I. Pivots ou Tenons implantés
Nous avons vu, en traitant des moyens de monter les dents artificielles, comment on les garnit d’un pivot ; il nous reste à indiquer comment s’opère l’implantation de ce pivot dans la racine qui doit le recevoir.
Dans la plupart des cas, le canal dentaire de la racine est libre, c’est à dire dépourvu du ganglion central, et il ne s’agit que de l’élargir davantage pour recevoir le pivot delà dent, qui doit toujours être assez gros pour résister sans plier aux efforts dont il est l’aboutissant. Cette circonstance ne se rencontrant cependant pas toujours, on est quelquefois obligé de détruire cet organe nerveux dont l’existence ne permettrait l’introduction dans le canal de la racine d’aucun corps sans occasionner les plus vives douleurs : on a alors recours à l’un des moyens que nous avons indiqués , pages 394* et suiv. , pour faire cesser les douleurs aiguës dont les dents sont si fréquemment le siège.
Admettons que la racine n’ait aucune sensibilité, qu’elle soit saine et limée convenablement : la première chose à faire est d’agrandir le canal dentaire, soit avec un petit équarrissoir en acier ou simplement en fer qu’on tourne légèrement dans les doigts, en ayant soin de le faire agir lentement et de le mouiller souvent pour éviter qu’il ne s’engage; soit, mieux, encore avec un foret. Comme, dans ce cas, la racine, n’ayant point été ramollie par la carie, a conservé toute sa dureté, on a besoin de l’attaquer avec plus de force; aussi est-ce l’occasion de se servir à cet effet du foret que nous avons déjà décrit et qui peut offrir la résistance néces-
saire. Dans le cas où la racine a été attaquée par la carie, lequarrissoir est plus convenable; il ne doit avoir que 4 centimètres environ (1 pouce 1/2) de longueur, être taillé à trois pans, pointu et surtout en acier peu trempé, sans quoi il pourrait se casser par le moindre mouvement que la douleur occasionnerait à la personne.
L’emploi du foret demande quelques précautions : 1° il ne faut employer d’abord aucune force, car ce n’est que progressivement qu’il doit pénétrer dans le canal; 2° on doit bien s’assurer s’il suit la direction de ce dernier et ne pas percer la racine jusqu’à son extrémité. Pénétré de ces principes, on commence par élargir seulement l’ouverture du canal dentaire au moyen d’un équarrissoir ; puis, la tête de la personne étant convenablement renversée et fixée au moyen du bras gauche qui l’entoure, on présente de celte main, à l’orifice dégagé du canal, le foret qu’on a eu le soin d’enrouler sur la corde de l’archet ; ensuite on l’y fixe à l’aide d’une petite tige métallique (porte-foret) mon tée sur un manche d’un côté, mais munie à son autre extrémité d’une cavité destinée à recevoir la partie arrondie de l’arbre du foret; puis enfin, de la main droite, on fait agir l’archet en ayant la précaution , comme nous l’avons dit , de le retirer de temps à autre pour le mouiller. On élargit ce premier trou avec un équarrissoir plus gros, et lorsqu’on le juge d’une grandeur suffisante et approchant de l’extrémité de la racine, on le nettoie et on le dessèche complètement avec un peu de coton dont on entoure une tige métallique mince (1).
(1) Il faut savoir que l’on n’est pas toujours assez heureux pour faire tomber l’instrument perforateur droit dans la direction du canal
Ceci étant fait, on évalue la profondeur du trou pour savoir quelle longueur on doit donner au pivot; on coupe ce dernier, et on le lime jusqu’à ce qu’il ait la grosseur du dernier foret employé à percer la racine. Mais quelle forme faut-il lui donner, et comment faut-il le fixer? La plupart des praticiens, ceux surtout qui , à valeur égale, préfèrent les moyens simples aux procédés compliqués, se contentent de donner à ce tenon une forme cylindrique plutôt que pyramidale, de lui faire quelques petites entailles , de l’entourer de soie ou de fil , de mettre la dent en place, d’assurer sa solidité par de légers mouvements latéraux et de presser fortement sur elle à l’aide des doigts, mais mieux au moyen d’une pince plate , ou enfin à l’aide d’un morceau de bois creusé d’une petite rainure qui reçoit le bord tranchant de la dent et sur lequel on frappe à légers coups.
