‹ Nouveaux éléments complets de la science et de l'art du dentiste (volume 2)Chapitre 27 sur 31 · MU · texte numérisé non relu

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réduite à la consistance nécessaire. Nous ferons observer que ces moyens ont pour but d’irriter assez fortement la pulpe dentaire pour quelle s’enflamme et pour que, sous 1 influence de cette phlegmasie aiguë, elle cesse d’être sensible par la destruction de sa vitalité.

Enfin , pour compléter la liste des moyens conseillés contre la carie , nous devons mentionner le camphre , qu’un savant chimiste a préconisé , dans ces derniers temps, comme un remède infaillible dans l’espèce (1). L’indication thérapeutique sur laquelle il se fonde est la destruction du ver qui, suivant lui, entretient la maladie. Cette opinion n’est pas neuve , comme on voit ; car elle est la base de tous les bavardages au moyen desquels les charlatans de carrefour cherchent à exploiter l’aveugle crédulité du peuple. Nous devons donc lui refuser toute créance, jusqu’à ce que des expériences microscopiques, faites sans prévention, nous aient complètement éclairés à cet égard ; et nous ne continuons à voir dans le camphre qu’une substance qui doit à ses propriétés antispasmodiques l’action odontalgique qu’elle exerce quelquefois.

Quoi qu’il en soit de tous ces moyens et d une infinité d’autres , dont l’ignorance et la cupidité prônent tous les jours les merveilles , s’ils réussissent quelquefois , ils échouent le plus souvent aussi, et fréquemment les malades ne sont délivrés de leurs souffrances que par un travail fluxionnaire qui amène la suppuration et la destruction de la pulpe dentaire. Quand la carie fait de rapides progrès, il ne reste donc plus que V extraction qui

(1) Gazette des Hôpitaux , novembre et décembre, 1838. Lettres de M. Raspàil sur les vertus médicamenteuses du camphre.

puisse débarrasser le malade des douleurs atroces qui raccompagnent habituellement. Mais avant d’en venir à cette extrémité , plusieurs auteurs ont néanmoins proposé d’autres moyens.

Un des plus spécieux est l’arrachement du cordon dentaire; pour cette opération, on se sert d’un fil de fer mince, taillé à son extrémité en forme de dard, que l’on pousse dans l’intérieur de la racine, et , après avoir fait exécuter deux ou trois tours , on le retire en dehors avec le cordon dentaire, qu’il entraîne avec lui par les deux aspérités dont est garni le coupant du dard.

M. Delmond a décrit avec assez de soin et de détail cette opération, telle que nous venons de l’indiquer (1). Si on n'avait pas sous la main l’instrument spécialement consacré à cette opération, on pourrait l’exécuter au moyen de plusieurs fils de fer , ou mieux de platine, que l’on rassemble en un seul faisceau, et que l’on introduit vivement dans le canal dentaire. En les faisant tourner plusieurs fois sur eux-mêmes , on en fait une espèce de tire-bourre qui peut, dans bien des cas, entraîner toute la pulpe ou le cordon dentaire.

Quand ce procédé , qui ne s’applique qu’aux six dents antérieures, ne peut pas être mis en usage, à cause d’une foule de difficultés qu’on peut rencontrer , et que la couronne n’est pas assez endommagée pour qu’on doive se décider à faire le sacrifice de la dent , quelques praticiens préfèrent la trépaner dans la direction de la racine , avec un petit touret armé d’un équarrissoir et conduit par l’archet. La cavité dentaire étant ainsi mise

(1) Mémoire sur un nouveau procédé pour détruire ie cordon dentaire, Paris, 182^.

h nu , ils en détruisent le nerf, et ils la plombent après l avoir remplie pendant plusieurs jours de coton, et avoir combattu les accidents, s’il en survient.

En désignant M. Oudet comme un des praticiens qui usent fréquemment de ce moyen , nous ne prétendons pas dire qu’il l’ait le premier proposé; car on en trouve, dans la Revue Médicale (1) une description détaillée donnée par Fattori : « Cette méthode, disent les rédacteurs de l’article, est entièrement basée sur ce principe, que, quelle que soit la cause d une douleur , elle cesse quand on coupe le nerf qui se répand à cette même partie, ou que, par tout autre procédé, on y suspend son influence. Il fallait donc, pour dissiper la douleur des dents , trouver un moyen à l’aide duquel on pût inciser le nerf dentaire dans le point où il se répand à chaque dent. C’est ce à quoi Fattori est parvenu. Au moyen d’aiguilles plus ou moins longues ou plus ou moins grosses qu’il adapte à un trépan, il coupe le nerf, après avoir perforé très promptement la dent douloureuse qui , par cette opération , devient à jamais insensible. »

