainsi, dans une expérience faite par Simon de Metz, le canal cholédoque fut lié sur un oiseau, et bientôt l'on vit la bile soulever la membrane externe du foie, puis disparaître en partie, tandis qu'on retrouvait dans le cloaque un liquide fort analogue à la bile, et qui avait été séparé par les reins. On a, d'une autre part, publié l'observation d'une femme qui devint ictérique^ dont les urines étaient colorées par la bile, et qui à sa mort présenta le conduit cholédoque complètement oblitéré. La plupart des ictériques, dont tous les tissus sont colorés en jaune , doivent probablement cette coloration à la résorption d'une des parties constituantes de la bile. Quant à l'urine , des faits plus curieux encore, et que nous ferons connaître en traitant de la sécrétion urinaire, prouvent la possibilité de la résorption de ce liquide en grande quantité. Les liquides sortis de leurs couloirs sont encore bien mieux résorbés; c'est parla résorption que disparaissent les épanchemens de sang dans le cerveau , guérisons qui surprirent tellement ceux qui les observèrent pour la première fois, que Morgagni fut presque tenté de les révoquer en doute; tandis qu'aujourd'hui, depuisles travaux de MM. Piiobé, Rochon, Roslan,Lallemand,leurmécanisme est parfaitement connu. Les épanchemens sanguins traumaliques du crâne se résorbent encore avec une

DE l'absorption. 38 1

assez grande facilité, et c'est à cette puissante action que beaucoup de malades auxquels Desault avait refusé le secours du trépan , durent leur guérison. Enfin, on peut voir dans un article du Dictionnaire des Sciences médicales ^ fait par M. Rullier, des exemples assez nombreux de résorption de matières fécales et d'urines.

5°. Des parties solides peuvent, à lasuite dedispositions morbifîques , être résorbées en partie ou en totalité. Ainsi, le testicule est sujet à un engorgement qui en augmente prodigieusement le volume; puis, quand vient la résorption, celle-ci peut devenir tellement active, qu'elle ne s'arrête pas au volume normal du testicule , mais qu'elle le réduise à un petit tubercule. M. Marjolin a raconté l'histoire d'un jeune homme bien constitué qui vint le consulter à la suite d'une pareille absorption, pour savoir s'il était encore apte au mariage ; et à la place de testicules, M. Marjolin ne trouva plus que deux petits corps du volume d'une noisette. Il y a dans Cooper, Larrey, etc., beaucoup de faits semblables.

C'est par l'absorption des parties solides que la masse osseuse du cal se réduit au volume normal de l'os, que le canal médullaire, oblitéré au niveau des bords de la fracture, se creuse d'une nouvelle cavité centrale,, que les lambeaux flottans de la capsule cristalline disparaissent du centre de l'œil.

Toutesles absorptions dont nous venons de nous occuper s'exercent, ou sur des parties venues du

382 DE L* ABSORPTION

dehors, ou sur des parties appartenant à l'animal , et étant susceptibles de se reproduire à mesure qu'elles sont absorbées. Mais il est une dernière espèce d'absorption qui consiste en une destruction sans résidu ni réparation de parties : c'est V absorption ulcérative , de Hun ter, ainsi nommée parce qu'elle explique d'une manière satisfaisante les érosions spontanées du solide vivant d'où résulte l'ulcère (i). Sans elle, comment se rendre compte de la disparition totale du corps d'une ou de plusieurs vertèbres voisines d^unanévrisme? Qui n'a éié plusieurs fois témoin de ces destructions énormes qui ne laissent après ellesaucun débris, parce queles molécules, détachées par l'effet des battemens de la tumeur, ont été immédiatement absorbées et transportées dans le torrent de la circulation, qui les a poussées vers quelque énionctoire? Dans ces cas, cette destruction de parties ou ulcération survient spontanément; d'autres fois elle se développe pour pratiquer une voie, une issue aux corps étrangers, tels que le pus, les séquestres, les corps venus du dehors, etc., corps qui se portent du centre à la circonférence, de l'intérieur à l'extérieur; tantôt enfin cette inflammation ulcérative s'établit entre une partie qui se mortifie, soit molle, soit dure, et les parties qui l'environnent. Cette absorption creuse

(i) Nosographie et Thérapeutique chirurgicale ^ t. I, art. Ulcères atoniques.

ï)E l'absorption. 383

Un sillon qui finit par séparer entièrement l'escarre des tissus vivans.

Absorption sur des surfaces morbides et absorption des corys étrangères introduits dans nos tissus. Les surfaces des plaies et des ulcères sont susceptibles d'exercer la fonction d'absorption avec beaucoup d'activité. On croyait autrefois que cela dépendait de ce que le pus dissolvait les corps, et pour le démontrer^ on plongeait dans le centre de surfaces suppurantes, des substances de facile absorption, des morceaux de viande, par exemple, et l'on notait que ces morceaux, en contact avec le pus, avaient perdu une partie de leur poids. Le fait observé est bien vrai, mais l'explication est vicieuse; et cette absorption n'est autre chose que le résultat de l'action de la membrane qui suppure, sur le corps étranger, action qui résulte de la fonction absorbante de cette membrane.

Quant aux corps étrangers, leur résorption ne peut s'opérer s'ils ne sont préalablement dissous. Or, Chaussier a prétendu que, pour opérer cette dissolution, les parties voisines sécrétaient un liquide d'une nature dissolvante appropriée à la composition chimique du corps étranger.

WAll. Absorption qui s' effectue à la surface de la peau. Pour apprécier exactement la faculté absorbante de la peau ^ il faut tenir compte de la couche inorganique que l'épiderme forme à sa surface ; couche sans vaisseaux, et dont l'imbibition est, sinon impossible , du moins très-lente et très-difficile. C'est

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