‹ Nouveaux éléments complets de la science et de l'art du dentisteChapitre 12 sur 32 · GO · texte numérisé non relu

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son sens horizontal ou en travers, parce qu’il présente ainsi beaucoup plus de résistance.

Quant aux moyens de donner à l’hippopotame, de même qu’à toute autre substance de semblable contexture, la forme des dents et des gencives, ils constituent à eux seuls un art qui tient à la fois de celui du tabletier pour la division méthodique et la préparation de la substance, et de celui du sculpteur pour l imitation des objets au remplacement desquels on doit pourvoir. Il ne suffit plus aujourd’hui , comme au temps de Fauchard, pour imiter les dents, d’établir des séparations sur la partie antérieure d’un morceau d’hippopotame , et soit d’amincir, soit de tailler en pointe, soit de limer en croix l’extrémité de chaque morceau, suivant qu’on veut simuler une incisive, une canine ou une molaire; mais il faut que l’objet sculpté soit la représentation , aussi rigoureusement exacte que possible, de celui dont il doit occuper la place, et dont il est à désirer qu’il ne trahisse en aucune façon l’absence.

C’est avec la scie qu’on divise en morceaux convenables les dents d’hippopotame destinées à notre usage. Une fois le morceau choisi, le compas indique les dimensions que doit avoir le travail , le crayon en trace les détails , la râpe et la lime impriment la forme d’ensemble; mais l’échoppe, le grattoir et le burin, employés à la manière du graveur et du sculpteur, peuvent seuls, aidés quelquefois cependant de la meule et de la fraise montées sur tour, servir à achever la pièce et à lui communiquer le fini convenable. On le polit ensuite , coloré ou non, avec une petite quantité de pierre-ponce très fine étendue soit sur un linge mouillé, soit sur un morceau

de bois tendre, ou par tout autre moyen. Sans vouloir décrire en détail les diverses manières de travailler l’ hippopotame , manières qui doivent nécessairement varier suivant l'objet que l’on veut confectionner, examinons cependant chacune des préparations fondamentales auxquelles on le soumet pour l’amener au point où il doit être pour être placé dans la bouche et atteindre le but qu’on se propose dans son emploi.

Nous avons dit que c’est avec la scie que I on divise en morceaux convenables l’hippopotame. Mais ce qu’il faut savoir, c’est que cet instrument doit être aussi bien denté et aussi bien trempé que si l’on avait à scier du fer ou du cuivre, parce que l’émail de cette substance est si dur que les scies d’une trempe ordinaire s’émousseraient aisément sur elle et s useraient ou se briseraient sans avancer en l ien le travail. Aussi est-il prudent de frayer leur passage en limant cet émail avec le bord d’une lime triangulaire. Pour cela, on place la dent d’hippopotame dans l’étau, enveloppé toutefois d’un morceau de linge ou de peau pour que la pièce, solidement saisie, ne glisse pas entre les mâchoires de T instrument, et en même temps pour que l’émail n’éclate pas dans les points saisis; puis on fait une rainure avec la lime autour de la dent sur les endroits où l’on veut faire agir la scie.

Gomme la scie ne parvient pas très profondément dans la substance de l’hippopotame, pas plus qu’elle ne ferait dans l’ivoire, sans s’échauffer et sans la ramollir par son calorique, on s arrête de temps à autre pour la laisser refroidir, a moins qu'on ne veuille prévenir cet effet en mouillant souvent. Quand les morceaux sont ainsi divisés , on les garde intacts pour en faire des pièces

destinées à représenter les dents et leur hase du même morceau, en laissant alors l’émail pour les premières, et en le faisant calciner au feu de la lampe ou en l’usant à la meule pour la seconde. Mais si on veut les utiliser en dents isolées, on les taille en autant de pièces qu’on veut en faire, donnant toujours la préférence à celles qui sont recouvertes de l’émail le plus régulier. Dans ce dernier cas on évite l’éclat de cet émail sur ses bords en commençant par le limer dans ces endroits , si mieux on n’aime se servir à cet effet d’un tour.

Lorsque l’hippopotame est débité suivant l’emploi qu’on veut en faire, il s’agit de le travailler en détail. Pour cela, les anciens dentistes le plaçaient dans le même étau qui avait servi à sa première division; mais on reconnaît aujourd’hui qu’il vaut infiniment mieux tenir à la main le morceau qu’on veut travailler, et l'appuyer sur la cheville de l’établi . Quelques dentistes l’y maintiennent au moyen d’une corde passée en double dans un trou percé à la cheville de l’établi et qui va se lixer à une planchette posant à terre. Quand ils veulent fixer solidement une pièce entre la cheville et la corde, ils l’engagent dans l’anse que forme celle-ci, et on la tend avec le pied posé sur la planchette. Ainsi maintenue, la pièce ne peut échapper aux instruments qui doivent servir à la travailler, et n’est pas exposée à être endommagée par les mâchoires ou serres de l’étau , quelque soin qu’on eût pris de garnir ces dernières de linge , de peau ou de liège; mais celte manière ne vaut pas celle qui consiste à travailler à la main.

Ne veut -on que confectionner une base, on en prend un morceau non émaillé et dont le fil, comme nous l’avons déjà dit, pourra être horizontal ; on l’incruste soit

à l’ échoppe , soit à la fraise du lotir pour qu’il s’accorde parfaitement au modèle dont nous parlerons bientôt. On en formera alors une base qui emboîtera le bord alvéolaire sur lequel elle devra porter de manière à rétablir ce qui pourrait en manquer. On dessine ensuite avec un crayon, mais seulement en avant, des festons semblables à ceux que décrivent les gencives; puis, soit avec la gouge , soit avec la râpe , soit avec la fraise , on évidera chaque arcade en commençant par celle qui touche à la ligne médiane primitivement fixée.

Si c’est au contraire une simple dent que I on veut faire, une incisive par exemple, le morceau d’hippopotame garni de son émail étant convenablement disposé, on le creuse à la partie qui doit porter sur la gencive ou sur la base soit osseuse, soit métallique, à laquelle elle doit être unie ; ce qui se fait avec la lime demi-ronde ou ce qu’on nomme queue-de-rat , quelquefois aussi avec l’échoppe. Puis, pour vider la partie postérieure, on scie obliquement la pièce de la base au sommet; mais quand on est parvenu aux deux tiers environ de son épaisseur , on s’arrête pour donner verticalement un autre trait de scie venant joindre le premier; mais il vaut mieux se servir encore à cet effet d’une lime demi-ronde. On entre ensuite dans tous les détails de la forme.

Nous ferons observer à cette occasion que si on voulait absolument faire avec l’hippopotame des dents garnies d’émail sur leurs faces antérieures et latérales, on le pourrait en découpant ces dents sur certaines saillies qu’offrent, sous forme de côtes, quelques dents d’hippopotame. Ce travail occasionnerait une grande perte de la matière, mais pourrait contenter les personnes qui , pour des raisons bonnes ou mauvaises , se refuse

raient à faire usage des dents humaines ou minérales. Nous avons fait de cette manière plusieurs pièces et même des râteliers complets.

Enfin, le travail qui consiste à faire un dentier portant les dents et leur base, sculptées d’un seul morceau, est assurément le plus difficile de tout ce que l’on fait avec l’hippopotame, car non seulement il renferme à lui seul, comme on le prévoit, les difficultés inhérentes aux dents et aux bases, mais il en contient encore qui résultent de l’union des deux parties. Pour qu’une pièce de celte nature soit bien faite, le dentiste tracera, d’après la bouche même de la personne à laquelle elle sera destinée , la ligne médiane verticale qui lui servira de règle dans la division des dents. Il dessinera ensuite ces dernières avec le crayon, ayant bien soin de laisser pour chacune d’elles l’épaisseur voulue.

Ainsi , les incisives centrales ou grandes incisives seront larges et aplaties, particulièrement celles d’en haut qui l’emportent d’un quart au moins sur celles d’en bas ; les incisives latérales ou petites incisives seront d’un tiers moins fortes ; les canines plus ou moins arrondies , allongées ou pointues, suivant les personnes., auront besoin qu’on leur ménage un espace à peu près égal à celui des incisives latérales. Quant aux molaires, les petites doivent être non d’un quart , mais d’un cinquième seulement plus petites que les canines, et les grosses demanderont pour chacune d’elles un volume à peu près égal à celui donné aux deux petites. C’est pour creuser la face triturante des dents de ces deux ordres ( petites et grandes molaires), que quelques dentistes se servent de fraises d’acier ; nous préférons l’échoppe qui enlève moins circulairement.

Les moyens de percer l'hippopotame sont ceux qu’on emploie pour perforer tous les autres objets qui servent à la prothèse dentaire. Ce sont le tour et le lourd d’horloger, avec des forets de diverses grosseurs, Y archet et Y arbre armé du foret, avec poulie. Le bout de 1 arbre du côté de la poulie se place dans 1 une des cavités qui sont toujours à l’extrémité des mâchoires des étaux d horloger, ou sur les côtés de la cheville. L’autre extrémité, qui est celle qui doit perforer, se place sur I objet qu on veut percer.

Les trous pratiqués dans l’hippopotame, ainsi que dans toute autre substance animale employée a la confection des pièces de denture artificielle , doivent toujours être plutôt moins que plus larges que les pivots qu ils recevront, parce que l’objet ne sera bien assujéti que si on a été obligé d’employer un peu de force pour introduire ces derniers. La perforation de ces trous exige aussi certaines précautions. Ainsi, il faut que les forets qui servent à les pratiquer soient bien évidés ; autrement le produit du foretage ne sort pas ou s’unit au foret qui , en s’échauffant, se détrempe, s’engage et finit par casser. On prévient cet inconvénient en le retirant souvent pour dégager le trou, et en le trempant simplement dans

l’eau. S’il casse dans la pièce et que la partie qui est restée ne puisse être saisie avec des pinces, on fait un contre-trou en opposition directe de cette partie, et on la chasse en arrière avec un repoussoir. Enfin, quand le travail est fini , on le polit en se contentant des moyens simples que nous avons déjà indiqués, mais quelques dentistes se servent de meules de bois de noyer, de

saule ou tout autre, légèrement mouillées et sur lesquelles on met un peu d émeri , de potée ou protoxide

d étain, de pierre ponce; puis on essuie pour polir une dernière lois avec les doigts et la poudre de pierre ponce parfaitement sèche.

