‹ Nouveaux éléments complets de la science et de l'art du dentiste (volume 2)Chapitre 12 sur 31 · ÉRUPTION DES DENTS DE LA PREMIÈRE DENTITION · texte numérisé non relu

ÉRUPTION DES DENTS DE LA PREMIÈRE DENTITION

L’époque à laquelle paraissent les premières dents est généralement très variable. On cite, avons-nous dit, des exemples d’enfants qui avaient une ou plusieurs dents en naissant; il en est quelques autres aussi chez lesquels il se passe un an , deux ans même et beaucoup plus, avant qu’il en paraisse, sans toutefois que leur santé ait éprouvé la plus légère altération, comme le remarque fort bien Alphonse Leroy (lj. C’est ainsi que Vanswieten rapporte le cas d’une fille très saine et vigoureuse , dont la première dent ne perça qu’à dix-neuf mois (2) , et que Charles Rayger fait mention d’un autre enfant chez lequel les quatre canines ne parurent pour la première fois qu’à treize ans (3). On trouve aussi, dans l’ouvrage de Maury , un fait semblable, concernant une jeune fille de sept ans à laquelle les deux incisives inférieures manquaient encore. Nous avons nous-mêmes rencontré, dans le cours de notre pratique , plusieurs cas de dentition fort tardive.

Cependant on peut dire, en général, que les premières

(1) Traité de Médecine maternelle.

(2) Comment, in aphor. Tome TV.

(3) Collection académique, partie étrangère. Tome I.

(lents temporaires apparaissent du sixième au huitième mois de la naissance, rarement plus tôt , mais quelquefois plus tard. L’ordre dans lequel s’effectue leur sortie est semblable à celui qu’elles suivent pour leur développement, et se trouve assujetti aux mêmes variations.

Ainsi, du sixième au huitième mois, on voit sortir les incisives médianes inférieures, puis les supérieures ; un ou deux mois après , les incisives latérales se montrent dans le même ordre ; au douzième ou quatorzième mois , les premières petites molaires paraissent , quelquefois cependant ce sont les canines; enfin les secondes petites molaires complètent , vers l’âge de deux ans , deux ans et demi , l’appareil de la première dentition.

Mais , nous le répétons , l’éruption des dents n’a pas toujours lieu dans l’ordre que nous venons d’indiquer, et quiconque observera ce travail de la nature (phénomène aussi important que compliqué de l’organisme) , sur un certain nombre d’enfants, sera frappé des diversités qu’elle lui offrira. Voici d’ailleurs un tableau qui rappelle ses époques habituelles :

l)e 6 à 8 mois les U incisives moyennes ;

De 7 à 1 0 — les U incisives latérales ;

De 12 à 15 — les h petites molaires antérieures ;

De 15 à 20 — les h canines;

De 20 à 30 — les k petites molaires postérieures ;

Total. ... 20 dents temporaires.

Nous adoptons , comme on le voit , l’opinion de M . Serres qui admet, contre l’ordre établi par Sabatier, Bichat, Boyer et les plus célèbres anatomistes qui l’ont

précédé, que les canines ne paraissent que quelques mois après les petites molaires antérieures. Nous l’adoptons comme conséquence d’une loi d’organisation qui nous a toujours forcés de reconnaître qu’à toutes les époques de la dentition la canine est moins développée que la première petite molaire. Pour être justes , nous devons avouer que M. Serres n’a encore fait en cela que reproduire l’opinion du célèbre dentiste écossais Blake, dont nous avons déjà plusieurs fois invoqué l’autorité, et qui avait dit , précisément vingt ans avant lui : « Après avoir examiné les dents d’un grand nombre d’enfants nouvellement nés, j’ai reconnu que, dans l’une et l’autre mâchoire, les couronnes des incisives centrales étaient parfaites, que celles des incisives latérales et celles des

molaires antérieures étaient très avancées , et qu’enfin les canines et les molaires postérieures étaient encore éloignées de leur perfection. »

Pdake et M. Serres se sont contentés de noter le fait ; peut-être 1 auraient-ils expliqué en disant que l usage des dents canines étant de déchirer, et cet acte exigeant le concours des mains, la nature n’a pas jugé convenable de faire sortir ces dents avant que les membres pussent les seconder.

Lorsque la couronne de la dent a entièrement franchi 1 orifice des alvéoles , la gencive qui se continue par sa portion fibreuse avec l’enveloppe externe des racines , sous le nom de périoste alvéolo-dentaire , s’applique autoui du collet de la dent et 1 embrasse exactement. Les os maxillaires subissent en même temps des changements considérables; leurs alvéoles, qui étaient distendus par les couronnes des dents qu'ils contenaient, > a aissent maintenant et se moulent exactement sur les

racines; ce qui opère un changement complet dans la physionomie de l’enfant.

Les dents de lait continuent ensuite à croître; leurs racines creuses et courtes se remplissent , s’allongent , et il arrive une époque à laquelle, parvenues à leur terme, elles tombent et sont remplacées par d’autres. Mais, avant de parler de ce phénomène , examinons les organes qui, dans les mâchoires, leur sont apposés et que la nature a préparés pour les remplacer.

