‹ Nouveaux éléments complets de la science et de l'art du dentiste (volume 2)Chapitre 26 sur 31 · ALTÉRATIONS VITALES OU PATHOLOGIQUES · texte numérisé non relu

ALTÉRATIONS VITALES OU PATHOLOGIQUES

Lésions des follicules.

Pour tout praticien attentif à remonter à l’origine première des maladies, il est manifeste qu’un assez grand nombre de celles qui affectent les dents ne reconnaissent d’autres causes que des troubles auxquels leurs follicules ont été exposés. Cette circonstance a dû nécessairement échapper longtemps; car, pour la mettre hors de doute, il fallait deux choses qui se rencontrent rarement : ou que les alvéoles fussent ouverts quand ils ne contenaient encore que les follicules dentaires , ou que plus tard, lorsqu’il est possible de pénétrer le scalpel à la main dans l'intérieur des gencives, on y rencontrât les follicules qui précisément à cette époque ont disparu.

M. Oudet croit être un des dentistes qui se sont les premiers occupés de ce sujet important; car, dans un mémoire relatif à cette question, il donne comme chose nouvelle que , dans plusieurs cas où la couronne de la dent, encore retenue dans son follicule, offrait des signes d’atrophie, il a rencontré plusieurs points de la

membrane interne beaucoup plus rouges que dans l’état normal. Nous avons constaté le même fait depuis longues années et dans plusieurs circonstances : de là est venue pour nous cette opinion, que nous venons d’émettre comme maxime fondamentale, qu’un grand nombre d’al térations auxquelles les dents sont sujettes dépendent d'une inflammation dont a été anciennement frappée la membrane interne des follicules.

Une circonstance qui vient encore fortifier cette opinion, c’est que nous avons plusieurs fois rencontré des follicules dont les cavités contenaient une matière purulente jaune et épaisse , qui ne pouvait être que le résultat d’un travail inflammatoire, dont les effets ont du inévitablement se faire ressentir au germe meme, quelle que soit la théorie que l’on adopte pour expliquer la formation de ce germe.

il est même possible , en analysant avec soin les écrits de plusieurs auteurs anciens, Jourdain (1) et Bourdet (2) , par exemple, d’y retrouver des traces , sinon de l’opinion formelle que certaines altérations des dents ont primitivement existé dans les follicules, du moins d’une opinion à peu près analogue; car ils reconnaissent que plusieurs altérations de 1* émail dépendent des qualités vicieuses du fluide exhalé par la membrane interne. Jourdain cite, à cet effet, plusieurs observations faites sur des individus qui avaient succombé , soit à des fièvres putrides, soit à des affections varioliques et scorbutiques, et chez lesquels il a pu

(1) Traite des maladies et des operations réellement chirurgicales de la bouche 3 2 vol. in-8% 1756.

(2) lieclici ches et. Observations sur toutes les parties de l art du dentiste , 2 vol. in-12, 1756.

constater des changements très remarquables dans le fluide des follicules.

Comme on le voit, pour ne pas être tout-à-fait concluantes dans l’espèce , ces observations n’en sont pas moins très importantes. Quand on réfléchit, en effet, à la corrélation manifeste qui existe entre plusieurs altérations des dents et les maladies diverses qui ont pu avoir une influence fâcheuse sur le développement de ces follicules, on ne peut pas se refuser à croire que les différentes sécrétions qui ont lieu dans l’intérieur de ceux-ci , et qui président à la formation des dents , n’aient une puissante influence sur la manière dont ces ostéides seront organisés. La même dépendance dans laquelle se trouvent les autres fluides de l’organisme par rapport à leurs organes sécréteurs, se retrouve entre la dent et son follicule; de telle sorte que la moindre cause qui trouble les fonctions du dernier doit nécessairement se reproduire sur la configuration de la première. C’est une loi générale à laquelle les dents ne sauraient faire exception.

Ajoutons à cela que les dents une fois formées, et privées, en toutou en grande partie, d’éléments vasculaires, ne sauraient être elles-mêmes le siège que d’un faible travail nutritif, et par suite pathologique ; on sentira dès lors toute l’importance qu’ont dû avoir les organes qui ont contribué directement ou qui ont présidé seulement à leur formation , et qui constituaient les liens naturels par lesquels elles étaient tenues dans la dépendance de l'organisme dont elles ont pu recevoir toutes les influences nuisibles. Aussi , la mauvaise santé des parents, les maladies qui atteignent la mère pendant la grossesse ou l’allaitement, toutes les maladies auxquelles est sujet

Je fœtus ou l’enfant pendant la première et la seconde dentitions, n’atteignent elles les dents qu’en agissant sur leurs follicules.

Comme toutes ces maladies peuvent avoir un degré différent de durée et d’intensité, comme elles peuvent attaquer séparément ou à la fois les deux organes sécréteurs qui entrent dans la composition du follicule, les effets morbides qui en résultent doivent en conséquence varier. Ainsi, souvent, sans présenter aucune altération sensible , la texture des dents sera extrêmement délicate et faible, disposition qui est la principale cause d’une destruction prématurée. Une autre fois , on remarquera des lésions plus ou moins profondes sur la surface de 1 émail, lésions qui remontent à l’époque de la formation des dents, et dénotent que la membrane interne des follicules a dû être malade dans quelques points de son étendue; enfin, dans beaucoup de cas, l ivoire sera le siège de plusieurs altérations qui dépendent très évidemment de troubles auxquels les fonctions de la pulpe auront été exposées.

Cette vérité une fois bien établie comme indication fondamentale, examinons successivement les diverses maladies des dents, en suivant, pour leur description,

1 ordre éminemment méthodique que nous avons précédemment adopté.

Vices congéniaux de l* email.

Érosion ou atrophie. Si nous étions toujours obligés, pour nous faire une idée exacte des choses , de rechercher le véritable sens des mots chargés de nous les désign< i , on ne déviait assurément entendre par érosion

(ju ane altération des dents provenant de l’action d’un agent rongeur, comme un ulcère , un acide , une lime grossière, et par celui à’ atrophie , leur défaut de développement, comme nous l’avons dit à la page 192; mais les dentistes, pour la plupart assez mauvais étymologis tes , ont communément décrit sous ces deux noms , une altération des dents qui dépend d’nn vice dans la sécrétion de l’émail.

Cette affection est toujours congéniale , c’est à dire quelle ne tient nullement à une altération consécutive de la couronne après sa formation, mais est le résultat constant d’un défaut de sécrétion de la membrane interne du follicule, à une époque peu avancée de la vie. Il semblerait qu’alors la nature n’eût pas eu assez de force pour opérer une sécrétion convenable de l’émail , et quelle eût été arrêtée dans ce travail par des causes qu’il est difficile d’apprécier. Les formes sous lesquelles se présente cette altération sont très variées ; on peut cependant les réduire à trois principales.

La première variété de l’atrophie de 1 émail n atteint que la superficie de cette enveloppe corticale. Elle consiste dans des taches d’un blanc de lait ou d un jaune plus ou moins foncé, quelquefois noires. Ces taches, le plus souvent irrégulières , n’altèrent point le poli de l’émail; elles restent stationnaires, mais rien ne peut les faire disparaître.

La deuxième variété, la plus commune, offre de petits enfoncements inégaux, rapprochés, semblables à des piqûres parsemees ça et la irregulieiemenl, et en nombi e variable, sur les divers points de la surface libre des dents. Ordinairement très petits, superficiels, ces enfoncements forment une surface raboteuse qui est une

véritable érosion . Ils ont souvent une assez grande étendue et présentent des facettes ; ou bien ce sont des sillons ou des dépressions circulaires en forme de gouttières , qui parcourent tout le contour de la couronne; ou enfin des sinuosités transversales unies ou séparées par des lignes saillantes.

Quant à la troisième variété d atrophie, elle diffère entièrement des précédentes, en ce quelle affecte toute la substance dentaire, mais spécialement 1 email. Dans un langage rigoureux, elle mériterait seule le nom d’atrophie ; car c’est une espèce de mortification, une sorte de nécrose. Dans cette variété, il y a une déperdition de substance plus ou moins grande qui occupe le plus communément le centre de la face externe de la couronne des dents antérieures ou la surface triturante des grosses molaires. Souvent alors l’extrémité libre des dents est presque tout-à-fait privée d’émail jusqu’à une certaine hauteur, comme si on l’eût plongée dans une liqueur corrosive. Les incisives offrent des dentelures profondes et irrégulières, les canines sont très effilées. La dent malade se ressent toute entière d’un arrêt de développement; quelquefois elle est complètement privée d’une de ses parties constituantes; tantôt sa couronne est réduite aux deux tiers de son volume, tantôt elle offre une dépression circulaire, et même une véritable cavité. Nous avons aussi remarqué que les racines des dents ainsi défigurées offraient également des sinuosités, des lignes saillantes, circulaires, et quelles étaient noueuses et très courtes.

L atrophie est idiopathique ou symptomatique. On rencontre la première chez des sujets d’une excellente santé qui n’ont jamais été malades. Elle dépend évD

deinment de causes locales qui ont pu troubler les fonctions de la membrane du follicule. La seconde est commune chez les individus d’une mauvaise santé, d’une constitution lymphatique et scrofuleuse. La variole , la scarlatine, la rougeole, les diverses phlegmasies gastro-intestinales paraissent avoir une puissante influence sur son développement. Aussi , tandis que l’atrophie idiopathique n’atteint qu’un petit nombre de dents et ne se voit que sur quelques uns de leurs points, la symptomatique attaque ordinairement la plupart des dents et s’annonce par de plus grands désordres.