On peut encore consolider cette dent en mettant sur la rivure du pivot, quand il est traversant, un petit poinçon sur lequel on frappe légèrement, mais ayant bien le soin de le tenir appliqué sur le pivot même, et non sur la dent, que le plus léger choc, dans cet endroit surtout , pourrait faire éclater. Enfin on atteint quelquefois très bien le but en frappant tout simplement sur le bord tranchant de la dent qu’on aura eu le soin de garnir d’une légère couche de linge ou de papier.
Mais ces manières d’implanter un pivot dans une racine ont paru trop simples à plusieurs praticiens avides d’innovations. De là, le pivot scellé de Fauchard, le pi-
dentaire : ce qui arrive, par exemple, quand les incisives ont plusieurs racines et qu’on passe entre elles , ou quand la racine dévie de sa direction ordinaire.
vol vissé de Bourdet , le tenon à cliquet de Maggiolo , le pivot subérique ou garni de liège de Ricci, le tenon à antennes , le tenon perforé, etc. , etc.
Ces différents pivots ou tenonspeuvent avoir des avantages dans certaines circonstances, mais on peut dire avec raison qu’en général ils ne valent pas le pivot simple. Nous ne faisons meme pas d’exception en faveur des tenons ou pivots visses, parce que si ce genre est bon comme moyen de lixer le pivot dans la dent artificielle, il n en saurait être de même pour la racine; en effet, s’il est possible, en vissant un pivot dans une dent, de s’arrêter quand on le veut, on n’a pas le même avantage en vissant le tenon dans la racine; il est alors très difficile, pour ne pas dire impossible, de tomber précisément de telle sorte que la face extérieure de la dent factice se mette à l’unisson des voisines pour continuer avec elles la découpure de la gencive et la courbure naturelle de l’arc alvéolaire.
Remarquons même que les praticiens qui ont consei lié de fixer les dents par des pivots vissés dans les racines n’ont pas songe à l’impossibilité dans laquelle on se trouverait de faire ainsi joindre les deux parties pour quelles ne laissassent aucun vide entre elles, et que la gencive recouvrît la dent. 11 faudrait, pour cela, que tout fût disposé carrément, ce qui ne doit certainement jamais exister. Nous ne parlons ici, bien entendu, que des dents déjà montées sur leur pivot; mais on conçoit très bien qu’il y aurait un moyen de monter une dent à vis sur une racine; ce serait de visser primitivement un pivot dans celte dernière et de disposer la dent pour qu elle reçût la partie excédante de ce même pivot , par pure implantation, comme font journellement les personnes
qui portent des dents dont les trous se sont élargis , et qu’elles remettent elles-mêmes en place.
Sentant toute l’importance de cette observation, et voulant cependant mettre à profit ce que les pivots vissés dans les racines peuvent avoir d’avantageux pour la solidité, quelques praticiens fixent à vis, dans le trou pratiqué à la racine, un cylindre d’or, creux par conséquent, et taraudé dans toute sa longueur en dehors et en dedans; puis ils enclavent dans la dent artificielle à poser un cylindre taraudé à l’extérieur seulement cl d’un diamètre égal à celui de la racine. Quand les deux tubes sont disposés, ils confectionnent une vis à tête perdue, d’une grosseur proportionnée au diamètre des cylindres, mettent la dent en place, introduisent dans le cylindre qui la parcourt la vis qu’ils tournent pour la fixer dans la racine, et la dent superposée se trouve serrée contre cette racine avec une force qu’on chercherait vainement à obtenir par tout autre procédé (1).
