‹ Nouveaux éléments complets de la science et de l'art du dentisteChapitre 15 sur 32 · VI · texte numérisé non relu

VI

soit on une autre substance osseuse , soit meme en pâte minérale (1).

Dans l’enfance de l’art on se contentait tout simplement, pour maintenir plusieurs dents artificielles réunies dans la place de celles dont elles devaient cacher l’absence, de les enfiler les unes à côté des autres à la manière des grains d’un chapelet. « 11 n’y a alors, dit Fauchard , qu’à percer ces dents chacune d’un ou de deux trous un peu larges , 1 un au dessus de l’autre , suivant le volume des dents. Ces trous doivent être percés d’une des parties latérales à l’autre, de manière qu’ils se répondent les uns aux autres, et que les dents gardent entre elles le même niveau qu’avaient celles dont elles doivent occuper la place. On passe dans ces trous deux fils d’or ou d’argent d’une médiocre grosseur qui enfilent de suite toutes ces dents; on les rive par les deux bouts, puis on finit d’ajuster les racines des dents ainsi assemblées, si elles en ont besoin, afin qu elles s’arrangent également sur la gencive. »

On aurait tort cependant de croire que Fauchard s’en tenait là, car non seulement il ne conseillait ce moyen que pour les pièces « de deux, trois ou quatre dents, » mais encore il ajoute, ce que les auteurs modernes oublient de mentionner : « Lorsque les dents humaines postiches assemblées dans cette pièce surpassent le nombre dont je viens de parler (de quatre à six) , on doit, outre ce qui a été dit, appliquer sur la surface intérieure de cet assemblage une petite lame d’or ou

(1) Les pièces dont les dents et la base sont d’un seul morceau 113 font pas exception à cette règle, puisque la dent ne porte jamais directement dans son sens vertical , c’esi à dire sans intermediaire sur le bord alvéolaire.

/il

d'argent. Cette lame doit être percée vis-à-vis la base de chaque dent, le plus près de la gencive qu’il est possible. Ces trous donnent passage à des goupilles d’or ou d’argent rivées à une rivure perdue d’un côté sur la lame et de l’autre sur la surface antérieure de chaque dent (1). »

Il n’y a, comme on va le voir, qu’un pas de cette manière de monter les dents à celles dont nous allons bientôt parler et qui sont actuellement en usage, et particulièrement à celle qui consiste à les lixer sur le devant des plaques. Ce pas était même d’autant plus facile à franchir, queFauchard, pour varier ses moyens de montures, en faisait une avec la lame seule. Pour cela, il assemblait le tout ensemble « en logeant la lame dans l’épaisseur de chaque dent, au moyen d’une échancrure pratiquée sur la surface postérieure des dents du côté de leur base , et en arrêtant cette lame à chaque dent le plus près qu’il se peut de la gencive, avec deux petites goupilles, l’une au dessus de l’autre, et rivées à rivure perdue. » Ce qui est, à très peu de chose près, le moyen queM. Delabarre (2) attribue à Hellis. Mais revenons aux montures actuelles en commençant par les plus simples, qui sont celles sur pivot.

Monture sur pivot.

L’implantation d’un pivot dans une dent, pour être une des opérations les plus communes de la prothèse dentaire , n’en est cependant pas une des moins impor-

(1) Ouvrage cité, tome II, pages 220 et suivantes.

(2) Ouvrage cite, tome Ier, page 205.

tantes , parce que c’est en très grande partie sur elle que repose la solidité de la pièce que la dent forme à elle seule ou dont elle fait partie. On implante un ou plusieurs pivots dans une dent pour deux raisons : ou pour la fixer directement sur une racine, ou pour la monter sur une base quelconque. Une dent montée pour la première de ces deux raisons constitue ce qu’on nomme communément dent à pivot , et sa disposition demande plus de soins qu’on ne pourrait le croire au premier aperçu, car elle exige la préparation minutieuse et souvent difficile de la racine de la dent dont elle doit occuper la place, et sur laquelle elle vient s’implanter.

Voyons d’abord en quoi consiste la préparation de cette racine, non dans ses rapports avec la partie du pivot qu’elle doit recevoir, et qui, dans un langage correct, forme le tenon, le pivot étant la partie implantée dans la dent, mais dans ses rapports avec la base de cette dernière; nous parlerons ensuite de la fixation du pivot dans la dent artificielle. Nous ne nous occuperons des moyens d’opérer l’implantation que quand nous traiterons des divers procédés en vertu desquels les pièces artificielles sont fixées et maintenues à demeure dans la place qu’elles doivent occuper.

Quelle que soit la cause qui ait détruit une dent , quelle ait cédé h une violence extérieure ou à l’action envahissante de la carie, il est bien rare qu’elle soit détruite tout-à-fait au niveau de la gencive; presque toujours il en reste quelques portions qui dépassent le bord alvéolaire et pointillent dans l’espace qu’elle occupait avant l’accident qui a occasionné sa perte. Lorsque ces inégalités sont peu considérables, on parvient

aisément à les enlever avec la lime; mais il est facile de prévoir que cet instrument agirait trop lentement s’il lallait enlever une portion volumineuse qui égalât par exemple le tiers ou seulement même le quart de la dent : on se sert alors de la pince tranchante, ou d’une petite scie pouvant agir à gauche et à droite en contournant la gencive, sauf à niveler et à adoucir le tout par la lime fine , en se conformant aux préceptes que nous avons émis à l’occasion de la résection, du limage, etc.

Dents humaines montées sur pivot. — Lorsque l’emplacement est ainsi préparé, c’est à dire que la racine est limée de telle sorte qu elle présente une surface un peu concave et même que la gencive puisse un peu la recouvrir, on s’occupe de préparer la dent qui doit être placée, après avoir toutefois pris, si on le juge convenable , l’empreinte de l’emplacement; précaution dont plusieurs praticiens croient pouvoir se dispenser, et nous sommes de ce nombre, contre l’avis de quelques auteurs qui recommandent ce moyen comme le plus sûr d’arriver à un résultat favorable.