Comme les différentes altérations que nous venons de décrire peuvent avoir une intensité et une durée très variables, la profondeur, l’étendue et le nombre des lignes tracées par l’atrophie doivent aussi varier. Elles n occupent pas non plus, quand plusieurs dents sont affectées, la même place sur la couronne: elles peuvent occuper le bord tranchant des secondes incisives et la surface triturante des premières molaires; et ainsi de suite. Ces différences tiennent évidemment à 1 ordre de succession que suit la formation des dents , et peuvent même servir à établir , d une manière assez précise , 1 époque à laquelle le sujet a du etre atteint de quelque maladie grave. Si, par exemple, les incisives sont seules affectées, on est autorisé à présumer que la personne a été malade vers un an à deux ; si ce sont, au contraiie, les petites molaires ou les deuxièmes molaires permanentes, la maladie pourra avoir sévi à quatre ou cinq ans, époque à laquelle les quatre et même souvent les six dents antérieures permanentes ont déjà leur couronne tout-à-fait émaillée.

Ou a depuis longtemps observé que les dents de lait

sont beaucoup moins exposées à être atteintes d'atrophie que les permanentes ; mais lorsqu'elles en sont affectées, il y en a toujours un assez grand nombre dont le développement se trouve arrêté. Quant aux permanentes, celles qui portent le plus souvent les traces de cette altération , sont les incisives et les premières grosses molaires; les secondes grosses molaires et les petites du même nom , ou bicuspides, ne viennent qu’après sous ce rapport.

Nous n avons jusqu’à présent parlé de { érosion que dans le sens que les auteurs donnent en général à cette altération , qu’ils attribuent presque toujours à un vice de sécrétion de l'émail. Mais l'érosion n'en existe pas moins comme maladie pouvant affecter ce corps consécutivement à sa formation, ou, pour être mieux compris , nous dirons qu indépendamment des déperditions congéniales d’émail qu’offrent les dents, elles peuvent encore, longtemps même après leui éruption, se trouver tout à coup privées en plusieurs points de leur couronne, de leur enveloppe vitreuse. Cette espèce d’érosion , que nous nommerons consécutive , par opposition à la première, est très commune chez les jeunes sujets en proie à quelqu’affection des voies digestives. Les fluides muqueux, au milieu desquels baignent les dents dans ces maladies , acquièrent-ils des qualités corrosives assez marquées pour expliquer son développement? C’est ce que nous ignorons, mais le retour des esprits vers l’étude trop longtemps négligée des maladies humorales, permet d’entrevoir comme assez prochaine la solution de cette question. Remai quons toutefois que nous avons assez souvent ren-

contré l’érosion consécutive sur des sujets attaqués de maladies occasionnées par la présence de vers intestinaux; nous en avons aussi observé, il y a peu de temps, un exemple sur une jeune fille atteinte d’hystérie épileptiforme, et dont les dents avaient été parfaitement saines jusqu’au début de cette névrose.

Lorsque les dépressions qu’on remarque sur l’émail sont légères et peu nombreuses , et que celui-ci a conservé sa couleur naturelle, elles ne présentent réellement aucune gravité. Mais quand elles pénètrent profondément au point d'avoir dépouillé la dent de son enveloppe émaillée, ou qu’une partie de la couronne est détruite , elles constituent un état fâcheux , parce qu’elles sont les avant-coureurs de la carie.

Comme il est assez difficile de faire disparaître les diverses altérations résultant de l’atrophie dentaire, c’est surtout leurs causes qu’on doit s’attacher à combattre, soit pour les prévenir, soit pour en arrêter les progrès. Cette indication, comme on le conçoit, ne peut être bien remplie que par l’observance exacte des règles de l’hygiène, de celles surtout qui ont pour but de préparer une bonne denture. Si l’altération dépendait d’une affection générale, c’est vers le traitement de cette dernière que devraient être dirigés tous les eftorts thérapeutiques. Dans quelques circonstances, néanmoins, les secours de la chirurgie peuvent être avantageuse-

ment invoqués. Ainsi , lorsque les dépressions occupent l'extrémité libre de la couronne des dents antérieures , on les fait disparaître avec la lime, en ayant soin toutefois de ne pas attaquer profondément le tissu de l’ivoire. Si la couronne est excavée de manière à présenter une cavité d’une certaine étendue, comme cela arrive

surtout aux grosses molaires, on prévient souvent la carie en remplissant l’excavation de feuillets d’or, de plomb ou toute autre substance, après en avoir préalablement cautérisé le fond.

Décomposition de l’émail. L’émail peut encore présenter des altérations d’une autre nature dont l’origine se rapporte également à des lésions folliculaires. Parmi ces altérations , il en est une très commune qui mérite par cela notre attention , et que nous nommons , avec Maury , décomposition de l’émail. Elle se manifeste par ' des taches brunes ou noirâtres qui se développent sur la face antérieure, ou sur les côtés de la couronne. Ces taches peuvent s’étendre jusqu’à la face interne de l’émail, qui cependant, dans la plupart des cas, conserve son poli. Bien que prenant en général son origine dans les tissus rudimentaires, cette altération peut encore dépendre d’une trop forte pression ou d’un trop grand rapprochement de quelques dents cariées; mais, dans ce cas, la dent n’est pas douloureuse, et son altération cesse dans la plupart des cas avec la destruction de la cause mécanique qui l’entretenait.

Dans une autre espèce de décomposition de l’émail , on remarque des taches d’un blanc mat, circonscrites, situées ordinairement à la face antérieure des incisives, et très souvent aussi vers la partie externe du collet des molaires inférieures. Leur couleur jaunit peu à peu et disparaît avec le poli de l’émail. Celui-ci présente une texture délicate, cassante, qui le fait céder en parcelles au moindre efïort, jusqu’à complète destruction. Dans ce cas , les dents sont sensibles au froid , à la chaleur , et même au contact de tout corps étranger, et s’inerus-

lent aisément de limon buccal et de tartre. Préludeassez habituel d une carie , cette variété de décomposition de l émail affecte de préférence les personnes d’un tempérament bilieux , convalescentes de longues mala-

dies dans le cours desquelles il y a eu d’abondantes salivations. Si cette affection est légère , elle se guérit souvent d elle-même par le fait seul du rétablissement de la santé , secondé , bien entendu , par des soins ha-

bituels de propreté.

Décoloration de l’émail.

Les dents peuvent offrir, sous le rapport de la couleur, certaines différences qui coïncident constamment avec certaines dispositions générales des individus et peuvent, sous ce point de vue, fournir de précieuses indications. En général, celles de première dentition sont d’un blanc de lait brillant; mais chez les adultes les nuances de leur teinte sont très variées ; on peut cependant les réduire à trois principales. La teinte d’un blanc mat, tirant sur le jaune , est celle qu’on rencontre chez des sujets jouissant d’une excellente santé; elles sont ordinairement courtes, eu égard à la taille et à la force de l’individu. La teinte d’un blanc gris dénote au contraire une qualité moins avantageuse.

Mais de toutes les couleurs des dents, la moins à désirer est celle d’un blanc bleu. Ce sont celles qu’on rencontre ordinairement chez les jeunes sujets ( notamment chez les jeunes filles) qui sont affectés de maladies de poitrine , surtout de celles que caractérise un développement de tubercules dans le poumon ;

sujets qu’on désigne vulgairement sous le nom de poitrinaires , et qui jouissent très rarement de l’inappréciable avantage de conserver leurs dents intactes jusqu’à la fin de leur existence. Cette observation avait déjà été faite par Blumenbach et Camper, d'après lesquels la teinte azurée des dents serait le symptôme manifeste d’une altération déjà existante de l’ivoire. C’est ainsi que , sur un grand nombre de cholériques , les dents ont affecté, dès la première période de la maladie, une teinte jaune-brique que nous avons toujours regardée comme le signe d’une funeste terminaison (1).

On conçoit , d’après cela , combien tous les détails relatifs à la diversité de la teinte des dents et à l’appréciation des causes souvent éloignées qui peuvent l’avoir occasionnée , doivent avoir de valeur aux yeux du médecin attentif, puisque leur simple inspection permet non seulement d’augurer de leur durée, mais encore de reconnaître la constitution de l’individu et de pronostiquer les maladies auxquelles il peut être soit en butte , soit plus particulièrement exposé.

A quoi, pourrait-on se demander , tiennent les difîéîences de couleur et de qualité des dents? Cette question n’a certainement pas jusqu’ici obtenu l’attention quelle mérite. Tout ce qu’on croit savoir , et dont on se contente aujourd hui , c’est que ces différences tiennent à la composition chimique de leur substance organique.

(1) M. Bégin a aussi fait remarquer à l’Académie de Médecine que , dans cette circonstance , les dents présentaient quelquefois une couleur bleuâtre qui non seulement occupait leur surface , mais encore pénétrait dans l’intérieur du tissu dentaire; cette coloration était tellement foncée que les garçons d’amphithéâtres se plaignaient de ne pouvoir les vendre.

Ainsi , celles dont le tissu d’un jaune foncé est peu impressionnable , auraient une surabondance de sels calcaires ; celles, au contraire , qui se distinguent par leur blancheur et leur sensibilité , et qui sont tendres et délicates, devraient ces qualités à la prédominence de matière animale. Ces deux différences fondamentales , dont l’existence est peu contestable, se rencontrent dans deux sortes de constitutions et de tempéraments tout-à-fait opposés , et tiennent évidemment aux dispositions générales de l’économie.