Cette opération est malheureusement bien loin d’être aussi sûre dans son résultat final qu’elle semble ingénieuse et rationnelle. Quelque étude qu’on ait faite de l’anatomie des dents , est-on jamais certain de tomber du premier coup droit sur le nerf, quand on sait surtout combien son trajet est variable ; et si , comme cela doit le plus ordinairement arriver, on est obligé de recommencer une seconde fois l'opération , quel malade sera assez patient pour en supporter les apprêts, et assez

(1) Février, 1825.

peu perspicace pour ne pas reconnaître que la perforation d’une dent en plusieurs sens équivaut à sa perte? Ce moyen ne doit donc que très rarement réussir , et ne peut guère être tenté que sur celles qui nont qu’une seule racine.

M. Malgaigne(l) pense que, pour mettre exécution le projet de Fattori, il faudrait, au moins pour les dents postérieures,, faire une large incision à la peau, et trouve qu’il y aurait quelque avantage à arracher une dent en arrière de l’origine de la douleur > pour plonger au fond de son alvéole un instrument propre à diviser ou broyer le nerf par cette voie. Nous ferons d’abord observer que nous n’admettons pas queFattori ait jamais songé à faire une incision à la peau pour l’opération qu’il préconise ; le remède eût été en vérité pire que le mal. Nous dirons ensuite que, puisque d’une manière ou d’autre M. Malgaigne conseille le sacrifice d'une dent, mieux vaudrait procéder par l’extraction de celle qui est malade; il y aurait cent probabilités contre une que la douleur ne résistera pas à l’opération. Le mode de distribution des nerfs de l’appareil dentaire vient encore à l’appui de notre opinion : il est certain que la destruction du nerf d’une dent quelconque, nerf qui n’a rien de commun avec celui qui le suit ou celui qui le précède, est un moyen incapable de détruire la sensibilité de celle qui l’avoisine, à moins qu’on ne fasse parvenir l’instrument destructeur jusqu’au tronc commun, ce qui aurait de graves inconvénients, excepté dans les cas de névralgies dentaires générales très intenses, comme nous allons bientôt le voir, en parlant des névroses.

(1) Anatomie chirurgicale, tome I, page

Ambroise Paré et Urbain Hémard ont aussi conseillé, dans le cas de carie, défaire la résection de la couronne de la dent malade. Ils appelaient cette opération déc hape tiennent , sans doute par opposition à l’espèce de chapelet que forment les dents par leur réunion, et la faisaient suivre de la cautérisation de la pulpe mise à nu. Cette opération n’est pas toujours exempte de danger ; l’ébranlement communiqué aux organes qui sont déjà le siège d’une sensibilité exquise, et d’autres accidents qui peuvent la suivre, l’ont fait négliger par les praticiens modernes. On ne l’exécute aujourd’hui que pour les six dents antérieures dont on veut conserver la racine, afin d’y adapter des dents artificielles. Pour pratiquer cette résection , qui est en général peu douloureuse, on se sert, comme nous le verrons plus tard, soit de pinces coupantes, soit d’une petite scie à lame très fine, et qu’on passe dans l’intervalle des dents pour enlever celle qui est malade.

D’autres opérations plus ou moins ingénieuses ont encore été proposées dans le but de faire cesser les douleurs propres aux dents cariées et de conserver ces organes. Telles sont leur luxation , leur extraction et leur replacement immédiat après leur obturation, la section des nerfs dentaires ; mais , nous nous empressons de le dire, c’est bien plutôt l’esprit spéculatif du cabinet qu’une saine pratique qui a enfanté ces idées , pour la plupart d’une réalisation difficile. Nous ne pensons pas qu'on doive les adopter comme règle générale.

Exostose et spina-ventosa.

C’est sous le nom d exostose qu’on désigne les tu-

meurs dures, immobiles, qui se développent à la surface des os , et qu on croit, formées par un gonflement et une véritable hypertrophie de leur tissu. Les dents sont sujettes à cette maladie, mais le plus grand degré d’analogie qui existe entre les os, en général, et les racines des dents , explique pourquoi ce sont ces dernières parties qui en sont le plus ordinairement affectées. Nous disons le plus ordinairement parce qu’il existe des exemples d exostose sur la couronne elle-même : nous avons en effet une grande incisive sur la couronne de laquelle on voit , a la lace antérieure, une sorte de nodosité qui a soulevé 1 émail ; la personne à laquelle appartenait cette dent 1 a vue insensiblement se déformer et ne l’a fait arjachei qu à cause des douleurs qu elle lui occasionnait par la distension de l’alvéole sur le pourtour duquel

la saillie faisait déjà un violent effort pour gagner la racine.