Cette dent, nous le savons, est le plus souvent une dent humaine qui s’harmonise mieux avec celles entre lesquelles elle doit être mise; quelquefois cependant c’est une dent minérale , mais bien plus rarement une dent d’hippopotame. Admettons que ce soit une dent naturelle ( une incisive, par exemple) : on la choisit saine , de la même espèce, du même côté, de la même teinte, non, comme on le dit communément, que celle qu’il s’agit de remplacer, mais que celle dont elle forme la parallèle, car la dent au remplacement de laquelle il s’agitde pourvoir peut, par suite de la cause qui a occasionné sa perte,

avoir pris une couleur différente de celles de ses voisines : il serait généralement déplacé, comme on le sent, d’en mettre une semblable, mieux vaut assurément, puisqu’on le peut, assortir les dents qui doivent se toucher ou se correspondre, à moins que la personne, pour détourner même le soupçon d’une pièce artificielle, n’en veuille à toute force une ayant les défauts de la dent perdue, à l’aspect de laquelle on était habitué (1). On la coupe au dessus du niveau de son collet pour la présenter dans l’espace vide et reconnaître si elle a les conditions de longueur et de largeur requises. On s’occupe ensuite de la mettre d’aplomb en enduisant d’un peu de couleur rouge la surface de la racine et en enlevant sur elle ( la dent artificielle ) tout ce que l’empreinte indique être de trop.

Quant au point par lequel doit passer le pivot chargé d’unir les deux pièces, il n’est pas de meilleur moyen , pour le connaître, que de mettre une légère couche de cire sur la dent artificielle qu’on pose convenablement, mais avec assez de force pour qu’un léger relief indique ce point. Il y a ici une précaution à prendre, c’est de mouiller la cire, pour qu elle ne reste point dans le trou de la racine par son agglutination ; car, outre qu’il faudrait recommencer, et souvent à plusieurs reprises, on pourrait encore laisser un peu de cette substance dans le trou. C’est pour une raison tout-à-fait opposée qu’il est utile de dessécher la place que doit

(1) C’est ainsi que, pour nous conformer à la volonté de quelques clients, nous avons plusieurs fois placé des dents d’une mauvaise teinte, des dents érosécs , cariées et plombées. De là la nécessité d’en avoir de toutes les qualités , comme nous en avons donné le conseil.

occuper la cire sur la base de la dent, alin qu elle y reste intimement unie.

La manière de placer un pivot dans une dent qu’on destine au remplacement d’une autre a beaucoup, peutêtre même trop occupé les dentistes. Il n’est pas d’auteur ayant écrit sur la partie mécanique de notre art, et il n’est pas de praticien aujourd’hui, si neuf qu’il soit dans la carrière, qui n’ait cru son honneur intéressé à proposer un moyen nouveau, qui ne prétende posséder un procédé à part, préférable à tous les autres. Toutes ces manières, aux yeux du dentiste qui n’attache qu'une importance raisonnable aux détails de la mécanique, se réduisent à deux ordres principaux, suivant que le pivot traverse de part en part ou ne traverse pas la dent. Dans le premier cas, l’extrémité supérieure du pivot est rivée sur la partie de la face postérieure de la dent qui avoisine son bord tranchant; dans le second cas, il est enfoncé de force ou vissé.

Dans l’un et l’autre cas la dent doit être préliminairement percée dans la direction convenable avec un foret plus petit que le pivot, après toutefois, si le pivot doit sortir, qu’on a détruit à la meule l’émail qui correspond au point auquel doit aboutir le foret. Si le canal de la dent est très prononcé, on le bouche avec une petite cheville d’hippopotame taillée exprès et qu’on y enfonce à légers coups de marteau ; dans le cas contraire , on perce dans le canal même , en dirigeant toutefois l’instrument vers la face postérieure, parce que si on approchait trop de l’antérieure, la table émaillée de la dent recevrait de la présence du pivot une teinte obscure. Quand ce trou est fait, on l’agrandit surtout à sa base, et on le redresse avec un équarrissoir.

Veut-on alors placer un pivot traversant , on aflile un morceau d’or ou de platine plus gros que le trou fait à la dent et de la longueur voulue, afin de pouvoir faire une portée suffisante , en diminuant à la lime le métal qui doit traverser le trou de la dent. Cette portée tacilite à bien river en donnant une assise, et, s’il n’y en avait point, le pivot passerait de part en part au moindre ramollissement ou décomposition du trou de la dent, du côté de la racine; on le fait entrer un peu de force, jusqu’à ceque la pointe dépassed un millimètre (une demiligne) tout au plus; on met ensuite le pivot dans l’étau à main ou la pince à coulant, la dent en haut, et on fait la rivure , en ayant soin de frapper juste sur le métal et non sur la dent, comme nous le dirons plus loin , parce qu’on s’exposerait à la faire éclater, et en soute* nant cette dernière avec le pouce, afin de s’opposera toute vacillation.

Quelquefois ce pivot, au lieu d’élrc d'un seul morceau, est composé, dans sa partie qui entre dans la dent, la seule dont nous ayons à nous occuper ici, de deux tiges juxta-posôes et parfaitement unies ensemble. Alors on ne le rive pas; mais une fois qu’il a passé en dehors du trou pratiqué sur le talon de la dent qu’il déborde, comme dans le cas de tige simple , on en sépare les deux parties pour les coucher chacune de leur côté. On a soin, avant, d’enlever avec la lime, ou mieux encore avec l’échoppe, une légère couche d’émail au lieu où elles doivent s’aplatir, afin quelles s’y adaptent mieux, ce qui, dans tous les cas, soit dit en passant, ne constitue jamais un bien bon moyen.