Certainement si ce moyen était aussi facile à exécuter qu’à décrire, il mériterait la préférence sur tous les autres; mais, indépendamment du temps, qui est peu de chose, et des frais, qui ne sont rien en pareille circonstance, que de difficultés n’a-t-on pas à vaincre, d’abord comme le reconnaissent les partisans du moyen, pour donner au cylindre de la dent et à celui de la racine la même direction et les placer exactement vis-à-vis l un de l’autre; ensuite pour que la partie du pivot qui doit être reçue dans le cylindre de la dent soit assez aisée pour
(1) Maury a tort de donner cette manière comme étant de lui; Laforgue (tome II, page 63) la décrit tout au long et en fait honneur à Dumergue, Talma etTompson.
y "lisser à mesure qu’on le visse dans celui de la racine, et pourtant assez juste pour qu’il maintienne la dent complètement immobile. Nous pensons donc que si une dent, convenablement placée de cette manière, a le mérite d’une grande difliculté vaincue, elle n’a pas, en définitive, assez d’avantages pour compenser les chances défavorables de réussite qu elle peut offrir.
Il en est de même du pivot dit à cliquet de Maggiolo, que M. Delabarre ne recommande que dans les cas où les autres tenons ont déjà, par leur emploi , considéra- * blement élargi le Irou de la racine destinée à les rece-
voir, mais dont la construction, effectivement ingénieuse , a séduit quelques personnes (1 ) qui ont cru que toute la question d’une pièce artificielle consistait dans la facilité qu elle offrait à pouvoir être enlevée et remise à volonté. Pour se faire une idée exacte de ce genre de fixation, il faut se représenter la fermeture des bracelets de femmes. C’est une tige à laquelle en est accolée une autre faisant ressort et garnie d’une saillie destinée à être reçue dans une mortaise creusée dans l’épaisseur d’un cylindre dont est remplie la racine.
Quand on comprend bien la manière dont ce pivot se trouve fixé, on reconnaît qu’indépendamment de l inconvénient que lui reproche le praticien que nous venons de nommer, d’exiger un trop grand évidement de la racine, il a encore celui-là que si , au moment où on le fait pénétrer dans le cylindre du support, les deux tiges qui le forment se touchent par la pression quelles
(1) L’auteur du mot Dent du Dictionnaire des Sciences médicales (tome VIII, par 390), déclare connaître des personnes qui portent des dents ainsi montées et qui en font le plus grand éloge.
éprouvent, elles cessent de le faire dès le moment où la saillie du ressort pénètre dans la mortaise du cylindre, parce que celle qui doit faire ressort s’écarte de la première d’une dislance égale cà la profondeur de la mortaise creusée dans les parois du tube ou cylindre contenu dans le support. Ces deux tiges laissent alors de loute nécessité entre elles, immédiatement au point do contact de la dent factice et de la racine, un intervalle que les matières alimentaires et les fluides buccaux occuperont sans cesse.
Aussi, si nous avions à choisir entre ce pivot à cliquet et celui à antennes , qui n’est qu’un pivot fendu dans sa longueur en deux parties faisant ressort sur les parois du tube de la racine, nous préférerions ce dernier. 11 a d’abord sur l’autre cet immense avantage que l’orifice du trou se trouve complètement occupé par le pivot; il est ensuite d’une construction moins compliquée et par cela même d’un effet plus sûr.
Quant à la précaution que croit pouvoir prendre M. Delabarre de fixer le pivot par une goupille transversale, introduite entre la gencive et la racine par un trou pratiqué dans celte dernière au moyen d’un foret très délié; elle est plus spécieuse que rationnelle. En effet , de deux choses l’une: ou la racine fait encore en dehors de l’alvéole une assez forte saillie pour rendre fructueuse l’implantation de la goupille, mais alors le point de contact de la dent factice et de son support est visible; ou la racine est coupée assez ras pour qu’elle
ne soit pas aperçue , mais alors le foret est appliqué trop près du point de la racine sur lequel doit porter la dent factice pour que la paroi extérieure du trou, qu’il est chargé de ménager pour la goupille, offre une épaisseur
sufüsanle. Cette manière, comme ou le prévoit aisément, ne serait d’ailleurs applicable qu’aux pivots faits en bois, ou offrirait de grandes difficultés s’ils étaient métalliques.