La cause de ce gonflement des dents est fort obscure et toujours très difficile à reconnaître avant l’extraction, quand il affecte les racines. 11 n’existe quelquefois que sur un côté de la dent qui présente une forme arrondie ou anguleuse, et, dans quelques circonstances, il occupe tout le pourtour et la hauteur de la racine ; dans d’autres cas, il accompagne la consomption. Cette maladie , dont nous possédons, quant aux racines, un grand nombre d’exemples dans notre collection pathologique, est presque toujours le résultat del’engorgement et de l’ossih cation du périoste dentaire. Elle peut exister lorsque les couronnes sont encore très saines , mais elle se manifeste surtout chez les sujets dont les dents sont devenues doulouieuses, soit à la suite d’une inflammation indolente, provenant de la carie du corps de la

dent et qui s’étend jusqu’aux racines, soit par reflet d’une diathèse goutteuse ou rhumatismale.

Il est difficile de constater , d’une manière exacte, l’existence de l’exostose des racines, car jamais elle ne détermine de suppuration , et la gencive continue presque toujours à être en bon état. On peut cependant en soupçonner h existence à la douleur gravative et profonde qui l’accompagne, douleur dont l’intensité n’est pas toujours la meme, et qui, dans tous les cas, ne se déclare que quand la racine a déjà acquis un volume considérable; alors l’alvéole peut se gonfler par l’effort

qu’exerce la dent malade sur ses parois, et celle-ci , ou devenir mobile ou s’élever chassée par l'alvéole, et dépasser le niveau des dents voisines, au point de s’opposer tout-à-fait à la mastication.

Quelques personnes, dit avec raison Fox, pourront attribuer cet état de déformation de la racine à un vice congénial de conformation : mais , comme il diffère beaucoup de toutes les défectuosités que présentent les racines diversement recourbées ou mal formées des dents non malades , on est forcé de n en voir la cause que dans une action morbifique qui occasionne un dépôt osseux, comme dans tous les autres

cas d’exostose.

Tout ce que l’art peut faire dans cette maladie, c’est de chercher, quand la douleur existe, à la combattie par un des trois moyens odontalgiques que nous avons développés dans le cours de ce chapitre, les saignées locales et les topiques émollients, les médicaments narcotiques et les révulsifs. Mais si la douleur persévère, que la dent devienne mobile, ou que, par son gonflement, elle occasionne une difformité appréciable,

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il faut nécessairement eu faire l’extraction. L’exemple rapporté par Fox(l) prouve que le retard qu’on met à pratiquer cette opération peut être fort préjudiciable aux personnes qui sont atteintes de celte maladie. Il faut cependant faire en sorte de ne pas la confondre avec les douleurs rhumatismales dont les mâchoires, el surtout les arcades alvéolaires, sont assez souvent le siège, et dont nous allons bientôt parler.

Quant au spina-ventosa, il attaque aussi principalement la racine des dents, mais il diffère de l’exostose, en ce que le gonflement n’est pas compacte comme dans ce dernier, mais léger, quelquefois lamelleux. La cavité de la racine malade est creuse, son ouverture est plus large qu’à l’état normal , ses parois minces semblent avoir été distendues par un soufflage. Cette maladie est très rare; nous en possédons cependant un exemple. Elle offre d’ailleurs les mêmes signes que l’exostose, et se trouve soumise aux mêmes indications thérapeutiques.

Ramollissement des dents.

Bien que les auteurs ne fassent aucune mention de cette maladie, elle existe cependant comme affection essentielle. Les dents sur lesquelles elle se présente offrent un aspect cartilagineux qui dénote que, sous 1 influence d’une cause dont il est diflicile de déterminer la nature, elles se sont trouvées privées des sels qui entraient dans leur composition et sont réduites au pa-

(1) Ouvrage cité, page lâ3. Cet auteur rapporte le cas d’une jeune dame à laquelle il fut obligé d’extraire une à une toutes les dents , parce que leurs racines étaient exostosées.

renchyme dans les mailles duquel ces sels étaient déposés. Ces dents ressemblent exactement à des parties d os qu on aurait plongées dans un acide concentré: circonstance que pourraient invoquer les personnes qui assimilent les dents aux os.