Si c’est un pivot non traversant , qui a sur l autre l’avantage de ne pas exiger le sacrifice de 1 émail de la

partie supérieure et interne de la dent, on le dispose en cône, carrément ou en vis : le premier permet souvent à la dent de se déranger en roulant sur lui ; aussi est-on, dans bien des cas, obligé de la maintenir par une goupille transversale; la forme du second rend la dent moins susceptible de se déranger ; mais aucun n’est plus solide que le pivot à vis, surtout si le fdet de la vis est assez vif et a des pas assez éloignés pour mordre réellement dans le tissu osseux. Ce dernier genre de pivot a encore cet avantage, de permettre de diminuer le talon de la dent, si ses rapports avec les correspondantes étaient tels que l’occlusion de la bouche en fût gênée.

Comme les six dents antérieures sont celles au remplacement desquelles on tient le plus, nous avons pris ces dents pour exemple de la monture à pivot; mais nous devons faire remarquer que rien n’empêcherait que l’on en montât aussi de cette sorte pour être implantées sur les petites molaires. Dans ces cas, on devrait avoir la précaution de munir les dents de remplacement de deux pivots, dont chacun répondît au canal dentaire de chaque racine de support; si on agissait autrement, c’est à dire qu’on ne mît qu’un pivot central, il tomberait entre les deux racines, sur la partie moyenne de la cloison inter- alvéolaire; si on n’en mettait qu’un dans une des racines, la pièce manquerait nécessairement de solidité.

Nous ne terminerons pas ce qui a trait aux dents humaines montées sur pivot, sans faire remarquer que si l’or et le platine sont les deux substances les plus usitées pour ce genre de travail, on ne rencontre pas moins un grand nombre de personnes qui en ont porté long-

temps dont les pivots étaient en os et même en bois, qu’emploient encore quelques dentistes.

Dents minérales montées sur pivot. — En traitant de tout ce qui se rapporte à la fabrication et à la disposition des dents minérales, nous avons indiqué comment on introduit dans leur face postérieure les crampons qui doivent s’unir aux pivots en vertu desquels ces dénis peuvent être mises en place et s’y maintenir solidement fixées. Cette union se fait au moyen de la soudure.

Celle dont on se sert pour réunir deux pièces de platine, et qu’on emploie par conséquent dans le cas qui nous occupe, est un or dont le titre varie : les uns se contentent de le porter de 14 à 18 carats, les autres le veulent au contraire à 20 et môme à 22 ; ces derniers ont peut-être raison, parce que l’or à 18, et à plus forte raison à 14, entrant en fusion à une température beaucoup moins élevée que celui à 22 et à 20, s’étend sur le platine sans donner à ce dernier le temps de s’échauffer assez pour que ses molécules constitutives soient suffisamment dilatées , ce que nous avons déjà énoncé en parlant des soudures en général.

Quoi qu’il en soit, pour garnir une dent minérale

d’un pivot, cette dent n’étant point encore taillée, parce qu’à la soudure elle pourrait éclater, ce qui rendrait nul le travail de la taille, on procède de deux manières : ou bien on remplit la rainure de la dent d’un morceau de platine destiné à niveler sa face postérieure et sur lequel on soudera le pivot par un second coup de feu , ou bien on y place de suite le pivot. La première manière, infiniment préférable, convient surtout aux dents plates, dont le pivot se trouverait généralement trop sur le

plan antérieur pour tomber sur la partie moyenne (le la racine qui doit le recevoir ; notre manière de disposer les crampons dans la pâte minérale en dispense complètement, comme on le prévoit, puisque ces crampons remplissent de prime abord toute la rainure et sont à fleur. La seconde manière est par conséquent plus appropriée aux dents à talon.

Dans les deux cas , après avoir gratté avec soin , ainsi que nous Y avons dit ailleurs , les deux pièces qu’on veut souder, et les avoir enduites, au moyen d'un pinceau, de la dissolution de borax, mais seulement sur l’endroit où l’on désire que la soudure s’étende, on les ajuste convenablement et on les couvre d’un ou même de plusieurs paillons de soudure; puis on place la dent soit sur un charbon de bois blanc, ayant la largeur d’une carte à jouer, entouré d’un fil de fer assez fort pour empêcher sa rupture, et sur lequel l’objet est parfois fixé avec de petits crampons de fils de fer; soit sur un morceau de pierre-ponce dont les nombreuses inégalités permettent aisément à la dent et au pivot de s’établir dans les rapports réciproques qu’ils doivent avoir; soit enfin sur un tampon de fil de fer qui , aux mêmes avantages que la pierre-ponce, joint encore celui de s’échauffer assez promptement pour que la face antérieure de la dent soit , dans le cours de l’opération, à une température qui se rapproche de celle à laquelle se trouve soumise sa face postérieure.

Ces dispositions étant prises, on dirige sur le paillon, au moyen du chalumeau, la flamme de la lampe à souder, mais en augmentant avec ménagement et par degré la force de cette flamme, parce que, si on chauffait brusquement, on risquerait de faire éclater la dent; et en

s’arrêtant au degré de chaleur voulu , parce que, si on chauffait trop, on s’exposerait à faire couler la soudure au delà du point nécessaire, ce qui enlèverait infailliblement de la solidité à la pièce. Lorsque la partie que l’on soude est le pivot, il arrive nécessairement que la soudure a une grande tendance à s’étaler sur celle de ses parties qui est en dehors de la dent pour être introduite dans la racine sur laquelle on la fixera plus tard; on enduit alors toute cette partie qui déborde d’une couche de blanc d’Espagne en pâte liquide, qui arrête cette soudure au point voulu. C est par le même moyen qu’on préserve la face antérieure de la dent de l’atteinte des corps qui pourraient en ternir l’émail, dont la substance s’attendrit et rougit au feu nécessaire à la soudure. Si toutefois, après l’opération, la dent paraissait sale ou enfumée , on lui rendrait sa couleur primitive en la passant à un feu ordinaire et en la trempant ensuite dans l’eau seconde.

