‹ Nouveaux éléments complets de la science et de l'art du dentisteChapitre 14 sur 32 · S HI · texte numérisé non relu

S HI

MANIÈRE DE PRENDRE LES EMPREINTES, DE FAIRE LES MOLLES, D AJLSTER ET D’BSTAMPER LES PLAQUES OU RASES DES DIVERSES PIÈCES DE DENTURE ARTIFICIELLE (I).

Quand les arts d imitation étaient encore dans l’enfance, les dentistes se contentaient, pour la confection des pièces de denture artificielle, de ne prendre qu’une dimension sommaire de ces pièces, et de les travailler en présence de leurs clients, desquels ils demandaient de longues et pénibles séances. Mais, à mesure que les arts firent des progrès , on exigea de nous des moyens qui permissent à la fois une imitation plus complète de la nature et la plus grande économie possible du temps. On en vint alors à prendre des empreintes exactes sur la bouche môme des personnes, à couler sur ces empreintes des moules, et à se servir de ces derniers pour confectionner le travail.

(1) Nous ne traiterons ici que des bases métalliques, sur lesquelles nous devons particulièrement fixer l’attention , comme étant les plus usitées ; la confection des bases en hippopotame ayant été indiquée à l’occasion de cette substance, et celles en pâte minérale devant être sommairement mentionnées en même temps que les montures.

On ne sait pas précisément à quel auteur est due celte heureuse innovation, qui ouvrit une voie plus facile pour la prothèse dentaire, en conduisant droit au but et en attirant à nous les personnes qu’éloignaient les incertitudes et les tâtonnements des procédés anciens. Ce qu’il y a de certain, c’est que ni Fauchard, ni même Bourdet, dont l’ouvrage est de 1756, n’en font mention; ils ne parlent que de prendre des mesures servant à ébaucher tes pièces , qu’ils ne parvenaient à ajuster, comme ils le disent eux-mêmes , quà force de tâtonner et de les présenter sur la bouche .

Le premier ouvrage dans lequel il en est parlé est le rapport que la Société de médecine publia en 1789 sur les dents incorruptibles deChemant, et dans lequel il est dit que ce praticien prenait des moules avec de la cire, qu’?7 y coulait du plâtre et obtenait ainsi des modèles exacts. Cependant Laforgue, dans la première édition de son traité, qui parut douze à treize ans plus tard (1802), indique encore les anciens moyens; mais, en 1805, Gariot recommanda de lever des empreintes , et , en 1808, Dubois- Foucou donna de cette précieuse ressource une description non moins claire que minutieuse ; aussi, dès l’année suivante, Maggiolo en parla comme d’une conquête définitivement acquise à l’art , et placée au nombre de ses progrès les moins équivoques ; et dans sa seconde édition, qui a paru en 1810, Laforgue l’adopta, malgré son antipathie pour les innovations qui n’étaient pas de lui. Tous les auteurs qui ont écrit depuis ont recommandé, avec raison , ce moyen comme une méthode excellente à laquelle rien ne pourrait suppléer; aussi allons-nous le décrire avec tous les détails convenables, et surtout d’une manière plus claire qu’on ne l’a fait jusqu’à ce jour.

Des empreintes ou moules en creux.

C’est la cire qui jusqu’à présent a servi à prendre les empreintes. Le plus ordinairement, cest la cire vierge; quelques dentistes cependant prennent la jaune, telle qu’on la trouve dans le commerce, tandis que d autres préfèrent celle à modeler colorée en rouge avec addition d’un peu de térébenthine. Ces différentes espèces de cire ayant paru trop molles et trop faciles a se détormer, Maury a proposé d’en faire une particulière composée de douze parties de cire blanche , d’une de blanc de plomb, et d’une demie de graisse, le tout coloré avec la cochenille, l’orseille ou l’orcanète ; mais l’odeur qu’acquiert toujours la graisse en s’échauffant empêcherait déjà que cette composition ne devînt d’un usage général, la propreté étant une chose importante en pareille matière , si d’un autre côté le blanc de plomb , qui probablement est le carbonate de plomb ou blanc de céruse , n’avait pas des propriétés vénéneuses qui doivent en interdire l’emploi ; aussi nous accordons la préférence à la cire vierge.