Ce n’est pas seulement sur la forme du pivot que s’est exercé l'esprit des praticiens , mais encore sur sa garniture. Ainsi, aux objets simples, comme le coton, le chanvre, le lil ou la soie dont nous avons parlé, on a proposé de substituer le fil d'amiante, l’écorce de bouleau, et diverses substances métalliques comme le plomb, l’or et le platine, réduits au laminoir en feuilles assez minces pour être contournés sur le pivot. Ces dernières substances sont souvent employées parce que, ne se putréfiant pas, elles ne portent point d'odeur ; mais, n’étant pas susceptibles de se goniler par l’humidité, elles n'exercent pas toujours une coaptation parfaite.
Malheureusement on n’est pas toujours assez heureux pour avoir affaire à des racines saines ou dont le canal n’a pas été trop profondément détruit par la carie. Dans ce dernier cas, il faut, après avoir soigneusement enlevé de la racine toutes les parties molles qui peuvent en être détachées, non pas entourer le pivot, mais garnir la cavité de la racine de deux légères lames de bois tendre, taillées en forme de Y ou coupées assez minces pour être enroulées autour du pivot sur lequel 1 humidité les fait gonfler, et placer ce dernier de telle sorte qu’il entre avec assez de force. Ces petits coins de bois ont encore l’avantage de faire reculer ou avancer la dent suivant qu’on les place en avant ou en arrière du pivot. On se sert quelquefois, aussi en pareil cas, ou d une espèce de scellement fait avec le métal fusible de
Darcet, dont on remplit la cavité de la dent pour y plonger le tenon pendant sa fusion, ce qui est surtout applicable aux dents minérales, dont on peut chauffer le pivot ; ou d’un petit entonnoir de platine.
Le soin que nous mettons à implanter solidement les dents à pivot démontre de suite que c’est un préjugé de croire qu’il faille ôter ces dents pour les nettoyer. Quand elles sont intimement unies aux racines, ce qu’on reconnaît en cherchant en vain à faire passer un fil de soie entre elles, il ne peut s’introduire dans ces dernières aucun corps putrescible. Tout dérangement n’est donc propre qu’à favoriser l’usure de la dent, ou mieux de la racine, dont le pivot doit toujours, chaque fois qu’on l’ôte, entraîner, quoi qu’on fasse, quelque parcelle.
Il résulte aussi nécessairement de là qu’on a tort de croire qu’il faille se priver de la faculté qu’on a d’assurer par quelques pivots la solidité des pièces fixées par des crochets ou des ligatures , dont nous allons bientôt nous occuper, et portant pour monture des bases métalliques, sous ce prétexte que, le besoin de nettoyer ces pièces exigeant qu'on les enlève fréquemment, les pivots doivent être assez vite flottants dans les racines qui les reçoivent. Quand une pièce est bien faite et surtout parfaitement ajustée, elle ne doit être que rarement enlevée. L’avis que donnent quelques praticiens , entre autres M. Taveau (1) , de les ôter souvent et même tous les jours , pour les nettoyer, est une erreur que nous ne saurions trop combattre.
(1) Nouvelle hygiène de la bouche; 1 vol. in-8n, 18à3, page 310.
Remarquons néanmoins que puisque les pivots, employés comme accessoires aux autres moyens de fixer les pièces, par exemple soudés aux parties des plaques qui reposent sur le bord alvéolaire, ont à supporter les efforts de ces pièces, dont ils deviennent très souvent l’aboutissant , par la plus grande difficulté qu on éprouve à établir ^un rapport exact entre eux et leurs trous de support que dans le cas d’une dent isolée, il est toujours prudent de ne pas abuser de la ressource qu’ils offrent ici, et de ménager des racines pour être util isées plus tard.