L’hippopotame a surtout cet avantage qu’il permet de retoucher souvent les pièces pour lesquelles il est employé. Se sert-on, par exemple, pour ces pièces de moules en plâtre, ce qui suffit ordinairement, on fait d’abord la pièce en cire, puis on recouvre la plus grande partie de ce moule d’une couleur noire ou rouge délayée dans un peu d’eau légèrement gommée; on y présente la pièce, et quand on la retire, elle se trouve marquée de petits points noirs ou rouges, suivant la couleur employée, indiquant ce qui doit être enlevé avec l’échoppe, mais toujours avec précaution, jusqu’à ce que tous les points qui doivent toucher aux parties sous-jacentes se couvrent de la couleur dont sont imprégnées ces dernières. Quant à la manière de teindre l’hippopotame destiné à imiter les gencives , nous en parlerons en traitant des moyens de disposer les bases sur lesquelles on monte les dents. Contentons-nous de dire ici que pour donner aux dents isolées une teinte un peu jaune rapprochant de celle des dents naturelles, on peut les faire bouillir dans une décoction de café , de thé ou de toute autre substance contenant un peu de tan.

Les dentistes que l’importance de leur clientèle conduit à faire beaucoup de prothèse dentaire doivent tenir en provision des dents d’hippopotame de toutes les grosseurs, afin d’avoir toujours sous la main la forme de la partie émaillée dont ils peuvent à chaque instant avoir besoin. Ceux qui habitent la province et ne font que peu de pièces s’en procurent aisément chez les ta-

Métiers des grandes villes. On coupe ces dénis en morceaux circulaires d’une certaine épaisseur, on en blanchit l’émail sur la meule, et on les conserve pour l’usage dans un lieu frais. Il est bon d’être averli que, comme celte substance se vend au poids, les marchands ne manquent jamais de la tenir dans des caves ou de l'arroser souvent pour qu elle absorbe l’humidité et qu elle pèse davantage. Il faut bien se garder alors , pour la faire sécher, de l’exposer au feu ou au soleil, ni même au grand air, parce qu’on la ferait fendre, surtout dans le sens d<* la suture et dans les points dépourvus d’émail.

2° Dents humaines.

Ne semble-t-il pas, au premier abord, qu’aucune indication de prothèse ne puisse être plus facilement et plus sûrement remplie que celle qui est relative aux dents, puisqu’on peut non seulement remplacer la na turc par la nature elle-même, mais substituer directement une dent humaine à une dent toute semblable. Trois raisons se sont pourtant de tout temps opposées à ce que l’emploi des dents humaines ait été aussi fréquent qu’on pourrait le croire, et ont engagé les hommes de l’art à rechercher une substance qui pût avoir tous leurs avantages sans avoir leurs inconvénients.

D’abord leur usage a dû nécessairement être interdit ou presque nul pour les peuples dont les croyances religieuses défendaient, comme un acte de profanation sacrilège, de toucher à la dépouille des morts; ensuite, bien des personnes ont dû éprouver de la répugnance à placer dans leur bouche des dents ayant appartenu à d’autres individus; enfin on fut obligé de reconnaître

quelles devaient être assez souvent renouvelées , parce qu elles avaient cela de commun avec toutes les substances animales, que, perdant leur éclat et leur couleur, elles formaient un contraste avec les autres dents voisines , et que, finissant par être attaquées par la salive et les autres humeurs buccales , elles se détérioraient au point d'exhaler, au bout d’un certain temps, une odeur désagréable.

Quelque fortes que fussent ces trois raisons, elles ont cédé au besoin dans lequel toute personne privée d’une partie de ses dents s’est trouvée placée de dissimuler le plus possible cette perte; aussi les dents humaines sont-elles recherchées par ceux qui préfèrent une imitation parfaite à la durée. En temps de guerre, on peut en avoir de très belles, saines et capables de répondre à tous les besoins; mais , en temps de paix , on ne peut généralement se les procurer que de deux manières : en les achetant aux infirmiers des hôpitaux, ou en les prenant dans les cimetières. Quant à l’espoir que donne M. Delabarre aux dentistes qui ont une nombreuse clientèle de pouvoir recueillir un certain nombre de dents naturelles propres à la prothèse, dans l'extraction des dents surnuméraires , nous ne l’avons jamais vu et il ne peut se réaliser ; et aussi engageonsnous les jeunes praticiens à ne jamais compter sur cette ressource, d’abord parce que les dents surnuméraires sont très rares ; ensuite parce que , parmi celles qu’on extrait, il en est très peu qui aient une forme assez arrêtée pour être utilisées; la plupart d’entre elles ressemblent à de simples tubercules osseux qui se rapprochent plus des canines que de toutes les autres, comme nous l avons déjà fait observer.

Pour ce qui est des dents prises dans les cimetières, elles sont toujours mauvaises , parce que , quand elles ont séjourné longtemps dans la terre, leur émail est souvent altéré, et que le plus ordinairement la substance osseuse a subi un commencement de décomposition qui les rend jaunes et friables.

Voici du reste comment il faut choisir les dents humaines , et les diverses préparations qu on doit leur taire subir pour les approprier à la prothèse dentaire. Les meilleures sont celles qui ne sont ni cariées ni fêlées , et qui ont été extraites peu de temps après la mort sur des individus âgés de vingt à quarante ans, époque de la vie où elles ont la force nécessaire pour résister aux causes si variées de destruction auxquelles elles sont incessamment soumises. Prises en effet sur des sujets plus jeunes , elles sont moins résistantes et ont leur cavité centrale trop prononcée; sur des sujets plus avancés en âge, elles sont le plus ordinairement déjà jaunes et usées. 11 ne faut prendre que celles qui sont entièrement saines , et rejeter toutes celles qui , quoique intactes, ont l’intérieur rougeâtre ou noirâtre, parce que cette couleur est le résultat d’un étal pathologique, et que, semblables aux dents cariées, elles se détruisent bientôt par le contact de la salive. Quant au conseil que donnent quelques auteurs d’utiliser celles qui ne seraient que légèrement attaquées de carie, en bouchant le trou provenant de cette altération avec une cheville d’hippopotame, nous croyons qu’il ne doit être suivi par aucun dentiste qui tient à faire de belles pièces.

Dans l’achat des dents humaines, on doit attacher beaucoup plus de prix aux six dents antérieures de la

mâchoire supérieure, particulièrement aux incisives qui sont l’espèce au remplacement desquelles on tient plus et que nous avons par conséquent plus l’occasion d’employer ; il ne faut cependant pas négliger de se procurer celles de la mâchoire inférieure, qu’on utilise assez souvent, ainsi que toutes les autres.

Quand elles sont ainsi choisies, on les débarrasse , bien entendu, avec un grattoir des portions d’alvéole, de tartre et de périoste qui pourraient encore leur être adhérentes. Quelques dentistes conseillent alors de les perforer et de les réunir par un fil vers leur racine, puis de les appareiller par bouche, et de les faire tremper, pendant unehuitaine de jours, dans une eau simple renouvelée toutes les vingt-quatre heures ; ensuite de les nettoyer de nouveau avec un morceau de bois tendre légèrement mouilléet imprégné d’une petite quantité de pierre ponce pulvérisée et passée au tamis de soie, et de terminer leur nettoiement en les lavant et en les laissant tremper quelques jours dans une eau de savon. D’autres commencent toute la préparation par ce dernier travail , et veulent même qu’on les fasse bouillir. Quoique cette précaution semble donner plus de sécurité pour la propreté, elle ne nous parait pas compenser la tendance qu’ont tous les tissus osseux à jaunir quand on les fait bouillir ; aussi nous en abstenons-nous.

S’il restait quelques légères taches que le frottement à la main ne pût pas effacer , on pourrait essayer de les faire disparaître en soumettant les dents à l’action d’une meule de bois tendre montée sur un tour ; et si l’émail était un peu attaqué, on les passerait à la meule de grès pour les unir ; on les polirait ensuite avec la meule de bois et la poussière de pierre ponce sèche. Dans aucun cas il ne

faut se servir d'acide concentré pour nettoyer les dents, parce que l email en serait attaqué, sans doute même plus vite que si la dent était vivante. Il est bon d’observer toutefois que le soin qu’on doit mettre à rechercher les dents les plus belles ne doit pas aller jusqu’à rejeter toutes celles qui offriraient quelques défauts de teinte ou même déformé, parce qu’il fauten avoir qui puissent répondre à tous les cas qui peuvent se présenter. C’est parce qu’on n’a pas le soin d’avoir un assortiment complet de ces dents qu’on éprouve quelquefois de la peine à en trouver de parfaitement semblables à celles au côté desquelles on est chargé d’en placer : inconvénients dont les partisans des dents minérales savent adroitement tirer parti.

Les dents choisies, nettoyées et appareillées par bouches ou par séries d’incisives, de canines, etc., il ne s’agit plus que de pourvoir à leur conservation. Pour cela , chaque dentiste croit connaître un moyen particulier qu’il pense préférable à tout autre. Les uns les laissent dans l’eau simple ou mélangée d’un peu d’alcool; d’autres les recouvrent d’un enduit composé d’huile, de cire blanche et de craie, ou les trempent dans de l’axonge; d’autres enfin les gardent à sec dans des tiroirs remplis de son ou de graine de lin. Ces trois procédés ont chacun leurs inconvénients : par le premier, les dents se fendillent dès qu’on les retire de l’eau et qu'on les laisse quelques heures seulement exposées à l’air ; par le second, elles jaunissent à mesure que le corps gras qui les enveloppe acquiert de la rancidité; et , par le troisième, elles sont exposées à se fendre.

Le mieux est de les réunir par bouches de six, avec de la cire qui doit recouvrir toutes leurs racines. Ce

moyen , que nous avons les premiers employé , est excellent, non seulement pour les conserver, mais encore pour choisir très facilement celles dont on a besoin. Il a sur celui qui consiste à les tenir dans le son, l’avantage que, rangées par bouches les unes à côté des autres, elles sont faciles à comparer à celles avec lesquelles on veut les assortir, et sur leur conservation dans l’eau le mérite de présenter leur véritable couleur et non pas l’aspect que leur donne l’eau.

