partie corrigée
Quant aux dents véritablement surnuméraires, elles se montrent le plus ordinairement à la mâchoire supérieure. Presque toutes celles que nous avons ren-
contrées étaient situées en arrière, soit entre les incisives, soit entre la canine et la première petite molaire ; on en trouve aussi quelquefois en dessus ou sur les côtés d'une des grosses molaires et dans la fosse palatine, même sur le voile du palais (1). Ces dents sont généralement beaucoup plus petites que les dents régulières auxquelles elles correspondent ; leur forme est d’ailleurs rarement bien arrêtée, et, quelque soit leur siège, elles ressemblent toujours plus, tant par leur couronne que par leur racine, à des canines qu’à toutes autres, ou pour mieux dire elles paraissent, pour la plupart, frappées d’un arrêt de développement.
Si les dents qui ne sont qu’irrégulièremcnt implantées demandent dans la plupart des cas à être extraites, il doit en général , à plus forte raison , en être de même des surnuméraires. Leur évulsion exige aussi de très grandes précautions; car si elles sont placées immédiatement derrière ou devant la rangée dentaire, on peut, en les enlevant, porter atteinte en quelque point à la solidité de cette dernière; et si elles sont situées dans un lien éloigné de celte rangée , on est exposé ou à les voir échapper à l’instrument par la difficulté qu’on aura de les saisir, ou à produire, en les extrayant, de grands désordres dans les parties au mi-
(1) Il est bien entendu que nous ne parlons ici que des dents surnuméraires apparaissant dans le voisinage des autres dents. Celles qui se montrent quelquefois dans les parties éloignées appartiennent le plus fréquemment à des débris de fœtus dont une erreur fie lieu ou une fusion de germes ont empêché le développement. Si elles n ont point été absorbées comme les autres os, c’est qu’elles sont recouvertes d une couche inorganique qui leur donne beaucoup plus de dureté; leur histoire appartenant à la physiologie et à l’anatomie pathologique générales , nous n’avons point à nous en occuper.
lieu desquelles elles se sont développées. Si elles sont implantées a la voûte palatine , on fait très bien de s’en tenir à l’excision pure et simple de leur partie saillante, et mieux encore de les respecter; ainsi que le prouve le fait suivant pris parmi plusieurs autres. Il nous a été envoyé de Montpellier en 1832, par le célèbre Delpech , un jeune homme portant à la voûte palatine une large ouverture occasionnée par l’extraction inconsidérée d une dent de cette espèce. Cette ouverture communiquait avec les fosses nasales par suite de la Iracture en éclats des os palatins et maxillaires , et nécessita l’emploi d’un obturateur dont l’application fut très difficile.
Vices de conformation provenant des mâchoires.
Indépendamment des vices ou irrégularités de la denture qui proviennent des dents elles-mêmes et dont nous venons de nous occuper , il en existe d’autres , nous l’avons déjà dit, provenant de la mauvaise conformation soit des os maxillaires en totalité, soit seulement des rapports défectueux que peuvent présenter les deux arcades alvéolaires. Ces vices, qui tantôt se montrent isolément sur une seule mâchoire , qui tantôt, au contraire , se compliquent eq les affectant toutes deux soit dans le même sens , soit dans un sens opposé , se réduisent à trois genres principaux qui sont , suivant M. Marjolin (1), d’accord en cela avec tous les auteurs qui ont écrit sur le même sujet, la proéminence, la rétrdilion et Y inversion.
(1) Dictionnaire de médecine , tome VI, article DENT.
La proéminence consiste dans une déviation en avant de toute la rangée dentaire; elle résulte de l'action de toutes les causes qui, ayant mis obstacle au libre développement des mâchoires dans le sens de leur diamètre transversal, ont, au contraire, favorisé leur accroissement en avant. Maury, en avançant que ce vice de conformation dépend presque toujours de ce que les mâchoires sont trop étroites pour contenir d’une manière convenable les dents , confond évidemment la proéminence avec 1 obliquité frappant sur toute la partie antérieure d’une rangée dentaire; etM. Lefoulon , en le faisant dépendre de la fâcheuse habitude qu’on laisse prendre aux enfants
de porter sans cesse les mains à la bouche, commet une erreur qui ne mérite pas une sérieuse réfutation. Mais, quoi qu'il en soit des causes de cette difformité , quand elle existe en haut et en bas , elle imprime à la bouche l’aspect d’une mâchoire d’animal ; existe-t-elle à la mâ-
choire supérieure seule , elle donne quelque chose de la physionomie du lièvre , et si elle affecte la mâchoire inférieure seule, elle constitue une variété du menton de galoche. Cette dernière conformation est assez commune, sans qu’on puisse trop dire pourquoi , chez quelques peuples du Nord dont le langage se compose de sons gutturaux. L’une et l’autre, de même que toutes les dispositions organiques , se transmettent aisément par voie d’ hérédité.