Nous avons rencontré plusieurs cas de cette maladie extraordinaire; un des plus curieux nous a été offert par un jeune sujet chez lequel les deux petites molaires, une de droite, l’autre de gauche, se ramollirent au point de n’avoir plus que la consistance de la cire. La pression exercée sur leur couronne par les doigts , lors de leur enlèvement, fut suffisante pour leur faire subir une déformation assez évidente. Nous les conservions soigneusement comme les seuls exemples bien authentiques de cette maladie, lorsque nous eûmes occasion, l’année dernière, d’en parler à M. le docteur Sander, ancien chef de clinique à Rotterdam; cet honorable confrère nous assura avoir connu une dame qui avait perdu toutes ses dents par un véritable ramollissement de leur tissu. Nous le priâmes de vouloir bien nous donner à cet égard les renseignements les plus précis. Sa réponse, datée du 10 avril 1842, est ainsi conçue:

« A mon arrivée à Rotterdam , j’ai parlé à M. le chirurgien A. Nortier, qui donnait avec moi ses soins à Madame D.. . ; il m’a confirmé que les dents de cette dame se trouvaient dans un état complet de ramollissement; de telle sorte que, prenant ses dents entre deux doigts, on pouvait leur donner différentes formes. Leur masse était semblable à la matière dont se servent les vitriers pour fixer les vitraux. Cette dame, âgée de plus de soixante ans, fut très scorbutique, eut les gencives gonflées, et une odeur fétide s’exhalait de sa bouche. Elle

perdit toutes ses dents ramollies jusqu’aux alvéoles remplis de la matière molle ayant constitué la racine. » Comme cette maladie se déclare habituellement sous l’influence d'une détérioration de la constitution générale, c’est vers ce dernier état que doivent être dirigées toutes les vues thérapeutiques ; le ministère du dentiste se borne simplement dans ce cas à l’enlèvement des dents , que leur transformation rend non seulement tout-à-fait inutiles, mais très gênantes.

Maladies de la pulpe dentaire.

Dans l’étude pathologique que nous avons faite de la carie, nous avons vu que les douleurs atroces qui accompagnent quelquefois celte maladie sont en général Je résultat de son envahissement de la pulpe dentaire. Cette pulpe peut néanmoins , dans quelques circonstances, être affectée sans qu’il y ait de grandes traces de carie ; et cette affection est ou une inflammation , une fongosité, une ossification, ou enfin une pure névralgie.

1° L inflammation de la pulpe est appelée, dans les cadres nosologiques , Odontite. Affectant plus fréquemment les adultes que les enfants, et en général plus commune dans le commencement de la carie ou de l’usure que quand ces deux altérations sont déjà fort avancées , cette phlegmasie se caractérise par une douleur aiguë qui augmente quand on frappe sur la partie antérieure ou sur le sommet de la dent, et qui ne s’étend d’abord ni

aux gencives ni à la mâchoire, mais s’y propage vers le deuxième ou le troisième jour , si toutefois elle ne diminue pas progressivement : alors tous les nerfs de la

face participent à celte douleur qui devient pulsative. Mais les pulsations qui se font ressentir dans les artères du côté douloureux sont tout à la fois plus fortes et plus accélérées, tandis que dans des douleurs purement névralgiques elles sont seulement plus fortes , quoiqu’on ait pu croire le contraire. Quelquefois , cependant, sans prendre ce caractère, l’inflammation disparaît tout-àcoup, et le malade ne ressent plus qu’une espèce d’engourdissement, qu’accompagne quelquefois un gonflement de la gencive. Si la douleur est telle qu’on soit obligé d’en venir à l’extraction, on trouve le cordon dentaire, à l’extrémité de la racine, enflammé, tuméfié, quelquefois même suppurant ou gangrené.

N’est-ce pas émettre une opinion presque banale que de dire que les causes de cette inflammation sont tantôt des impressions de froid et de chaud, mais surtout des changements brusques de température, de violents chocs sur les dents saines ou de légères secousses sur celles qui sont cariées, le séjour de parcelles alimentaires dans ces dents, ou enfin une métastase quelconque. Cette dernière cause mérite cependant une attention toute particulière; car c’est à elle seule qu’on peut rapporter un assez grand nombre d’odontalgies très intenses et complètement rebelles aux moyens qui ne seraient pas appropriés à leur nature spéciale. C’est ainsi que nous avons vu un jeune homme en proie à des douleurs de dents si atroces qu’elles lui en firent arracher successivement quatre sans aucun soulagement, et qui ne cédèrent qu’au retour d’une hémorrhagie nasale à laquelle il était habitué, et qu’on rappela par l’emploi de poudres sternutatoires.