3° Dents minérales.

Si, en plaçant une pièce artificielle , le dentiste n’avait pour but que de fournir un organe qui remplit exactement les fonctions de celui dont il tient la place, soit pour la mastication des aliments, soit pour l’articulation des sons , et d’imiter exactement la nature dans sa forme et sa couleur, l’emploi des dents humaines aurait assurément résolu tout le problème. Mais , à côté de ces deux questions de l’identité d’usage et d’imitation parfaite , s'en trouve une troisième qu elles sont loin de remplir par la tendance qu’elles ont, comme toutes les substances animales , à se détériorer progressivement : c’est celle qui est relative à leur conservation. Il n’est donc pas étonnant qu’on ait cherché à remplacer les dents perdues par une substance qui joignît l’ inaltérabilité à la dureté et à la couleur , et il est évident qu’on ne pouvait rencontrer cette substance qu’en dehors de celles qui appartiennent aux règnes animal et végétal , c’est à

dire que dans le règne minéral.

Historique de leur découverte. — A qui appartiennent

véritablement le droit de se prévaloir de celte idée et le mérite d’un premier succès? Les uns disent à un apothicaire de Saint-Germain, nommé Duchâteau, qui, pour se soustraire aux inconvénients d’un dentier artificiel dont la décomposition marchait rapidement , et (pie les substances qu’il manipulait sans cesse imprégnaient de leur odeur, se fît fabriquer un râtelier en porcelaine dure, et communiqua son procédé à l’Académie royale de chirurgie, en 1776. I) autres disent au contraire à Dubois-Chemant, chirurgien de Paris, qui, frappé de la mauvaise odeur de l’haleine d’une dame, dont les gencives étaient malades par le contact d’un dentier d’hippopotame qu elle portait depuis longtemps , et qui était dans un état complet de décomposition, imagina de fabriquer lui-même un râtelier de porcelaine , et présenta, en 1789, le résultat de ses essais, non pas à l’Académie de chirurgie , comme le croit à tort M. Delabarre, mais à la Société de médecine, dont il fut même, soit dit en passant, froidement accueilli par ses membres.

N’en déplaise cependant aux uns et aux autres, c’est encore à Fauchard qu’appartient la première idée de substituer une substance minérale aux substances animales, dans la confection de certaines pièces de prothèse dentaire; il suffit, pour en être convaincu, de jeter les yeux sur le chapitre dix-neuf de son ouvrage, intitulé : Manière d’émailler les dents ou les dentiers artificiels, et où il s’exprime ainsi :

« J’ai pensé que je trouverais ce secours (celui d'une coloration régulière et de l’inaltérabilité) dans le seul usage de V émail artificiellement composé; j’ai cru aussi que je parviendrais par là non seulement à imiter le plus

pariait émail des dents, mais même la couleur naturelle des gencives , dans le cas où il s’agit de les remplacer en tout ou en partie. Pour y réussir, j’ai consulté les émailleurs les plus habiles , et par les conférences que j’ai eues avec eux, j’ai rendu praticable ce que je crois que d’autres n’ont point mis en usage jusqu a présent. On a imité les yeux naturels par des yeux composés d’émail ; mais on a négligé la même application de l’émail à l’égard des pièces de dents artificielles; cependant , outre tous les avantages que les dentiers artificiels ont au dessus des yeux d’émail , ils servent comme eux à l’ornement et réparent de même les défauts des parties dont les difformités choquent au premier aspect. »

Il nous semble clairement démontré par ce passage que Fauchard imitait non seulement l’émail, mais encore les diverses nuances dont se compose la couleur des dents naturelles. « Afin que l’émailleur soit mieux instruit, ajoute-t-il, de cette nuance, on lui fera voir quelque dent pareille en couleur à celle qu'il doit émailler , ou bien on lui montrera celles qui tiennent encore à la bouche. » On ne peut donc douter, dit avec raison M. Audibran (1) , que Fauchard ne fît usage pour ses émaux de diverses matières colorantes. Certes, il n’y a pas loin de là à l’invention des dents faites en entier de pâte de porcelaine ; ce que Fauchard ajoute fortifie encore davantage nos conjectures. « Les avantages de l’émail employé aux dents artificielles , dit-il , ne se bornent pas seulement à l’ornement qu’il procure , mais il en résulte encoreque les dents, ou les dentiers émaillés

(1) Ouvrage cité.

de môme, peuvent durer un temps très considérable , puisque l’émail est un corps très peu susceptible de changement et d’altération. » Nous avons eu quelque temps en notre possession une pièce faite par Fauchard luimême et qui atteste lajustessede l’observation deM. Audi bran.

Il est impossible, comme on le voit, d’exposer d’une manière plus claire les principaux avantages des dents composées , en tout ou en partie, d’une substance minérale ; et il est évident que, la nécessité d’employer une matière incorruptible et presque inaltérable étant bien établie, il n’y avait qu’un pas à faire pour passer de 1 émail à l'emploi de la porcelaine (1). Maintenant Fauchard aurait-il été inspiré dans celte idée par les essais de Guillemeau qui, avant la publication de son traité, avait donné, pour faire des dents artificielles, la formule d’une pâte composée de cire blanche fondue avec un peu de gomme élémie , et dans laquelle on ajoute une poudre de mastic blanc de corail et de perle ? Nous n’admettons même pas cette supposition, et tout le monde reconnaîtra aisément , sans être trop partial en faveur de Fauchard , qu’il y a infiniment plus de distance entre ses dents émaillées et la composition de Guillemeau qu’entre ces mêmes dents et celles dont nous nous servons aujourd’hui.

Quant à la personne à laquelle il faut réellement attribuer le mérite de ce que nous n appellerons plus unein-

(1) On trouve aussi dans l’ouvrage intitulé : Recherches et observations sur toutes les parties de l'art du dentiste , publié en 1756 par Bourdet, (pie ce praticien distingué, qui se flattait d’avoir médité et approfondi le Traité de Fauchard, a employé l’émail rose pour former les gencives dans quelques pièces de dents artificielles.

vention, mais un perfectionnement, il paraîtrait bien démontré, quoi qu’en dise M. Delabarre, que c’est l'apothicaire Duchàteau , duquel Dubois-Chemant aurait surpris le secret et perfectionné le travail, dont il aurait eu la précaution de s’assurer la propriété par l’obtention d’un brevet d’invention (1).

Il en fut malheureusement des dents minérales comme d’un grand nombre de choses nouvelles : les éloges outrés de Dubois-Chemant, qu’on était obligé de regarder comme leur inventeur, furent aussi nuisibles à leur propagation que les épi grammes de ceux dont ses succès pouvaient contrarier les intérêts. En effet, tandis que ce praticien frappait de proscription toutes les substances qui jusqu’alors avaient été employées à la confection des dents , et s’évertuait à démontrer , dans une brochure emphatiquement écrite (2) , que l’emploi des dents humaines pouvait communiquer les plus graves maladies, ses adversaires, de leur côté, cherchaient à établir par la voie des journaux que les dents minérales étaient dangereuses , parce qu elles se dissolvaient dans la bouche et entretenaient une saveur métallique qui incommodait et nuisait à la santé de ceux qui en faisaient usage. Fatigué de cette lutte , Dubois-Chemant se retira en Angleterre où il transporta son industrie et prit également un brevet d’invention.

Ce ne fut qu’une quinzaine d’années plus tard environ que Dubois-Foucou , précisément l’un de ceux qui s’é-

(1) Voyez les Annales des arts et manufactures , tome 15, p. 141.

(2) Dissertation sur les avantages des nouvelles dents et râteliers sans odeur ; Paris, 1789.

taient le plus amèrement prononcés contrôles (lents minérales, revint de sa prévention, et chercha à corriger les imperfections d’un procédé qui paraissait avoir, sur les moyens accoutumés , l’avantage de donner des produits plus durables. Ses premiers essais ne réussirent pas complètement, parce que ses dents, fabriquées avec de la porcelaine tendre, se ramollissaient et finissaient par se décomposer dans la bouche sous l’influence des sucs salivaires. Ne se laissant cependant pas décourager, il fit de nouvelles recherches , et non seulement il arriva à des résultats avantageux, mais il eut encore le mérite, par la publication d’un mémoire, dans lequel il se fit un devoir de ne faire mystère d’aucuns de ses moyens (1), de fixer l’attention de ses confrères sur ce nouveau procédé, et d’exciter leur émulation.

Dubois-Foucou, ainsi que ceux qui s’occupaient comme lui de la fabrication de dents minérales, ne composait ses pièces artificielles que d’un seul morceau réunissant plusieurs dents. M. Fonzi eut l’heureuse idée de fabriquer les dents une à une et de les fixer sur une cuvette de platine au moyen de crampons qui s’introduisaient dans chaque dent avant la cuisson et qui s’y fixaient par le durcissement de la pâte. Cette innovation lui valut un rapport très favorable de l'Athénée des Arts qui lui décerna une médaille et une couronne, quoiqu’il s’efforçât de dérober la connaissance de la préparation de ses pièces, qu’il désigna sous le nom de dents terro-métalliques ou de calliodontes (dents de caillou).

Depuis M. Fonzi, la fabrication des dents minérales a

(1) Exposé d’un nouveau procédé pour ta confection des dents dites de composition; Paris, 1808.

encore fait des progrès, et on peut croire qu elle a atteint aujourd’hui tout le degré de perfection possible. Voici du reste les données relatives à leur composition, et qu’il est indispensable de connaître, même pour celui qui serait dans l’impossibilité de les fabriquer lui-même.

Composition générale. — Les dents minérales, à Limitation des dents humaines, se composent de deux substances : Lune qui est la pâte ou corps de la dent, réfractaire et opaque , qu’on appelle base ; l’autre vitriliable , légèrement transparente, qui imite le ton clair et la teinte animée de la surface de la dent ; c’est l’émail, qu’on désigne dans l’espèce sous le nom de couverte. La base n’est autre chose que la terre à porcelaine appelée dans le commerce kaolin ou terre argileuse de Limoges (feldspath argiliforme). La couverte est le pétunsé ou caillou de Limoges (feldspath granuleux) qui sert d’émail à la porcelaine, mais dont on est obligé de modérer la fusibilité et la transparence par l’addition d’un peu de kaolin.