On voit dès lors combien il est difficile, en admettant que la décoloration des dents, dans un grand nombre de cas, soit le résultat d’un état pathologique, de tracer à son égard des règles thérapeutiques précises. Cette décoloration, s’étant le plus ordinairement effectuée sous l’influence d’une altération générale de l’organisme , nos moyens doivent être , en tous points , subordonnés au traitement de cette altération. Aussi, lorsque dans le cours d’une maladie, les dents ont pris une couleur inaccoutumée , les voit-on bientôt reprendre leur teinte normale quand l’affection cesse , et surtout qu elle a été de courte durée. Mais, cependant, cet espoir doit être peu fondé quand la maladie a été longue , ou quand elle s’est déclarée après l’âge de quarante ou même de trentecinq ans , époque à laquelle la vitalité des dents a de toute nécessité perdu une grande partie de sa lorce réactionnaire. Toute tentative dans ce cas serait , ainsi que nous l’avons déjà dit, le fait d’un dentiste imprudent ou inexpérimenté.

Nous exceptons , bien entendu , de cette coloration anormale , qui tient à un état général de l’économie , certaines taches grisâtres ou jaunâtres qui se forment

assez souvent vers le collet des dents , sans avoir rien de commun avec le tartre. Ces taches n’ont aucune épaisseur sur l’émail et doivent être respectées.

Consomption des racines.

Cette affection est rarement idiopathique; car elle est presque toujours occasionnée par une altération des enveloppes des racines, comme du périoste, de la membrane alvéolaire ou des parties molles environnantes , qui , par leur inflammation et la suppuration qui en est toujours la suite , cessent d'adhérer aux dents, qu’elles réduisent ainsi à l’état d’un corps étranger dont la consomption devient inévitable. Cette maladie peut se développer dans des conditions d âge et de santé très variables ; tantôt chez des sujets de quarante à cinquante ans ; chez ceux surtout qui , à cet âge, éprouvent un brusque changement de constitution; tantôt, au contraire, chez des jeunes gens; mais quelquefois aussi chez les femmes nouvellement accouchées.

Cette maladie, qui peut ne pas se bornera une seule dent , mais s’étendre quelquefois à plusieurs , et envahir même le bord alvéolaire de l'une et de l’autre mâchoire, quoique locale dans son origine, peut, comme on le voit, acquérir une gravité inquiétante. Il est naturel de penser que l’emploi des topiques toniques , même un peu astringents , en modifiant la vitalité des tissus malades, doit, après la période inflammatoire, s’opposer à 1 ébranlement de la dent et empêcher sa consomption , ou du moins l’atrophie de sa racine. L’expérience malheureusement ne s’accorde pas toujours avec cette indication de la théorie. On est quelquefois obligé de ralentir

la marche de la maladie, en appliquant quelques légers boutons de feu sur le siège principal du mal; et si ce moyen 11e réussit pas , il ne faut point hésiter à engager le malade à se soumettre à 1 extraction de la dent autour de laquelle se lait le plus fort suintement. Ce sacrifice doit même s étendre à plusieurs, si la maladie avait envahi toute une mâchoire ou différents points des deux; et mieux vaut en venir là plus tôt que plus tard , toutefois après en avoir mûrement pesé les conséquences.

Carie dentaire et ses variétés.

On désigne sous le nom de carie cette altération si commune des dents, qui consiste en une destruction graduelle d'une partie ou de la totalité de leur substance.

Cette altération est-elle de nature absolument identique à celle qui affecte les os en général? On la longtemps pensé, et on a été conduit à cette opinion par 1 analogie qui semble exister entre le tissu osseux et celui des dents. Mais aujourd’hui , comme nous l’avons avancé et démontré au commencement de cet ouvrage, les dents constituent dans l’économie une sorte de substance à part , dont la composition intime est certes loin d’être exactement celle des os; car l’émail qui forme, comme tout le monde sait, leur couche la plus extérieure, ne contient ni fibrine ni albumine: l’eau seule s’y trouve en combinaison avec le phosphate et le carbonate de chaux; et si quelques parties animales entrent dans le tissu des couches sous-jacentes , elles sont tellement encroûtées de ces deux sels qu elles ne jouissent absolument d’aucune contractilité, et ne sont douées que d’une faible irritabilité.

L’absence de nerfs et de vaisseaux visibles dans l’ivoire, l’espèce d’isolement des dents, bien qu’elles participent directement à la vie, ne permettant pas d’établir entre elles et les os un rapprochement exact, il est naturel de supposer qu il doit y avoir, entre l’affection morbide qui fait l’objet de cet article et la carie des os, autant de différence qu’il en existe entre les tissus de ces deux parties (1). Cette supposition admise , il n’est pas moins juste de reconnaître que ces deux altérations ont pour caractère commun un ramollissement cl une décomposition des parties terreuses qui entrent dans la substance des organes qu'elles affectent.

Il est peu de maladies qui, depuis Hippocrate jusqu’à nos jours , soient devenues l’objet de plus de recherches et le sujet de plus d écrits que la carie dentaire; et cependant, malgré ces travaux entrepris, la plupart par des médecins célèbres, des observateurs habiles, il est encore difficile de se faire une idée bien exacte du phénomène pathologique qui la constitue. Cette difficulté vient surtout de ce que les auteurs ont confondu , sous le nom commun de carie , des lésions qu’il importait de

(1) Au moment même où nous livrons ce passage à l’impression , nous prenons connaissance du mémoire que M. Nasmith , membre du College des Chirurgiens de Londres, a soumis à l’Institut , et duquel il semble résulter que le tissu des dents offrirait une disposition non pas fibreuse , comme on l’aurait cru jusqu’à présent, mais arèolaire et celluleuse. Ce fait , qui paraît très important au premier abord , ne détruit pas complètement la dissemblance qui existe entre les os et les dents. Il montre seulement qu’ils ont un caractère commun de plus à ajouter à celui qui réside dans la présence des sels calcaires comme base des uns et des autres. Mais l’identité de leur mode de développement ne nous semble pas encore suffisamment établie pour qu on puisse les mettre sur la même ligne à cet égard. (Voyez le compte-rendu de la séance de l’Institut du 5 décembre 1 8 /v 2 . )

distinguer, parce qu’il existe entre elles des nuances remarquables sous le rapport des causes , des progrès , du résultat final , et conséquemment sous celui du traitement, qui forme ici le point essentiel.

De ces lésions désignées sous le nom générique de carie , les unes sont entièrement produites par des agents locaux, et consistent dans une destruction chimique de la substance dentaire ; destruction qui se fait de dehors en dedans , et dont nous parlerons plus tard : les autres reconnaissent pour cause une lésion du bulbe , ou un vice primitif de l’ivoire , et se développent spontanément de l’intérieur à l’extérieur. C’est à ce dernier genre qu’on devrait plus particulièrement réserver le nom de carie.

Quoi qu’il en soit de la valeur de la dénomination , l’affection qu’elle exprime est si commune, que peu de personnes , même avec la meilleure santé , en sont exemptes. Elle attaque indistinctement les enfants, les jeunes gens, les adultes, et n’épargne même pas les vieillards. Il est naturel de penser que des organes qui , durant le temps de leur formation, ont été soumis à l’influence des causes générales qui ont agi sur toute la constitution de l’individu, doivent de toute nécessité en subir plus tard les effets.

Cette conséquence , que nous avons déjà développée en parlant des maladies des follicules , et à laquelle conduit la plus simple observation, nous explique pourquoi l’on voit journellement des individus nés pleins de vigueur , dont la santé n’a jamais été altérée , et qui cependant ont, dès leur jeunesse, de très mauvaises dents; tandis que d’autres, d’une constitution faible et languissante, en ont de très belles et de très fortes. Il

serait donc aussi irrationnel de faire remonter les causes de toutes les caries au temps de la formation des dents , que de méconnaître toute l’influence que les maladies du premier âge peuvent exercer sur le développement des caries dont les dents sont assaillies à une époque même avancée de l’existence.

La carie étant la maladie la plus fréquente des dents , celle dont le traitement et les suites forment la partie la plus importante de notre ministère , nous allons l’étudier avec tous les soins et les développements nécessaires. Pour ne rien omettre d’utile, examinons-la successivement sous le rapport de ses causes , de ses symptômes et de sa marche, de son siège, de son diagnostic , de son pronostic et de son traitement.

1°. Causes. Parmi les auteurs qui ont étudié la carie, en remontant aux causes de cette affection singulière et presque unique dans sa marche, les uns n’ont voulu lui en reconnaître que d’internes ; d’autres, au contraire, ne lui en ont admis que d’externes. Mais le plus grand nombre convient aujourd’hui qu elle peut résulter des unes et des autres, et le plus ordinairement de leur action simultanée. Hunter (1) pensait qu’elle était héréditaire, et la regardait comme une sorte de mortification ou de nécrose de la substance dentaire. Quand on réfléchit, en effet , à la fréquence de la carie chez les membres d’une même famille, on est peu éloigné d’admettre cette disposition. Fox (2) suppose toujours un défaut

(1) Natural history of the tcctk and their discases. London, 1771. Traduction latine, 1773; Allemande, 1780.

(2) The history and treatment of the diseases , of the tecth , gains, etc. London, 1806.

dans la formation primitive des dents. Cette opinion se trouve corroborée par ce fait que nous avons déjà établi , savoir que les désordres de la carie se bornent assez souvent aux dents qui se sont formées pendant le cours d une certaine période de la dentition. C est à ce genre d’altérations qu’il faut rapporter les caries constitutionnelles qu on rencontre si souvent chez les membres de certaines familles , soit qu elles aient pour cause une disposition primitive et originelle , soit qu elles dépendent d’influences locales ou accidentelles.