Qu’une dent minérale , destinée à être placée à pivot, soit montée primitivement sur ce pivot introduit de suite dans sa rainure, ou bien sur une petite tige d’attente destinée à être soudée à lui, il arrive souvent, quand elle n’est pas à talon , que ce pivot tombe sur le plan antérieur de la racine qui doit le recevoir. On lui fait alors faire un léger coude pour lui permettre de tomber sur le point voulu. Pour cela, ou bien on courbe le pivot en forme de baïonnette avant de le souder, ou bien, quand il est soudé, on le scie à la moitié, aux deux tiers même de son épaisseur, sur sa face antérieure ou externe, pour le plier en arrière et le scier de nouveau de la même manière sur sa face postérieure ou interne.

pour lui rendre sa direction verticale. Quand on est bien sur de sa direction , on fond deux paillons de soudure pour remplacer les deux traits de scie, et on unit les deux angles à la lime douce.

Enfin le travail que nous venons de décrire serait exactement le même si, contre l’usage le plus habituel, on voulait monter une dent minérale sur un pivot d’or; seulement , l’or de la soudure ne devrait être qu’à 12 ou tout au plus 14 carats , parce qu’à un titre plus élevé il exigerait pour se fondre une chaleur qui approcherait de trop près celle à laquelle se fonderait le pivot.

Ces dents ainsi réunies, on aura le soin de diminuer un peu la longueur des racines , ce qui donnera de la solidité à cette pièce; puis on la fixera comme il sera dit plus loin pour l’implantation des dents à pivot.

Monture sur plaques ou bases métalliques.

L’emploi ou l’application d une dent à pivot, telle que nous venons de la décrire , nécessite infailliblement , comme nous venons de le voir, la présence d'une racine sur laquelle elle doit s’implanter; mais bien que cette circonstance se rencontre heureusement encore assez souvent pour les dents antérieures, elle manque aussi dans un très grand nombre de cas : pour lors on est obligé d’avoir recours à un autre genre de monture, qui est très communément une plaque ou cuvette métallique.

Nous savons comment on ajuste et estampe ces plaques, dequelle substance elles sont faites, et les variétés qu’elles peuvent offrir dans leur conformation : voyons comment on les garnit des dents qu elles doivent supporter.

Denis humaines moulées sur /flaque. — La plaque étant disposée, on s’occupe de rajustement des dents qu’elle doit supporter, après avoir toutefois fixé et ajusté à cette plaque scs moyens d’attache , surtout scs crochets, comme nous le dirons plus tard. Mais comme ce moule s’est rarement conservé intact dans le cours des diverses manipulations auxquelles il a infailliblement du être soumis , on lève sur la plaque même , mise en place , une nouvelle empreinte en cire, non seulement de l’édenture qu’elle recouvre , mais encore des parties qui la bordent afin que l’ajustement des dents se fasse dans tous les rapports convenables. Quand on a cette empreinte de rapports, on y fixe la plaque dans la place même qu’elle s’y est ménagée, puis on y coule du plâtre ou du soufre, et on obtient un nouveau moule en relief sur lequel la plaque reste pour permettre d’ajuster les dents: on coupe celles-ci à la hauteur convenable avec la scie ou la lime, mais plus rarement avec cetle dernière. Enduisant alors la plaque d’un peu de couleur rouge, on y applique chaque dent afin qu elle porte la marque des points que l’échoppe, le burin et la lime doivent abattre. On prévoit aisément que la ligne médiane devant être considérée comme le point de départ, on placera les incisives centrales les premières, en leur donnant la direction convenable.

Quant à la monture de la dent en elle-même, on y procède de plusieurs manières: en la fixant au moyen d’un pivot central; en la maintenant par deux goupilles latérales , mais placées verticalement , comme le pivot dont elles ne sont alors qu’une variété; en l'assujettissant avec une vis, en le plaçant à cheval sur une plaque soudée à la cuvette et goupillée par derrière , ce qui donne beau-

— Ghh —

coup de force , et lui permet d’avancer autant qu’on le veut. (Nous parlons toujours des dents humaines ou des dents d’hippopotame, et nous prenons toujours le cas d’une monture sur plaque métallique.) Si on emploie l’une des deux premières manières, on fixe d’abord le pivot ou les deux goupilles sur la plaque, en perçant cette dernière de part en part au lieu qui correspond au trou de la dent, lieu qu’on désigne en mettant en place cette dernière, un peu humectée, sur la plaque préalablement enduite d’une couche de cire, sur laquelle la dent vient faire un léger relief au lieu correspondant au trou dont elle a été préliminairement percée, comme si elle devait être placée sur une racine ; puis on soude ces pivots sur la convexité de la plaque, c’est à dire sur le côté sur lequel va appuyer la dent; et quand ils sont solidement fixés, on les rive et on les enfonce régulièrement dans les trous pratiqués à cet effet dans les dents.

Enfin le pivot est-il traversant , on le rive sur la partie postérieure du talon; doit-il ne pas traverser , on l’entoure d’un peu de fil et on le fait entrer par la seule force de la coaptation dans la dent. Mais l’expérience a démontré que les pivots ou les goupilles traversant de part en part, et rivés d’un côté ou de l’autre, ont le plus d’avantages, parce qu’ils sont moins susceptibles d’agrandir les trous et de laisser les pièces vacillantes; les pivots à vis, qui s’implantent assez aisément et maintiennent les dents d’une manière tellement invariable qu’on a quelquefois de la peine à les détacher avec des pinces, sont aussi employés avec succès; mais on conçoit qu’ils doivent être d’abord introduits dans la dent; puis dans le trou de la plaque , sur la concavité de laquelle ils seront rivés.

