U TARTRE ET DES MOYENS DE L’ENLEVER
En soumettant de bonne heure la bouche aux règles de propreté et aux différentes précautions hygiéniques
( t; Journal des Connaissances médico-chirur rjicales, Juillet 1 8 /'i 2 .
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que nous venons de développer avec un soin qui no pourrait paraître minutieux qu’aux dentistes qui n'en auraient pas assez médité l’importance , on place assurément les dents dans les conditions les plus favorables à leur conservation; mais , pour avoir toute leur efficacité , ces précautions doivent être régulières et surtout continues.
Pour peu, en effet, qu’on s’en abstienne, les dents perdent leur éclat et s’encroûtent d’une matière calcaire jaunâtre qu’on nomme tartre , enduit pierreux, qui, abandonné à lui-même , ne tarde guère à envelopper toute leur surface , à les ébranler en déchaussant les gencives qu’il repousse peu à peu, et même en s’introduisant jusque dans les alvéoles. Il forme souvent des amas considérables , dans lesquels les dents se trouvent comme enchâssées, et qui parfois semblent n’en former qu’une seule masse : d’où on s’est trop hâté de conclure que les exemples rapportés par les anciens , de dents soudées en une seule, ont été mal vus; assertion prématurée, comme plusieurs de celles que la présomption quelquefois trop prononcée de notre époque se hâte d’opposer à l’expérience de nos prédécesseurs, et que des faits récents , ainsi que nous en avons déjà cité un , démentent, puisqu’ils confirment la réalité de ces soudures naturelles congéniales.
L’histoire physiologique et la composition chimique du tartre ont longuement occupé tous les auteurs qui ont écrit sur notre art ou sur quelques-unes des sciences qui lui servent de fondement. Jusqu’à ces derniers temps on l’avait généralement cru tout simplement formé par un dépôt de la salive, dont les sels terreux se trouvent précipités par une force chimique, et déposés à mesure
sur les dents , où il s’attache par le mucus de la bouche. Mais M. Serres pense qu’il est sécrété par des glandes contenues dans l’épaisseur des gencives , et M. Delabarre (1) le regarde comme le résultat d’une exhalation maladive de la membrane muqueuse qui tapisse les gencives : deux opinions dans la manifestation desquelles le désir d’innover a eu plus départ, à notre avis, que la certitude d’avoir découvert la vérité; car, si on peut objecter à la première que les glandes en question, ou n’existent pas, ou n’existent que chez les enfants , qui pourtant sont peu sujets au tartre, on peut détruire la seconde en affirmant que le tartre encroûte les dents des gens bien portants aussi bien que malades. Il est donc prudent de nous en tenir à l’ancienne explication , bien qu elle ne dise pas pourquoi quelques personnes y sont plus sujettes que d’autres , quoique exposées aux mêmes causes.
L’analyse chimique du tartre vient à l’appui de cette explication; faite, le 31 décembre 1825, par le célèbre Vauquclin , assisté de M. Laugier , elle a prouvé qu’il est composé :
1° D’une matière animale différente de celle qui est dans les os ;
2° D’une matière organique ;
3° De phosphate et de carbonate de chaux ;
4° D’une matière brune ressemblant à de l’oxide de fer , et formée elle-même de fer et de phosphate de magnésie.
Ce qui se réduit chimiquement à la donnée suivante :
(1) Ouvrage cité.
Phosphate de chaux 65 parties.
Carbonate de chaux 9
Phosphate de magnésie et oxide de fer 3
Mucus
Eau 7
On sait , d’un autre côté, que ce le mucus de la salive (la seule partie qui doit véritablement former le tartre incinéré fournit beaucoup de phosphate calcaire et un peu de phosphate de magnésie (1). »
Berzélius , quelque temps avant , l’avait trouvé formé ainsi qu’il suit :
Phosphates terreux 79,0 parties.