La carie, avons-nous dit, n’épargne aucun âge ; mais il est d’observation habituelle que les femmes et les jeunes gens y sont plus exposés que les hommes et les vieillards. Elle semble endémique dans certaines contrées , particulièrement dans les pays humides et marécageux , ou voisins des bords de la mer : la Hollande en offre un exemple remarquable (1). C’est donc dans Tinfluence des agents généraux qui modifient tout l’organisme qu’il faudrait chercher les premières causes de la carie. C’est ainsi que les dents dont la texture est faible et molle, qui sont d’un blanc de lait, d’un bleu terne, piquetées ou érodées congénialement , portent en elles-mêmes la source de leur destruction prématurée. Il en est de même d’une foule de maladies organiques ou accidentelles , comme les affections scrofu-

(1) « Nous en avons en France deux exemples bien frappants : les habitants du pays de Caux et ceux des environs de Beauvais en Picardie ont, pour la plupart, les deux incisives centrales du maxillaire supérieur cariées ; après celles-ci les latérales s'affectent , et ainsi de suite, de manière qu’à l’âge de trente ans ils ont perdu la plus grande partie de leurs dents. » (Rousseau, ouvrage cité.)

leuses , dartreuses , lymphatiques , goutteuses ; les inflammations aiguës ou chroniques, les maladies nerveuses, une croissance trop rapide, qui sont autant de causes générales sous l’influence desquelles la carie peut se développer.

Quoique plusieurs des causes que nous venons d’indiquer puissent seules, par l’atteinte profonde qu elles sont capables de porter à la composition de l’ivoire, frapper les dents , dès leur formation, d’une perte inévitable, on ne peut cependant nier que, dans un grand nombre de cas, elles n’existent que comme prédisposantes , et n’ont d’effet que par le concours de circonstances locales, ou pour mieux dire actuelles. N’observe-t-on pas , en effet , tous les jours que la carie détruit avec promptitude des dents qui ont à peine franchi l’orifice de leurs alvéoles , tandis que chez d’autres sujets aussi défavorablement placés , elle met un temps assez long avant de se manifester, ou n’apparaît qu’à l’occasion d’influences accidentelles parfaitement caractérisées.

Parmi les causes qui agissent localement dans la production de la carie , il faut ranger en général tous les corps qui, rais en contact avec les dents, sont susceptibles d’exercer sur ces organes une action nuisible par leur température ou leur action chimique. C’est surtout la chaleur, comme nous l’avons déjà fait observer dans le chapitre consacré à l’hygiène, dont l’influence est la plus évidente. Aussi, l’habitude des boissons chaudes, propre à certaines nations , nous semble-t-elle éminemment pernicieuse, comme cela arrive en Angleterre , en Hollande, et comme nous avons eu nous-mêmes de fréquentes occasions de l observer en Russie, où les gens

riches et aisés perdent de bonne heure leurs dents, tandis que les gens du peuple les conservent habituellement intactes jusqu’à un âge assez avancé.

Plusieurs auteurs ont aussi accusé le froid d’être une cause très puissante de carie dentaire. Si cette assertion n’est pas complètement fausse, elle est pour le moins fort exagérée ; car les peuples qui occupent les régions les plus septentrionales, comme nous venons de le dire, ont de belles dents. Ce n’est donc pas, très probablement, le froid par lui-même qui agit d’une manière défavorable, mais uniquement le passage brusque d’une température élevée à un grand froid qui, détruisant l’équilibre dans la cohésion des molécules dont se composent les dents, détermine en elles des mouvements brusques de dilatation et de resserrement dont la carie est le résultat le plus habituel.

Quant à la préférence qu’accorde la carie aux incisives supérieures sur celles du bas, toutes choses étant égales d’ailleurs , elle s’explique , à notre avis , assez naturellement par la position des premières, qui les rend plus exposées à l’action des corps extérieurs. En effet, dans l’acte de la préhension des liquides , ou pour parler plus clairement , dans Faction de boire , ce sont elles qui reçoivent presque seules l’impression des boissons, desquelles les inférieures sont garanties par les vases mêmes dont nous nous servons.

Un grand nombre de corps provoquent la carie par leur action chimique. C’est ainsi qu’agissent les acides , bien qu’il ne soit pas aussi facile qu’on semble le croire d’expliquer pourquoi cette action chimique engendre la carie plutôt qu’une simple décomposition de l’émail ; ce qui, pour nous, est tout autre chose.

Un habile dentiste de nos jours, M. Régnard (1), ne considère, il est vrai , la carie que comme « une destruction de la dent par décomposition ; » et cette décomposition, il en trouve la cause unique dans un acide se développant, soit dans les humeurs de la bouche, soit dans les substances alimentaires qui séjournent autour des dents. Il donne à l’appui de cette assertion trois preuves qu’il développe ainsi :

« 1°. On se sert, pour fixer les dents postiches, de cordonnets de soie. Ces cordonnets , qui entourent les dents voisines, s’imprègnent de salive, se couvrent de particules alimentaires , et bientôt se corrompent ; ils deviennent alors pour la dent une cause de carie. Cela est si vrai, que les limites de la carie provenant de cette cause sont tracées par le fil lui-même ;

» 2°. Pour soutenir des pièces de délits postiches , on se servait autrefois de boîtes métalliques qui enveloppaient une ou plusieurs dents. On s’en sert encore aujourdhui, pour faire cesser la douleur produite par 1 usure rapide des dents. Ces boîtes ne sont pas ajustées avec une telle précision, qu’il n’existe entre elles et la dent quelques vides. Les fluides delà bouche, des particules alimentaires, se logent bientôt dans ces vides; et si les personnes qui portent ces boîtes sont peu soigneuses, ces fluides de la bouche, ces particules alimentaires se décomposent et deviennent alors pour la dent une cause fort active de carie. J’ai vu des molaires dont les couronnes avaient été entièrement détruites par 1 action de cette cause dans l’espace de six, cinq et même quatre mois ;

(1) De la cane dentaire. Brochure in-8°, Paris, 1838.

» 3° On se sert pour dents artificielles de dents humaines et d’hippopotame. Ces dents , étant de nature organique, sont susceptibles de se décomposer dans la bouche. Eh bien , si , par une économie mal entendue, les personnes qui les portent les conservent encore lorsqu’elles sont dans un état de décomposition, elles carient les dents voisines avec lesquelles elles sont immédiatement en contact. »

M. Régnard fortifie ces différentes preuves des considérations suivantes :

« Si , maintenant , je porte mon attention sur les parties des dents sur lesquelles commence la carie , je vois que ce sont précisément celles où les aliments et les fluides de la bouche s’arrêtent de préférence et peuvent séjourner pendant un temps assez long pour pouvoir s’y décomposer. C’est aux collets des dents , dans les interstices de ces organes , dans les anfractuosités des grosses molaires , dans ces enfoncements pointillés , qu’on observe quelquefois sur la face externe des premières et secondes grosses molaires inférieures ou sur les dents atrophiées... Si nous réfléchissons actuellement au mode d’action de la carie, nous voyons qu’elle agit à la manière d’un acide ; qu’elle dépouille la dent de son phosphate de chaux, et la réduit à sa substance cartilagineuse sur le point où elle exerce son action. Voyons donc si nous pouvons trouver, dans la décomposition des particules alimentaires, ou des humeurs buccales, une explication de ce phénomène. Or, la chimie nous apprend que toute substance végétale ou animale, dans un état de décomposition, donne naissance à des produits acides : à l’acide nitrique, à l’acide acétique, à l’acide sulfurique, etc., tous

acides qui produisent sur la dent le même effet que produit la carie. »

Prise dans un sens aussi absolu que l a fait M. Régnard, l’action des acides sur les dents, comme cause de carie, est à notre avis une erreur et même une grave erreur. En P adoptant , à l’exclusion de toutes les autres causes, ce praticien commet la faute que commettrait un chirurgien qui, pour démontrer qu’une chute

sur le poignet peut luxer le bras, décrirait minutieu-

sement comment elle agit dans la production de la luxation , et qui , de la corrélation existant entre la cause et l’effet , concluerait que le bras ne se luxe que dans une chute sur les mains.

Si nous n’étions pas arrêtés par la crainte de donner trop d’étendue à un point de pathologie qui, tout important qu’il est, n’est cependant pas le seul à étudier, nous aurions une foule d’objections à faire à la théorie de M. Régnard; mais nous nous bornons aux cinq suivantes que nous exposons dans l’ordre même de leur importance:

1° Un très grand nombre de caries commencent par l’ivoire qui est souvent déjà très profondément altéré que l’émail est encore parfaitement intact; circonstance qui a complètement échappé à l’attention du docteur Serrurier, qui a fait d’ailleurs une très judicieuse réfutation du mémoire de M. Régnard (1);

2 Plusieurs dents , surtout les dernières grosses molaiies , sortent de leurs alvéoles profondément ca-

(1) Voyez la Gazette des Hôpitaux des 20 et 25 septembre et tl décembre 1838.

riées , sans avoir par conséquent été soumises à l’action d’aucune espèce d’acide ;

3° Si c’était toujours et uniquement un acide qui agît sur les dents , cette action devrait être générale ; il n’y aurait pas quun point de carié : la totalité du système dentaire serait infailliblement attaquée ;

4° C’est contre l’évidence des faits que M. Régnard avance que l’usage du cidre rend compte de la fréquence de la carie chez les personnes qui habitent la Normandie et la Picardie; car, ainsi que le fait avec raison remarquer M. Em. Rousseau, les habitants de ces deux provinces qui occupent des lieux salubres , « ont le plus ordinairement les dents belles et saines (1) ; » contrairement à ce qui arrive à ceux qui en habitent les points les plus bas, c’est à dire les plus humides;

5° Enfin la salive et les humeurs buccales ne sont point aussi fréquemment acides que le pense M. Régnard ; nous les avons trouvées alcalines chez plusieurs personnes qui avaient des dents profondément cariées. Nos recherches à cet égard se trouvent parfaitement d’accord avec l’opinion de M. le docteur Donné, qui s’exprime ainsi (2) : « L’alcalinité de la salive a été reconnue depuis longtemps ; mais elle n’a été bien démontrée que dans ces dernières années, particulièrement par les expériences de Tiédeman et Gmélin. »

M. Donné ne se contente même pas de constater l’ alcalinité de la salive, il cherche aussi à l’expliquer en ces termes : « Les auteurs anciens et modernes n’ont rien dit du rôle que joue le principe alcalin de la salive.

