‹ Nouveaux éléments complets de la science et de l'art du dentiste (volume 2)Chapitre 15 sur 31 · PHÉNOMÈNES SUBSÉQUENTS A I, AK RANGEMENT DES DENTS · texte numérisé non relu

PHÉNOMÈNES SUBSÉQUENTS A I, AK RANGEMENT DES DENTS

Lorsque les dents se sont montrées au dehors, leur couronne a déjà acquis son complet développement; mais il n’en est point ainsi des racines qui continuent à augmenter en longueur et en épaisseur. A mesure que leur allongement s’opère, leur canal diminue, et la cavité de la couronne disparaît lentement. Soumise à l’action des corps étrangers , la couronne ne tarde pas à en ressentir les effets; les dentelures dont nous avons vu armés les bords tranchants des incisives s’usent peu à peu, le sommet pointu des canines s’émousse, devient complètement obtus, et les tubercules des molaires sont comme rasés, c’est à dire diminuent de saillie, et disparaissent même tout-à-fait.

Pendant que tous ces changements ont lieu, la pulpe ne cessant pas de former de nouvelles couches d’ivoire, la cavité qui la renferme se rétrécit de plus en plus ; ses communications vasculaires et nerveuses s’affaiblissent, et quelquefois même le produit de sa sécrétion s’altère. Quand les dents sont parvenues à cet état que le sang ne pénètre plus dans leur cavité, et que les nerfs n’y transmettent plus leur influence, elles changent de couleur , deviennent de véritables corps étrangers, s’ébranlent, sortent des gencives et finissent par tomber.

Les procès alvéolaires ne subissent pas de changements notables tant que les dents ne les ont pas abandonnés; mais si une déliés vient à tomber par suite <1 une maladie ou d un accident quelconque, le vide (pi elle laisse diminue, se remplit bientôt et ne tarde pas,

au bout de quelques années , à disparaître entièrement. Une fois queles mâchoires sont complètement dégarnies, leur corps diminue considérablement de volume par le faitsurtout de l’affranchissement de leur bord alvéolaire, et rétrograde vers la forme circulaire qu’il avait dans le jeune âge; les trous sous-orbitaires et mentonniers se rapprochent de leur bord libre ; le sinus et la tubérosité maxillaire reviennent sur eux-mêmes ; les branches de la mâchoire inférieure se portent en arrière et reprennent aussi à peu près la même direction qu’elles avaient dans l’enfance (1); enfin des rides profondes, sillonnant prématurément la face, annoncent qu elle a perdu une partie de son diamètre vertical qui en faisait le principal et le plus beau caractère.

Tout ceci se passe suivant le vœu de la nature, qui a jugé que les deux dentitions, dont nous avons décrit les diverses phases, devaient suffire à chaque individu pour la durée ordinaire de sa vie. Il y a cependant des observations bien authentiques qui démontrent que, s écartant des règles tracées à notre destinée, les dents ont pu, dans quelques cas rares, se développer pour la troisième et même pour la quatrième fois.

Ces nouvelles dents , véritable jeu que se permet quelquefois la nature, comme pour nous laisser entrevoir sa force et l’immensité de ses ressources, peuvent paraître à toutes les époques de la vie, après le temps fixé pour

(1) C’est ce qui confirme la justesse de l’opinion que nous avons émise sur l’agrandissement des arcs maxillaires , et qui se résume en ces mots : les os maxillaires suivent, chez les enfants, la progression de tous les autres os, moins leurs bords alvéolaires qui restent immobiles entre les deux dentitions et ne s’agrandissent que sous l’influence de la sortie des dents permanentes.

la sortie de la dernière molaire. Leur éruption n’a jamais été envisagée, par les physiologistes et par les auteurs qui ont écrit sur la dentition, que sous le point de vue de la curiosité qu elle offre; mais elle mérite une plus sérieuse attention, puisqu’elle peut occasionner les accidents de la dentition ordinaire , accrus par la peine que ces nouvelles dents doivent avoir à traverser des gencives d’une dureté presque cartilagineuse.