Mucus non décomposé 12,5
Matière salivaire particulière 1,0
Matière animale soluble dans l’acide hy-
drochlorique 7,5
Mais la question la plus importante pour nous n’est ni celle qui a trait à son origine , ni celle qui se rapporte à sa composition chimique : ce qu’il nous importe surtout de savoir, c’est le mal qu’il fait aux dents autour desquelles il s’amasse, et à la partie des gencives qui leur correspond. Disons d’abord qu’il se forme principalement autour des six dents antérieures , plus à celles du bas qu’à celles du haut ; il se présente quelquefois seulement sous la forme d’un limon très abondant ; mais , le plus ordinairement, il forme un corps dur d’un gris noirâtre, ou une croûte épaisse , jaune, qui donne aux dents tout-à-fait l’aspect d'un objet qu’on aurait pétrifié
(1) ORFIPA. Eléments de chimie; tome 2, page h 9 5.
dans certaines sources d’eau minérale. Il est beaucoup plus abondant du côté de la bouche sur lequel une raison quelconque empêche de manger , et chez quelques personnes forcées de faire leur nourriture d'aliments faciles à mâcher. Les fumeurs y sont aussi très sujets. Nous en possédons des amas de grosseur et de forme vraiment extraordinaires.
L’effet inévitable du tartre est de soustraire la dent qu il recouvre à Faction de Lair , et dans certains cas de ramollir l’émail et de favoriser sa disparition. Quand il se trouve ainsi en contact avec la substance osseuse ellemême, il l’irrite, l’enflamme, et y détermine une carie dont les ravages sont d’autant plus rapides que la dénudation de l’ivoire est plus grande. S’insinuant bientôt entre le collet de la dent et sa gencive, il détruit les adhérences qui les unissaient, force la dent à devenir chancelante, et place les gencives dans un état maladif qui les conduit souvent à sécréter une humeur fétide.
Le tartre, une fois formé, ne se détruit jamais de lui-même. Dans le plus grand nombre des cas, il ne peut être enlevé qu’au moyen d’instruments d’acier contre lesquels un fatal préjugé entretient encore une prévention nuisible à bien des gens. Quelque simple et facile que soit l’opération ayant cet enlèvement pour but, elle demande néanmoins encore de l’adresse et certaines précautions auxquelles initie principalement l’habitude, qu’on peut cependant réduire en principes, ainsi que nous allons le faire, mais le plus brièvement possible.
Le premier soin que doit avoir le dentiste dans cette circonstance, de même que dans toutes celles où il est obligé d’opérer , c’est de ne commencer qu’après avoir
disposé tous los instruments et les objets accessoires dont il peut avoir besoin , tels que les brosses, les serviettes , l'eau tiède et froide, un flacon d’élixir. Les instruments nécessaires dans cette circonstance présentent tous la forme de grattoirs, de burins , de crochets ; ils doivent être d’une extrême propreté , fabriqués en acier fin très poli , enfin bien tranchants et solidement fixés sur leur manche, de manière à ne pas être montés et démontés dans le cours de l’opération, ce qui ferait perdre du temps et fatiguerait la personne sur laquelle on doit opérer.
Le siège sur lequel cette personne doit se placer a besoin, comme pour toutes les opérations qui sont de notre ministère, d’être d’un poids qui l’empêche de chanceler , d’avoir une base qui le rende solide , et une forme telle que les bras aient un appui commode, et que la tête , reposant sur un plan doux légèrement incliné en arrière, se présente d’elle-même à la lumière devant laquelle il doit être placé. Avant de commencer , le dentiste , suivant une habitude dont la bienséance lui fait une loi , ici comme dans tous les autres cas , doit se laver les mains, afin de n’inspirer aucun dégoût quand il portera ses doigts dans la bouche. Ceci fait assez promptement pour. ne pas donner à ce soin simple par lui-mêrne l’aspect d’une affaire importante, il dispose, sur le dossier du siège, une serviette destinée à essuyer ses instruments.
Occupant la droite de la personne, mais derrière elle, et lui ayant fait pencher la tête sur le dossier du fauteuil , il passe le bras gauche autour de sa tête, prend un grattoir , et commence par opérer sur les incisives du bas. La lèvre inférieure étant abaissée au moyen du pouce de
la main gauche , et formant un appui au doigt annulaire delà main droite, il fait glisser l’angle du tranchant de son instrument au dessous du tartre, en le cassant par fragments , mais en agissant de bas en haut , afin d’éviter la lésion des gencives, jusqu’à ce que tout soit parfaitement enlevé. La partie antérieure étant ainsi nettoyée, il se sert d’une lame mince, flexible, mousse à son extrémité , et la fait pénétrer dans les interstices dentaires en agissant comme avec un cure-dent; il repousse ainsi en dedans le tartre qui s’y trouvait logé et qui , par son accumulation , agissait comme un coin.