Ces deux substances suffisent à la fabrication de la porcelaine ordinaire, qui ne va pas au feu ; mais comme les dents minérales doivent, étant cuites , supporter un feu très intense, celui par exemple de la lampe à souder, on fait entrer dans leur composition un corps infusible, comme le sable, le grès, le silex , ou la terre de Vanvres déjà cuite, qui, en isolant les molécules terreuses, les crible de pores imperceptibles par lesquels le calorique peut s’introduire avec facili té sans occasionner une dilatation forcée ou trop rapide. Ainsi la base ou pâte est généralement formée comme il suit :

Pâte de porcelaine des fabriques 20 parties.

Sable, ou grès, ou silex blanc 1 partie.

Et 1 email ou couverte :

Couverte des porcelainiers 5 à 6 parties.

Terre de porcelaine 3 parties (1).

Moyens de coloration. — Mais si on se contentait de ne faire entrer dans la composition des dents minérales que ces substances, on n’aurait que des dents blanches, qui ne ressembleraient en rien aux dents naturelles ; il a donc fallu de toute nécessité chercher un moyen de les colorer solidement en autant de nuances que les naturelles peuvent en offrir. Ce moyen, on l’a trouvé dans l’ addition de certains oxydes métalliques dont les divers degrés d’oxydation produisent des nuances très variées, qui même ri ont souvent aucun rapport avec leur couleur primitive. Par exemple , l’or en feuille bien mélangé avec la pâte ou l’émail teint en violet , l’hydrochlorate de potasse colore en rouge , l’hydro-chlorate gris et jaune de platine donnent, le premier du bleu , le second du noir , etc., etc.

Les auteurs sont loin d’être parfaitement d’accord sur les propriétés colorantes des divers oxydes, ce qui provient sans doute autant des quantités différentes dans lesquelles ils les emploient que de leur mutuelle combinaison , c’est à dire de l’action qu’ils peuvent réciproquement exercer les uns sur les autres, mais surtout des divers degrés de chaleur auxquels chaque fabricant les soumet.

(1) Cette si grande quantité de terre ne donnerait à la masse qu’une demi- fusibilité; les oxydes qu’on ajoute pour colorer lui donnent celle qu’elle doit avoir.

Dubois-Foucou , dont les procédés étaient certainement bien loin de ceux qui sont usités aujourd’hui, et dont les produits ne peuvent soutenir aucune comparaison avec les nôtres, connaissait parfaitement cette puissance colorante des oxydes métalliques, car il y a trente-cinq ans qu’il disait (1) : « La terre principale qui doit servir de base aux différentes matières qui entrent dans la composition des pâtes, se colore par l’addition de matières métalliques en état d’oxydes, seules ou combinées avec d’autres terres ou sables. Je bornerai la couleur des dents à trois principales : le blancbleu , le blanc-gris et le blanc-jaune. » Pour la première nuance, il se servait de la terre de renard et de la terre d'ombre calcinée, auxquelles il ajoutait môme une petite quantité de cobalt , s’il voulait obtenir un bleu plus foncé; pour la seconde, de la terre de Donrdan et d’ombre; pour la troisième, qu’il trouvait plus difficile à obtenir , il proposait deux frittes ou calcines (2) : la première composée de manganèse , de sable de Belleinlle et de pétunsé ; la deuxième de pétunsé et de terre d’ombre , auxquels il ajoutait la terre d’ombre pour rendre le jaune plus foncé.

M. Delabarre emploie pour colorer en bleu le cobalt ; en blancmoir le platine; en violet et rouge l’or ; en bleu gris le bismuth; en gris le mercure; en blancjaune l’argent; en roux-jaune le fer; en gris le manganèse; en jaune-paille l’urane et le titane; enfin en jaune pur l’antimoine.

1) Ouvrage cité.

(2) Ou appelle ainsi , en termes de fabrique, chaque cuisson des matières qui servent à colorer soit la base ou la couverte employées à la fabrication des dents minérales, soit l’émail pour les gencives.

M. Audibran 11e se sert que des oxydes de titane , de zinc, d'urane, de manganèse , d’or, auxquels il ajoute Y hydro-chlorate-ammoniaco de platiné, de la limaille de platine et de la limaille d’or.

Maury conseille les oxydes de bismuth , de platine , d’or, de titane , d ’urane, le chromate de baryte, 1 hydrochlorate d'étain, le chlorure d’or, le précipité rouge de Cassius( t) , Y acide lungstigue.

M. Lefoulon pense qu’en ajoutant à la terre argileuse de Limoges (kaolin) , à celle de Vanvres déjà cuite et au petunsé ou caillou de Limoges les oxydes de titane , d ’urane, de manganèse , d’or et de la limaille de platine, on peut obtenir toutes les nuances désirées, depuis les plus claires jusqu’aux plus foncées.

Quant à nous, nous pensons qu’avec les préparations suivantes, dont l’expérience nous a prouvé d'ailleurs qu’on peut varier les teintes par les différents degrés de cuisson, on peut obtenir des produits capables de répondre aux besoins les plus habituels.

Première nuance. (Jaune-gris, jaune de vin , jaune gris-bleu ,

suivant la cuisson. )

Pâte :

Kaolin 3 kilog. ( 6 livres. )

Tungstate de fer. . . . grain. ( 2 onces. )

Per-oxyde de manganèse 96 grain. ( 3 onces. )

Oxyde d’or /i grain. ( 1 gros. )

Email :

Pétunsé 1 kilog. 500 grain. ( 3 livres. )

Oxyde de titane .... 32 grain. ( 1 once. )

(t) On nomme ainsi le précipité d’or métallique, qui résulte de l’union du proto-hydrochlorate d’étain et de l’hydrochlorate d’or, concentrés, a\ec excès de ce dernier.

L'oxyde d’or doit être ainsi préparé : 4 grammes d’or ; faites dissoudre dans un composé de 4 parties d’acide muriatique et t partie d’acide nitrique. Évaporez.

deuxième nuance. ( Jaune-roux. )

Pâte :

Kaolin 3 kilog. ( 6 livres. )

Terre de Vanvres. ... 1 kilog. ( 2 livres. )

Terre d’ombre 1 6 gram. ( h gros. )

Email :

Pétunsé 1 kilog. 500 gram. ( 3 livres. )

Oxyde tungstique. . . US gram. ( 12 gros. )

troisième nuance. ( Jaune-gris. )

Pâte :

La même que la précédente.

Email :

Pétunsé 1 kilog. 500 gram. ( 3 livres. )

Oxyde tungstique. . . 32 gram. ( 1 once. )

QUATRIÈME NUANCE. (JaUlie-bleil. )

Pâte :

Kaolin. 3 kilog. ( 6 livres. )

Oxyde de cobalt. ... 16 gram. ( U gros. )

Email :

Pétunsé 1 kilog. 500 gram. ( 3 livres. )

Oxyde de manganèse.. US gram. ( 12 gros. )

cinquième nuance. (Gris pur. )

Pâte :

Kaolin . 3 kilog. ( 6 livres. )

Tungstate de fer. ... SU gram. ( 2 onces. )

Oxyde de manganèse. . SU gram. ( 2 onces. )

Oxyde d’or U gram. ( 1 gros. )

Email :

Pétunsé 1 kilog. 500 grain. ( 3 livres. )

Oxyde de platine. . . . 2 grain. (30 grains.)

Il est une autre sorte de dents minérales que bien des praticiens trouvent supérieures «à celles qu’on obtient par les différentes combinaisons dont nous venons de traiter : ce sont les dents dites transparentes , connues aussi sous le nom de dents Anglaises. Pour donner sur ces dents les premiers renseignements qui aient encore été fournis, nous croyons ne pouvoir mieux faire que de publier ceux que nous tenons de M. Billard , et nous engageons de plus nos lecteurs à prendre connaissance de la brochure (1) de cet honorable confrère , auquel nous devons les plus beaux produits en dents minérales. Les différents points de vue sous lesquels il envisage cette fabrication doivent intéresser ceux qui s’occupent de Part du dentiste, car il ne traite pas seulement la question comme fabricant, mais il l’examine comme praticien. Voici donc la lettre qu’il a eu l’obligeance de nous transmettre, et que nous nous faisons un devoir de rendre publique :

« Mon cher et honoré confrère ,

« En réponse à la demande flatteuse que vous m’avez faite de vous donner quelques renseignements sur ma manière de fabriquer les dents, je vous adresse certaines

(1) Des dents minérales , ou considérations générales sur Les différentes substances employées, etc. , in-8°. — Nous rappellerons, à celle occasion, que M. Billard a exercé la profession de dentiste, pendant une quinzaine d’années , avec un succès qui le rend très compétent en pareille matière.

données qui peuvent venir en aide à ceux qui se proposeraient de s’occuper de cette partie. On peut sans inconvénient employer comme base les divers pâtes et émaux de nos fabriques de porcelaines , et comme colorants les oxydes indiqués par ceux qui ont écrit sur cette spécialité de l’art du dentiste. Toute la difficulté est dans leur alliance qui doit encore être combinée avec un degré déterminé de chaleur; difficulté qui du reste met souvent en défaut l’expérience du praticien, et fait que les résultats sont entièrement contraires à ses espérances et à ses prévisions.

» Dans ma brochure sur les dents minérales , j’ai déjà donné des renseignements à ce sujet, sans toutefois livrer de formule ; car le faire sans indiquer en même temps les précautions à suivre et les moyens que m’ont fournis ma pratique et mon expérience pour tirer un parti satisfaisant de ces formules, ce serait exposer les lecteurs à des mécomptes qu’ils pourraient m’imputer.