Dents minérales montées sur plaque. — La manière (le monter sur plaque les dents minérales diffère nécessairement de celle qui s applique aux dents animales. O a— bord, ici comme dans tout autre cas, on ne peut jamais les utiliser telles qu elles sortent du four ; toujours on est obligé de leur donner une forme convenable en les taillant comme nous l’avons dit à leur occasion. La plaque s’ajustant bien dans la bouche, un second moule étant pris sur cette plaque, comme pour les dents naturelles, afin de rendre à l’ensemble les rapports naturels que chaque objet qui les compose doit avoir, et qui aurait pu être altéré, on adapte sur cette plaque les dents une à une et on les y maintient provisoirement en arrière avec un peu de cire ; ensuite on place la pièce sur une petite plaque de tôle, et on coulesur sa partie antérieure un peu de plâtre délayé qui , étant desséché, maintient les dents à la place qu elles doivent occuper et permet d’enlever la cire qui est par derrière et qu’on chauffe un peu; puis on les soude à la plaque. On les solidifie encore en recouvrant leur partie postérieure d’une petite plaquette de platine, après avoir essayé ladite pièce sur la bouche du client, fait les corrections qui peuvent être nécessaires, veillé à ce que la bouche puisse se fermer dans son étal normal , etc. , etc.

La monture sur plaque ne borne pas son application aux pièces d’une ou plusieurs dents, comme le fait en général celle à pivot; elle peut être employée pour toute espèce de pièces, depuis une dent jusqu’au dentier complet, et convient aux dentures continues aussi bien qu ‘ uix dentures entrecoupées. On appelle de ce dernier nom les pièces dans lesquelles les dents laissent entre

elles des intervalles destinés à loger des dents intactes et solides; et ce genre, comme on le prévoit de suite, doit être un de ceux dont la confection se rencontre le plus fréquemment dans la pratique , et dont les formes offrent le plus de variétés.

Lorsque la partie du bord alvéolaire sur lequel on veut placer une pièce artificielle a éprouvé une grande perte de substance , on monte le plus souvent cette pièce sur une base d’hippopotame qui permet d’imiter parfaitement la gencive. Mais la couleur qu’on donne à cette base, comme nous allons bientôt le voir, n’est pas très solide, et d’un autre côté les pièces ainsi montées ont toujours un certain poids. Ces deux motifs ont donné l’idée de simuler les gencives sur le devant des bases métalliques portant des dents minérales.

Pour cela, la pièce étant montée convenablement, on prend une quantité suffisante de la composition suivante due à M. Delabarre :

Pâte de porcelaine. ... 32 gram. » (1 once ).

Sable blanc 1 gram. 80 centigr. ( lj2 gros ).

Tel oxyde qu’on voudra. » 50 centigr. (10 grains).

On ajoute une partie de mica ou gyps calciné , pour

rendre la pâte très fusible , et on broie parfaitement.

On applique de cette pâte la quantité convenable, soit pour simuler complètement les gencives, soit pour faire seulement leurs pointes interdentaires; enfin on essaie la pièce pour corriger les défectuosités qu’elle pourrait encore offrir par cette addition, puis on la met au feu. La présence du gyps dans la pâte, la faisant fondre à une température beaucoup moins élevée que celle à laquelle les dents minérales dont est garnie la pièce pour-

raient s’altérer, cette pâte s’agglutine aux parties sur lesquelles elle porte et en fait un tout assez solide ; mais si cette composition a la forme des gencives, elle n’en a pas la couleur.

Deux moyens peuvent être mis en usage pour donner cette couleur : l’un, proposé et employé par Dubois-Chemant, consiste à donner à la pâte dont nous venons de parler, la teinte des gencives en lui ajoutant une certaine quantité, par exemple, de précipité pourpre de Cassius, ou tel autre oxyde qui aura la môme propriété; mais, comme on le fait avec raison observer, les gencives ainsi imitées sont mates , c’est à dire manquent de cette transparence que donne la vie à tous les tissus qu’elle anime. M. Fonzi, qui signala le premier cet inconvénient, crut pouvoir l’éviter en faisant rapporter sur la partie de ses dentiers destinée à imiter les gencives, de l’émail de bijoutier coloré de fond ou peint après coup. Toutes les pièces ainsi émaillées ont été d’une faible durée, et on a été obligé de renoncer à leur usage.

Voici comment procédaient ceux qui employaient ce moyen : ils enduisaient la pâte ou biscuit qui forme les gencives d’un émail composé de :

Fétunsé 8 grammes ( 2 gros ) ,

Oxyde d’or 30 centigr. (6 grains),

Kaolin 30 centigr. (6 grains).

Ils suivaient exactement le contour de leurs festons et la mettaient au feu. Mais comme il arrive souvent que, par une chaleur trop vive, la couleur vermeille que donne cet émail devient pâle, ils prenaient alors de l'oxyde d’or, comme nous venons de le désigner, le broyaient très fin, en ajoutant une partie égale d’essence de térébenthine

et de lavande. Quand le mélange était parfait, on versait dessus quelques gouttes d’huile grasse pour donner plus de mordant à la couleur ; puis on peignait au pinceau la partie de la pièce qui simule la gencive. On plaçait ensuite cette pièce bien sèche dans un four, et quand le mouffle était tout-à-fait rouge, et qu’on pensait que la couleur était bien glacée, on retirait ce mouffle du feu pour le laisser complètement refroidir avant d’en retirer le dentier ; car celui-ci pouvait se gercer si on l’exposait brusquement à une basse température.

Comme ce travail est compliqué, et qu’il est toujours difficile d’en calculer parfaitement les résultats , on préfère avec raison, dans le cas dont il est ici question, c’est à dire pour garnir le devant des plaques d’une substance propre à imiter les gencives, surtout avec perte des alvéoles, on préfère, disons-nous , faire sur elles un véritable placage avec de l’hippopotame taillé à cet effet, fixé à la plaque par les memes pivots ou vis qui unissent les dents à cette dernière, et coloré par un des procédés que nous allons indiquer. On a même fait ce placage en corail blond, c’est à dire rose pâle; mais cette substance est longue à travailler et augmente par conséquent le prix de l’objet sans une suffisante compensation.

Montures sur bases osseuses.

En parlant précédemment (1) de la manière de travailler les dents d’hippopotame, nous avons indiqué le moyen de confectionner, avec le même morceau, les dents et leur base ou monture. Mais très souvent les dents se fixent

(1) Voyez nos pages 561 et suivantes.

isolément à ces bases , et on prend pour cela le plus ordinairement aujourd’hui des dents humaines ou des dents minérales.