L’opérateur procède ensuite à la face interne, et pour cela il fait pencher la tête en avant, la lèvre inférieure étant toujours abaissée par le pouce de la main gauche, mais l’annulaire de la main droite s’appuyant sur la couronne des incisives et des canines ; puis il fait éclater le tartre en le soulevant et le tirant toujours de bas en haut, soit avec un crochet, soit avec une rugine coudée à facettes minces, à angles aigus et à bords tranchants. Remarquons aussi que , comme il est assez difficile de bien voir le tartre occupant le lieu dont il est question , il est très souvent nécessaire d’avoir recours pour cela, au petit miroir ovale dont nos trousses sont obligatoirement garnies, et qui sert encore en même temps à éclairer les parties et à repousser la langue.
Pour opérer sur les dents de la mâchoire supérieure, le dentiste , ayant toujours le bras gauche autour de la tête de la personne , avec l’index de la main gauche relève la lèvre supérieure, le pouce delà droite s’appuyant sur le tranchant de la dent voisine de celle qui doit être nettoyée; et, le pouce et l’index tenant un grattoir aigu,
tranchant près de son extrémité , il soulève, brise et dé-
tache le tartre de la dent en lui faisant suivre le contour de la gencive. Le grattoir convient pour les huit ou dix dents antérieures; mais, pour les grosses molaires, le déchaussoir et la rugine sont préférables. Quant à la face interne des dents de la mâchoire supérieure, elle doit être visitée, mais elle est rarement recouverte de tartre; les mouvements continuels de la langue le détachent ordinairement à mesure qu’il se forme. S’il en existait, la rugine coudée ou le crochet seraient les plus convenables pour son enlèvement. Quant aux cavités des dents cariées, qui pourraient contenir du tartre , et que l’on ne voudrait pas faire plomber y on peut, on doit même quelquefois le respecter, surtout s’il s’y trouvait amassé en quantité assez grande et sous une forme assez solide pour les oblitérer complètement.
Il est presque inutile de dire que, dans le cours de l’opération , on doit engager de temps à autre la personne à se rincer la bouche , non seulement pour faciliter l’expulsion des parcelles de tartrequi auraient été détachées, mais encore pour qu’elle se repose d’une position qui est toujours fatigante. Nous nous abstiendrions d’ajouter que l’usage de la brosse est un complément obligatoire de l’enlèvement du tartre , s’il n’était pas utile de hure observer que le dentiste doit avoir à sa disposition des brosses de plusieurs formes : droites pour nettoyer les dents en dehors , coudées pour agir sur leur face interne.
Lorsque les dents sont abondamment chargées de tartre, il est quelquefois convenable de ne pas les nettoyer complètement dans une seule séance , et cela
surtout pendant les saisons froides ; car les dents , privées tout-à-coup de cette espèce d’enveloppe calcaire, acquièrent une sensibilité qui , chez les personnes nerveuses, peut être fort pénible. Quand il n’y a pas urgence , un dentiste prudent fait bien en conseillant à ses clients de choisir, pour cette petite opération , un moment où les transitions atmosphériques sont moins à redouter. En ne prenant pas cette précaution et une loule d’autres que le simple bon sens indique, mais dont le détail serait fastidieux , on autorise quelquefois les personnes qui font nettoyer leur bouche à accuser l ’emploi de nos instruments de certaines douleurs auxquelles ils sont tout-à-fait étrangers.
Enfin, pour terminer tout ce qui concerne l’entretien journalier de la bouche et le nettoiement des dents, nous devons faire observer que, malgré tous les soins qu on peut apporter à cet égard, il arrive très souvent qu’elles conservent une teinte jaunâtre qui peut leur être naturelle. On conçoit que, dans cette circonstance , on agirait avec imprudence en cherchant par les instruments , ou par tout autre moyen , à leur donner de 1 éclat et de la blancheur, parce que non seulement dans la plupart des cas on n’y réussirait pas; mais parce que, si on y parvenait, ce serait à coup sur aux dépens de 1 émail , qu il est toujours important de conserver intact. N oublions pas d’ailleurs qu’en général cette teinte jaunâtre est un des résultats des progrès de l’âge, résultat contre lequel tous nos efforts seraient superflus