» Cependant comme un ouvrage écrit par vous doit nécessairement intéresser au plus haut point l’art du dentiste, et que vous désirez y donner quelques notions sur les nouvelles dents dites transparentes ou minérales naturelles qui se fabriquent actuellement, ce qui n’a encore été fait par personne, je vais vous donner tous ceux qu’il me sera possible de vous fournir.. . Cette sorte de dents peut se cuire à un feu de fourneau ordinaire ou au feu du porcelainier. Dans le premier cas , on emploiera le pétunsé, auquel on ajoutera une partie donnée de potasse qui peut varier depuis un dixième jusqu’à un vingtième, et pour colorant on emploiera les oxydes de titane de fer (le titane étant bien lavé) , ceux tirés du tungstatc de fer, les acides et oxydes tungstiques, le

per- oxyde de manganèse, les oxydes de cobalt, de brème, d’urane, de manganèse ou même les substances minéralogiques premières, telles que les titanite et tungstate de fer, les substances connues dans le commerce sous les dénominations de terre d’ombre, de terre de Sienne , et enfin toutes les substances indiquées pour la coloration des dents ordinaires. Toutes sont également propres à donner de bons résultats. Il serait superflu d’indiquer les précautions dans lesquelles elles doivent être employées, car il finit toujours les combiner avec le feu qu’on leur fait subir, et on ne peut y arriver que par le tâtonnement.

» Dans les cas où l’on emploie le fourneau à réverbère ou le feu le moins fort du porcelainier, on fait entrer dans la fabrication des dents transparentes la silice ou sable; mais il faut d’abord la réduire en siliçate de potasse , et en retirer ensuite la potasse au moyen de l’acide sulfurique; alors on obtient une gélatine minérale transparente plus ou moins blanche : on la mêle exprès en différentes proportions avec des argiles, des terres et des colorants , et si on a bien calculé les combinaisons relatives à l’intensité et à la durée du feu, on obtient de beaux résultats.

» Tels sont, mon cher confrère, les renseignements sur les dents minérales transparentes, que j ai l’honneur de vous communiquer et que je vous autorise à publier dans votre ouvrage, si vous leur trouvez quelqu’intérêt.

» Agréez, cher confrère, etc.

» Le docteur Hillaku. >♦

Paris , 28 avril !8/»;i.

Terminons ce qui a rapporta la coloration des dents en faisant observer que les oxydes employés à cet effet doivent être réduits en poudre impalpable. Pour cela on s’est servi jusqu’à présent de plaques et de mollettes de verre ou de porcelaine; mais cette dernière substance est la seule qui doive être employée. M. Billard en a fait fabriquer un moulin fort ingénieux : c’est un vase dont le fond porte une saillie conoïde destinée à recevoir le fond percé d’un autre vase qui, introduit dans le premier, dont il ne touche pas le pourtour, et mu par une manivelle , broie par sa base les substances introduites entre eux.

Préparation et emploi de la pâte. — Quoi qu’il en soit, pour fabriquer la base, on prend une certaine quantité de la pâte que nous avons indiquée plus haut (mélangée toutefois d’une petite quantité de couverte ou émail pour lui donner plus de transparence et la nuancer plus aisément), et à laquelle on ajoute tels oxydes qu’on juge nécessaires, généralement dans le rapport d’un gramme cinquante centigrammes ( trente grains ) environ par demi-kilogramme (une livre) ; on la mélange avec soin en l’arrosant sur un plateau de porcelaine, mais jamais de verre , avec une molette de même substance; on la sèche autant que possible, et l’on en forme de petits carrés longs de deux ou trois millimètres d’épaisseur, sur six ou huit de largeur et dix à douze de longueur, c’est à dire d’une ligne à une ligne et demie dans le premier sens, sur trois ou quatre dans le second, et cinq ou six dans le troisième; diverses dimensions qui se réduisent de toute nécessité un peu par le retrait.

On pratique ensuite derrière ces carrés encore moux

et arrondis sur leurs bords latéraux , ou mieux encore comme nous le décrirons bientôt, moulés sur des formes ou matrices de cuivre , de plomb ou de fer imitant autant que possible la forme des dents , une rainure verticale ou horizontale et quelquefois môme en forme de croix; rainure destinée à recevoir de petits crampons de plaline recourbés , de manière à former au dessus du plan de la base une ou plusieurs saillies destinées ellesmêmes à être soudées avec une tige d’or ou de platine qui servira plus tard à monter la dent.

Comme la solidité de la monture dépend surtout de la solidité de ces crampons, l’implantation de ces derniers est une chose importante et leur confection une opération qui demande des soins. On les fait de plusieurs manières : tantôt on prend un fil de platine de grosseur moyenne qu’on passe dans une filière à vis et qu’on aplatit ensuite sans effacer toutefois le pas de vis, pour les couper de longueur convenable; tantôt on se contente de passer ce (il au laminoir, et quand il est divisé , on morcèle avec une pince coupante 1 extrémité qui doit être fixée dans la pâte. D’autres fois, enfin, on fend cette extrémité, et on renverse les deux parties qui en résultent en sens opposé, comme on le fait pour un scellement ordinaire.

Mais rien n’est plus variable que la forme qu’on donne à la partie de ces crampons qui doit paraître en dehors de la pâte. Les uns en mettent un , deux , trois , quatre, môme cinq, terminés extérieurement par autant de petites saillies isolées, tantôt placées sur la même ligne, tantôt distribuées en nombre égal ou inégal sur chacun des côtés de la gouttière. D’autres les recourbent en dehors sous la lormc d’un ou même de deux petits an-

neaux destinés à recevoir une petite tige métallique soit

verticale, soit horizontale; d’autres enfin fixent à ces crampons une petite gouttière également métallique qui, faisant corps avec eux, remplit la rainure dans laquelle ils sont enfoncés, et attend, comme les anneaux précédents , la tige sur laquelle devra être montée la dent. Quelques fabricants se contentent même de laisser ces crampons simplement au fond de la rainure de la pâte pour souder plus tard la tige sur leur face apparente.

Nous n’indiquons ces diverses manières de disposer extérieurement les crampons que parce qu elles sont celles qu’on a généralement suivies jusqu’à nous; mais il est évident qu’elles sont pour la plupart défectueuses, et en voici les raisons. Quand on veut monter la dent, on est obligé d’introduire dans la rainure que laissent entreeuxlos crampons une tige métallique et de la souder à ces crampons; or, c’est un coup de feu de plus qu’on est obligé de faire subir à la dent; car cette première soudure n’empêchera pas , bien entendu, celle au moyen de laquelle la dent sera fixée à la pièce dont elle doit faire partie, ce qui complique le travail.

Pour obvier à ces inconvénients , nous avons imaginé de fixer dans la pâte, avant sa cuisson , non pas de simples crampons , mais une petite pièce métallique qui forme tout à la fois les crampons et le tenon ou la tige destinée à être reçue dans la gouttière. Ce petit appareil, exécuté à l’emporte-pièce , se compose , comme on le pressent de suite, d’une tige centrale de chaque côté de laquelle partent , sous forme d’ailes, de petits crampons qui, dirigés obliquement, se perdent dans la pâte et disparaissent. Scellé de cette manière, l’appareil ne

court pas le risque de faire défaut par le vice de l’un des crampons, puisque tous se suppléent, faisant partie; de la même et unique pièce , ce qu’on ne rencontre pas dans l’ancienne manière, où il suffisait qu’un seul crochet se détachât de la tige pour compromettre la solidité si nécessaire de l’ensemble. Comme l’expérience nous a démontré les avantages de ce procédé, nous engageons tous nos confrères à l'adopter.

M. Billard prétend (1) que cette manière de disposer les dents minérales de telle sorte qu’un morceau de platine occupe la place de la rainure destinée à recevoir les crampons , toute séduisante qu'elle paraît , est cependant défectueuse, parce que ce morceau de platine, lorsque la dent cuit, doit la faire fendre à cause de la dilatation du métal qui est en opposition avec la contraction de la pâte. Nous en demandons pardon à cet honorable confrère, auquel nous avons, en temps opportun, rendu justice ; mais le fai test làpour prouver que cet inconvénient n’existe pas, puisque sur mille dents ainsi fabriquées on n’en a quelquefois pas deux qui aient éclaté; et le raisonnement démontre qu’il ne peut exister , car la dilatation du métal venant compenser le retrait ou la contraction de la pâte, leur rapport doit restera peu près le même; et si, contre toute probabilité, ce retrait était plus grand que la dilatation , il ne pourrait y avoir que les couches extérieures les plus superficielles qui , après la cuisson , ne feraient pas complètement corps avec le métal ; mais, d’une part, la portée qui forme la partie visible ou l’arête du crampon fait un scellement qui maintient la pâte suffisamment unie au métal qu elle recouvre un peu ,

(1) Brochure citée.

et, d’autre part , les crampons n’en sont pas moins assez fortement fixés pour donner à la pièce plus de solidité que si elle était montée par tout autre moyen.

La meilleure preuve d’ailleurs que, dans notre manière, la pâte ne se sépare pas du métal pendant la cuisson, et que la dent ne se fend pas, c’est que la plupart du temps le métal se trouve comme noyé dans la pâte , et que si les couches extérieures offrent de ce côté-lâ quelques gerçures, le plus léger coup de meule suffit bientôt pour les faire disparaître et pour tout niveler.

Dents minérales à talon. — L’implantation des crampons dans la face postérieure des dents minérales ne s’applique qu’à celles dont cette face postérieure ou interne est aplatie, et qui, par cela même, forment bien plutôt de simples façades de dents que des dents complètes ; mais on fait très souvent des dents minérales ayant de tous points la forme des dents naturelles , c’est à dire garnies en arrière ou intérieurement d’un talon. Ce talon se forme de trois manières : ou en le faisant de suite avec la dent avant sa cuisson , ou en l’ajoutant avec une substance de même nature, mais après la cuisson ; ou bien enfin en le faisant en substance métallique soudée aux crampons des dents dont nous avons d’abord parlé comme étant celles qui sont le plus généralement employées.

La première manière consiste tout simplement à donner à la dent la forme d’une dent naturelle (incisive et canine) , et à ménager dans l’épaisseur de son talon, en sens vertical , un trou dans lequel on fixe les crampons destinés à être soudés à la tige qui doit remplir ce trou , ou dans lequel on insinue un petit tube métalli-

que qui recevra cette tige. La plupart des dents dites transparentes ou anglaises sont ainsi disposées (1). La force de coaptation qui tient ces tubes unis à la pale, après la cuisson, prouve encore que le reproche qu’on a fait à nos crampons de pouvoir faire éclater les dents n’est pas fondé, car ce tube * par sa forme, étant plus propre à se dilater par le feu qu’une petite tige pleine , devrait faire fendre la substance qui le reçoit; or, c est ce qui n’a pas lieu.