Quand on veut monter des dents humaines sur unebase en cheval marin, ou en toute autre substance osseuse taillée à sa manière, cette base ayant été bien ajustée dans la bouche, on les place dessus dans leur position respective, et on les y maintient avec un peu de cire à modeler ; puis avec un foret on pratique à leur talon et à la base qui doit les supporter un petit trou dans lequel on met une petite goupille d’attente qui les tient provisoirement fixées à cette base. On agrandit ensuite le trou , et on substitue à la goupille , comme pour les montures sur plaques, tantôt un pivot central métallique, mais plus fort, ou deux goupilles soit latérales , soit placées l’une devant l’autre, avec rivure dans les deux cas ; tantôt au contraire une vis, soit introduite par la dent et rivée sur elle, soit, mais plus rarement, introduite et rivée du côté de la base et ne traversant pas la dent.

C’est à peu près de la môme manière qu’on monte sur les bases dont il est question les dents minérales. On obtient l’indication nécessaire en fixant provisoirement, toujours avec un peu de cire, les dents, que l’on retire ensuite avec précaution. L’empreinte marquée par leur forme indique l’endroit précis où l’on doit percer le trou destiné à recevoir le pivot qu’on soudera à la dent, et qu’on rivera ensuite sur la partie concave de la base, en ayant le soin, comme pour tout autre cas, d’adoucir cette rivure afin que la pièce ne blesse pas la partie du bord alvéolaire sur lequel elle doit reposer.

Pourque les dents n’éclatent pas dans le moment delà rivure, on les pose alternativement sur un morceau de

plomb creusé en Y, sur tous les points duquel elles portent exactement; quand cette précaution est bien prise, on peut donner des coups de marteau , même assez forts, sans occasionner aucun accident à la pièce. Nous admettons ici qu’il s’agit d’un pivot non traversant; mais, dans Je cas contraire, la dent à poser (dent humaine), portant son pivot préalablement rivé, comme nous l’avons dit en parlant de la monture d’une dent à pivot, on appuie la rivure de ce dernier sur une tige d’acier maintenue dans un étau, puis on rive l’autre extrémité sur la partie concave de la base au moyen d’une autre petite tige d’acier dont on tient la pointe accolée à la partie qu’on veut river et sur laquelle on frappe avec précaution.

La personne qui s’occupe de cette rivure ne pouvant pas seule tenir la tige de fer, le marteau et la pièce, est obligée d’avoir recours à un aide qui tient cette dernière. On pourrait cependant river directement seul avec un marteau pointu conduit avec assez de soins pour ne pas endommager la base qui est nécessairement plus faible dans tous les points où sont reçues les dents que partout ailleurs.

Comme les rivures faites directement sur l’hippopotame ne sont jamais aussi solides que sur une substance métallique, on creuse quelquefois sur la partie de la base correspondant à l’extrémité de chaque pivot une rainure destinée à recevoir une bande très mince de platine percée d’autant de trous qu’il y a de pivots, et sur laquelle tous sont rivés à tête perdue. On peut encore faire passer l’extrémité du pivot à travers une petite rondelle de platine ou même d’or, incrustée à fleur dans la base, et sur laquelle on rive également à fleur ce pivot de manière que rien ne dépasse.

Comme les bases osseuses sont particulièrement appropriées aux circonstances dans lesquelles le bord alvéolaire , ayant perdu de son épaisseur, a besoin d’étre remplacé, on est très souvent dans la nécessité de donner à la partie de la base qui surmonte en avant les dents une teinte rose, semblable à la couleur des gencives; mais on le fait avant que les pivots ne soient rivés, pour qu’on puisse démonter les dents qui doivent être préservées de la teinture. On emploie plusieurs procédés pour obtenir cette coloration. Laforgue conseille simplement de faire tremper un quart d’heure la pièce dans une eau alumineuse, et de la mettre dans une décoction de* cochenille ; on la retire quand on juge que la couleur est ce qu elle doit être; mais, suivant sa propre remarque , la salive détruit bientôt celte couleur.

D’autres dentistes, sentant l'insuffisance de ce procédé, passent sur la partie qui doit être colorée une couche d’acide hydrochlorique étendu d’eau; ils trempent ensuite cette pièce dans l eau commune, et, après l’avoir bien essuyée, ils imitent la teinte des gencives en la colorant avec un pinceau de plusieurs couches du cosmétique employé comme fard sous le nom de vinaigre ronge de Maille. Ce moyen est plus sûr que le précédent ; en voici un qui donne également de bons résultats pour la durée :

Comme tous les tissus osseux contiennent une matière graisseuse qui s’oppose à leur imprégnation par le principe colorant, à moins qu’ils n’aient subi une préparation qui les en prive, on fait bouillir la pièce dans une lessive de soude dans laquelle on jette quelques gouttes d’huile. 11 en résulte une eau savonneuse très âpre ; au bout d’un instant on la retire et on en frotte la surface

avec an mordant acide, comme la dissolution d’étain par l’acide hydroclilorique. Cinq ou six minutes après on la dépose dans un vase de terre placé sur le feu et contenant 10 grammes (2 gros 1/2) de garance, 2 grammes (1/2 gros) de graines de kermès, 35 centigrammes (7 grains) de cochenille écrasée et un demi -litre d’eau de fontaine. On laisse bouillir pendant un quart d’heure, en agitant quelquefois le liquide avec un morceau de bois. La pièce retirée a ordinairement une couleur trop foncée ; on la fait dégorger à chaud dans l’eau de savon : elle devient alors d’une nuance rosée infiniment plus solide que celle qu’on obtient par les moyens déjà décrits (1).