On conseille d’employer la cire de deux manières : dans le premier cas, après l’avoir ramollie devant le feu , ou préférablement dans l’eau chaude , et en avoir enlevé l’humidité en la pétrissant dans un linge pour la malaxer de nouveau dans le creux de la main, afin de la rendre parfaitement homogène et dégagée de toute lissure et de tout grumeleau , on en fait un rouleau de la grosseur du pouce environ , qu’on aplatit et auquel on donne primitivement la forme de la partie de l’arcade dentaire qu’on veut modeler, en ayant la précaution de le tenir

plus épais dans les endroits où il y a des vides, surtout des vides alvéolaires à remplir; puis on fait pénétrer dans cette masse les dents et les parties édentées en l’élevant jusqu à ce que les gencives soient en partie emboîtées; enfin, on la comprime en dedans et en dehors avec les doigts. On dégage ensuite ce moule en le retirant avec précaution le plus possible dans la direction même de l’axe des dents; puis, quand il est devenu ferme, on essuie avec un pinceau de blaireau la salive ou le sang qu’il pourrait contenir; on enlève, avec toute la précaution possible, tout ce qui paraît inutile, tant en dedans qu’en dehors et aux extrémités.

Dans l’autre manière, on place la cire dans une boîte, espèce de gouttière semi-elliptique de fer-blanc ou d’argent, sur la partie antérieure de laquelle est une tige qui forme un manche. Les parois de ce réceptacle, offrant de la résistance, s’opposent à la déformation delà cire. On l’applique sur la place qu’on veut modeler, en appuyant de manière à ce que toutes les formes s’y marquent avec quelques unes des dents voisines de chaque côté ; puis on retire l’appareil en suivant avec soin la direction des dents ; on le plonge ensuite dans l’eau froide, et on enlève avec un instrument tranchant mouillé tout ce qui déborde à l’entour. Cette manière de procéder est loin d’avoir les avantages que les auteurs lui supposent généralement; elle est d’abord douloureuse pour le client, parce qu’elle exige une plus grande pression que n’en demande la manière qui s’exécute au moyen des doigts qui permettent d’appuyer plus ou moins fort, suivant la sensibilité des parties et par plus petites portions à la fois; ensuite elle ne donne toujours que des empreintes à cavités trop larges, car on n’a pas la res-

source de presser contre leurs parois, comme on peut le faire avec les doigts. Aussi nous n’en faisons jamais usage et nous conseillons de l’abandonner.

Les choses n’étant pas toujours disposées de telle sorte que les dents à remplacer soient à côté les unes des autres , on doit, dans certains cas, pour obtenir plus de précision, prendre isolément avec des morceaux de cire séparés l’empreinte de chaque brèche, tailler ces morceaux comme s’ils étaient destinés à imiter les dents, et les conserver pour corriger plus tard le modèle. On éprouverait encore une grande difficulté à prendre l’empreinte d une partie de dents convergentes, en agissant comme nous venons de l’indiquer, dans la direction verticale, parce que la partie de cire qui toucherait à la gencive, étant plus large que l’écartement que laissent entre elles les dents vers leur bord libre, ne pourrait passer sans se déformer. Dans ce cas on prend l’empreinte, non pas de haut en bas ou de bas en haut, mais d’avant en arrière et d’arrière en avant, avec deux morceaux de cire séparés; on obtient ainsi deux plaques opposées qui, réunies, forment un moule en deux parties simulant deux valves.

La plupart des auteurs pensent que dans la généralité des cas le moule simple , c’est à dire la seule empreinte de la place défectueuse, suffit pour établir des indications précises. 11 est cependant assez souvent nécessaire d’avoir des moules qui indiquent les rapports des dents des deux mâchoires , ou même de celles-ci entre elles. Pour cela, on conseille de faire mordre dans une masse de cire, et on obtient assez bien la double empreinte, en prenant toutefois les précautions nécessaires