Quant au traitement de l’odontite, il doit être, suivant

les règles que nous avons tracées pour la carie, ou antiphlogistique, ou antispasmodique, ou sur-excitant, ou enfin escharotique. Nous nous bornons à noter cette phlegmasie dans sa forme la plus ordinaire et sous son caractère le moins dangereux; mais il peut arriver, comme nous allons le voir en parlant des névralgies dentaires proprement dites, que l’inflammation de la pulpe, se propageant le long du nerf propre à la dent malade, aille envahir la portion même du cerveau où ce nerf prend naissance, et occasionne ainsi soit des désordres sympathiques dans les diverses parties auxquelles se distribuent tous les nerfs de la cinquième paire, soit des accidents cérébraux d’une extrême gravité , contre lesquels l’extraction de la dent qui a été le point de départ primitif de tout le mal ne serait, dans la plupart des cas, qu’un moyen tout-à fait inutile.

2° Lorsque le canal dentaire a été dilaté par une maladie ou qu’il se trouve accidentellement ouvert, les parties molles qu’il renferme peuvent être le siège d’une fongosité. Si le canal a été dilaté vers 1 extrémité de la racine de la dent, la pulpe tuméfiée devient plus consistante, plus rouge, et forme un cordon plus volumineux que dans l étal naturel, se continuant avec la membrane alvéolaire par un boursouflement assez épais. Quand le canal est ouvert par un accident quelconque (la carie, une fracture), la pulpe paraît extérieurement sous la forme d’une petite tumeur rouge, circonscrite par les bords de l’ouverture de la dent, et très sensible au contact des corps étrangers. Cette sensibilité est quelquefois telle que non seulement la mastication est impossible du côté malade, mais

que la personne n’ose même pas fermer complètement la bouche, dans la crainte que la dent correspondante du haut ou du bas ne vienne à frapper sur la fongosité.

Il arrive souvent que cette tumeur se durcit, se flétrit d’elle-même et disparaît. Dans les cas où ce résultat avantageux se ferait trop attendre, il ne faut point hésiter à l’obtenir par les ressources de l’art. On y parvient soit en excisant la fongosité, soit en la cautérisant, soit enfin en faisant l’extraction de la dent, quand les deux autres moyens ont été essayés sans succès.

3° Indépendamment d’une inflammation et d’une fongosité, la pulpe dentaire peut être, avons-nous dit, le siège d’une véritable ossification qui peut survenir dans deux circonstances : ou quand la dent est usée, alors la pulpe s’ossifie dans le voisinage de la table qui ferme encore le canal dentaire ; ou sur les dents cariées , alors l’extrémité de la pulpe se termine par un petit osselet qui reste comme suspendu à cette pulpe. Pour être un état pathologique, cette ossification, suivant la judicieuse remarque de M. Marjolin, n’en est pas moins l’effet d’une vue bienfaisante de la nature; car, dans le cas d’usure de la table de la dent , elle lui devient adhérente et augmente son épaisseur; dans le cas de carie, elle bouche l’ ouverture et prévient la dénudation des parties contenues dans le canal dentaire.

Mais il peut arriver que cet osselet, se prolongeant dans l'intérieur du canal, vienne comprimer la pulpe et occasionne des douleurs dont il est de prime abord difficile de déterminer la cause. C’est ce que nous avons vu plusieurs fois, ainsi queM. E. Rousseau , qui s’exprime

en ces termes (1) : « Un jeune homme d environ trente ans, tourmenté par des douleurs de dents très violentes, se présente chez moi pour se faire extraire la dent dans laquelle il prétendait qu’existait la cause de ses souffrances. Cette dent n’était altérée par aucun effet de la carie, et , cependant , je parvins à me convaincre qu’elle

pouvait bien être effectivement le siège de la douleur :

j’en opérai l’évulsion ; n’ayant pu ensuite y reconnaître

aucun point d’altération, je la cassai pour en examiner 1 intérieur, et je trouvai la cavité dentaire remplie d’un osselet assez considérable. Je reconnus alors que cet osselet, par son accroissement successif, irritant la pulpe nerveuse et la comprimant contre les parois de la cavité, avait déterminé uneinflammation, et qu’il était la cause évidente des douleurs auxquelles ce jeune homme était en proie depuis longtemps. »

Ce fait paraît même plus fréquent qu’on ne l’a cru jusqu à ce jour, car nous en trouvons encore un exemple fort remarquable dans un recueil italien (2). En voici le résumé : « Une dame italienne éprouvait dans l’oreille gauche un tintement continuel qui paraissait s'accroître de jour en jour , et qu’elle comparait au bruit d’une sonnette. Cette opiniâtre incommodité ayant résisté à tous les remèdes, cette dame était devenue fort triste et de plus hystérique. Elle eut enfin recours au docteur Buzzi, dentiste de ia cour de Toscane. Ce médecin examina avec la plus grande attention le conduit auditif externe, la trompe d’Eustache et la cavité buccale, et ny découvrit aucun dérangement. Il n’aperçut non

(U Ouvrage cité, page 257.