Quoique les pièces de denture dont les bases et les dents sont faites d’un seul morceau d’hippopotame deviennent de jour en jour d’un emploi plus rare, on en fait encore assez pour que nous indiquions la manière de colorer la base sans que les dents ressentent l’action du moyen employé à cet effet. On dégraisse d’abord la pièce dans la lessive dont nous venons de parler pour la coloration des bases seules ; puis on la fait sécher. On trempe alors plusieurs fois la partie émaillée de la pièce dans un récipient quelconque rempli de cire fondue, de manière à en couvrir tontes les parties qui ne doivent pas être teintes. On enlève ensuite avec un grattoir ou tout autre instrument analogue la cire de tous les points qui doivent être colorés , ayant bien soin de dégager la partie festonnée des gencives qui s’insinue

(1) Les praticiens qui emploient ce moyen vont même jusqu’à croire que les bases ainsi teintes durent plus longtemps que celles qui ne l’étaient pas. Cette supposition nous semble pour le moins gratuite.

dans les interstices dentaires. On frotte les points mis à nu avec de l’ hydrochlorate d’étain délayé dans l’eau , pour plonger la piece entière dans le bain de couleur froid ou tiède, mais pas assez chaud pour que la cire , en se ramollissant, quitte les dents qu’elle recouvre. Ce mode de coloration ne pénètre jamais assez profondément les parties auxquelles il s’applique pour offrir les chances de durée propres aux moyens précédemment indiqués.

La propriété qu’a la garance, donnée comme nourriture aux animaux , de colorer leurs os en rouge , ne pourrait-elle pas être mise à profit par quelque personne qui voudrait nous fournir des fragments osseux propres à faire certaines bases de médiocre étendue? Ce genre de coloration , qui serait le résultat d’un travail vital et non l’effet d’une simple imprégnation des couches superficielles, atteindrait évidemment le double but que nous désirions obtenir : imitation des gencives et persistance de la couleur; l’expérience pouvant cesser au moment où l’on supposerait que les os de l’animal qui y serait soumis n’ont encore acquis qu’une teinte rosée. Au surplus, c’est une simple idée que nous émettons sans lui attacher une grande importance.

Quant à la manière que conseille M. Delabarre (1) d’atténuer l’éclat des dentiers de substances animales, qui sont effectivement toujours beaucoup trop blanches de prime abord , manière qui consiste à les couvrir au pinceau d’une solution alcoolique de résine (il ne dit pas laquelle), colorée par un peu de cobalt ou d’azur, et dont on abandonnerait la destruction à la salive, nous

(1) Ouvrage cité , tome ] , page 256.

ne concevons pas, en vérité, comment un homme aussi judicieux a pu môme en avoir l'idée. Quelle personne aurait la patience de garder plusieurs jours dans sa bouche un badigeonage aussi malpropre que choquant à l'œil? N’est-il pas plus simple de faire subir aux dents, avant leur monture, la préparation dont nous avons parlé à la page 566, et de colorer les bases, comme nous venons de l’indiquer ?

N’omettons pas de dire que s’il est bien de faire, autant que possible, des bases ou montures d’hippopotame d’un seul morceau, on est cependant quelquefois obligé de réunir à cet effet deux pièces de cette substance, au moyen d’une cheville osseuse, si le travail est à série continue y ou au moyen d’une traverse métallique, si ce travail est à série interrompue ou, comme le disent quelques auteurs, à série entrecoupée ; ce qui serait infiniment plus solide.

Le désir de donner beaucoup de solidité à une monture de dents naturelles sur base d’hippopotame a encore porté quelques anciens praticiens à monter ces dents par implantation, c’est à dire à creuser dans l’hippopotame des trous assez grands pour recevoir les dents garnies de leurs racines arrondies à la lime. Chaque dent, ainsi enfoncée de force, est encore consolidée par une goupille fixée d’arrière en avant. Ce genre de monture n’a pas la solidité qu’il semble offrir au premier abord, parce que la base, affaiblie par les énormes trous dont elle est creusée, est sujette à se fendre, surtout à sa partie antérieure, qui doit être très mince; aussi l’emploie- t-on rarement aujourd’hui. Il en est de même des bases d’hippopotame sur le devant desquelles

on creusait des loges destinées à recevoir les dents; elles sont généralement abandonnées.

Enfin on fait des montures qui sont tout à la fois métalliques et osseuses. Pour cela, on ajuste une plaque de platine ou d’or sur le moule de la brèche à remplir, puis on rive sur elle une partie très légère d hippopotame, façonnée en forme de gencive et colorée en conséquence, et supportant des dents de telle nature qu on aura jugé convenable. Les pièces construites de celte manière sont très légères et n’ont pas moins une grande solidité , parce que , quelque faible épaisseur qu on donne aux fausses gencives, la plaque sur laquelle elles reposent les soutient parfaitement, en même temps qu elle permet de souder sur la cuvette métallique les divers moyens d’attache ; mais leur assemblage doit être parfait : sans cela il pourrait s’amasser entre elles des matières alimentaires dont le séjour donnerait promptement une odeur désagréable.

Montures sur bases minérales.

Si, en écrivant cet ouvrage, nous n’avions eu d’autre but que l’exposé pur et simple de ce qui se fait usuellement dans notre art et devrait, à l’exclusion de toute autre chose, en former les principes, nous nous abstiendrions de parler des bases minérales, parce que, quelque bien exécutées que puissent être les bases ellesmêmes, et quelque soin qu’on puisse apporter à l’ajustement des dents qu’elles sont destinées à soutenir, l’ensemble de ces pièces constitue toujours un travail ou lourd ou peu solide, et dans tous les cas aussi d’une extrême difficulté à ajuster dans la bouche. Cependant,

comme plusieurs auteurs, tels que MM. Audibran, Delabarre et Lefoulon (qui a écrit le dernier), en parlent avec quelques détails , nous ne pouvons les passer sous silence, ne fut-ce que pour bien démontrer ce quelles ont de défectueux dans leur emploi et de difficile dans leur confection, et par conséquent pour détourner les jeunes praticiens de leur emploi ou pour reléguer cet emploi à des cas excessivement rares, ceux, par exemple, où nous serions appelés à faire des pièces pour des personnes qui seraient dans l’impossibilité de supporter le contact des cuvettes métalliques, ou pour lesquelles on craindrait que leurs humeurs buccales ne détruisissent trop vite les bases d’hippopotame.