Dans la seconde manière , on soude d’abord le pivot aux crampons d’une dent plate; puis, après cette soudure, on rapporte une composition terreuse dont M. Delabarre donne ainsi la formule : pâte de porcelaine, sept parties; gypse calciné, une; sable blanc, un vingtième de la masse; tel oxyde qu’on voudra, cent cinquante grammes par kilogramme (quatre onces six gros par deux livres ). Comme^l addition du gypse augmente beaucoup la fusibilité de cette pâte , il est absolument inutile d’avoir recours aux fours des porcelainiers pour la faire cuire; un fourneau simple à air suffit en général à cet effet. Nous regardons ce moyen comme très défectueux, d’abord parce que la pâte sur-ajoutée se mariera difficilement avec la première dont elle se trouve séparée par un morceau de platine ; ensuite, n’ayant pas un degré de cuisson égal à celui qu’a reçu la dent, elle

(1) Pour faire ces tubes on se sert d’une bande de platine dont les bords sont rapprochés en la faisant passer dans la filière : en terme de bijouterie , ces tubes se nomment charnières. M. Billard propose de les faire avec une bande de platine de 2 millimètres ( 1 ligne) de large tournée en spirale. Il fait aussi observer qu’ils pourraient être faits sans jonction et d’une seule pièce , mais alors ils coûteraient beaucoup plus cher.

sera moins propre à supporter tous les efforts auxquels la pièce sera soumise. Il est donc bien plus simple et plus sûr, quand on a jugé l’emploi des dents minérales à talon convenable , d’en prendre faites de prime-abord de cette façon, ou de faire le talon en platine et de le souder ensuite au pivot.

Si quelques auteurs exagèrent les avantages des dents à talon , d’autres ont tort de les proscrire complètement. Ces derniers donnent contre elles une très mauvaise raison en disant que leur talon les rend difficiles à monter , parce que les difficultés , dans une question aussi délicate qu’une pièce de denture artificielle, ne sont rien quand elles aboutissent en définitive à un procédé avantageux; et ils condamnent notre art en avançant que les dents à talon, recevant continuellement le choc des dents qui croisent en dessous d’elles , s’en trouvent ébranlées , parce qu’il suffit de faire ce talon un peu moins saillant qu’il ne l’est dans l’état ordinaire, ou de le réduire à la meule, pour éviter toute espèce de choc capable d’occasionner un ébranlement nuisible.

La question des dents minérales à talon ne peut donc être bien résolue que quand on établit nettement les cas dans lesquels elles peuvent être avantageusement employées. Or, voici ce qu’un examen attentif de cette question nous a suggéré : les dents aplaties suffisent parfaitement en général quand elles doivent être montées, comme cela arrive le plus ordinairement, sur le devant de plaques ou cuvettes métalliques ; mais les dents à talon peuvent être avantageusement employées pour remplacer une seule dent, surtout du bas, parce que, montées à pivot, elles pourront recouvrir entièrement les racines, et alors la langue ne rencontrera aucune iné-

galité incommode, et rien ne pourra séjourner entre elles.

Dents molaires minérales. — Tout ce que nous venons de dire sur la forme à donner aux dents minérales, et sur la manière de disposer leurs moyens d’attache , ne s’applique qu’aux incisives et aux canines; mais on fait aussi des molaires, dont la forme varie suivant qu’elles doivent être fixées devant le rebord extérieur des cuvettes ou bases destinées à les recevoir, ou qu’elles doivent être appliquées immédiatement dessus. Dans le premier cas on se contente de leur donner, dans des moules appropriés, laformedes dentsqu’ellesdoivent remplacer, seulement par leurs trois côtés extérieurs, et on laisse aplati le quatrième côté qui doit être appliqué sur la monture. Pour cela on garnit ce quatrième côté de forts crampons , absolument comme les incisives. Dans le second cas, on leur donne en tous points la forme des dents molaires. Comment alors les dispose-t on pour les maintenir sur leurs bases ? De plusieurs manières.

Tantôt on fait à chacune de leurs deux faces qui correspondent aux interstices dentaires une petite dépression destinée à recevoir les crampons ; tantôt on les perfore d’un trou vertical qui, n aboutissant pas tout-à-fait à leur face triturante, recevra plus tard un pivot fixé à la monture et sera traversé d’une goupille introduite horizontalement dans la dent par un petit trou ménagé à cet effet; ou bien elles sont percées, comme

dans ce dernier cas, horizontalement , et sont traversées par un gros fil de platine dont les deux bouts viennent, chacun d un côté, se souder à la plaque ou à la base; d autres fois enfin, étant primitivement percées de

part en part, dans leur sens vertical, d’un trou plus large vers la couronne de la dent qu’à sa base, elles sont enfilées dans un pivot soudé à la cuvette et coupé à ras; mais comme ce pivot trouve à son extrémité le canal de la dent plus évasé , on le coiffe d’un petit tube de même métal , de forme un peu conique et faisant l’office d’une virole; on soude le tout ensemble, et la dent se trouve fixée. Cette manière, recommandée par M. Letoulon (1), est assurément la plus défectueuse de toutes , parce qu’elle a l’immense inconvénient de laisser sur la face triturante de la dent une large tache métallique très visible. On nous répondra sans doute que cet inconvénient existe lorsqu’on plombe une carie occupant la même place ; mais alors on n’a pas le choix des moyens , tandis que dans l’espèce on a complètement ce choix.

Faisons encore remarquer, pour terminer ce qui a rapport à la forme à donner aux dents minérales, que très souvent on fabrique deux et même trois molaires d’une seule pièce, qu’on appelle moignon. Dans ce dernier cas, on perce celle du milieu d’un trou destiné à recevoir un pivot soudé à la plaque, et les deux autres portent chacune, l’une en avant, l’autre en arrière, une rainure à crampons destinée à recevoir les pivots qui maintiendront le tout en place (2), à moins qu’on ne préfère ménager ces rainures sur la face linguale ou interne et souder dans ce sens.

(1) Ouvrage cité, page Uil.

(2) Pour bien comprendre ce que nous appelons faces antérieure et postérieure des dents molaires , il faut se rappeler que ces faces sont celles qui répondent pour elles aux interstices dentaires; les deux autres sont la linguale ou interne et l’externe qui répond aux joues.

Préparation et emploi de l’émail. — Pour confectionner l’émail , on prend telle quantité qu’on veut du mélange désigné, auquel on ajoute quelques centigrammes d’oxyde métallique par trente grammes, en faisant des réunions de différents oxydes pour varier davantage les nuances, et on broie le tout pendant longtemps sur un plateau de porcelaine pour bien diviser et étendre convenablement la matière colorante. On peut même, pour obtenir une coloration plus homogène des émaux, se servir avec avantage , pour leur confection , d’une pâte faite avec un émail qui a déjà reçu le coup de feu du four et qu’on brise dans un mortier, et dont on se sert comme d’un colorant déjà très divisé; c’est ce que nous savons être une fritte.

La pâte de l’émail doit encore être broyée avec plus de soin que celle de la base; plus ce broiement sera parfait, moins la surface de la dent offrira de taches et plus elle sera d’un fini homogène. On la conserve également dans l’eau , en ayant la précaution de la remuer de temps en temps, pour l’employer à la consistance d’une bouillie épaisse; et, afin qu elle s’attache mieux à la base terreuse, on la délaye avec de l’eau dans laquelle on a fait dissoudre de la gomme arabique; entin, on l’applique en couche mince si la base est colorée, et en couche plus épaisse dans le cas contraire.

Cette application de lemail sur la pâte se fait de deux manières : dans l’une, on commence par mettre l’émail dans le moule, puis on y place ensuite la pâte, on fait la rainure, et on y fixe les crampons; dans l’autre, au contraire , c’est la pâle qu’on met la première dans la forme ; on fait ensuite la rainure, on place les crampons, et on émaillé en dernier lieu. La première manière, la

plus anciennement usitée, est défectueuse, en ce que la pâte , placée sur un émail mou , enfonce toujours plus ou moins cet émail par son propre poids et par la pression qu’occasionnent de toute nécessité son dépôt, la mise en place des crampons et la formation de la rainure qui la précède. Il en résulte inévitablement que la couche d'émail doit être étendue d’une manière fort inégale. Aussi lorsqu’on prend deux dents faites par ces deux procédés et qu’on les use à la meule jusqu’à la moitié, on voit dans l’une la pâte décrire une ligne courbe irrégulière, et dans l’autre cette même pâte décrire une ligne courbe parfaitement régulière. La seconde manière, quoique moins expéditive, moins facile, et peut-être aussi un peu plus certaine au feu, est cependant toujours préférable ; c’est celle que nous adoptons et que recommandent les personnes les plus versées dans la fabrication des dents minérales (1).

Enfin on place quelquefois sur la pâte deux couches d’émail de nuance différente, et de leur superposition on obtient une teinte qui, bien que ne tenant directement ni de l’une ni de l’autre, donne néanmoins des résultats satisfaisants.

Moyens de cuire el d’unir par le feu la base et l’émail . — Lorsque les dents (faites au moule) sont suffisamment séchées, et que l émail est adhérent à la pâte, on les met au four; mais avant on les dispose sur une gazette (2) saupoudrée de sable, en les plaçant les unes à côté des autres, et faisant en sorte qu elles ne se touchent pas, de

(1) Voyez à ce sujet le Mémoire de M. Billard , déjà cité.

(2j Espèce de plat fait en terre réfractaire.

crainte que, pendant la cuisson, la lusion de l’émail ne les fasse adhérer ensemble, ce qui arriverait malgré le retrait quelles éprouvent. 11 est aussi indispensable que la face qui supporte l’émail soit placée horizontalement, pour qu’en se liquélïan t il ne descende pas dans la partie la plus déclive.