(2) Observ. me die.; Naples, l(r décembre 183^.

plus sur les dents, qu’il observa très soigneusement, aucune trace de carie : néanmoins il eut l’idée de les percuter une à une, et toutes les fois qu’il tombait sur la dent canine gauche de la mâchoire supérieure, la dame accusait la sensation de tintement. Regardant alors cette dent comme le siège du mal, le docteur Buzzi en opéra aussitôt l'extraction, et sur-le-champ la dame fut délivrée d’un mal qui , depuis si longtemps, la tourmentait sans cesse. La dent fut sciée en long, et on trouva dans sa cavité intérieure une petite concrétion osseuse, suspendue à l’artère nourricière, et semblable au battant d’une sonnette. »

Névroses ou névralgies dentaires.

Indépendamment des diverses espèces de douleurs que déterminent, dans le système dentaire, les différentes maladies que nous venons de décrire et qui ont primitivement leur siège dans la dent malade, c’est à dire qui marchent de la périphérie au centre, les dents peuvent en ressentir quelques autres qui, ne tenant à aucune cause apparente bien appréciable , marchent du centre à la périphérie, c’est à dire dépendent d’une lésion directe, soit des filets nerveux qui se distribuent à ces organes, soit de la partie du cerveau d’où ces filets partent.

Les premières sont généralement de nature inflammatoire; les secondes sont, au contraire, de véritables névroses, les seules par conséquent auxquelles , dans un langage médical un peu correct, on devrait donner le nom d ’ Odonlalgies . Aussi, tandis que les unes ont un cachet congestionnel que décèlent leur marche généralement

continue , leur caractère pu Isa ti f et 1 état même des individus qu’elles affectent, qui sont ordinairement les hommes, les adultes, les sujets robustes et sanguins; les autres surviennent, au contraire, d’une manière brusque et inattendue , ne sont pas en général accompagnées de la fréquence des battements artériels, prennent souvent un type intermittent , et affectent de préférence les individus impressionnables, fatigués par de longues maladies, les femmes hystériques, enfin les personnes tourmentées d’affections rhumatismales et de ces maladies nerveuses transcurrentes qui ont avec le rhumatisme la plus grande analogie, et qu’on désigne communément sous le nom générique de douleurs.

Dans les odontalgies que nous avons déjà étudiées, la percussion des dents, sur le lieu où la douleur est ressentie, fait de suite reconnaître celle qui est malade; dans celles dont il est ici question, ce moyen d’exploration ne sert souvent qu’à démontrer que toute la rangée dentaire d’un coté est prise à la fois. Là, tous les phénomènes se concentraient sur un seul point; ici, de vives sympathies sont mises en jeu : ce sont des otites, des tics douloureux de la face, en un mot des phénomènes qui attestent que diverses divisions des nerfs de la cinquième paire sont atteintes. Aussi, comme conséquence de ce fait et de ceux que nous avons énoncés plus bas , tandis que l’évulsion de la dent malade, dans les cas d’odonlalgie inflammatoire , fait cesser de suite la douleur, dans les odontalgies nerveuses cette évulsion est une opération pour le moins inutile.

Pour ignorer cette distinction , des dentistes commettent tous les jours d’horribles mutilations et compromettent un art qui, sagement interprété, eut cou-

duit à de meilleurs résultats. Nous reconnaissons tou telois que les ouvrages élémentaires écrits jusqu’à ce jour sur cet art sont loin d’avoir établi la distinction que nous signalons , puisqu aucun d eux ne l’avait même soupçonnée; mais, en lisant avec plus d attention les traités généraux de chirurgie, les dentistes eussent été avertis do cet écueil et auraient mis plus de soin à l’éviter. Alors, au lieu de chercher à calmer toutes les douleurs dentaires par les moyens locaux que nous avons décrits ailleurs, ils en seraient venus de bonne heure à des moyens plus appropriés à la nature du mal , comme les révulsifs, tels que des synapismes appliqués aux jambes ou des pédiluves très chauds , une ventouse posée sur la nuque ou même sur la joue , le quinquina, ou mieux le sulfate de quinine à haute dose, les narcotiques, comme le laudanum, l’éther, la belladone, etc.