La proéminence se combat par les moyens mêmes qui ont été décrits à l’occasion de l’obliquité antérieure. Mais comme on a ordinairement les quatre incisives à faire rentrer, on est presque toujours obligé de sacrifier les deux premières petites molaires; sans quoi on n’aurait jamais la place convenable. Ce sacri-
lice étant (ait, toutefois aprèsmûres réilexions, on applique à la face internedu bordalvéolo-dentaire le bandeau métallique, eton se sert du point d’appui qu’il offre pour faire rentrer les dents antérieures au moyen de lils. On a beaucoup blâmé , dans ces derniers temps, l’évulsion d’une ou de plusieurs dents, comme moyen de procurer à celles qu’on veut faire rentrer laplace qui leur devient indispensable, et on a prétendu par exemple, dans le cas qui nous occupe, qu’on pourrait obtenir cet espace en agissant par répulsion sur les petites molaires , au moyen d’un système de ressort placé en dedans de la bouche. Malgré les exemples de succès qu’on cite à cet égard ,
nous doutons fort que cette idée soit à un autre état qu’à celui de pure théorie.
La rétroïtion est le vice de conformation directement opposé au précédent. Quand elle affecte les deux mâchoires, elle donne à la figure une forme carrée et aplatie fort désagréable. Quand elle ne réside que dans l’inférieure , ce qui constitue le menton de vieillard , les incisives centrales du bas, qui sont les plus saillantes de toutes , vont chaque fois que l’on ferme la bouche , frapper sur la table interne de celle du haut, qu elles usent ou ébranlent inévitablement. Elle est d’ailleurs combattue par les mêmes moyens que la proéminence, mais employés en sens inverse.
L inversion est une disposition vicieuse qui existe lorsque les mâchoires étant d’ailleurs assez largement développées , l’inférieure a acquis un accroissement considérable en avant, au point de croiser la supérieure en passant devant elle : c’est ce qu’on nomme
vulgairement menton de galoche. Cette disposition a pour résultat habituel que la table antérieure des dents du haut s’use très vite, au point que la cavité interne est quelquefois mise à nu , et que le bord tranchant, venant presser en bas sur la partie interne des gencives, celles-ci se fatiguent, s’irritent et s’ulcèrent. 11 y a donc, entre l’inversion proprement dite et la proéminence affectant la mâchoire inférieure seule, cette différence que, dans la première, il y a développement outré mais général , du maxillaire inférieur , et , dans la seconde, saillie de cet os par une sorte d’aplatissement de ses côtés.
On doit à un dentiste de notre époque, M. Catalan , un moyen qui, employé à propos, réussit assez généralement a corriger cette difformité. Connu dans la chirurgie dentaire sous le nom de plan incliné , ce moyen n est autre chose qu'une espèce d’enveloppe métallique qu on applique sur les six dents antérieures du bas qu’elle dépasse en haut de quelques lignes, et qui est inclinée en dedans de manière à faire porter à faux celles qui lui correspondent supérieurement , et à presser sur elles d arrière en avant, lors du rapprochement des mâchoires , pour les obliger à passer devant les inférieures ; de telle sorte que, tel qu’on l’emploie en général, le plan incliné a moins pour but de faire rentrer les dents inférieures que de faire ressortir les supérieures. Pour qu’il n’en fût pas ainsi, il faudrait que les premières eussent de la place pour rentrer, ce qui ne peut avoir lieu que par la perte d une molaire de chaque côté.
On fait les plans inclinés en or, en platine, li faut qu’ils emboîtent avec une grande précision les dents sur lesquelles on les applique, afin de n’éprouver, pendant
le mouvement des mâchoires, des joues et de la langue , ni vacillation , ni déplacement. Leur saillie doit être calculée de manière qu’ils permettent aux arcades dentaires un rapprochement suffisant pour la parole et l’occlusion de la bouche, et qu’ils n’exercent d’abord qu’une pression médiocre sur les dents déviées, ou du moins sur celles qu’ils doivent faire changer de direction. On augmente leur action pendant la nuit, en passant sur la têle de la personne un mouchoir qu’elle noue sous le menton.