Quant à la manière de lixer les pivots à la partie interne ou concave des plaques, elle est assez simple. Voici comment on y procède : on commence par percer les racines; puis, ayant un peu chauffé la plaque, on l’enduit de cire pour l’appliquer sur le lieu qu’elle doit occuper dans la bouche, et sur lequel on appuie assez, au moyen d’un fouloir, pour obtenir un léger relief correspondant à chaque trou. Cette empreinte prise, on retire la plaque, on la perfore à l’endroit indiqué, puis on la remet pour y passer de la face convexe à la concave le pivot qui a été préalablement ajusté dans la racine ; mais ce pivot doit être entré de force dans le trou, afin qu’il puisse être retiré avec elle dans la position même qu il a prise dans la racine. Si ce trou était trop large, un léger, coup de marteau sur la plaque ou sur la tête même du pivot aurait bientôt réduit l’un ou augmenté l’autre d’épaisseur et rétabli les rapports convenables. Ce but atteint, on soude sur la partie convexe de la cuvette, pour ensuite scier ou limer ce qui pourrait dépasser. On fait très bien de ne pas placer de cette manière plusieurs pivots à la fois, parce qu’en s’occupant de l’un on est
trop exposé a déranger l’autre. Mieux vaut les ajuster et les souder successivement.
Dans une pièce à série continue d’une certaine étendue, on peut mettre jusqu’à six pivots sur la plaque; ce qui dispenserait de tout autre moyen d’attache et conviendrait surtout aux personnes qui , par l’absence de dents latérales, ne donneraient aucune prise aux crochets, ainsi qu’à celles dont les dents inférieures croiseraient trop les supérieures pour qu'il fût possible d’interposer entre elles aucun corps étranger.
Si les différents moyens que nous venons d’exposer ont quelquefois réussi pour assurer une assez longue durée à des dents factices implantées sur des racines douteuses, il n’en est pas moins toujours très imprudent de chercher à en placer dans des racines dont la carie aurait envahi la presque totalité du canal dentaire. C’est en vain, comme on l’a conseillé à tort, qu’on pratiquerait dans la longueur de la dent ou de son pivot un canal pour l’écoulement du pus ( tenon perforé ), le suintement pourrait être assez brusquement arrêté pour déterminer des fluxions fort inquiétantes, et même des accidents nerveux que l’enlèvement de la dent ne parviendrait pas seul à guérir : c’est la cause qui entretient la formation du pus qu’il faut avant tout combattre^ Bien des jeunes praticiens, par défaut d’attention, succombent à cet écueil, et détournent de l’emploi des dents à pivot des personnes qui pourraient en porter de préférence à toutes autres.
La prudence et l’adresse ne garantissent cependant pas toujours de ces accidents , car ils peuvent être produits soit par un pivot trop long qui a touché une por-
lion restante du nerf dentaire, qu’on aurait négligé de détruire jusqu’au fond , soit par sa fracture dans la cavité de la dent. Dans le premier cas, c’est toute la dent artificielle qu’il faut absolument enlever, pour remédiera la cause du mal; dans le second, c’est le pivot qu il faut extraire. La première indication est généralement facile à remplir, mais il n’en est pas de môme de la seconde, à moins que le pivot ne soit cassé à ileur de la racine; on peut alors l’enlever, soit en diminuant la racine sans le toucher, soit en creusant autour de lui une petite gouttière avec une échoppe.
Mais si cette fracture a eu lieu profondément, que faut-il faire dans ce cas ? Doit-on essayer cette extraction, comme quelques auteurs en donnent le conseil, avec des pinces à mors effilés et creuses dans le sens de leur longueur de (jouttières dentelées? Mais alors, quelque peu d’épaisseur qu’aient ces pinces, elles exigeront toujours, pour être introduites et agir, un espace qui affaiblira la racine au point qu elle ne pourra presque plus servir au même usage. Mieux vaudrait peut-être percer de chaque côté un petit trou avec un très petit foret conduit par un perforateur, et on irait ainsi en gagnant le dessus, puis avec une tige d’acier non trempé, recourbée au bout et introduite alternativement dans chaque trou , on l’ébranlerait et on pourrait parvenir à l’extraire; mais ce serait toujours, bien entendu, au détrimentde la partie interne de la racine.