Nous avons dit plus haut, et les recherches anatomiques l’ont suffisamment démontré, qu’au terme de la gestation on découvre distinctement les follicules des incisives et même des canines secondaires. Ils sont

placés dans autant d’alvéoles, en arrière (mais plus profondément ) des capsules des dents temporaires correspondantes, desquelles ils ne sont séparés que par une cloison fibreuse, dont l’existence a été niée par Meckel à cause de sa grande ténuité. Mais , à mesure que les dents de lait prennent de l’accroissement, et surtout lorsqu elles ont franchi l’orifice de la gencive, entraînant dans leui mouvement progressif les procès alvéolaiies, elles s éloignent peu à peu des follicules qui semblent alors s’enfoncer; l’extrémité de leur capsule, qui tenait im-

médiatement à la gencive, s’allonge et forme autant de petits prolongements qui, bientôt enveloppés par les pro grès de l’ossification , se trouvent contenus chacun dans

un canal particulier.

Ce sont ces prolongements, déjà décrits par l' ail ope et Eustachi, constatés depuis par Albinus, Blake et Meckel , auxquels M. Serres a donné le nom de gubernacu lurn denlîs, voulant ainsi exprimer l’usage auquel on les

a cru destinés. Mais nous ferons observer que, s ils avaient celte destination, les secondes dents devraient toujours percer à l’endroit où ces canaux se terminent; or, cela est loin d être constant pour les incisives, s’observe très rarement pour les canines, et n’arrive presque jamais pour les molaires. Quelques auteurs regardent ces appendices tout simplement comme une sorte d’allongement des liens de continuité qui unissent les follicules des secondes dents aux gencives; et quant aux canaux osseux dans lesquels ils sont logés comme dans des étuis, ils seraient, suivant ces auteurs, le résultat nécessaire de l’ossification des pai ti es qu ils traversent. Au reste, ces prolongements , dont un examen attentil nous a permis de constater la cavité, sonten nombreégal à celui desfollicules desdents

secondaires qui, seules,, en sont pourvues.

Lorsque 1 enfant est arrivé a 1 âge de six à sept ans, les dents permanentes sont parvenues à leur développement presque complet. Les incisives médianes et

même les latérales ont déjà pris un peu d’accroissement du côté de leurs racines; la couronne des petites molaires et celle de la canine sont presque terminées. Chaque mâchoire con lient donc à cette époque vingt-

sicc dents, dix temporaires, dix de remplacement, et six

permanentes qui sont les six grosses molaires , dont la sortie, pour les quatre premières, a lieu ordinairement à sept ans, et précède toujours la chute et le remplacement de celles de lait. Toutes ces dents sont logées dans un certain nombre d’alvéoles assez distinctement partagés en trois compartiments, dont l’antérieur ou moyen .appartient aux dents de la double dentition , et les posténcurs aux permanentes qui ne succèdent à aucunes autres. La cloison marquant la limite de ces compar-

limants est celle qui sépare, de chaque côté, la première grosse molaire de la molaire de lait postérieure.

Les choses sont alors disposées de telle sorte que les dents permanentes, c’est à dire les grosses molaires, sont rangées sur la ligne même tracée par l’arc occupé par les temporaires dont elles continuent les courbes en arrière. Quant aux dents de remplacement, elles présentent les dispositions suivantes : les incisives et les canines sont placées en arrière des racines des temporaires correspondantes ; les bicuspides au dessous des molaires de lait à la mâchoire inférieure et au dessus à la supérieure. 11 résulte de cette disposition que la première et la deuxième grosse molaire, qui occupent à elles seules tout le compartiment externe ou mieux postérieur, s’y trouvent logées fort à l’aise, ainsi que les bicuspides auxquelles est réservée la partie de 1 intéiieur des mâchoires occupée par les molaires de lait.

Les incisives et les canines ont été, sous le rapport de remplacement, beaucoup moins heureusement partagées que les molaires; elles ont d abord un volume plus considérable que les temporaires auxquelles elles correspondent; ensuite, étant logées en arrière, elles occupent un arc de cercle plus petit, ce qui fait quelles sont pressées les unes contre les autres , de manière que les alvéoles des quatre incisives de remplacement tiennent autant d’espace que ceux des incisives et des canines de lait. Il résulte encore de cette disposition que les canines de remplacement, ne trouvant pas assez de place à côté de leurs incisives , sont profondément enfoncées en dehors de la mâchoire inférieure et même en avant de l'incisive latérale, tandis que les incisives supérieures occupent, loin du bord alvéolaire, un espace étroit qui

leur est réservé à la base de l’apophyse montante du maxillaire supérieur.

Enfin , lorsque les dents de remplacement ont acquis tout le développement nécessaire , ce qui arrive vers l’âge de sept ans environ, elles n’attendent que le moment pour franchir la barrière que leur oppose la gencive et se montrer au dehors. Mais avant que cette éruption puisse s’accomplir, il faut que les dents de lait leur fassent place. Or, c’est de cet acte que nous allons actuellement nous occuper.

S iv.

Page 1