(1) Ouvrage cité, page 255.

(2) Ouvrage cité.

Outre les usages qu’on lui attribue généralement, el!e sert, d’après mes recherches, à neutraliser l’excès d’acide du suc gastrique. Ceci est appuyé , 1° sur l’état neutre du suc gastrique constaté par la plupart des expérimentateurs, lorsque l’estomac est vide d’aliments, et que le suc gastrique est mêlé à une plus ou moins grande quantité de salive; 2° sur l'impossibilité que cet effet ne se produise pas, la soude et la salive se trouvant en contact avec l’acide du suc gastrique; 3° sur la nature des sels contenus dans le suc gastrique dont une grande partie est à base de soude. »

Quoi qu’il en solide l’opinion de M. Régnard , nous n’en reconnaissons pas moins que la présence de l’acidité delà salive, sur un point de la substance émaillée, peut être une cause de carie; mais alors nous admettons que la personne est sous l’influence d’une altération des voies digestives, ainsi que l’auteur que nous avons précédemment nommé l’établit si clairement dans cette proposition. « Cette acidité de la salive coïncide le plus souvent avec un état d’irritation ou d’inflammation de l’estomac, primitive ou secondaire, et peut servir à établii le diagnostic différentiel de quelques affections gastriques. » Quant aux moyens de constater cette acidité, ils consistent à placer sur la langue de la personne un morceau de papier bleu tournesol : si le papier passe au rouge, on peut presque prédire quelle est sous l’influence de quelque maladie. Nous avons aussi remarqué que cette acidité coïncidait souvent avec un état filant, gras, pour ainsi dire glutineux, de la salive.

L usage de certains médicaments , comme du mcrcuie, de 1 or , des eaux minérales, agissant également sui les dents par leur propriété chimique, peut aussi

être, non pas seulement la cause prédisposante, mais une cause directe de la carie. Il en est de même des coups , des chutes , des commotions, des contre-coups, de la conformation vicieuse et du trop grand rapprochement des dents , etc.

Nous pourrions ajouter à cette longue série une foule d’autres causes que les auteurs ont mentionnées, mais qu’il serait trop long et superflu d’énumérer ici. Et certes , sans cette multiplicité des causes de la carie , comment pourrait-on expliquer la diversité des efïets que produit cette espèce de dissolution des dents, et la variété des aspects sous lesquels elle se présente quand on la considère , soit sous le rapport de la couleur et de la forme de la tache qui annonce son existence , soit sous celui de la place qu’elle occupe , soit enfin sous celui de la rapidité ou de la lenteur qu elle affecte dans sa marche et dans ses progrès ?

2°. Symptômes et marche. — La carie, suivant nous, ainsi que nous l’avons déjà dit , procède fréquemment de l’intérieur à f extérieur. Frappé dans sa vitalité, soit par un acte de la nature qu’il ne serait pas aisé d’expliquer, et auquel la pulpe n’est pas toujours étrangère, soit parce que la délicatesse de son tissu ne lui permet pas de résister aux agents avec lesquels les dents sont habituellement en rapport , l’ivoire devient le siège d’une altération qui l’affecte à la fois dans sa couleur et dans la force de cohésion qui unit ses molécules. Un point jaune ou brun se manifeste près de 1 émail, qu il envahit peu à peu en s’étendant sur la surface de la couronne. Cette enveloppe perd en ce point sa transparence, conséquence naturelle de la séparation des éléments qui

la constituent. Tant que la couche interne d’ivoire qui unit l’émail avec les couches sous-jacentes n’est pas détruite , la tache conserve quelquefois la couleur et même l’aspect luisant qui est propre aux dents; mais elle ne tarde pas à perdre cet éclat dès que, cette adhérence étant rompue , l’émail ne tient plus à l’ivoire.

Comme il y a un assez grand nombre d’agents extérieurs qui ont le pouvoir de rompre la cohésion des éléments de l’émail dans ses couches les plus superficielles, sans agir sur ses couches profondes , souvent la dent perd de sa transparence sur le point attaqué, sans rien perdre de sa blancheur. Le mal alors ne s’étend pas ; la carie s’arrête là ; souvent elle ne donne d’autre signe de son existence qu’une légère dépression résultant de la disgrégationdes éléments de cette enveloppe, effet que produit tôt ou tard la mastication : c’est ce que les auteurs ont appelé carie sèche ou stationnaire. Il est rare pourtant qu’à cette dépression il ne succède pas une tache jaunâtre ; car presque toujours les sucs salivaires y déposent un sédiment qui altère la couleur de la couche sous-jacente. Le contact de l’air suffit d’ailleurs pour altérer la blancheur de la partie de la couronne dépouillée de son émail.

Perl à peu le tissu de la dent se ramollit dans l’endroit où s est manifesté le point jaune. Il s’y creuse une cavité qui , s’agrandissant en raison des progrès de la destruction , réduit l’émail à ses couches extérieures les plus superficielles , jusqu’à ce que cette substance , privée d appui , se rompe et mette à découvert la carie. La cavité ainsi formée , s’agrandit successivement dans l intérieur , en représentant un cône dont la base est à

la surface, et qui diminue de diamètre à mesure qu’il augmente de profondeur.

La marche de cette première période de la carie est ordinairement lente , et souvent la personne qui en est affectée n’en est avertie que par des sensations vagues, par des douleurs obscures et la teinte bleuâtre de la dent, teinte qui, pour l’œil exercé, devient un signe presque certain de l’existence du mal. L’ouverture, une fois formée dans l’émail , s’étend successivement en largeur. Si cependant cet accroissement n’a pas lieu , c’est parce que la force de l’agent destructeur a cessé d’agir sur l’ouverture, et s’est portée entièrement sur les couches profondes de l’ivoire. Elle y pratique alors , avec le secours de l’air atmosphérique et d’autres principes destructeurs , une caverne large et profonde qui ne présente à l’extérieur qu’un orifice étroit, jusqu’à ce que l’émail se brise au moindre effort, et mette, comme dans l’autre cas, à découvert toute l’étendue des ravages causés dans la substance intérieure de la dent. C’est ce que les auteurs ont appelé carie humide.

Les progrès de la carie sont , en général , plus rapides chez les jeunes sujets et chez les individus lymphatiques; la grossesse paraît avoir également sur sa marche une grande influence. Mais c’est surtout après qu’elle s’est fait jour au dehors, que ses progrès ont lieu d’une manière plus sensible , comme nous venons de le voir tout à l’heure. Sa cavité est entièrement remplie d’une matière molle, brune, jaune ou noire, d’une odeur fétide, que l’instrument peut facilement diviser et détacher par couches successives d’autant plus denses qu’on approche davantage des parties saines. Cette matière, qui, d’après M. Régnard, réagit à la manière des acides, con-

court puissamment par elle-même à l’extension du mal ; elle constitue encore une des causes les plus actives de la propagation de la carie.

Quand la carie a pénétré jusque dans l’intérieur de la cavité dentaire, la pulpe se trouve en contact avec les influences extérieures, elle devient sensible au chaud , au froid et à l’impression des corps durs. La dent est alors le siège de douleurs opiniâtres qui tantôt se réveillent spontanément, tantôt sont provoquées par la plus légère cause extérieure. Ces douleurs se manifestent en général par accès , et sont accompagnées de tous les symptômes d’une congestion locale auxquels se joignent parfois divers accidents nerveux. La figure se colore , des battements se font sentir dans la dent et souvent dans les artères temporales , et il survient une abondante salivation. Ces accès , dont la durée est plus ou moins longue, se reproduisent à des intervalles variables, et ne sont souvent que le prélude de l’inflammation et de la suppuration de la pulpe : de là des fluxions inflammatoires plus ou moins graves et les désordres divers qu elles peuvent amener.

Si dans cet état on ôte la dent, on trouve sa cavité remplie d une matière verdâtre très fétide. Ses vaisseaux, tombés en gangrène, se dessinent à travers l ivoire de la racine par une couleur noire; le cordon dentaire est très gros et gorgé de sang. Ainsi privé de l’organe de sa vitalité , l’ivoire continue à se détruire; l’émail, resté seul , se casse par fragments, et enfin il ne reste plus que la racine , qui cesse en général d’être douloureuse jusqu’à ce qu’un travail d’expulsion, venant à se développer autour d’elle , en détermine la sortie.

Tous ces ravages peuvent avoir lieu dans l intérieur

d’une dent, sans qu’ils soient trahis au dehors par aucun symptôme , et on n’en reconnaîtrait pas l’existence avant la rupture de la lame de l’émail, si , dès le principe du mal, il n’était pas accompagné d’une douleur d’abord obtuse ou semblable à un engourdissement, mais qui finit par devenir très aiguë. Les caries de cette espèce , quoique les moins communes , se rencontrent néanmoins encore assez souvent.