Miel a aussi imaginé un moyen très ingénieux d’extraire les pivots et les forets cassés profondément dans les racines. C’est un petit trépan dont le centre porte une espèce de tube destiné à embrasser le tenon , et dont les parois forment deux branches susceptibles de
s’éloigner ou de se rapprocher. Mu sur un manche ou sur un perforateur à racines, il détruit la garniture qui environne le tenon, s’il y en a une, et permet ainsi de le saisir. Les petits tubes d’acier ' terminés en dents de scie, formant une fraise en miniature, et auxquels Maury dit avoir recours dans la circonstance qui nous occupe, ne sont, comme on le voit, rien autre chose que le trépan de Miel.
Tous ces moyens , dont les deux derniers ne s’appliqueraient point aux cas où le pivot ne serait pas implanté en ligne droite, ont l’inconvénient commun d’excaver la racine ; aussi préférons-nous tarauder le pivot pour l’user et creuser seulement à ses dépens un nouveau trou. Dans cette manière , ou le pivot ainsi réduit s’en va en limaille et laisse le trou vide pour recevoir un nouveau pivot, ou il est creusé dans le sens de sa longueur pour en recevoir un autre un peu moins gros que lui. Mais on conçoit combien , dans cette opération , il faut avoir l’habitude de se servir du foret et combien, par conséquent, on doit toujours avoir présents à l’esprit les principes que nous avons établis pour son emploi , et dont l’oubli peut être fort préjudiciable.
Enfin , l’on peut placer successivement à côté les unes des autres jusqu’à six dents minérales à pivot, que l’on réunit ensuite. Pour cela il faut que le pivot de chacune entre avec beaucoup de facilité dans le canal dentaire qui doit le recevoir. Lorsque les dents sont ajustées et toutes fixées dans la bouche , on prend l’empreinte de la masse que leur réunion représente, avec de la cire, en faisant en sorte qu’elles soient toutes emmenées des racines et restent implantées dans ce moule de cire. Si l’une ou plusieurs dents ne venaient pas , il serait tacile
(le les y placer, en ayant soin de bien conserver leurs rapports. L’on coule ensuite sur l’ensemble de leurs pivots une quantité de plâtre suffisante pour les maintenir solidement unis et qu’on laisse refroidir. La cire étant retirée, un bandeau métallique est ajusté sur la face postérieure des dents; on l’y fixe avec du lil de 1er et on le soude sur le modèle de plâtre.
Ne terminons pas ce qui a rapport aux dents à pivot sans parler de celles dont la fixité est aidée soit par des crochets, soit par des ligatures. Quand on emploie les crochets à cet effet, ils sont soudés à la plaque sur laquelle est nécessairement montée la dent. Les anciens dentistes disposaient ces crochets de telle sorte que le point central du quart de cercle qu’ils formaient, répondant au milieu même du côté de cette plaque sur lequel ils lui étaient unis, enveloppait la dent autant en avant qu’en arrière; c’est ce qu’ils appelaient tenons à coulisses. Mais à ce genre de crochet, on a subtilué ceux dont nous allons bientôt parler, dont il ne faut jamais abuser dans l’espèce. 11 en est de même des ligatures , qui, jointes aux pivots, peuvent constituer un moyen très expéditif de donner momentanément une grande solidité à une dent; mais elles ont des inconvénients (surtout les ligatures métalliques) qui rendent leur emploi toujours plus nuisible qu’utile, comme nous le démontrerons aussi bientôt.
[[. P ièccs tenues par simple coaptation.
C’est parmi les pièces qui sont fixées par coaptation qu’on doit placer celles (pii ne se maintiennent
dans la bouche que par la juxta- position aidée de leur propre poids pour celles du bas , et de quelques points de contact avec les parties voisines pour celles du haut. U est bien facile de prévoir que ces pièces, qui reçoivent dans la pratique, mais improprement, le nom de pièces simples , puisqu’elles peuvent être très compliquées, ou de pièces volantes , puisqu’elles ne bougent pas , ne peuvent être plus particulièrement appliquées qu’à la mâchoire inférieure, parce que, n’ayant point d’attaches sur les côtés , et n’étant retenues par aucun moyen mécanique, elles ne peuvent se maintenir qu'autant qu’elles reposent sur un plan dont elles n’ont qu’à suivre le mouvement. Ce qui fait surtout que leur mode de fixation rentre dans la coaptation, c’est que ces pièces ont ordinairement leur base large , creusée en forme de gouttière pour recevoir le bord alvéolaire sur lequel elles sont destinées à s’élever très haut, et qui s’y trouve par là directement enchâssé.