Un chirurgien anglais, Benjamin Bell , membre des collèges de chirurgie d’Irlande et d’Édimbourg, a parfaitement saisi la distinction que nous signalons, car il s exprime ainsi à cet égard (1) : « Dans ces circonstances, l’on parvient souvent à reconnaître que la douleur de la dent dépend de l’affection de quelque autre partie, et qu aucun remède ne peut réussir si on ne le dirige vers la maladie primitive. Le rhumatisme est quelquefois la source du mal, ou la diathèse arthritique; il est souvent un symptôme de l’affection hystérique; les femmes grosses y sont très sujettes, et il dépend fréquemment de la saburre de l’estomac. »

Parmi les altérations sympathiques que déterminent

(1) Cours complet de chirurgie théorique et pratique , traduit par Ed. Bosquillon en 1796 , tome IV , page 181.

les névroses dentaires, il n’en est point de plus fréquentes que celles qui ont leur siège dans l’organe de 1 ouïe. Ces altérations peuvent quelquefois avoir les suites les plus funestes, comme le prouve l’observation suivante qui nous a été communiquée par M. le docteur Mueg , ancien interne de l’école de Strasbourg.

« Un jeune garçon d’une bonne constitution se présente à l'hospice des vénériens de Strasbourg, affecté d’une blennorrhagie et de la gale. Le traitement de ces deux affections fut conduit simultanément, mais avec beaucoup de prudence. Une odontalgie assez intense survint tout-à-coup au bout de quelques jours, et ne tarda pas a se revêtir des formes les plus graves : fièvre, céphalalgie, battement des artères temporales, etc. Une forte saignée n’ayant procuré qu’un faible soulagement, on en vint à l’extraction d’une dent cariée et douloureuse. Alors apparurent des douleurs auriculaires qu’on chercha à calmer par une forte application de sangsues aux apophyses mastoïdes ; mais l’odontalgie persista et s’irradia dans tout le maxillaire inférieur gauche : de là insomnie, rêvasserie et cris aigus. Les douleurs violentes de l’oreille continuent et prennent le caractère d un bruit de martelage produit par le choc d’un marteau sur une enclume. Six jours se passent ainsi sans qu’aucun moyen puisse calmer les douleurs déchirantes auxquelles le malade est en proie. Bientôt il est pris d un délire furieux qui exige qu’on l’isole. Quoique le conduit auditif fut sain , tous les téguments de l’oreille et des tempes étaient si impressionnables , que le plus légei contact réveillait en eux d atroces douleurs. Le délire continuait, ainsi que la fièvre, à laquelle vinrent se joindre des mouvements automatiques des membres ,

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une extrême dilatation des pupilles, un larmoiement continuel , un râle, un état comateux, et enfin la mort après huit jours des plus cruelles souffrances.

» A l’ouverture qu’on ht du sujet, le cerveau fut trouvé pénétré d’une injection vasculaire générale; dans quelques points sa substance était comme sablée; la duremère correspondant au rocher présentait aussi une rougeur remarquable et était légèrement soulevée en regard du canal semi-circulaire supérieur. L’incision de la membrane laissa écouler un peu de pus rougeâtre et grumeleux. Après avoir lavé la surface , on reconnut que les parois du canal étaient cariées , et qu’il y avait évidemment communication des cavités labyrinthiques avec celle que s’était formée le pus en décollant la duremère. En outre , le pus avait la même consistance que les produits morbides qui se rencontrent dans les canaux de l’oreille interne, dont les membranes étaient rouges, épaisses, et semblaient ramollies. L’oreille moyenne parut intacte; à l’examen de la bouche on trouva plusieurs dents cariées seulement à leurs racines. »

On peut se demander quelle était la cause primitive de tous ces désordres. Nous n’hésitons pas à croire que l’odontalgie en avait été le point de départ. La douleur qui la représentait, en s’accroissant et en se propageant au cerveau , avait fini par réveiller dans ce dernier organe une souffrance primitivement sympathique, mais qui , sous l’action incessante de Lodontalgie, se localisa dans le centre cérébral , et irradia de là vers l’oreille interne, où elle s’établit avec une énergie d’autant plus grande que l'organe affecté est plus délicat, et que le malade trouvait encore dans le bruit d’un grand hôpital une cause d’excitation propre à aggraver son état ;

car on sait combien le bruit est préjudiciable aux personnes affectées d’otite.