La carie présente , dans sa marche et dans ses symptômes , une foule de modifications qu’il serait difficile de décrire, et que pourtant quelques auteurs ont tenté de réduire en espèces. Entre autres, M. Duval en admet sept , qu’il appelle : calcaire , écorçante , perforante , charbonnée , diruptive , stationnaire et simulant l’usure. Maury a suivi ponctuellement cette division. Nous croyons devoir nous en abstenir pour deux motifs : le premier, c’est que les caractères qui lui ont servi de base sont très variables et tout-à-fait arbitraires , et que plusieurs n’appartiennent réellement pas à la carie , mais à des lésions tout-à-fait différentes avec lesquelles M. Duval l’a confondue. Le second motif, c’est qu’en multipliant trop les divisions et les subdivisions dans l’étude des spécialités , on semble toujours vouloir soustraire les organes sur lesquels elles s’exercent aux lois générales de la vie commune, qui devraient ordinairement suffire pour tout expliquer. L’adoption de la division de M. Duval ne tendrait d’ailleurs à rien autre chose qu’à faire regarder la carie comme le type principal de toutes les maladies des dents, et dont les altérations que nous avons déjà décrites, sous les noms de décoloration et décomposition de l’émail, à’é- VQsion , et que nous allons bientôt examiner sous ceux

d 'usure, de fracture meme , ne seraient que des variétés. Ce qui serait pour le moins une erreur.

S’il fallait absolument adopter une division pour faciliter letude élémentaire de l’affection qui nous occupe, nous n’hésiterions pas à admettre celle déjà très anciennement proposée, suivant laquelle on en distinguait deux espèces fondamentales, sous les noms de carie sèche ou stationnaire , et carie humide ou progressive. Si elle restreint un peu trop les nuances de la carie , elle a du moins cet avantage, que, sous le point de vue pratique, elle se rattache aux deux caractères les plus importants de la maladie, ce qui, conséquemment, la rend plus juste et mieux fondée que la plupart des distinctions nombreuses que le goût du nouveau et le désir de la singularité ont cherché de nos jours à établir.

3° Lieu d’élection. — Siège. — On peut dire, en général, qu’il n’y a pas de dent qui ne puisse devenir le siège de la carie , car toutes y sont sujettes; les unes le sont cependant beaucoup plus que les autres : c’est aux molaires que l’on rencontre le plus fréquemment cette affection. Quant aux incisives et aux canines, celles de la mâchoire supérieure en sont beaucoup plus souvent atteintes que celles de la mâchoire inférieure, et elle se montre presque toujours sur les côtés des dents antérieures, moins à leur face externe, plus rarement encore à leur face linguale ou interne , et presque jamais sur leur bord tranchant.

Les grosses molaires sont fréquemment atteintes de carie sur les côtés par lesquels elles se touchent, mais le plus communément c’est au milieu des dépressions de leur face triturante qu’elle apparaît. Si les dents de cet

ordre sont les plus sujettes à' la carie, c’est parce quelles présentent une surface plus étendue, et parce que la couche d émail qui recouvre leur surface triturante est souvent faible et mal cristallisée entre les tubercules et dans les sinuosités de la couronne. À ces raisons il faut ajouter la puissance des forces mécaniques qui appelle de leur côté les plus grandes résistances à vaincre dans 1 acte de la mastication , et les débris des aliments qui séjournent dans leurs dépressions. Quant aux petites molaires, leurs parties latérales sont au moins aussi sujettes à la carie que leurs bords triturants. Celles du bas , n’ayant très souvent qu’une pointe de bien dessinée, sont sous ce rapport presque dans le même cas que les incisives et les canines.

Enfin ce n’est pas toujours sur un seul point que les dents commencent à se carier. On rencontre souvent des caries entre toutes les éminences des molaires, sur les deux côtés des dents antérieures , et parfois même sur plusieurs points séparés du même côté. Toutes les parties qui dépassent la gencive étant exposées à l’action des causes extérieures, peuvent par conséquent en être affectées.

Les premiers signes de la carie se manifestent quelquefois au point où se termine l'émail, c’est à dire au collet de la dent; mais alors ses progrès s’arrêtent ordinairement là et laissent les racines intactes. Il y a néanmoins des exemples de racines que la carie a atteintes : très rarement alors la maladie pénètre jusqu’à l’extrémité de leur substance ; elles ne sont altérées que dans quelques points de leur étendue; encore faut-il se garder de considérer les diverses altérations des racines comme appartenant toujours à la carie, car bien souvent,

ainsi que nous l’avons dit , elles sont le résultat de phénomènes morbides du périoste, qui peuvent amener des désordres plus ou moins graves.

Ï1 n’est aucun praticien qui n’ait remarqué que les dents correspondantes de la meme mâchoire sont très souvent prises de carie en meme temps ou à des intervalles très rapprochés. Celte corrélation est si évidente, même pour les gens du monde , que tous les auteurs ont cherché à l’expliquer. Mais ils se sont bornés à dire, les uns que les dents qui se correspondent à la même mâchoire, étant d’une texture identique, devaient se détériorer en même temps; les autres, que la distribution des nerfs qu’elles reçoivent étant la même, elles devaient nécessairement jouir d’une égale impressionnabilité , et céder au même momentà l’action des causes susceptibles d’agir défavorablement sur le système dentaire.

Ces deux explications, données pour contenter les esprits superficiels , ne sont admissibles ni l’une ni l'autre. En effet, la texture de toutes les dents, sauf la quantité d’éléments constitutifs déterminée par le volume de chacune, étant identique, rien à cet égard n’explique pourquoi les correspondantes se carient en même temps. Quant à la distribution des nerfs, elle pourrait expliquer le phénomène qui nous occupe si chaque nerf dentaire venait directement, du centre sensitif, a la dent qu’il est chargé d’animer ; mais comme ces divers filets , ainsi que nous le savons , partent tous d’un tronc commun qui leur communique à toutes une sensibilité identique, rien, par là, ne se trouve résolu.

Voici, à notre avis, la seule explication qui nous semble rationnelle: les dents qui se correspondent à chaque

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mâchoire, étant très généralement soumises à des phénomènes de formation, de développement et d’apparition tout-à-fait identiques, doivent donc posséder un degré égal de vitalité et de sensibilité, et, par une conséquence forcée, céder en même temps à l’action des agents qui peuvent mettre en jeu les prédispositions morbides dont elles sont affectées. Cette opinion confirme d’ailleurs deux assertions que nous avons déjà émises et développées : savoir qu’un grand nombre de maladies des dents datent de la formation des follicules, et que la carie tire très souvent son origine de causes intérieures.

Enfin les dents de sagesse sortent quelquefois cariées, surtout quand leur éruption est tardive; c’est un fait dont nous nous sommes déjà servi pour prouver que les acides que contiennent les aliments ou qui se forment accidentellement dans la bouche , ne sont pas la cause principale de la carie. Quant aux dents de lait, elles en sont aussi très souvent affectées, surtout les molaires, et particulièrement les inférieures, dont les racines se détruisent peu à peu jusqu’à la couronne. Qn est souvent alors forcé de les extraire, sans pour cela que celles qui les remplacent, et dont elles sont le plus ordinairement séparées par une cloison , offrent la plupart du temps la moindre altération.

Mais ce qu’il y a de fort remarquable , et qu’à notre grand étonnement nous ne trouvons consigné dans aucun ouvrage, c’est que la carie des dents de lait entraîne très rarement les douleurs aiguës qui l’accompagnent si fréquemment dans celles de deuxième dentition. Aussi voit-on peu d'enfants être conduits chez le dentiste pour cause de véritable douleur dentaire. Quand on ré-

fléchit , on voit qu il devait nécessairement en être ainsi, parce que ces dents, condamnées à tomber, se séparent de bonne heure des centres au milieu desquels elles puisaient les matériaux de leur vie et de leur sensibilité. La conséquence pratique qui découle de ce fait , c’est que lorsqu’un enfant est amené chez nous sous la prévention d’une douleur provenant de la carie dune dent de lait, on doit bien moins s’occuper de cette carie que de la recherche de quelques fragments de racines qui pourraient tuméfier les gencives , ou même perforer les alvéoles , etc. , et bien s’assurer si la douleur nest pas produite par quelque autre dent prête à sortir, ou par toute autre cause.

4 Diagnostic. Il n est pas toujours aisé de reconnaître la carie lorsqu elle ne s est encore manifestée par aucun signe extérieur. La sensibilité et la douleur, qui peuvent seules alors la faire soupçonner, n’existent pas toujours ; on a même vu des personnes perdre une partie ou la totalité de leurs dents sans éprouver la plus légère souffrance. D autres fois la carie se trahit par des affections sympathiques, comme des ophthalmies chroniques, des otites, des corizas opiniâtres, des céphalalgies, etc., qui cessent comme par enchantement après 1 extraction de certaines dents affectées.

Ainsi donc la douleur et la sensibilité à l’impression du chaud et du froid , et au contact des corps durs, ne sont pas des signes certains de carie, puisqu’elles peuvent faire complètement défaut. Il reste, pour la constater, l’inspection des dents, qui en général conduit à un diagnostic plus certain : nous disons en général, car, dans quelques cas encore, on est obligé de recourir à un

autre mode d’exploration , qui consiste à percuter successivementles dents les unesaprèslesautres, au moyen d’un corps dur quelconque, jusqu a ce que, par la douleur ou la sensibilité déterminée par le choc, on soit parvenu à découvrir celle qui est la source des accidents.