Or, il y a deux choses à considérer dans ce genre de pièces : la confection de la base elle-même et l’implantation des dents. Ce qui se rapporte à la première de ces deux choses eût sans doute mieux trouvé place dans les détails relatifs à la composition des dents minérales ; mais comme ce travail doit être précédé du moulage de la partie à laquelle il est destiné, nous avons mieux aimé n’en parler qu’après avoir traité de tout ce qui se rapportait à ce dernier objet. A l’égard de ces bases , l’opinion des praticiens qui s’obstinent encore à en conseiller l’usage se divise sur la question de savoir s’il est possible de parvenir à les faire entièrement en substance minérale, ou s’il n’est pas plus convenable de les confectionner partie en cette dernière, partie en substance métallique.

Le grand écueil des partisans des bases minérales de faible dimension, comme des bases complètes, est dans le retrait de la pâte qui ne permet jamais d’arriver à l’exactitude désirable , comparativement sur-

tout à celle qu’on obtient avec les bases construites soit en métal , soit même en hippopotame. On prendrait en vain la précaution de tenir la pâte plus forte, suivant les uns d’un septième , suivant les autres d’un huitième et meme d’un neuvième , que ne devra l’être la pièce, ou de n’arrêter définitivement l’étendue de celle-ci que lorsquela pâte aura déjà subi un commencement de cuisson, comme M. Audibran (1) le conseille; la difficulté ne sera qu'éludée mais non détruite.

Dans tous les cas, dut-on parvenir, à force de soins ou par hasard, à la précision désirable, ces bases ne pourraient jamais servir qu’à faire des pièces à série continue, les trous dont on serait obligé de les percer pour les pièces à série entrecoupée leur donnant une fragilité qui rendrait leur emploi nuisible. Dubois-Chemant lui-même avait été tellement frappé de cette fragilité qu’il ne tarda pas à renoncer à ce genre de pièces et qu’il préférait faire autant de morceaux isolés qu’il avait de brèches à remplir, sauf à les tenir unis au moyen d’une traverse parcourant la partie interne de l’arcade dentaire.

Mais admettons qu’on soit parvenu 1° à faire ces bases assez justes pour bien tomber d’aplomb sur la partie qu elles doivent recouvrir; 2° à leur donner la légèreté et néanmoins la solidité désirables , comment les garnira-t-on de leurs dents? Si ce sont des dents minérales qu’on veut fixer dans la pâte avant sa cuisson , elles l’abandonneront toujours assez pour que des vides fort préjudiciables s’établissent entre elles , et cela d’autant mieux qu’on aura été obligé de faire la pâte de cette

(1) Ouvrage cité, page 153.

base plus tendre que celle de la dent. Si on s’est contenté de ménager dans la pâte des trous ou des emplacements quelconques pour les dents , on ne parviendra jamais à river le pivot sur lequel elles seront montées, sans courir la chance de casser la pièce.

M. Delabarre a cru pouvoir éviter ces divers inconvénients en faisant sa base, d’après l’idée qui l’a porté à faire ses pointes de gencives dont nous avons parlé page 657, moitié en substance métallique, moitié en substance minérale. Pour cela il monte des dents minérales à pivots soudés sur une plaque ; ensuite il garnit les vides qui existent entre celle-ci et les dents avec une terre de porcelaine attendrie, et soumet la pièce au feu. Mais, nous le répétons, tous les essais que nous avons faits à cet égard nous ont convaincus qu’il est extrêmement difficile, nous pourrions dire impossible, d’arriver à des résultats tels que les rapports dans lesquels les parties constitutives de ces pièces ont été placées ne soient pas détruits par la cuisson.

Concluons donc que les bases , et à plus forte raison les dentiers de pâte minérale, forment des pièces dont les inconvénients sont trop manifestes pour qu’on ne doive pas toujours leur préférer celles que nous avons précédemment décrites. M. Audibran , en recommandant de faire toujours plusieurs de ces pièces à la fois , afin de parer aux accidents qui pourraient survenir, prononce leur condamnation la plus formelle ; et M. Lefoulon , en reconnaissant que sur six qu’on confectionne en même temps on n’est pas toujours assuré que le feu vous en rendra une seule qui ne présente aucune voilure et aucune torsion, aurait bien pu se dispenser des détails qu’il a consacrés à leur fabrication.

DES DIFFÉRENTES MANIÈRES DE FIXER ET DE MAINTENIR DANS LA BOUCHE LES PIÈCES DE DENTURE ARTIFICIELLE.

Les dents montées d’après les règles que nous venons d’établir, en nous occupant plutôt des principes que des détails, peuvent bien dissimuler complètement la difformité qui résultait de l’absence des parties au remplacement desquelles elles sont destinées; mais la prothèse dentaire n’a pas seulement pour but de tromper l’œil, elle doit avant tout chercher à suppléer aux fonctions des organes perdus. De là la nécessité de maintenir les différentes pièces de denture artificielle assez solidement fixées dans la bouche pour qu’elles puissent non seulement suivre tous les mouvements des mâchoires, mais encore résister aux puissances qui font un effort habituel sur les dents naturelles, et servir conséquemment à l’acte de la mastication.

Ces moyens de contention varient suivant les circonstances auxquelles ils s’appliquent, et qui diffèrent beaucoup entre elles. En les réduisant à leur véritable valeur physique, on trouve qu’ils agissent de cinq manières principales : 1° par ce que nous pourrions appeler gomphose ou implantation, comme les pivots; 2° par coaptation , comme les cuvettes simplement juxtaposées; 3° par compression , comme les crochets; 4° par attraction , comme les ligatures; 5° par réaction, comme les ressorts. Examinons-les chacun en particulier.

Page 1