C’est ainsi que Sennertus (1) rapporte l’observation d’une dame à laquelle il poussa, à soixante et quelques années, vingt dents nouvelles, dont l’éruption fut accompagnée d’accidents entièrement analogues à ceux qu éprouvent les enfants lors de la première ou de la seconde dentition. Joubert dit avoir été témoin d’un fait en tout semblable, observé sur une dame âgée de soixante et dix ans; et un auteur allemand, Ungebauer (2), déclare que trois fois aussi douze dents se reproduisirent sur un enfant de dix ans.

Si les exemples de renouvellement presque complet des dents se sont offerts si rarement que quelques auteurs ont cru pouvoir les nier, il n’en est point ainsi du lenouvellement partiel de quelques-unes. Ce dernier phénomène s’est présenté souvent et a été observé par des hommes assez véridiques, ou à des époques assez rapprochées de nous, pour qu’il ne puisse s’élever aucun doute sur sa possibilité. Eustachi, dont les travaux anatomiques attestent la sagacité et la précision, a vu des dents incisives , arrachées à un jeune homme de vingt ans, revenir la même année. Dufay , médecin du

(1) Dissert atio de Dentium dolore.

(2) De Denutione secundâ juniorum.

port de Lorient, a rencontré dans cette ville un homme de quatre-vingt-quatre ans que la nature dota à cet âge de deux incisives et de deux canines. Gehler(l), qui a fait, comme Ungebauer que nous venons de citer, un ouvrage sur la troisième dentition, donne l’exemple d’une canine qui, enlevée trois fois, fut trois fois renouvelée. Haller dit (2) avoir observé ce renouvellement, que Cardan (3) et Diemerbroeck ont remarqué sur eux-mêmes, le premier à quarante-trois et le second à quarante-six ans.

Mais les deux exemples les plus authentiques en ce genre ont été rapportés par M. Serres, qui les a observés à l’hôpital de la Pitié , l’un sur un homme de trente-cinq ans, dont les deux incisives centrales de la mâchoire inférieure tombèrent accidentellement et se renouvelèrent au bout de quelques mois ; l’autre, sur un vieillard de soixante-seize ans, qui, dans la convalescence d une fièvre bilieuse, ressentit à la mâchoire inférieure des douleurs lancinantes accompagnées de tuméfaction de la gencive et de la joue , qui se terminèrent par l’apparition d’une multicuspide au niveau de la place qu’avait occupée la deuxième grosse molaire du côté gauche. Chez ce vieillard, les bords alvéolaires n’étaient point affaissés comme chez les autres individus du même âge, la symphyse du menton n’était pas rejetée en avant, et l’angle de la mâchoire abaissé comme il aurait du l’être : d’où M. Serres inféra qu’il y avait d’autres germes renfermés dans les mâchoires, et que de nouvelles dents se présenteraient plus tard.

(1) De Dentitione tertià ; Lips. 1786.

(2) Ouvrage cité.

(3) Commentaires d’Hippocrate; section des aliments.

Celte réflexion de M. Serres peut donner lieu à la question suivante : y a-t-il dans les mâchoires plusieurs germes, ou bien les gencives contiennent-elles, dans quelques circonstances données, des organes capables de former et de produire de nouvelles dents? La première de ces opinions nous semble la plus vraisemblable; car il est plus simple, comme le dit fort bien l’auteur que nous venons de citer, d’admettre que certains individus peuvent naître avec des germes surnuméraires, comme on en voit qui naissent avec des doigts, des reins, des ovaires surnuméraires, que de supposer aux dents la faculté de se reproduire. Nous possédons plusieurs pièces d’anatomie pathologique qui nous portent à cette opinion, que confirment d’ailleurs les observations récentes de Lemaire et de M. Blandin. Le premier (1) a extrait une canine à laquelle en adhéraient très distinctement quatre autres qu’il fut aisé de détacher ; le second a trouvé, dans une mâchoire d’adulte, une dent nouvelle dont la couronne était à moitié formée. C’est assurément à de semblables germes que doit être attribuée la dentition chez les vieillards.

S vil.

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