On a longtemps cru ou feint de croire qu’il n’y avait que les personnes se trouvant dans le voisinage des fabriques de poteries fines, ou ayant chez elles de grands fourneaux, qui pouvaient faire des dents minérales. C’est une erreur que se sont bien gardés de combattre quelques dentistes qui espéraient pouvoir se réserver le monopole de cette fabrication ; il est bien démontré maintenant qu’un petit fourneau ayant un foyer de vingtquatre à trente centimètres de large, trente-six à quarante-cinq de profondeur, et quarante- cinq à cinquantequatre de hauteur (huit ou dix pouces dans le premier sens, douze à quinze dans le second, et quinze à dixhuit dans le troisième), suffit à cet effet. On achète ces fourneaux tout prêts, ou bien on les fait fabriquer sur place avec des briques.

Ces fourneaux étant construits, convenablement garnis des coffrets et des moutles qui doivent garantir les pièces de denture du contact immédiat du combustible, et chargés de charbon de bois ou de terre embrasé, il s’agit de pouvoir s’assurer à volonté de l’état de la cuisson ; car ni la durée du feu , ni la quantité de combustible consumé ne sont des guides certains dans celte appréciation, puisqu’elles peuvent varier suivant l’état de l atmosphère. Aussi a-t-on recours à divers moyens : 1° en sachant à quel degré d’un calorimètre en platine cuit chaque composition ; 2° en se servant du pyromèlre de

Wedwoocl qui , au moyen de morceaux d’alumine retirés de temps à autre et présentés à l'échelle de l’instrument, indique également le degré de chaleur; 3° en fixant au bout de plusieurs fils de platine de petits échantillons de même composition que les dents, et qu’on retire de temps en temps du coffret commun pour s’assurer de leur état. Ce dernier procédé, étant le plus simple et le plus économique, est celui auquel nous donnons la préférence.

On reconnaît que la pâte approche de son degré de cuisson quand les échantillons , qu’on a la précaution de prendre alternativement dessous et au milieu, ont acquis une couleur jaune paille ou serin ; quand ils ne sont plus attaquables à la lime et qu’ils ont pris la demitransparence de la porcelaine; c’est alors qu’il faut se hâter de cesser le feu en faisant basculer la grille du fourneau. Si on retire trop tôt le coffret, l’émail n’est pas glacé sur la base qu’il recouvre, il est grumeleux et s’altère promptement dans la bouche. Si au contraire on le laisse trop longtemps, la couleur pâlit ou jaunit; elle s’évapore et finit par noircir ou brûler. On ne doit pas oublier non plus de laisser complètement refroidir les réceptacles dans lesquels ont cuit les dents, avant d’en retirer ces dernières qui se gerceraient, se fendraient même, si on les exposait trop promptement à une température froide.

Ce n’est au reste, quoique guidé par les principes, , qu’en tâtonnant et après de nombreux essais, entourés quelquefois de bien des déceptions, qu’on peut espérer réussir. La fabrication des dents minérales se compose de tant d’éléments divers qu’on ne devrait, en vérité, dans un ouvrage consacré aux principes généraux de notre

art, donner à son sujet que de simples généralités. Les détails sont en effet quelquefois si difficiles à saisir qu’en voyant fabriquer ces dents on ne s’en rend pas toujours un compte exact. Nous croyons donc, après avoir résumé ce que nous savons à cet égard , ne pouvoir mieux faire que de rapporter ce que dit M. Billard des dilli-

cultés de cette fabrication, pour se justifier de ne pas rendre ses procédés publics :

« La fabrication des dents minérales ne consiste pas principalement à connaître quelles sont les substances premières ou secondaires que 1 on emploie, telles que pâtes et émaux , mais celles propres à donner de la qualité aux dents, afin de les rendre plus dures, plus serrées dans leur intérieur, moins cassantes et non chan- /

géantes au feu. C’est surtout sur ce point qu’il serait difficile de donner des notions profitables... Il est encore d’autres difficultés qui tiennent aux localités : ainsi la pâte et l’émail , que j’emploie comme base , sont tirés des fabriques de porcelaine de Paris ; je prépare mes pâtes et mes émaux pour les cuire à ces mômes fours, parce que le feu qu’ils donnent pour cuire la porcelaine est en rapport avec celui nécessaire pour cuire mes compositions, dans lesquelles entrent les mômes pâtes, les mômes émaux, auxquels j’ai ajouté des substances qui les colorent, qui les durcissent sans changer leur nature plus ou moins fusible vis à vis le feu qu'ils doivent supporter. Les dentistes étrangers se trouveraient donc trompés si je leur donnais des renseignements qui ne peuvent pas être généraux ; car, dans les différentes fabriques, les pâtes et les émaux sont combinés différemment, et supportent d’une manière plus ou moins convenable les différentes substances qu’il faut y ajouter

pour ia fabrication des dents. Ainsi ce que je dirais en indiquant les proportions des substances constituant les pâtes et les émaux pourrait ne pas être exact, puisqu’en France, en Angleterre, en Allemagne, aux États- Unis, et dans plusieurs cantons de ces mêmes pays, il y a des terres différentes (ce qui permet de distinguer les porcelaines entre elles ). Dans ces différents pays chaque fabricant doit donc modifier sa composition. Enfin les substances que je fais entrer dans les miennes , je les prépare moi-même et je me rends un compte exact des minéraux ou métaux que j’y incorpore ; tandis que, lorsqu’on achète ces mêmes substances, si, par exemple, c’est de l’oxyde d’or, les sels ou le métal précipitant entrant en plus ou moins grande proportion dans un poids déterminé, on ne peut savoir alors quelle est la quantité de métal colorant. »

Manière de tailler les dents minérales. — Quelque rapprochée que soit de la nature la forme des dents minérales, fabriquées d’après les principes que nous venons de développer, il est cependant très rare qu’on puisse les employer telles qu elles sortent du four, ou, pour mieux dire, du moule, puisque la cuisson n’en altère en rien les formes. C’est en vain que pour les utiliser on les choisit dans la classe même des dents qu elles doivent remplacer, c’est à dire incisives pour incisives, canines pour canines ; toujours on est obligé de les diminuer, soit pour les rendre plus semblables aux dents naturelles auxquelles elles vont faire pendant et qui ont rarement conservé leur conformation primitive, soit pour les accommoder à la brèche qu’elles sont chargées de remplir, soit enfin pour les monter sur leurs bases.

On se sert pour cela d’une meule en grès d’un grain fin, cependant assez dur, et montée à la manière de celles des rémouleurs, ccst a dire traversée d un aibre en fer à l’extrémité duquel est tout simplement fixée une manivelle correspondant à une pédale qui la fait tourner par le moyen du pied. Celte meule a généralement de vingt-quatre à trente-six centimètres (huit à douze pouces ) de diamètre. Quelques dentistes, comme Maury, par exemple, les veulent de trente-six à soixante centimètres ( douze à vingt pouces ), tandis que d’autres se contentent d’une petite meule de dix-huit à vingt-quatre centimètres (six à huit pouces), qu’ils (ont tourner avec la main. Les uns et les autres ont tort : les premiers , parce qu’une meule de trop grande dimension embarrasse et ne s’use jamais bien régulièrement quand elle sert à tailler des objets de faible grosseur, et auxquels il y a quelquefois si peu à enlever qu’un demi-tour suffirait; les seconds, parce qu avec une petite meule le travail n’avance pas assez.

Dans tous les cas ces meules, grandes ou petites, sont taillées sur leur circonférence en moulures inégales, pratiquées aux dépens de l’une de leurs faces au moyen d’une tige d'acier ou d’une pointe de mauvaise lime , moulures qui permettent de tailler en tout sens et dans toutes les directions. Enfin elles tournent verticalement etplongentdans une auge remplie d’eau, garnie de plomb, et sur laquelle on pourrait placer une espèce de couvercle propre à recevoir les dents qui échapperaient de la main de celui qui les taille, et percé de trous pour laisser retomber dans l’auge l’eau qui rejaillirait de la meule. Indépendamment de ces meules, on peut en avoir d’autres de trois à dix-huit centimètres (d’un à six pouces

de diamètre, sur huit à vingt millimètres (quatre à dix lignes d’épaisseur), que l’on monte sur un tour du genre de celui des tailleurs sur verre, ou des lapidaires, et qui est mouillé à mesure qu’on s’en sert. Quant aux meules en fer doux ou en tôle d’acier que préconisent quelques auteurs, nous n’en reconnaissons guère la nécessité ; nous préférerions les petites molettes de composition végéto-minérale recommandées par M. Billard, si l’expérience n’apprenait pas tous les jours que les meules ordinaires, rendues familières par l’habitude, suffisent à presque tous les besoins.

Cependant on est souvent obligé d'attaquer avec la lime, chargée d’un grès fin légèrement humecté, certaines parties que la meule ne peut pas atteindre. On se sert aussi depuis quelque temps, à cet effet , de limes rondes, de la nature à peu près des meules de composition végéto-minérale, dont nous venons de parler, et qui ne sont, les unes et les autres, que des morceaux de bois ou de fer enduits de gomme laque chargée d’émeri. Si les dents minérales sont trop bombées par leur face extérieure, on peut les aplatir à la meule, et on leur donne le poli nécessaire en les passant à une molette de bois saupoudrée de pierre-ponce très fine; et pour rendre le poli plus parfait, on se sert en dernier lieu d’une poudre de pierre-ponce encore plus fine, mais qu’on ne mouille pas comme la précédente.

Enfin c’est encore tour à tour avec la meule ou avec la lime qu’on dépolit ou qu’on use même un peu le cinquième environ de la face antérieure des dents minérales, incisives et canines, vers la partie qui doit toucher à la monture , pour recevoir un peu de cire rouge dont quelques personnes se contentent pour imiter les gencives.

4* Résumé des qualités respectives des substances employées à la confection des pièces de denture ai tificielle , et des cas dans lesquels chacune d’elles trouve son application.

Les auteurs et les praticiens sont bien aujourd’hui parfaitement d’accord sur la nature des substances qui doivent composer les dents ou les pièces de denture artificielles , et ne conseillent de se servir à cet effet que de dents humaines , de dents d’hippopotame et de dents minérales; mais peu d’entre eux osent formellement donner la préférence à l’une plutôt qu’à l’autre , ou seulement indiquer les cas auxquels chacune d’elles paraît plus particulièrement convenir. Il importe cependant au jeune praticien, pour qu’il ne fasse pas des essais qui pourraient compromettre sa réputation et l’entraîner à des frais inutiles, d’avoir toujours présentes à l’esprit des règles générales à cet égard. Or, voici ce que démontrent tout à la fois le raisonnement et l’expérience.