pour faire tomber juste les mâchoires dans le mouvement habituel à la personne pour l’occlusion de la bouche, sauf à recommencer plusieurs fois si l’aspect de l’empreinte faisait naître quelques doutes sur l’exactilude des rapports obtenus. Mais très souvent, dans ce cas, l’occlusion de la bouche suffit pour détruire la cloison intermédiaire qui devrait séparer les deux mâchoires , et alors on n’a qu’une représentation de la face antérieure de la supérieure , et de la face postérieure de l’inférieure ; aussi celte manière n’est-elle applicable qu'aux cas où les mâchoires laisseraient entre elles un grand intervalle ou tomberaient l’une sur l’autre. Nous pensons qu’il vaut beaucoup mieux prendre le modèle isolément; le dentiste habitué saura toujours rétablir les rapports naturels en présentant les moules l’un sur l’autre, ayant eu le soin de prendre pour indication une remarque quelconque.

Maintenant, s’agit-il de prendre l’empreinte d’une mâchoire à laquelle il ne reste plus de dents, tandis qu’il n’en manque point ou qu’il en manque seulement quelques unes à l’autre? On lève d’abord celleexactede la denture existante, et on la conserve pour en avoir le modèle; on prend ensuite le creux de la partie édentée, on coupe la cire qui représente cette partie à la hauteur présumée des dents absentes, on fait fermer la bouche, et on accorde le moule avec les irrégularités du bord tranchant des dents existantes, de sorte qu’il louche également partout.

Enfin, comme les emplacements destinés à recevoir des pièces artificielles ne sont pas toujours assez bien disposés pour qu’on ne soit pas obligé de faire l’extraction de quelques mauvaises dents ou de quelques por-

lions de dénis , on doit, autant que possible , faire cette

opération préliminaire avant de prendre les empreintes. Si néanmoins la personne ne voulait se priver, soit de cette dent, soit de cette racine, qu’au moment même où tout sera prêt pour pourvoir à leur remplacement (ce qui serait toujours moins avantageux que d attendre la cicatrisation), on serait obligé de prendre l’empreinte de la place telle qu’elle est, c’est à dire en y comprenant l’objet qui doit être enlevé, sauf à raser cet objet sur le modèle pour ajuster la pièce, sauf même à laisser pour lui un vide nécessaire dans la cuvette, el a bouclier ce vide quand on enlèvera la dent.

En se bornant au travail que nous venons de décrire, on aurait bien une représentation en creux des parties au remplacement desquelles on doit pourvoir; mais on ne serait pas plus avancé pour cela , parce qu’on n aurait devant les yeux et sous la main rien de ce qui est nécessaire pour la confection cl l’ajustement des pièces ; il faut couler dans cette empreinte un moule en relief.

Pour l une ou l’autre de ces deux substances, on commence par envelopper l’empreinte d’un bandeau de mastic de vitrier, de terre glaise, ou plus simplement d un papier enduit d’un peu de colle de pâte , assez fort , c’est à dire assez épais pour que la substance liquide dont on remplira l’empreinte ne le fasse pas céder , de six à neuf centimètres (deux ou trois pouces) environ de hauteur, dont les deux bouts enfin sont maintenus par une épi n-

Des modèles ou moules en relief.

On se sert à cet elfet de plâtre ou de soufre.

prise , et l’empreinte bien nettoyée, même enduite d’un peu d’huile pour le soufre, on implante des morceaux de fil de fer dans les cavités qui répondent aux dents longues et isolées, afin de les soutenir ou de pouvoir au besoin les raccommoder.

Quant au plâtre, celui dont on se sert est blanc, tamisé fin , tel que les figuristes l’emploient ; on le délaie lentement en le jetant dans l’eau jusqu’à ce qu’il forme une bouillie assez épaisse; une fois délayé, et avant qu’il ait acquis une certaine consistance, on le verse légèrement en secouant l’empreinte en divers sens pour faire dégager l’air qui aurait pu se glisser entre les deux corps, et on achève de la remplir en poussant le plâtre avec un stylet pour bien le tasser et le faire pénétrer dans toutes les anfractuosités. Lorsque nous l’employons, nous nous dispensons d’envelopper l'empreinte de cire d’aucuns bandeaux; nous nous contentons de tenir cette dernière à la main pour recevoir le plâtre, et comme le moule obtenu n’aurait pas une base assez épaisse, nous l’appliquons sur un tas de plâtre délayé, auquel il se joint et que nous taillons convenablement avant qu’il soit tou t-à-fai t sec. Quant au soufre, pour lequel le bandeau est utile, on en fait fondre une suffisante quantité , et, lorsqu’il est sur le point de se figer, on le verse par couches et à plusieurs reprises en faisant aussi en sorte de l’étendre sur toutes les parties.