Cette sympathie si intime qui unit l’appareil dentaire aux organes de 1 ouïe avait d’ailleurs été notée depuis longtemps ; aussi Ilard, M. Deleau, et la plupart des médecins qui se sont occupés d’une manière particulière des maladies de 1 oreille, ont-ils cherché souvent à faire remonter la cause originelle des surdités nerveuses qui datent du bas âge à une lésion primitive et concomitante de 1 appareil dentaire. Aucun auteur n’en acependant donné une explication satisfaisante. M. Jobert dit à ce sujet (1) : « Le fait existant, on doit néanmoins chercher son explication dans les dispositions anatomiques. Rappelez- vous donc les rapports de la corde du tympan avec les nerfs dentaires et lingual , ainsi que la terminaison de cette meme corde du tympan dans le nerf facial, dont elle paraît n’être qu’une branche; songez aux anastomoses de ce dernier nerf avec le nerf acoustique dans le conduit auditif interne, et vous serez probablement sur la voie. Je crois, en effet, que c’est par suite de ce mode de distribution nerveuse que l’on peut expliquer la surdité qui vient compliquer les phénomènes de la dentition. «

« Cette explication, dit M. Mueg (2), nous semble manquer de justesse. Il est établi aujourd’hui , anatomiquement et physiologiquement, que les anastomoses des nerfs ne sont que des juxta-positions ; que les fibres nerveuses, après la réunion de deux racines, ne con-

(1) Etudes sut le Système neweux.

(2) De l Électricité appliquée à la cure de la surdité. Voyez Revue des Spécialités , septembre 1S/|2.

tractent jamais d'union ensemble; qu’elles marchent séparées, isolées, indépendantes les unes des autres . depuis leur origine jusqu’à leur terminaison; et que, par conséquent, il ne peut plus y avoir le moindre conflit entre elles dans les cas où la sympathie nerveuse n’est point en jeu. (C’est ce que nous avons déjà dit à la page 257, en parlant de la proposition que fait M. Malgaigne de détruire le nerf qui se distribue à une dent pour faire cesser la douleur qu’on ressentirait dans celle qui la précède.) Il ressort de là 1° que la douleur ni l’irritation , soit pathologique, soit mécanique, ne peut se transmettre à des organes différents par les anastomoses de leurs nerfs ; 2° que chaque fois qu’une douleur co-existe sympathiquement dans une partie avec la douleur d’une autre région plus ou moins éloignée , elle ne s’y manifeste que par une réaction dés centres nerveux. On explique ainsi parfaitement les souffrances auriculaires qui accompagnent si souvent les odontalgies, et vice versa : ce sont là toujours des phénomènes de réflexion. »

Concluons donc en définitive que toutes les douleurs qui se font ressentir vers les dents ne sont pas le résultat unique d’une altération physiquede leur substance ; que, quelle que soit la cause qui les détermine, elles peuvent irradier vers le cerveau et y occasionner de graves accidents ; enfin que le dentiste qui n’aurait pour les faire cesser d’autre moyen que l’extraction , pourrait parfois rester exposé à bien des mécomptes.

Dans tous les cas , quand une douleur dentaire est de nature évidemment nerveuse , deux genres de moyens se présentent pour la combattre : les uns ressortent de

là matière médicale, les autres appartiennent h la médecine opératoire. Les premiers sont puisés dans la classe nombreuse des antispasmodiques , comme l’opium , qu’on peut surtout administrer sous forme de sels (acétate ou hydro-chlorate de morphine) par la méthode endermique, c’est à dire par la peau dénudée de son épiderme, et à la dose d’un centigramme à cinq (un cinquième de grain à un grain); la jusquiame, le datura stramonium, la belladone que M. Deleau prétend (1) avoir employée, avec le plus grand succès, sous forme de cataplasme, dans toutes les névralgies faciales ; puis Lassa- fœtida, le laurier-cerise; viennent ensuite les ven-

touses, les vésicatoires , les moxas, etc. Si enfin, comme cela s est vu quelquefois , la douleur prenait un type intermittent, il n’y aurait point à hésiter à administrer le sulfate de quinine.

Les moyens qui ressortent de la médecine opératoire, et qui ne doivent etre employés que quand les premiers ont échoué , consistent à interrompre la continuation du nerf dentaire par la section des troncs communs aux dents, qui sont les nerfs maxillaires supérieur et inférieur. On attaquerait le premier à sa sortie du trou sousorbitaire en le coupant soit à l’intérieur de la bouche, ou, pour parler plus clairement, vers la face interne des lèvres , soit sur la joue par une simple ponction ou par une incision et comme 1 indique M. Bérard aîné; et le second par les procédés de MM. Warren, Velpeau, Bérard aine, Malgaigne, aux ouvrages desquels nous renvoyons,

• engageant toutefois les dentistes à ne pas prendre sur eux toute la responsabilité de pareilles opérations.

(1) Dictionnaire des Diction, de médecine, tome IV, page 6t\.

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