Quand on n’a qu’une seule dent à remplacer, la substance la moins avantageuse est nécessairement T hippopotame , qui , quand il est dépourvu d’émail, jaunit très vite ets’altère promptement, et qui, cou vert de son émail, s’harmonise difficilement, môme jamais avec les dents voisines. Aussi, dans ces cas , donne-t-on la préférence aux dents naturelles ou bien aux dents minérales; aux premières en général, quand c’est une dent qu’on veut monter à pivot, et lorsqu’il y a de la place suffisante pour le talon, d’abord parce qu’elle est plus facile à appareiller pour la forme et la couleur avec les dents voisines , ensuite parce que le talon continue parfaitement en ar-

itère la courbure du bord alvéolaire ; aux secondes, quand, pour la mâchoire supérieure, ou l’inférieure dans le cas de menton de galoche , il n’y a point assez de place pour un talon , par suite de la longueur ou de Lentrecroisement de la dent correspondante de l’autre mâchoire.

Quand on a à faire une pièce à série continue, on peut, en ayant égard toutefois à ce que nous venons de dire, se servir indistinctement de dents naturelles ou de dents minérales ; mais pour les pièces à série ipterrompue , c’est à dire composées de dents entre lesquelles viennent s’en interposer d’autres que porte encore la personne, les naturelles permettent mieux de trouver la teinte des dents au milieu desquelles on a des pertes à réparer. Nous savons bien que ce n'est pas l’opinion des partisans des dents minérales, qui les regardent comme tellement supérieures à toutes les autres qu’ils pensent qu’il est peu de cas , quelques uns disent même qu’il n’en est point, où, pour des pièces d’une ou de plusieurs dents, elles ne doivent pas avoir la préférence. Voici comment ils s’expriment à ce sujet :

a Lorsque, avec une dent minérale , vous devez imiter une dent naturelle qui lui est parallèle , vous éprouvez de la difficulté, vous vous récriez contre l’imperfection de l’objet qui doit vous servir à imiter cette dent, et vous avez raison (1) ; prenez maintenant une dent naturelle pour faire ce remplacement, croyez-vous que ce sera sans difficultés? il vous faudra d’abord trouver une dent pareille à celle qui reste, et il est excessivement difficile de la trouver semblable pour les formes, les dimensions et la direction des lignes ; il faudra couper

(1) Mémoire cité, pages 8 et suivantes.

cette dent; vous limerez scs bords, ses angles; peutêtre arrondirez-vous ou aplatirez-vous sa surface. Alors vous aurez perdu votre dent , elle n aura plus la forme naturelle et se reconnaîtra dans la bouche. Avec une dent naturelle que vous avez trouvée pareille à celle que vous voulez remplacer, vous rencontrerez encore des difficultés d’une autre espèce : ainsi, le canal dentaire, si c’est une dent à pivot, peut vous donner une épaisseur différente de celle du canal dentaire de la racine, et vous aurez une saillie ou un enfoncement qui ne sera pas celui de la dent parallèle; il sera donc plus difficile de bien placer une dent naturelle qu’une dent minérale. Un autre inconvénient peut encore arriver à la dent naturelle : si vous n’en avez pas fait le choix après l’avoir fait tremper au moins un jour dans l’eau, elle peut prendre dans la bouche une nuance différente de celle des dents voisines. »

On voit dans cet examen comparatif que les partisans des dents minérales sont pour le moins aussi embarrassés de leur trouver des qualités que de faire ressortir les inconvénients des dents naturelles. Voyons si les reproches qu’ils adressent à ces dernières sont bien fondés. Ces reproches portent sur la difficulté de les appareiller, sur la nécessité de les tailler convenablement, sur la diversité des canaux dentaires des dents à placer et des racines qui doivent les supporter, enfin sur la nécessité de ne les choisir que parmi celles qui auraient trempé dans l’eau avant ce choix.

Relativement à la difficulté d’appareiller des dents naturelles avec celles au milieu desquelles on doit les placer, elle ne peut exister que pour les dentistes qui

n’ont pas un choix suffisant de dents , et ont la mauvaise habitude de rejeter toutes celles qui n’ont pas une belle teinte pour ne prendre que les plus blanches et les mieux conformées. Quant à la nécessité dans laquelle on est de les tailler, elle se rencontre rarement pour celui qui a la précaution d’en avoir un grand assortiment, et si cette nécessité se trouve quelquefois, ce ne peut être que sur les parties non apparentes , mais jamais sur la face antérieure. Reste donc contre les dents naturelles la difficulté d’appareiller leur canal central avec celui des racines de support, ce qui, même réduit au cas de dents à pivots , se résume en un coup de lime pour donner au pivot moins de grosseur dans une de ses moitiés que dans l’autre ; ou à incliner la dent , ou soit à cintrer, soit à faire diverger le pivot.

Les reproches qu’on pourrait faire aux dents minérales sont malheureusement plus fondés. Nous ne parlerons ici ni de leur fragilité, dont la crainte n’effraie que les personnes qui n’en connaissent point la composition, ni des difficultés qu’offre leur monture , que l’habitude a bientôt aplanies; mais n’y eût-il que leur éclat, surtout à la lumière , c’est déjà une raison qui empêche la plupart du temps de les assortir convenablement avec celles au milieu desquelles on veut les placer. Nous savons bien qu’on peut diminuer, éteindre même complètement cet éclat par quelques tours de meule ; on tombe souvent alors dans un excès contraire, et la dent a besoin d’être sans cesse couverte de salive pour recouvrer le brillant nécessaire et ne pas trahir sa présence ; elle reste toujours mate et se salit aisément. Cet inconvénient n’existe, il est vrai , que pour les pièces entrecoupées, parce que, pour les pièces à série continue,

l’éclat étant le même pour toutes , il n’y a rien de bien choquant. Mais ce quon ne peut contester, cestqu il ne soit très difficile, de l’aveu même des partisans des dents minérales, d’habituer tout de suite les personnes très nerveuses au frottement et au choc de deux pièces de celte nature. M. Billard, un de ceux qui en rehaussent le plus les avantages, cite même l’exemple d une personne chez laquelle « le contact d’une cuvette métallique (recouverte de dents minérales) produisait une sensation de froid et d’engourdissement résultant du dégagement continuel du fluide galvanique produit par le mélange des métaux, et qui, malgré les efforts qu elle fit pour s’habituer à ce dentier minéral qu’elle préférait à celui sculpté, quelle avait porté jusqu’alors , fut obligée de revenir à ce dernier. » Nous avons plusieurs fois constaté de semblables phénomènes (1).

Aussi , pour la confection des pièces complètes , l’hippopotame est-il , pour les cas dont nous venons de parler, une substance précieuse , et dont personne ne conteste les avantages. D’abord il est très facile à travailler; ensuite, si sa couleur s’altère par le temps, elle le fait d’une manière assez régulière pour qu’aucune des parties qui composent la pièce ne forme avec le reste un contraste choquant. Cette substance est surtout très avantageuse pour faire des bases sur lesquelles on monte

(1) Comme on pourrait attribuer ce résultat au simple contact de la plaque et du bord alvéolaire , nous ferons observer que si le fait n’était pas là pour démontrer qu’il est infiniment plus rare quand ces plaques sont surmontées de dents animales, le raisonnement en trouverait aisément l’explication dans la diversité des métaux dont se composent d’une part la plaque, et d’autre part les dents minérales. — Voyez, pour plus amples renseignements, le Traite de Physique Medicale de M. Pelletan , etc., etc.

soit des dents naturelles, soit des dents minérales, surtout pour les personnes qui auraient de la peine à s’habituer aux autres montures. On fait néanmoins, et bien plus souvent encore , de très belles pièces complètes ou incomplètes exclusivement, avec des dents minérales montées sur des bases métalliques, qui sont les seules appropriées aux individus dont les humeurs buccales sont de nature à détériorer très vite les dents naturelles ou d’hippopotame.

Les jeunes praticiens doivent aussi être prévenus qu’ils rencontreront des personnes assez susceptibles pour se refuser obstinément à porter des pièces faites avec des dents humaines. C’est bien certainement un préjugé qui dicte cette répugnance; mais nous ne voyons pas ce qu’on gagnerait à le combattre; le mieux, à notre avis , est de s’y conformer; car, avant tout, c’est le goût du client qu il faut satisfaire quand il n’exige rien qui soit en dehors des règles de l’art.

Nous bornons aux dents humaines , à celles de cheval marin et aux dents minérales , telles qu’on les fabrique aujourd’hui , l’examen et l’appréciation des diverses substances au moyen desquelles on cherche à réparer les pertes que la bouche peut avoir éprouvées. Mais si nos efforts jusqu’ici ont été assez heureux pour approcher de très près la nature, ils ne l’ont cependant pas complètement atteinte; et, ne restât-il même rien à désirer sous le rapport de l imitation, il resterait toujours des perfectionnements à apporter sous le point de vue industriel et économique.

Pour ne parler à cet égard que des dents minérales, ne serait-il pas à désirer qu’une personne étrangère à

l’art du dentiste, mais scientifiquement versée dans la fabrication de la poterie, de la verrerie et de la porcelaine, s’écartât un peu de la route battue et essayât même de se passer de kaolin pour base? Nul doute alors qu’elle ne trouvât soit dans un composé d’une terre grasse quelconque, pourvu qu elle blanchît en cuisant, comme la terre de pipe, d’un sable infusible très divisé et d’une légère quantité de verre blanc, soit dans toutes autres substances, en y ajoutant les oxydes métalliques convenables et en quantité nécessaire, qu elle ne trouvât, disons-nous, un mélange propre, comme l’a fort judicieusement dit M. Delabarre, il y a près de vingt cinq ans, à former des dents qui seront d’autant plus solides qu’on les aurait rendues susceptibles de ne cuire qu’à une température élevée. Quelque vraies que soient ces diverses assertions, la question n’en est pas moins aujourd’hui au point où elle a été primitivement posée.

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