Quelle que soit la substance employée, quand elle est durcie , on présente le tout légèrement au feu pour ramollir la cire et la détacher plus aisément , puis on enlève avec un instrument tranchant les inégalités ou les surcroîts de substance qui pourraient causer de l’erreur dans la confection de la pièce. Quelques personnes, dit-

on, se contentent de faire également en cire ce moule saillant; mais il est évident que sa mollesse doit le rendre tout-à-fait impropre à atteindre le but qu’on se propose, qui est d’ajuster sur lui des plaques métalliques. Il ne peut servir que de modèle rectilicaleur, c’est à dire de modèle destiné à être conservé à part alin d’être utilisé comme indicateur dans les cas assez fréquents où le moule, qui aurait servi à faire l’estampe, aurait reçu quelque altération.

Des substances dont nous venons de décrire l’emploi, le plâtre est celle dont l’usage est le plus habituel ; seulement il demande à être employé frais , parce que, s’il était trop éventé, il ne se lierait pas. Quelques praticiens, pour lui donner plus de dureté, ont conseillé de le délayer avec de la colle de Flandre dont les menuisiers font usage (colle-forte) ; ce mélange, qui n’est autre chose que 1 a stuc, serait excellent, car il acquiert la consistance de la pierre ; mais il a le désavantage d’être long à préparer et de se durcir lentement. Nous aidons aussi souvent la dessiccation du plâtre par l’addition d’un peu de grès. Enfin si le soufre a l’avantage d’une certaine dureté, il a ce grand inconvénient que, préparé dans les laboratoires, il répand partout une vapeur fort incommode et quelquefois nuisible.

L’assemblage dans leur rapport parfaitement exact des deux moules, au moyen d’un engrenage établi à leur partie postérieure par une saillie ménagée dans l’un, et une cavité pratiquée dans l’autre, constitue ce qu’on nomme un moule articulé, indispensable pour les grandes pièces. La forme de la saillie varie : elle est ronde ou triangulaire, ainsi que la cavité destinée à la recevoir

Quelques dentistes se contentent de n’en faire qu’une entre les deux extrémités des branches représentées par 1 arcade alvéolaire ; d’autres en établissent une directement derrière chacune de ces deux extrémités.

Une chose qu’il est encore très important de savoir, quoique peu d’auteurs en parlent, c’est que, quelle que soit la matière employée pour avoir un moule, les dimensions de la bosse obtenue dépassent toujours un peu celles de 1 objet qu’on doit imiter , parce que cette matière éprouve un léger gonflement auquel la cire de 1 empreinte ne s’oppose qu’ insuffisamment. Il en résulte que les dents qui forment les deux côtés d’une échancrure, ayant plus d’épaisseur que sur nature, l’espace qui les sépare est nécessairement un peu plus étroit, et que la pièce faite pour cet espace aura trop de jeu quand on voudra la mettre en place. C’est alors que deviennent utiles les empreintes en relief que nous avons conseillé de prendre isolément de chaque édenture ; en les présentant sur le moule, on verra juste de combien on sera obligé de gratter. ce dernier.

Enfin, terminons ce qui a rapport aux empreintes, et aux moules en relief qu’elles servent à donner, en disant que la cire employée à cet effet peut de nouveau être utili sée. Pour cela on la fait fondre dans un vase contenant de l’eau qu’on porte à l’ébullition ; le plâtre qui a pu lui rester adhérent est précipité par son poids, les autres matières étrangères surnagent à la surface pour être écumées, et la masse de cire, ainsi épurée et refroidie, se refond de nouveau sans eau, pour être versée dans des soucoupes ordinaires qui, légèrement enduites d’huile , lui donnent l épaisseur et la forme qu’on juge convenables.

Dr la confection des plaques ou cuvettes , et de leur estampage.