5° Pronostic. — Le pronostic de la carie doit varier suivant l’étendue, le siège, la marche et la nature de l’affection, et aussi suivant la constitution, l’âge du sujet et les maladies auxquelles il peut ou a pu être exposé. La carie qui survient chez les individus lymphatiques ou les personnes dont les parents auraient perdu leurs dents de bonne heure, celle qui attaque à la fois un grand nombre de dents, sont en général d’un fâcheux augure; car elles sont presque toujours suivies d’un envahissement total du système dentaire. Celle qui est d’une couleur jaunâtre fait ordinairement des progrès plus rapides que celle qui offre un aspect noirâtre. Quand elle siège au collet, elle est toujours plus dangereuse, parce que la destruction a lieu alors très près de la cavité dentaire, et arrive nécessairement plus vite à la pulpe. Ensuite cette sorte de carie se dérobe quelquefois , et nous ne sommes consultés à son égard que lorsqu’elle a déjà fait de grands progrès.

Enfin l’expérience atteste aussi que la carie qui affecte les personnes qui ont une denture serrée est toujours plus dangereuse. Si nous voulions grossir ce volume et le dépouiller du caractère pratique que nous avons , avant tout, l’intention de lui donner, nous pourrions rechercher pourquoi le trop grand rapprochement des dents leur est nuisible et devient , dans un grand nombre de cas , une cause de carie et un motif de sa propagation.

Mais il nous suffit ici de constater le fait , et de faire remarquer que l'explication qu’un auteur moderne (1) a cru pouvoir en donner , en disant que la carie dépendait de l’obstacle que le rapprochement des dents apporte au libre cours des fluides qui circulent dans l’émail, est une hypothèse toute gratuite , et qui n’a même pas le mérite de la vraisemblance. Par quel moyen , en effet, remédiet-on quelquefois aux inconvénients d’une denture trop serrée? en séparant , par la lime , les bords par lesquels les dents se touchent. Or , une perte de substance doit à coup sûr opposer au libre cours des fluides de l’émail un obstacle bien plus grand que la compression. Nous reviendrons sur ce sujet.

6° Traitement . — Si, des considérations pathologiques qui précèdent, nouspassonsà la question thérapeutique, nous devons reconnaître que, dans le traitement de la carie, on doit avoir pour but trois choses bien distinctes : préserver les dents saines de P atteinte du mal ; chercher à remédier aux désordres qu elle a produits , tout en tachant d en arrêter les progrès ; détruire ou calmer les douleurs qu elle occasionne.

On remplit la première indication en éloignant toutes les causes que nous avons démontrées propres à favoriser le développement de la carie ou à l’occasionner directement; et on ne peut arriver à ce résultat qu en suivant avec ponctualité et persévérance les précautions hygiéniques et les soins de propreté au développement et à l’explication desquels nous avons consacré tout un chapitre. Lorsqu’il y a déjà quelques dents cariées.

(1) Delabarre, ouvrage cité.

il est nécessaire ou d’en faire l’extraction si le mal est

profond , ou de les plomber s’il est possible , ou enfin , si le mal est léger, d’isoler la partie affectée, à l’aide de la lime ; car c’est un fait incontestable que la carie se propage par le simple contact, quelles que soient d’ailleurs les explications qu’on ait cherché à donner des motifs de cette propagation.

Un conseil qui découle naturellement de ce que nous venons de dire, c’est de séparer de bonne heure les dents cariées qui se touchent, et à plus forte raison celles qui, ainsi altérées , chevauchent les unes sur les autres, surtout lorsque cette disposition vicieuse est poussée à ce point, que quelques unes se croisent entre elles. Plusieurs praticiens , frappés sans doute de l’insuffisance des explications données sur la communication de la carie d’une dent à l’autre, se sont élevés contre cette opération , en invoquant des cas où des personnes ont conservé toujours saines des dents étroitement serrées contre d’autres atteintes de carie. Cette raison n’est que spécieuse , car elle repose sur des exceptions qui ne prouvent rien en présence de la pluralité des cas qui attestent la facilité de cette communication.

Concluons-en donc que lorsque la carie est peu profonde et affecte le côté par lequel se touchent les dents , il faut se hâter de faire , au moyen de la lime , la résection de la portion cariée. Mais quand cette destruction est plus profonde, qu elle occupe le côté externe oudnterne de la couronne, dans les points où il serait trop difficile de l’attaquer par la lime, il faut se contenter de la plomber, ou, pour parler plus correctement, de la remplir avec des feuilles d’or, de platine, de plomb ou de quelque autre substance capable de boucher exac-

tement la cavité , de manière à la soustraire à l'action de l’air et au contact des matières alimentaires ou autres qui pourraient s’y introduire, mais n’en venir là qu’après avoir enlevé la partie cariée.

Cette opération réussit dans le plus grand nombre des cas , surtout si la pulpe dentaire n’a pas été mise à découvert. Mais, s’il n’en était pas ainsi, il faudrait procéder avec prudence à ces sortes d’opérations dont les suites pourraient être très fâcheuses; car il est aisé de concevoir que si la dent était le siège d’une vive douleur et d’un travail inflammatoire intense, la présence du corps étranger employé pour remplir la cavité malade ne pourrait qu’augmenter l’une et favoriser l’autre. Quelques praticiens veulent qu’on s’abstienne de plomber les dents chez les femmes enceintes, sous le prétexte qu’ils ont vu en pareille circonstance des accidents suivre les opérations les plus simples, surtout chez les femmes qui ont une disposition aux fluxions dentaires, et ils préfèrent, quand la grossesse est avancée , les remettre après 1 accouchement. Nous ne saurions approuver ce conseil, car, pendant la grossesse, la carie a le temps de détruire tout-à-fait la dent, et peut faire regretter une temporisation que, selon nous, rien ne justifie.

Nous sommes donc d’avis que , même dans les conditions exceptionnelles que nous venons de mentionner, il faut soustraire le plus promptement possible la carie à 1 action de l’air et au contact des aliments , car chez ces

personnes elle marche souvent avec une eilrayante rapidité et se communique facilement; temporiser serait une imprudence qui aurait le double inconvénient de favoriser les progrès du mal et de rendre difficiles ou infructueux les soins de propreté de la bouche.

Quelques dentistes, frappés des inconvénients du plombage opéré sur des dents affectées de carie humide, ont proposé diverses substances dans le but de sécher cette carie , et de rendre la dent provisoirement à ses usages naturels , par la dureté que ces substances leur ont paru susceptibles d’acquérir. Ce sont des pâtes composées de différents sels et de quelques poudres narcotico-àcres , auxquelles ils ont donné le nom de ciment oblitérique ou tout autre analogue. Comme ces pâtes, malgré la dureté qu’elles peuvent acquérir, ne dispensent pas du plombage, nous les croyons conseillées plutôt par le désir d’attirer l’attention publique avide de nouveauté, que par l’envie de remplir une indication thérapeutique rationnellement établie. Nous en parlerons plus loin.

La carie dentaire, avons-nous dit, est le plus ordinairement accompagnée de douleurs qui constituent à elles seules une indication particulière dans le traitement de cette maladie. Quand ces douleurs ont acquis une extrême intensité et sont devenues persistantes, sans doute il n'y a souvent plus que l’extraction de la dent qui en est le siège qui puisse soulager le malade. Mais, dans beaucoup de cas, les douleurs sont légères, elles ne se montrent qu’à des intervalles éloignés, et seulement à l’occasion de circonstances accidentelles dont il est aisé de reconnaître l’action et de détruire ou de modérer les effets. Il serait alors au moins imprudent de sacrifier un organe à peine affecté, qui peut d’un moment à l’autre cesser d’être douloureux et rendre encore d'importants services.

Comme c’est à l’occasion de la carie que se fait le plus grand nombre d’extractions de dents , peut-être

est-ce ici plus que nulle autre part que se présente la nécessité de blâmer la facilité avec laquelle une foule de personnes, pour quelques douleurs passagères, se font extraire une dent, et la froide insouciance de certains dentistes qui acceptent la proposition. Qu’on réfléchisse en effet un instant , soit aux rapports mutuels qui existent entre les dents et la structure des cavités osseuses qui les reçoivent , soit au soutien réciproque qu’elles se fournissent entre elles, et on sera bientôt convaincu que leur grande solidité dépend en partie de la conservation de leur ensemble.

En effet , en enlevant une dent, comme nous le verrons dans la description du mécanisme opératoire suivant lequel s exécute cette opération, quelques précautions qu’on prenne, on est souvent exposé à briser plus ou moins la cloison osseuse qui forme la cavité destinée à la recevoir. On établit par cette fracture un point de faiblesse dans 1 arcade maxillaire; il arrive nécessairement alors , par 1 effet du choc des mâchoires dans 1 acte de la mastication, que toutes les dents, se pressant vers ce point ou se trouve un défaut de résistance, sont exposées à perdre la solidité dont elles jouissent dans leur état naturel. Sans doute on voit tous les jours des personnes qui ont des dents très solides, quoiqu il leur en manque une ou même plusieurs ; mais ces exceptions ne détruisent en rien les raisons physiologiques par lesquelles on peut prouver que les dents se fournissent un appui réciproque.