M. Delabarre reconnut avec raison que le plan incliné, tel que l’employait son inventeur, avait le désavantage , en embrassant exactement les dents sur lesquelles il était appliqué, puisqu’il en emboîtait ordinairement plusieurs, quelquefois même toute la rangée inférieure , de favoriser le séjour des humeurs buccales et des débris de substances alimentaires, et, par suite, d’exposer l’émail à une sorte de ramollissement capable d’occasionner la carie. Aussi en a-t-il simplifié et perfectionné la construction. 11 l’a composé de deux tiges métalliques exactement moulées en avant et en arrière , sur toutes les anfractuosités de la denture, et réunies, à leurs deux extrémités , par une sorte de bracelets semblables à ceux que nous avons décrits comme moyen d’assujettir les plaques ou bandeaux redresseurs, et embrassant les grosses molaires. Sur la tige antérieure est soudée une lame d’or ou de platine se recourbant obliquement d’avant en arrière et de bas en haut , au niveau du bord libre des dents au devant desquelles elle est située, pour former ainsi une espèce de chaperon sur lequel les supérieures viennent faire effort et tendent sans cesse à glisser pour se porter en dehors. Cette mo-
dilica tion est sans contredit un véritable perfectionnement. Nous avons eu plusieurs fois occasion d’employer des appareils simplifiés d’après cette idée , et nous n’avons eu qu’à nous en applaudir, parce que nous y avons rencontré cette condition, si importante, d’une puissance que l’élasticité du corps qui la constitue rend continue et régulièrement progressive.
Quelque ingénieux toutefois et efficace que soit le système du plan incliné, plusieurs dentistes, et nous sommes de ce nombre , pensant , comme nous avons déjà eu l’occasion de le dire, qu’il est pour le moins aussi facile, et partant aussi rationnel dans l’espèce, de chercher à faire rentrer en dedans du cercle alvéolaire les dents inférieures que de repousser les supérieures en dehors de ce cercle , donnent le conseil de se conduire dans Y inversion suivant les règles du traitement applicables à la proéminence. Pour cela , au moyen de fils , de crochets même , ou mieux des bandeaux métalliques, ils attirent convenablement en dedans les quatre et même les six dents inférieures, de manière à les placer dans un véritable état de rétroïtion. Mais ce que nous avons aussi dit, c est qu’il faut par malheur avant tout, comme 1 a vu Maury , extraire les deux premières petites molaires, pour obtenir la place dont on a besoin dans ce cas.
Ainsi qu on le voit , le plan incliné, imaginé d’abord pour remédier à un vice de conformation qui porte sur toute la série des dents antérieures , peut néanmoins être 1res avantageusement utilisé pour ramener une ou plusieurs dents obliques.
Tels sont , en définitive , les divers moyens que l’art
emploie aujourd’hui pour corriger les principales dispositions vicieuses du système dentaire. Ils son l, en général, assez simples pour que leur action soit aisée à saisir et facile a modifier suivant les cas imprévus qui peuvent se présenter ; mais il ne faut pas se dissimuler non plus qu’en passant de la théorie à la pratique , on rencontre des difficultés qui ne disparaissent que devant une longue habitude. Ces moyens n’ont pas d’ailleurs toujours un résultat aussi complet qu’on pourrait le désirer, et que le prétendent quelques auteurs modernes. Nous avons même vu bien des cas non seulement dans lesquels le succès n’était que momentané, mais encore où les tentatives de redressement n’avaient été faites qu 9 au préjudice de la solidité des dents qui avaient supporté l’action de la puissance , ou de celles qui avaient servi de pointd’appui.
Aussi, dans les cas douteux, la prudence et l’intérêt de la profession doivent-ils faire un devoir d’être sobre de promesses. Nous ferons d’ailleurs observer qu’il est urgentde cesser toutes les tentatives aussitôt qu’on s aper-, çoit d’un commencement de suppuration ; sans quoi on verrait bientôt les dents être chassées de leurs alvéoles par le travail inflammatoire de la membrane alvéolodentaire; le remède serait alors pire que le mal auquel on aurait voulu remédier.