Les moules faits avec le plâtre et le soulre, obtenus avec les précautions que nous avons indiquées, donnant une représentation exacte de remplacement que doit occuper la pièce qu’on se propose de faire, on se sert d’eux pour ajuster les plaques ou cuvettes d or ou de platine sur lesquelles doivent être montées les dents. Cet ajustement se fait de deux manières. Quand elles sont minces et peu étendues , on leur donne la tonne du moule métallique avec des pinces aidées quelquefois d’un brunissoir, c’est ce qu’on nomme, en terme d’orfèvrerie, amboutir ; quand ces plaques ont une certaine étendue, quelles sont fortes, et surtout quand elles doivent faire partie d’un dentier ou pièce complète, il faut véritablement les estamper , c’est à dire les accoler de force entre deux moules qui , se recevant réciproquement, leur impriment la forme désirée.

Dans les deux manières on commence par faire une espèce de modèle de plaque avec une feuille de plomb mince, mais pourtant encore assez résistante pour qu elle ne se déforme pas; on la place sur le moule et on lui donne la forme et toutes les dimensions que doit avoir la véritable plaque. Alors, si on ne veut qu amboutir, la feuille qui doit former cette dernière étant suffisamment recuite, pour avoir plus de malléabilité ou de souplesse, est découpée sur son patron, puis appliquée sur le moule de plâtre ou de soufre, dont on lui fait prendre les principaux contours, avec lequel, en un mot, on 1 harmonise le mieux possible, à 1 aide des pinces, jusqu’à ce

qu elle le recouvre et l’emboîte exactement, des trous ou échancrures étant ménagés ou pratiqués avec la lime pour les parties saillantes qui doivent être emboîtées ou seulement enclavées.

Pour pouvoir donner plus facilement aux plaques les saillies et les dépressions qu elles doivent offrir, nous avons depuis longtemps fait confectionner des pinces de différentes forces, dont les unes ont un de leurs mors arrondi pour être reçu dans l’autre qui est concave, à la manière des fers à friser, et dont les autres portent à une de leurs extrémités un renflement plus ou moins gros , destiné également à être reçu dans une cavité analogue ménagée sur l’autre mors.

Si, au contraire, on doit véritablement estamper, on est obligé de substituer au moule de plâtre ou de soufre qui a pu suffire à la première opération , un moule assez résistant pour supporter l'effort d’une pression nécessaire à l’estampage de la plaque. Pour cela on le fait en plomb, auquel on ajoute ordinairement un sixième environ de régule d’antimoine, en composition (1), en cuivre et même en fonte de fer.

Qu’on se serve de plomb ou de composition, voici comment on procède : on place dans une sébile en bois une masse de terre glaise entretenue humide et que quelques praticiens mélangent même avec un peu de sable tamisé ; on y plonge avec précaution le moule en plâtre ou en soufre saupoudré d’un peu de poudre de licopode

(1) Par composition nous entendons deux substances , l’une qui est connue sous le nom de Darcet , et dont nous avons donné la formule ; l’autre est celle dont sont formés les caractères d’imprimerie composés de 80 parties de plomb, 20 d’antimoine et d’une très petite quantité de cuivre.

pour empêcher qu’il ne s’attache, et, comme celte immersion forcée pourrait ne pas donner une empreinte régulière, on rapproche la terre glaise de chaque côté du moule; on le retire ensuite en prenant bien garde de ne pas agrandir le creux qu’il a formé, de même que d’y rien laisser tomber. Alors on fait fondre le plomb ou la composition dans une cuiller de fer, on les retire du feu, et, quand ils sont presque figés, on les verse dans le creux , ayant eu la précaution préalable de saupoudrer une seconde fois ce dernier d'une légère couche de poudre de licopode. Lorsque tout est refroidi , on enlève la terre et, au moyen d’un burin ou d’une lime, on redresse, c’est à dire on corrige cette bosse métallique en la comparant aux reliefs isolés qui servent alors de rectificateurs, comme nous l’avons dit.