On fait un assez fréquent usage de ces pièces en Angleterre ; on parvient même à les tenir presqu’aussi bien en haut qu’en bas, en obtenant, par l’étendue de la cuvette pour les premières , ce qu’on obtient par le propre poids pour les secondes. L’expérience a aussi prouvé qu’une seule pièce tient mieux que s’il y en avait deux; dans ce dernier cas , il est vrai , il serait infiniment plus sûr de se servir de ressorts. Laforgue cite Gardette, habile dentiste de Philadelphie, comme un des praticiens qui, de son temps, réussissaient le mieux dans le genre de travail dont nous parlons; mais il fait observer que les pièces qui sortaient de ses mains avaient demandé, pour atteindre la précision d’ajustement qu’il leur donnait, un temps qui devait nécessairement en rendre le prix
très élevé. Cette observation pouvait être juste pour le moment où écrivait Laforgue; mais si aujourd’hui on emploie peu de ces pièces, ce n’est pas parce qu’elles demanderaient trop de temps, c’est qu’en définitive elles ne valent pas celles qui sont maintenues par les procédés habituels.
Quoi qu’il en soit, ces pièces reposent tantôt sur des mâchoires complètement dégarnies : le contact des lèvres et des joues qui pressent sur leur bord extérieur, légèrement arrondi sous forme de bourrelet, aide alors puissamment à leur maintien; tantôt sur des mâchoires qui portent encore quelques dents : ces dernières servent alors à leur donner de la solidité, soit parce qu elles appuient sur elles par un de leurs côtés, soit parce qu’elles sont reçues dans des ouvertures ménagées pour elles dans la base de la pièce. *
Dans le premier cas, c est à dire quand on a à faire tenir une pièce sans aucune attache sur une mâchoire (l’inférieure, bien entendu) toul-à-fait dégarnie, on doit donc, comme nous venons de le dire, outre la régularité avec laquelle sa base reçoit le bord alvéolaire, compter également beaucoup sur son propre poids. Aussi celle base est ordinairement une cuvette de platine épaisse dont on peut émailler le contour antérieur en couleur de gencives, avant de fixer les dents qu elle doit supporter. Mais les bases en cheval marin sont encore infiniment préférables, parce que par sa nature celte substance s’unit plus intimement aux gencives que les cuvettes métalliques. Ce sont ces pièces surtout qu’il serait bon de ne pas traverser par des pivots rivés, à moins (pie ces pivots ne fussent en bois. Dans le second cas, c’est à dire quand la mâchoire présentera encore des dents, on disposera
tout pour que le rapport le plus exact existe entre elles et la pièce ; ce qu'on n’obtiendra que par un modèle de rapport levé avec précision.
De la nécessité de donner à ces pièces plus de poids qu’à celles qui sont maintenues par des moyens directs d’attache s’ensuit-il néanmoins qu’elles doivent avoir une grande pesanteur? Non , car cette pesanteur exercerait sur la mâchoire une pression qui, dût-elle finir par ne pas être douloureuse, affaisserait néanmoins insensiblement le bord alvéolaire. Aussi ne saurions-nous trop combattre l’opinion de M. Delabarre, qui pense qu’on peut donner à ces pièces une base composée d'une masse de platine incrustée à l'échoppe (1). Non seulement ce travail serait difficile, mais quand on sait combien on a de peine à faire tomber juste une base d’hippopotame, qu’on est obligé de sculpter sur le moule en relief, on prévoit que d’obstacles on aurait à vaincre pour arriver avec un métal aussi dur que le platine. Le plus grand inconvénient , nous le répétons, serait dans la pression de la pièce sur la mâchoire. Aussi pensonsnous que ce travail serait très difficile à exécuter, et donnons-nous le conseil de ne jamais l’entreprendre.