Bien pénétré de cette vérité, le dentiste doit donc, dans une foule de circonstances, chercher à calmer la douleur avant d’en venir à l’extrémité de l’extraction d une dent affectée de carie. Et certes , si la possibilité

de parvenir à ce résultat était proportionnée à la multiplicité des moyens proposés à cet effet , la destruction de cette douleur serait la chose du monde la plus simple et la plus facile; car il n’est pas de point en médecine sur lequel le génie, d’ailleurs si fécond, de la thérapeutique, se soit plus exercé. Guidées malheureusement dans leurs recherches bien plus souvent par l’appât du gain que par l’amour de la science et le bien de l’humanité, un grand nombre de personnes se font à cet égard un jeu d’exploiter la crédulité du public et son goût pour le merveilleux, en donnant, comme des spécifiques certains, soit des moyens efficaces, mais qui, réduits à leur juste valeur, n’ont qu’une action bornée à certaines circonstances, soit d’autres moyens absolument nuis, mais dont l’action, toute imaginaire, dépend des démonstrations imposantes ou mystérieuses qui accompagnent leur emploi.

Oui, assurément, comme le fait avec raison remarquer un auteur moderne , ce sont ces promesses fallacieuses qui ont aiguisé contre nous les armes de la satire, dont les traits ne sont que trop justes dans une foule de circonstances, mais qui nuisent à un grand nombre de personnes qu’une prévention défavorable pour notre art empêche de réclamer de nous des conseils qui , demandés à propos, les mettraient à même de conserver des dents légèrement altérées, et de se soustraire à tant de douloureuses opérations auxquelles l’imprévoyance ne réduit que trop souvent notre ministère.

a C’est en vain que l’expérience a fait plus de mille fois et fait à tout instant justice delaplupartdes remèdes prétendus souverains contre la douleur qu’occasionne la carie dentaire, on s’obstine toujours à les rechercher avec

empressement, à les recevoir môme avec une admiration qui , sans légitimer, explique parfaitement du moins les pièges tendus de toute part à la crédulité publique. Heureusement la vogue de ces remèdes est aussi éphémère qu’elle est grande; mais telle est la force de la crainte de la douleur, qu’on s’abuse à cet égard , et qu’une foule de personnes , appartenant aux classes éclairées de la société, ont recours à leur usage. Ces remèdes, qui ont paru avec tant d’éclat à différentes époques , ont fini par être démasqués. »

Aux yeux de toute personne éclairée, les moyens de calmer la douleur provenant de la carie doivent différer entre eux autant que cette affection peut varier dans son intensité, sa cause et sa nature. Quels que soient ces moyens, leur mode d’action se réduit, 1° à calmer l’inflammation dont la pulpe dentaire ou les annexes de la dent cariée peuvent être momentanément le siège; 2° à exciter une autre partie plus ou moins éloignée delà dent malade, et à absorber ainsi la douleur de cette dernière; 3° à assoupir localement ou généralement, et même à éteindre la sensibilité de la dent; 4° enfin à soustraire la cavité de la carie à l’action de l’air , des aliments et de toutes les matières plus ou moins irritantes avec lesquelles elle peut se trouver en contact. Il n’est pas une substance ayant quelque efficacité, quel que soit le prestige ou le secret dont on entoure son emploi , même les amulettes et les remèdes de commères, qui n’appartienne à une de ces quatre classes que nous venons d’indiquer. Prouvons-le en les passant successivement en revue, et en les réduisant tous à leur juste valeur.

Les moyens qui appartiennent à la première sont les antiphlogistiques. Leur emploi, ainsi que le fait pressentir leur nom , est indiqué quand la douleur s’est développée avec des caractères inflammatoires, comme par exemple quand elle survient sous l’influence d’un changement brusque de température ; quand la gencive entourant la dent cariée est rouge et tuméfiée; que les parties voisines sont envahies par un gonflement qui semble occuper toute la mâchoire du côté de la dent malade , et que la réaction vitale est exprimée par une élévation du pouls , une rougeur de la face et un battement des artères temporales.

Les plus efficaces de ces moyens sont les- évacuations sanguines générales ou locales. Les premières s’obtiennent par l’ouverture de la veine au bras ou au pied ; les secondes, par l’application de quelques sangsues derrière les oreilles ou au dessous de l’angle de la mâchoire, et même sur la gencive tuméfiée. Ce dernier moyen , que bien des malades repoussent à tort , est plus simple et moins difficile à employer qu’on ne le croit communément ; il consiste à enfermer une sangsue dans un tube de verre, et à présenter son extrémité buccale à la gencive qu’elle ne tarde pas à dégorger du sang superflu; ce qu’on peut encore obtenir par des mouchetures faites avec une lancette. Les évacuations sanguines sont communément secondées par la diète , les boissons aqueuses , les gargarismes émollients , les fumigations , les cataplasmes , l’application sur la gencive d’une figue grasse et chaude, etc. , etc.

Dans la seconde classe se rangent, sous le nom de dérivatifs ou de révulsifs , tous les moyens capables de

produire une diversion un peu considérable, comme les bains de pieds chauds et synapisés , les affusions d’eau froide sur la tête ou sur la partie postérieure du cou , l’application d’un vésicatoire, d’une ventouse derrière les oreilles. Enfin les affections morales vives , les fortes impressions qui calment quelquefois tout-à-coup les douleurs dentaires les plus aiguës , chez les personnes ner veuses, ne sont que des dérivatifs qui , s’emparant brusquement du cerveau, le détournent de la sensation douloureuse dont le point de départ est la cavité de la carie. Ce n’est pas autrement que par la crainte qu’il faut expliquer la cessation de la douleur qui disparaît souvent comme par enchantement à la por te même du dentiste, ou, dans d’autres circonstances, à la vue seule des apprêts qu’exige une extraction de dent. Parfois aussi un purgatif un peu énergique a produit le même résultat.

Quant aux moyens de la troisième série, c’est à dire ceux employés dans l’intention d’assoupir, d’éteindre même directement la douleur, et qui forment la classe innombrable des Oclontalgiques , ils agissent de trois manières : en modérant l’activité de la sensibilité, ce sont les narcotiques, comme toutes les préparations dans lesquelles entrent l’opium, le camphre, la jusquiame, la belladone; en sur-excitant la membrane qui tapisse la cavité dentaire, comme les teintures alcooliques et les huiles essentielles; enfin en cautérisant positivement soit le nerf dentaire, soit la partie cariée, comme tous les acides concentrés et le cautère.

L’opium s’emploie ordinairement à l’état d’extrait et à la dose de 2 ou 3 centigrammes (1/2 grain), qu’on dépose dans la cavité de la carie, et qu’on recouvre d’un léger

tampon de coton ; les teintures sont assez souvent celles de myrrhe, de cochléaria (1) et l’éther sulfurique; et les huiles essentielles, celles de menthe, de gérofle, de cannelle, de cajeput; toutes préparations auxquelles on peut en ajouter une foule d’autres, comme, par exemple, la plante connue sous le nom vulgaire d’herbe aux chats ( ne peta cataria de Linné), dont le docteur Guastamaccliia vient récemment de recommander l’usage (2) , qui ont à peu près la même chance de succès , et dont on se sert en imbibant un morceau de coton dont on remplit l’excavation de la dent malade. Ce mode d'emploi est aussi celui des acides, à cette différence près, qu’on doit recouvrir d’un coton sec celui qui est imbibé, afin de préserver les parties voisines de l’action de la substance corrosive, qui est soit de l’acide hydro-chlorique , soit de la teinture de cantharides , de la créosote, etc.

Quant au cautère actuel , c’est le moyen le plus sûr qu’on puisse mettre en usage; il joint à la promptitude de son application un résultat presque toujours certain. Cette opération, conseillée par Ambroise Paré, a pour but de borner les progrès de la carie, de désorganiser la pulpe vasculo-nerveuse et de la réduire à l’état d’inertie. Il est à regretter que ce moyen ait des inconvénients qui peuvent éclipser l’avantage de l’instantanéité de son action : ainsi, par exemple, si l’on veut conserver une partie de la dent cariée, il est quelquefois nuisible, parce que, en approchant le cautère de la couronne , le calorique peut , dans certains cas, faire éclater l’émail et rendre la brèche encore plus considérable ; ensuite il n’est

(1) La préparation tant prônée sous le nom de Paraguay -Roux n’est rien autre chose.

(2) Il füiatre Scbezio; 1861.

pas très facile de borner cette action, que suit quelquefois une inflammation réactionnaire qui peut s’étendre aux parties voisines , et donner lieu à des fluxions et à des abcès dans l’alvéole.

De cet examen physiologique du véritable mode d’action de tous les agents admis ou prônés par le charlatanisme pour calmer la douleur provenant de la carie ou même de toute autre affection, il résulte bien évidemment qu’il n’existe pas de véritable spécifique contre cette douleur. Aussi quelques praticiens, voulant trouver des moyens qui s’adressassent à la pluralité des cas , ont-ils proposé des préparations composées de la réunion des substances dont l’efficacité était la moins contestable. C’est cette idée qui a engagé le docteur Handel, de Metz, à proposer la préparation suivante, dont l’action peut être très avantageuse :

Opium thébaïque. . .

Huile de jusquiame.

Extrait de belladone. .

— de camphre.. .

Huile de cajeput.

Teinture de cantharides.

Faites un opiat suivant l’art.

2 gram. (demi-gros), k (un gros ),

50 (dix grains),

50 (idem),

32 (une once),

32 (idem).

Cet opiat et d’autres semblables conviennent principalement , comme le remarque avec raison Maury, quand l’odontalgie provenant de la carie a son siège à la mâchoire supérieure , parce qu’on peut les y placer d’une manière immédiate ; ce qui ne serait pas aussi facile si on se servait de médicaments liquides. On peut aussi faire , dans le même but, une pâte avecune décoction concentrée de racines de pyrèthre, de gingembre , d’encens , de clous de gérofle et de cannelle ,

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