Quant au moule en cuivre que nous avons été des premiers à employer, sa confection exige une habitude que peu de dentistes peuvent avoir; aussi conseillonsnous de se reposer de ce soin sur les fondeurs. Ces moules s’obtiennent d’ailleurs rarement aussi réguliers que ceux de plomb : on est toujours obligé de les réparer au burin d’après les modèles primitifs. Une fois obtenus, on les fait dérocher dans l’eau seconde pour les purger des corps étrangers qui pourraient leur adhérer; on achève ensuite de les nettoyer avec un morceau de bois tendre saupoudré de grès lin.

Que le moule soit en plomb , en étain , en composition ou en fonte de cuivre ou de fer , c’est presque toujours le plomb (jui sert à faire le contre-moule; car c’est lui (pii doit présenter le moins de résistance. Pour l’obtenir on place dans une sébille un peu de sable fin sur lequel on dépose à plat le moule préalablement frotté de craie

délayée dans l’eau, on l’environne d’une barrière de carton ou de tôle , distante de lui de huit à dix millimètres (quatre à cinq lignes), mais assez solide pour retenir le plomb qu’on doit couler sur le moule ; on verse ce métal dessus jusqu’à ce qu’il l’ait recouvert de trois centimètres (un pouce environ), et quand le tout est froid, on sépare les deux pièces à coups de marteau. On fait quelquefois le contre-moule en versant du plomb fondu dans un creux de terre glaise deux fois plus grand que le moule, et en y enfonçant ce dernier assez avant pour obtenir l’empreinte nécessaire. Mais cette méthode ne peut être employée que pour les moules dont les dents ne présentent point trop de resserrement ou d’évasement, car alors on ne pourrait les défaire l’un de l’autre : on serait obligé, dans ce cas, de couper les dents près de la base sur laquelle elles portent.

Ce contre-moule une fois obtenu , et la véritable plaque étant, comme dans le cas le plus simple, c’est à dire comme dans le cas où l’on croit pouvoir l’ajuster sans percussion, découpée sur la provisoire qui a servi de patron , on la place entre le moule et le contre-moule, on frappe dessus ce dernier à coups de marteau réguliers et modérés, et, quand on est bien certain que la plaque n’a pas dévié de sa position , on met le tout ensemble sur la pièce d’acier carrée que nous nommons un tas , et par l’entremise d’un fort poinçon d’acier , ou mieux directement, on frappe sur le contre-moule avec un lourd marteau qui agit à la manière d’un mouton ou d’un balancier. On retire la plaque , on en coupe ce qu’on juge être de trop dans sa périphérie, on l’adoucit avec la lime, on redonne aux trous qu’elle peut contenir le contour que la pression doit avoir altéré, et on

est à peu près sûr qu elle s’adaptera au moule de plâtre pour lequel elle a été disposée; si elle avait quelques défectuosités de détail, on y rémédierait le mieux qu’il serait possible.

Quelques praticiens, pour s’assurer si la surface intérieure de la plaque touche bien par tous ses points la partie quelle doit recouvrir, la font légèrement chauffer et garnissent cet intérieur d’une mince couche de cire, puis la mettent en place; les parties saillantes, déprimant la cire, indiquent les points qui ont besoin d’être repoussés. Ce surcroît de précaution peut avoir ses avantages , puisqu’cn définitive il ne peut que conduire à une plus grande précision; mais on peut très bien s’en dispenser dans les cas ordinaires et le réserver pour quelques pièces de grande dimension , et pour lesquelles une exacte coaptation est indispensable.

II résulte de là que rien n’est plus variable que la forme des plaques ou cuvettes métalliques. A part ce caractère commun quelles ont nécessairement entre elles, ainsi que toutes les autres bases, de se présenter, en somme totale, sous la forme d'une gouttière destinée à recouvrir et à embrasser le bord alvéolaire, on n’en trouve quelquefois pas deux qui se ressemblent exactement : ce qui s’explique par la diversité des surfaces avec lesquelles elles doivent se trouver en contact et en harmonie. Les unes sont destinées à reposer sur un plan parfaitement uni et totalement dépourvu de dents; les autres sont cahoteuses et percées, comme nous venons de le dire, de trous ou de simples échancrures réservées aux dents encore existantes. Ces trous ou échancrures ne doivent jamais présenter une arête vive : on garni ( ordinairement leur pourtour de pelils

anneaux aplatis pour diminuer, annuler même les effets nuisibles que pourrait produire sur les dents le contact habituel d’une surface coupante. Enfin , les cuvettes sont quelquefois formées de deux pièces réunies par un prolongement qui passe derrière les dents encore existantes, auxquelles même il peut servir de soutien. Ce prolongement est ou la continuation de la plaque ellemême, ou un bandeau rapporté et soudé : le premier est infiniment préférable, parce qu’à force et à largeur égales il évite la saillie des soudures, et s’harmonise mieux avec la partie qui doit supporter la pièce.

Ces diverses manières que nous venons de décrire de lever des moules pleins et de les employer à estamper les plaques qui serviront plus tard à monter les dents sont celles qui ont été jusqu’ici décrites par les auteurs et suivies par la plupart des praticiens; mais, quoi qu’en disent les uns et que puissent en penser les autres, nous avons rarement trouvé dans la bosse de plâtre coulée dans le premier moule de cire l’exactitude si désirable en pareille circonstance. Presque toujours, en prenant sur cette bosse une seconde empreinte, en plomb laminé ou en toute autre substance, nous avons eu de la peine à la faire tomber juste sur les parties qu’est destinée à couvrir la plaque qui sera estampée comme elle.

Cet inconvénient nous a donné l’idée, quand il s’agit d’une pièce de quelque étendue, mais surtout d’une pièce dans le développement de laquelle est contenue la partie antérieure du cercle alvéolaire , nous a donné l’idée, disons-nous, de ne jamais estamper la véritable plaque en or ou en platine sans en avoir primitivement fait une en plomb laminé assez mince pour se laisser

ajuster par la seule pression des doigts aidés d un brunissoir ou d’une pince, et cependant assez fermeencore pour être travaillée sans perdre en aucune façon la forme qu’on est parvenu à lui donner.

Quand cette plaque provisoire est obtenue , nous l’essayons aussi souvent qu'il est nécessaire sur la personne pour la rectifier , jusqu’à ce qu’elle soit d'une parfaite exactitude , et nous nous en servons pour couler de nouveau un moule en plâtre ou en toute autre substance, au moyen duquel nous faisons la plaque définitive qui devient pour nous un guide infaillible.

Plusieurs personnes auxquelles nous avons indiqué ou qui nous ont vus mettre à exécution ce moyen, le seul, à notre avis, d’obtenir des plaques, cuvettes ou bases d’une complète exactitude , nous ont objecté qu’il avait non seulement pour résultat inévitable d’augmenter le travail, mais que la similitude des objets successivement coulés les uns sur les autres, diminuant de toute nécessité à mesure qu’on s’éloignait davantage du premier type, le second moule devait se trouver moins exact que le premier. A cela nous répondrons que la plaque de plomb devient un premier moule, puisqu’elle n’est adoptée pour recevoir le plâtre qu’après qu’on s’est assuré de son entière exactitude.

Certes, cette seconde plaque deviendrait inutile si la première empreinte était prise avec une substance assez résistante pour n’éprouver dans ses rapports généraux, surtout dans sa courbure antérieure ou dans le plan sur lequel doit réciproquement porter chacun de scs angles, aucuns changements notables. La cire n’a pas cet avantage : elle conserve bien dans les détails certaines empreintes linéaires qui ne se reproduisent pas sur la

plaque de plomb , et à plus forte raison sur celle d’or ou de platine, qui sera postérieurement estampée; mais ces empreintes linéaires sont tout-à-fait insignifiantes pour nous; ce qui nous importe, c’est la persistance de la forme imprimée à la masse, l’exactitude de l’ensemble, partant, la coaptation de la pièce.

Cette manière de prendre primitivement une estampe en plomb a encore deux autres avantages; le premier, c’est de tracer exactement la hauteur que la véritable ou seconde plaque devra avoir en avant , en précisant d’une manière rigoureuse , tant en dedans qu’en dehors, les points par lesquels elle doit venir reposer sur les gencives, et la ligne à laquelle elle doit s’arrêter; le second, c’est d'économiser la matière. Aussi ne saurions-nous trop la recommander aux praticiens jaloux d’obtenir des cuvettes régulières.

Quel que soit d’ailleurs le moyen choisi pour obtenir ces cuvettes, ce que nous ne saurions trop redire, et qui toujours doit servir de règledeconduitedans leur confection , c’est que , s’appuyant sur les gencives , elles doivent former une assise capable de modifier la pression qu’exercent toujours les pièces artificielles. Quant à leur largeur, elle doit être calculée d’après la disposition de l’emplacement et l’étendue du cercle alvéolaire édente. Ainsi, une plaque devra-t-elle reposer sur des racines solides? Il suffit qu elle dépasse le talon des dents. S’il n’y a point de racines, au contraire, elle devra avoir une certaine largeur et former une espèce de gouttière capable d’embrasser le bord alvéolaire, et même de s’avancer un peu au delà ; ce qui soulage les dents autour desquelles les crochets de la pièce sont fixés, la commo-

lion et l’ébranlement étant alors supportés par le bord alvéolaire seul, et non sur les dents.

Ajoutons que les plaques doivent être assez grandes en tous sens pour qu’on puisse pratiquer les échancrures convenables destinées à loger la partie postérieure des dents encore en place. Et comme les endroits entaillés deviennent nécessairement les plus étroits, et par conséquent les plus faibles, on évite qu’ils ne ploient et même ne cassent en leur soudant un fil d’or capable de rendre en épaisseur ce qu’on leur a enlevé en largeur, à moins qu’on n’aime mieux les doubler d’une autre plaque ou les enduire de soudure. Il est même très bien que ce fil vienne se courber sous forme de crochet, pour embrasser une partie de la dent derrière laquelle il est placé. Il arrive aussi quelquefois, dans ce cas, qu’on fait une plaque à part pour chaque édenture, et qu’on réunit ces différentes plaques en les soudant solidement à une traverse contournée faite avec un fort fil d’or ou de platine arrondi du côté qui’ répond à la langue. Mais il est facile de prévoir que ce moyen est infiniment moins bon que le précédent; nous ne l’employons jamais.

Enfin , si au milieu ou sur un des côtés d’une série de dents antérieures qu’il faut remplacer il en existe une qui soit déviée au point de faire penser qu’elle manque, elle doit être dans certains cas masquée par une autre factice. Le travail consiste à fabriquer une plaque en gouttière , qu’on perce d’un trou pour laisser passer la dent naturelle déviée; une petite lame verticale en couvrira le devant et sera soudée à la plaque pour servir de support à la dent artificielle. De même, lorsqu on sera obligé de couvrir d’une plaque un emplacement occupé en partie par une dent tardive, il

faudra bien se garder d extraire cette dent, d’autant plus qu’on n’y parviendrait qu’avec peine si elle ne laissait apercevoir que l'émail d’une partie de sa couronne. Mais comme en se développant , ce qui arrive tôt ou tard, bien qu’à des époques indéterminées, elle soulèverait la plaque et lui ferait perdre son aplomb, il faut percer cette dernière pour qu’elle n’oppose à sa sortie aucun obstacle ou pour qu’elle ne la force pas à sortir dans une mauvaise direction. Nous avons rencontré plusieurs cas dans lesquels des praticiens , pour avoir dédaigné cette précaution ou ignoré le motif qui nous engage à en signaler la nécessité, avaient vu se déranger très promptement des pièces dans la confection desquelles ils avaient d’ailleurs déployé une assez grande habileté.

S iv.

DES DIFFÉRENTS MOYENS DE MONTER LES PIÈCES DE DENTURE ARTIFICIELLE, CEST A DIRE D'UNIR LES DENTS A LEURS SUPPORTS OU BASES (1).

Aucune pièce de denture artificielle, de celles du moins qui appartiennent aux substances que nous avons dites être presque exclusivement employées, ne se place dans la bouche sans l’entremise d’un autre corps destiné à lui servir de support ou de monture. Ces supports sont des pivots, des plaques métalliques, dont nous venons de nous occuper, ou des bases faites soit en hippopotame,

(1) Voyez dans notre Introduction les raisons qui nous ont fait traiter, dans deux paragraphes séparés, de la monture des dents sur leurs supports , et de la fixation de la pièce dans la bouche.

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